📘 Commentaire biblique de l’abbé Léon Hamain


Première lecture : 1 Jean 5, 5-13

DE LA PREMIERE LETTRE DE JEAN

Texte

5 Qui est celui qui a triomphé du monde, sinon celui qui croit que Jésus est le Fils de Dieu?
6 C’est lui, Jésus Christ, qui est venu avec de l’eau et du sang; non avec l’eau seulement, mais avec l’eau et avec le sang; et c’est l’Esprit qui rend témoignage, parce que l’Esprit est la vérité.
7 Car il y en a trois qui rendent témoignage:
8 l’Esprit, l’eau et le sang, et les trois sont d’accord.
9 Si nous recevons le témoignage des hommes, le témoignage de Dieu est plus grand; car le témoignage de Dieu consiste en ce qu’il a rendu témoignage à son Fils.
10 Celui qui croit au Fils de Dieu a ce témoignage en lui-même; celui qui ne croit pas Dieu le fait menteur, puisqu’il ne croit pas au témoignage que Dieu a rendu à son Fils.
11 Et voici ce témoignage, c’est que Dieu nous a donné la vie éternelle, et que cette vie est dans son Fils.
12 Celui qui a le Fils a la vie; celui qui n’a pas le Fils de Dieu n’a pas la vie.
13 Je vous ai écrit ces choses, afin que vous sachiez que vous avez la vie éternelle, vous qui croyez au nom du Fils de Dieu.

Commentaire

1. Situation

Parmi les 3 Lettres de Jean, seules la 2ème et la 3ème se disent avoir été écrites par un auteur qui se nomme “l’Ancien”. Cela n’empêche pas que la 2ème Lettre de Jean partage nombre de ses idées et une grande partie de son vocabulaire avec la 1ère Lettre de Jean, qui, elle, ne porte pas dans son texte de nom d’auteur.

Beaucoup, mais pas tous, considèrent que la 1ère lettre de Jean doit être lue à la suite et en complément de l’Evangile de Jean, et doit donc pour cela être considérée comme écrite par le même auteur, que l’on pense être l’Apôtre Jean, qui se déclare, dans l’Evangile, “le disciple que Jésus aimait”.

Indépendamment des obscurités qui demeurent concernant soit l’auteur unique, soit des auteurs multiples de l’Evangile et des 3 Lettres attribuées à Jean, ces 4 documents tirent leur origine d’une même école d’interprétation des paroles et des actions de Jésus, école que l’on nomme volontiers “la communauté du disciples que Jésus aimait”.

Quant aux dates de composition de ces 4 textes, la majorité des spécialistes les situent les uns par rapport aux autres selon un ordre de composition qui correspond à la place qu’ils occupent dans le Nouveau Testament : l’Evangile, puis la 1ère Lettre , puis la 2ème Lettre, et finalement, la 3ème Lettre de Jean.

Autre constatation : dans ces 3 Lettres, surtout dans la 1ère, il est question de divisions dans la communauté, où l’on doit se séparer de ceux qui “nient que Jésus est venu dans la chair”, et sont, pour cette raison, appelés “anti-christs” (1 Jean, 2, 18 - 19 et 4, 2 - 3; 2 Jean, 4, 9).

Si la 2ème et la 3ème Lettre de Jean sont, à l’évidence, des “Lettres” adressées à un ou plusieurs destinataires, la 1ère Lettre ressemble plutôt à une “homélie”, difficile à structurer, mais qui se présente comme porteuse d’une message d’exhortation et d’assurance.

On peut toutefois trouver un “fil directeur” de cette 1ère Lettre en l’unifiant autour du thème de notre “communion avec Dieu”, dont 3 séries de critères nous sont proposés : - nous sommes en communion avec Dieu en participant à la lumière de Dieu (dans laquelle il nous faut marcher, libérés du péché, dans l’amour et dans la foi : 1, 5 - 2, 28), - nous sommes en communion avec Dieu dans la mesure où nous sommes enfants de Dieu (par la pratique de la justice, en ne péchant pas, puis de la charité, à l’exemple du Fils de Dieu, et du discernement dans la foi : 2, 29 - 4, 6), - nous sommes en communion avec Dieu dans la réception de son amour (amour qui vient de Dieu, lui-même défini comme “Amour”, et qui s’enracine dans la foi, laquelle est bien la racine de la charité : 4, 7 - 5, 12).


Avec cette page, nous touchons à la conclusion du 3ème thème développé dans cette 1ère Lettre de Jean, nous décrivant notre communion avec Dieu, et que l’on pourrait intituler : ” Aux sources de notre amour et de notre foi” (4, 1 - 5. 12 ou 4, 7 - 5, 12, selon le découpage que l’on choisit).

Le beau “programme” d’une “vie en communion avec Dieu” culmine dans ce 3ème thème, où nous venons de découvrir, dans un premier temps (qui a précédé notre texte) que “l’amour vient de Dieu, qui lui-même est “amour”, et s’enracine dans la confession de foi en Jésus, et, du fait même, en Dieu, en qui nous renaissons et demeurons (4, 1 - 21 ou 4, 7 - 21).

Si bien que la conclusion s’impose en quelque sorte à nous dans la 2ème partie de ce 3ème thème, où se situe exactement notre page : tout cela nous est donné à cause de Jésus Christ, Fils de Dieu que le Père nous a envoyé.

Notre foi au Fils de Dieu est donc la porte qui nous fait entrer dans le mystère total du don de Dieu. En ce sens, elle est à la racine de notre charité, c’est-à-dire de ce passage en nous de l’amour qui vient de Dieu (5, 1 - 12).

2. Message

Cette 1ère Lettre de Jean s’adresse aux membres des communautés, qui se situent dans la tradition du “disciple que Jésus aimait”, qui est à la source de notre Evangile de Jean. Les communautés connaissent maintenant des divisions et des dissidences. Certains de leurs membres les ont quittés. Maintenant que les fondateurs de la communauté et les premiers témoins ont quitté ce monde, il faut les conforter dans la foi reçue des fondateurs.

Dans cette perspective, l’auteur termine son argumentation en regroupant, en une attitude unique, trois éléments importants : l’obéissance au commandement d’amour, la foi en Jésus Christ, Fils de Dieu venu dans la chair, et la conviction que la mort de Jésus nous libère du péché et nous apporte la vie éternelle, ne font qu’un.

Cet argument nous est développé en deux temps, dont le premier nous atteste que notre foi est la victoire qui a vaincu le monde. En effet, confesser que .Jésus est Fils de Dieu et Christ Seigneur est une une victoire remportée sur le monde, victoire qui est une nouvelle naissance, et donc l’entrée dans la famille de Dieu.

Ce qui suppose que, non seulement, nous aimions Dieu en gardant ses commandements, mais que nous aimions tous ceux qui, comme nous, sont nés de Dieu, c’est-à-dire nos frères et soeurs dans la foi (5, 1 - 5).

Le 2ème temps de l’argument de notre auteur {5, 6 -12) se résume ainsi : notre foi est source de vie éternelle parce que, d’une part, elle reconnaît que Jésus est venu par l’eau et par le sang (dans son incarnation et sa mort sur la croix), et, parce que, d’autre part, elle croit au Christ, Fils de Dieu, en se basant sur le témoignage de Dieu lui-même. Dieu nous donne la vie éternelle et cette vie est en son Fils. Qui donc est attaché au Fils de Dieu reçoit cette vie en partage.

3. Decouvertes

Le Christ est venu par l’eau et par le sang (verset 6). Dans l’Evangile de Jean en 1, 31 - 32, Jean Baptiste lie la révélation qu’il a eue de la “préexistence” du Christ à la descente de l’Esprit et au baptême.

Au verset 8, un 3ème témoin intervient, l’Esprit. D’autre part, la mission de Jésus est associée au don de l’Esprit {Jean, 3, 34 et 7, 38 - 39). Enfin, le verset 6 (déjà mentionné plus haut) renvoie à la scène finale du récit de la passion et de la mort de Jésus dans l’Evangile de Jean, où, du coeur de Jésus transpercé, sort du sang et de l’eau (Jean, 19, 35).

L’auteur vise ici, semble-t-il, ceux qui n’associent l’Esprit qu’à l’eau du baptême et non à la mort de Jésus sur la croix.

Que Dieu est “témoin”de Jésus, dans son identité et sa mission, est attesté dans des controverses entre Jésus et ses adversaires : voir Jean, 5, 31 - 40 et 8, 14 - 19. En outre, Dieu rend possible la réponse de la foi des croyants en Jésus {verset 11 : voir aussi Jean, 6, 44 et 10, 3 - 4), et l’Esprit répandu sur les croyants rend lui aussi témoignage à Jésus (Jean 14, 16 et 15, 26 - 27).

4. Prolongement

C’est par tout l’événement de Jésus Christ (incarnation, histoire, paroles, gestes, engagement, mort, résurrection, don de l’Esprit) que nous sommes sauvés et entrons dans la “famille” de Dieu par une nouvelle naissance.

Dès lors, nous sommes appelés à un comportement nouveau d’obéissance à Dieu dans l’amour à son égard, qui est, en même temps, amour des frères et des soeurs qui, avec et comme nous, sont “nés” de Dieu.

Cette assimilation à la réalité de Dieu, par le Christ, dans l’Esprit, est en nous une force victorieuse de toute adversité, et se traduit en une vie de foi qui agit toujours, et en toutes circonstances, dans l’amour {Galates, 5, 6).

Prière

*Seigneur Jésus, c’est en redécouvrant l’immense portée de ton engagement jusqu’au terme de ta mission de révélation et d’accomplissement définitif du salut de Dieu, et c’est en nous mettant en ta présence à l’Heure où tu meurs sur la croix, que nous pouvons comprendre l’ampleur infinie de l’amour de Dieu à notre égard, dans la remise de nous-mêmes entre tes mains avec la confiance totale qu’implique notre foi, qui crée en nous cette béance par laquelle l’amour de Dieu nous rejoint et nous saisit de l’intérieur en nous configurant à ta dignité de Fils : aide-moi à ne jamais m’écarter de cette attitude fondamentale qui doit toujours constituer la base de mon existence de disciple marchant à ta suite, et qui consiste à croire en toi, dans l’obéissance à la volonté du Père et l’accueil de l’amour de Dieu, que nous avons à prolonger jusqu’à nos frères et soeurs dont tu nous demandes d’être les serviteurs en tous temps et en tous lieux. AMEN.

09.01.2004.*

Évangile : Luc 5, 12-16

DE L’EVANGILE DE LUC

Texte

12 Et il advint, comme il était dans une ville, qu’il y avait un homme plein de lèpre. A la vue de Jésus, il tomba sur la face et le pria en disant : ” Seigneur, si tu le veux, tu peux me purifier. “
13 Il étendit la main et le toucha, en disant : ” Je le veux, sois purifié. ” Et aussitôt la lèpre le quitta.
14 Et il lui enjoignit de n’en parler à personne : ” Mais va-t’en te montrer au prêtre, et offre pour ta purification selon ce qu’a prescrit Moïse : ce leur sera une attestation. “
15 Or, la nouvelle se répandait de plus en plus à son sujet, et des foules nombreuses s’assemblaient pour l’entendre et se faire guérir de leurs maladies.
16 Mais lui se tenait retiré dans les déserts et priait.

Commentaire

1. Situation

Luc est l’auteur d’une oeuvre en deux volumes qui se suivent, et sont écrits pour être lus en suivant : l’Evangile, et les Actes des Apôtres. Luc nous est régulièrement présenté comme disciple et accompagnateur de Paul, bien que nous ne trouvions rien dans son oeuvre des grands thèmes théologiques développés dans les Epîtres de Paul.

Luc a écrit ses 2 Livres entre les années 80 et 90 de notre ère, soit plus de 50 ans après la mort de Jésus, 30 ans après les lettres authentiques de Paul, et quelque 20 ans après l’Evangile de Marc. Ce qui ne veut pas dire que les traditions qu’il reprend ne sont pas aussi anciennes que celles de ceux qui ont écrit avant lui. Cela indique toutefois qu’il s’adresse à des communautés chrétiennes déjà différentes, pour leur annoncer la Bonne Nouvelle de Jésus.

Son Evangile se déroule en huit étapes :

  • un Prologue (Luc, 1, 1 - 4) au destinataire de cet Evangile, un certain Théophile, dont nous ne savons rien par ailleurs, Prologue auquel fait écho le Prologue des Actes des Apôtres (Actes, 1, 1 - 5).
  • un résumé de toute la Bonne Nouvelle de Jésus, en qui toutes les promesses de Dieu sont accomplies, autour du thème de son Enfance (Luc, 1, 5 - 2, 52).
  • la préparation de son ministère public (Luc, 3, 1 - 4, 13).
  • le ministère de Jésus en Galilée (Luc, 4, 14 - 9, 50).
  • le voyage de Jésus vers Jérusalem (Luc, 9, 51 - 19, 27).
  • le rejet de Jésus par Jérusalem (Luc, 19, 28 - 21, 38).
  • le dernier repas de Jésus et sa mise au rang des pécheurs dans sa condamnation et son éxécution (Luc, 22, 1 - 23, 56a).
  • la victoire décisive de Jésus, sa promesse de l’Esprit et son ascension (Luc, 23, 56b - 24, 53).

Cette scène est tirée de la période du ministère de Jésus en Galilée, première grande partie de sa mission.

2. Message

Dans la liturgie Catholique Romaine, les textes d’Evangile choisis pour les jours qui suivent la Fête de l’Epiphanie, dans ce temps de l’Avent-Noël-Epiphanie, continuent de nous révéler qui est Jésus, à travers quelques aspects choisis de sa mission.

Dans cette guérison/purification d’un lépreux, Jésus commence par affirmer qu’il a la capacité, et la volonté, de purifier cet homme qui s’adresse à lui en le nommant “Seigneur”. Puis, passant à l’acte, il touche cet homme et le libère de sa maladie impure.

Du même coup, Jésus se situe par rapport à la Loi Juive : d’une part, il l’enfreint, en touchant cet homme, dont il devait demeurer à distance en raison de son impureté légale (car pour Jésus purifier et guérir cet homme représente une nécessité et une urgence qui “dépassent” la Loi), d’autre part, il la respecte en demandant au lépreux guéri d’aller faire reconnaître officiellement par le prêtre Juif qu’il est libéré de sa maladie et peut donc réintégrer normalement la société.

En outre, Jésus demande qu’on ne divulgue pas la guérison qu’il vient d’accomplir, pour la raison, semble-t-il, qu’il ne veut pas que son action soit mal interprétée et perde sa valeur de “signe” de la purification totale de tout homme qu’il est venu réaliser en tant que salut de Dieu et entrée dans le Royaume des cieux. Loin de chercher la publicité, il se retire au désert pour prier, et situer ainsi l’authenticité de sa mission.

3. Decouvertes

Déjà, dans cet épisode, Jésus apparaît en tension avec les autorités religieuses de son peuple, dans la mesure où il conteste les institutions religieuses d’Israël. En effet, lorsqu’il demande au lépreux guéri d’observer la Loi, il le fait en se plaçant lui-même au dessus de cette Loi et en la dépassant, au nom de sa mission.

Même s’il tient à ce qu’on ne divulgue pas son action de purification du lépreux, Jésus, en demandant à ce dernier d’aller faire constater sa guérison, ne peut pas ne pas attirer l’attention sur lui, l’auteur de cette purification.

Ce “signe” accompli par Jésus montre qu’il est venu libérer tous ceux qui, d’une manière ou d’une autre, vivent dans l’oppression, selon le texte d’Isaïe qu’il avait choisi de lire et de commenter dans la synagogue de Nazareth, en Luc, 4, 14 - 22.

Luc est l’Evangéliste qui nous montre le plus l’importance de la prière dans la vie et le ministère de Jésus, et principalement à l’occasion de chaque événement important ou étape nouvelle de sa mission.

4. Prolongement

La victoire de Jésus sur toute sorte de mal, maladie ou infirmité, est l’annonce de sa victoire totale, qui purfie les hommes de leurs péchés et leur fait don de l’authentique liberté des enfants de Dieu :

12 ensevelis avec lui lors du baptême, vous en êtes aussi ressuscités avec lui, parce que vous avez cru en la force de Dieu qui l’a ressuscité des morts.

13 Vous qui étiez morts du fait de vos fautes et de votre chair incirconcise, Il vous a fait revivre avec lui ! Il nous a pardonné toutes nos fautes !

20 Du moment que vous êtes morts avec le Christ aux éléments du monde, pourquoi vous plier à des ordonnances comme si vous viviez encore dans ce monde ?

21 ” Ne prends pas, ne goûte pas, ne touche pas ”,

22 tout cela pour des choses vouées à périr par leur usage même ! Voilà bien les prescriptions et doctrines des hommes !

23 Ces sortes de règles peuvent faire figure de sagesse par leur affectation de religiosité et d’humilité qui ne ménage pas le corps ; en fait elles n’ont aucune valeur pour l’insolence de la chair.

Prière

*SEIGNEUR JESUS, EN RELISANT TA MANIERE D’EXERCER TON MINISTERE, NOUS MESURONS A QUEL POINT PRIMAIT POUR TOI L’ESSENTIEL, QUI ETAIT DE REALISER LA VOLONTE DU PERE, ET DE PRESENTER LE PLAN DE SALUT DE DIEU, DANS TOUTE SON AUTHENTICITE, DE LIBERATION TOTALE ET INTERIEURE DE TOUS LES HOMMES, QUE TU ETAIS VENU SAUVER PAR TA PAROLE PROPHETIQUE, TON ENGAGEMENT UNIQUE DE SERVITEUR DE TOUS, ET DE REVELATEUR DE LA MISERICORDE GRATUITE DE DIEU, QUI, PAR TOI, NOUS PURIFIE ET NOUS TRANSFORME, AFIN QUE NOUS PUISSIONS PARTAGER SA VIE EN DEVENANT SES FILS, ET C’EST POURQUOI, TU AGIS TOUJOURS DANS LA VERITE ET LA FIDELITE A TA MISSION : DONNE-MOI CE MÊME SOUCI DE VERITE, LORSQUE JE TE SUIS EN QUALITE DE DISCIPLE, ET ME SAIS CHARGé PAR TOI DE TEMOIGNER DE TA BONNE NOUVELLE, ET D’EN VIVRE, DEVANT TOUS LES HOMMES ET FEMMES QUE JE RENCONTRE . AMEN.

10.01.2003*


La Bible commentée · Liturgie du jour