📘 Commentaire biblique de l’abbé Léon Hamain


Première lecture : 1 Jean 1, 1-10

DE LA PREMIERE LETTRE DE JEAN

Texte

5 Or voici le message que nous avons entendu de lui et que nous vous annonçons : Dieu est Lumière, en lui point de ténèbres.
6 Si nous disons que nous sommes en communion avec lui alors que nous marchons dans les ténèbres, nous mentons, nous ne faisons pas la vérité.
7 Mais si nous marchons dans la lumière comme il est lui-même dans la lumière, nous sommes en communion les uns avec les autres, et le sang de Jésus, son Fils, nous purifie de tout péché.
8 Si nous disons : ” Nous n’avons pas de péché ”, nous nous abusons, la vérité n’est pas en nous.
9 Si nous confessons nos péchés, lui, fidèle et juste, pardonnera nos péchés et nous purifiera de toute iniquité.
10 Si nous disons : ” Nous n’avons pas péché ”, nous faisons de lui un menteur, et sa parole n’est pas en nous
1 Petits enfants, je vous écris ceci pour que vous ne péchiez pas. Mais si quelqu’un vient à pécher, nous avons comme avocat auprès du Père Jésus Christ, le Juste.
2 C’est lui qui est victime de propitiation pour nos péchés, non seulement pour les nôtres, mais aussi pour ceux du monde entier.

Commentaire

1. Situation

Parmi les 3 Lettres de Jean, seules la 2ème et la 3ème se disent avoir été écrites par un auteur qui se nomme “l’Ancien”. Cela n’empêche pas que la 2ème Lettre de Jean partage nombre de ses idées et une grande partie de son vocabulaire avec la 1ère Lettre de Jean, qui, elle, ne porte pas dans son texte de nom d’auteur.

Beaucoup, mais pas tous, considèrent que la 1ère lettre de Jean doit être lue à la suite et en complément de l’Evangile de Jean, et doit donc pour cela être considérée comme écrite par le même auteur, que l’on pense être l’Apôtre Jean, qui se déclare, dans l’Evangile, “le disciple que Jésus aimait”.

Indépendamment des obscurités qui demeurent concernant soit l’auteur unique, soit des auteurs multiples de l’Evangile et des 3 Lettres attribuées à Jean, ces 4 documents tirent leur origine d’une même école d’interprétation des paroles et des actions de Jésus, école que l’on nomme volontiers “la communauté du disciples que Jésus aimait”.

Quant aux dates de composition de ces 4 textes, la majorité des spécialistes les situent les uns par rapport aux autres selon un ordre de composition qui correspond à la place qu’ils occupent dans le Nouveau Testament : l’Evangile, puis la 1ère Lettre , puis la 2ème Lettre, et finalement, la 3ème Lettre de Jean.

Autre constatation : dans ces 3 Lettres, surtout dans la 1ère, il est question de divisions dans la communauté, où l’on doit se séparer de ceux qui “nient que Jésus est venu dans la chair”, et sont, pour cette raison, appelés “anti-christs” (1 Jean, 2, 18 - 19 et 4, 2 - 3; 2 Jean, 4, 9).

Si la 2ème et la 3ème Lettre de Jean sont, à l’évidence, des “Lettres” adressées à un ou plusieurs destinataires, la 1ère Lettre ressemble plutôt à une “homélie”, difficile à structurer, mais qui se présente comme porteuse d’une message d’exhortation et d’assurance.

On peut toutefois trouver un “fil directeur” de cette 1ère Lettre en l’unifiant autour du thème de notre “communion avec Dieu”, dont 3 séries de critères nous sont proposés : - nous sommes en communion avec Dieu en participant à la lumière de Dieu (dans laquelle il nous faut marcher, libérés du péché, dans l’amour et dans la foi : 1, 5 - 2, 28), - nous sommes en communion avec Dieu dans la mesure où nous sommes enfants de Dieu (par la pratique de la justice, en ne péchant pas, puis de la charité, à l’exemple du Fils de Dieu, et du discernement dans la foi : 2, 29 - 4, 6), - nous sommes en communion avec Dieu dans la réception de son amour (amour qui vient de Dieu, lui-même défini comme “Amour”, et qui s’enracine dans la foi, laquelle est bien la racine de la charité : 4, 7 - 5, 12)

2. Message

Cette Lettre, toute centrée sur la communion avec Dieu, obtenue par la rencontre de Jésus, en qui s’est manifesté le Verbe de Vie, nous en détaille un certain nombre de critères. Une première approche nous en est fournie entre 1, 5 et 2, 28, sur le thème de notre participation à la Lumière de Dieu.

Dieu est Lumière. Si nous sommes en communion avec lui, nous ne pouvons que marcher dans la lumière et être en communion les uns avec les autres, purifiés par la mort-résurrection de Jésus, dont nous recevons l’efficacité salvatrice.

Mais, sommes-nous vraiment en communion avec Dieu ? Oui, si nous agissons selon la Vérité, sinon nous marchons dans les ténèbres.

Cette vérité suppose que nous reconnaissions devant lui notre fondamentale et initiale condition de pécheurs, condition qui n’a pu et ne peut changer que par l’obtention de son pardon, accordée par Jésus Christ, le Juste, qui, par son offrande personnelle, a racheté tous les hommes. Donc, pas de communion avec Dieu, sans avoir reçu le don gratuit du salut par Jésus Christ, qui nous purifie du péché.

3. Decouvertes

Il s’agit donc de marcher dans la lumière, après avoir été libérés du péché. Au point de départ, il faut donc percevoir que Dieu est Lumière, pour discerner quelle conduite convient à des “chercheurs” de lumière ou des “fils” de lumière.

Cette Lettre nous invite à un débat intérieur avec nous-mêmes, débat ponctué par tous les “si”, autant d’éventualités ou de pistes de réflexion que propose le texte.

“Marcher dans la lumière”, c’est “vivre dans la lumière”, ce qui veut dire se comporter d’une façon qui reflète la lumière découverte en Dieu.

Il y a incompatibilité radicale entre la lumière et le péché, la lumière et les ténèbres, la lumière et le mensonge, car péché, ténèbres et mensonge se rejoignent.

C’est donc seulement en reconnaissant que nous sommes pécheurs, et en ayant la conviction qu’on ne peut être sauvé que par le Christ qui nous a obtenu le pardon de Dieu et la réconciliation, que nous demeurons dans la lumière.

4. Prolongement

Parole sur ce thème dans l’Evangile de Jean, suite à la rencontre de Jésus avec Nicodème :

17 Car Dieu n’a pas envoyé son Fils dans le monde pour juger le monde, mais pour que le monde soit sauvé par lui.

18 Qui croit en lui n’est pas jugé ; qui ne croit pas est déjà jugé, parce qu’il n’a pas cru au Nom du Fils unique de Dieu.

19 Et tel est le jugement : la lumière est venue dans le monde et les hommes ont mieux aimé les ténèbres que la lumière, car leurs œuvres étaient mauvaises.

20 Quiconque, en effet, commet le mal hait la lumière et ne vient pas à la lumière, de peur que ses œuvres ne soient démontrées coupables,

21 mais celui qui fait la vérité vient à la lumière, afin que soit manifesté que ses œuvres sont faites en Dieu. “

Prière

*Seigneur Jésus, tu es la lumière du monde, et celui qui te suit, en reconnaissant qu’il ne peut rien faire sans toi, en accueillant ta parole dans la foi, et en cherchant à reproduire ton attitude toute de vérité et de miséricorde, celui-là ne marche pas dans les ténèbres du péché, mais il aura la lumière qui conduit à la vie : donne-moi de ne jamais chercher d’autre lumière que celle que tu me proposes, et que tu manifestes toi-même comme transparence de la lumière de Dieu, donne-moi de me laisser purifier par cette lumière, qui seule me permet une existence selon la vérité, et d’authentiques démarches de partage avec mes frères et mes sœurs dans l’amour. AMEN.

28.12.2002.*

Évangile : Matthieu 2, 13-18

DE L’EVANGILE DE MATTHIEU

Texte

13 Lorsqu’ils (les Mages) furent partis, voici, un ange du Seigneur apparut en songe à Joseph, et dit: Lève-toi, prends le petit enfant et sa mère, fuis en Égypte, et restes-y jusqu’à ce que je te parle; car Hérode cherchera le petit enfant pour le faire périr.
14 Joseph se leva, prit de nuit le petit enfant et sa mère, et se retira en Égypte.
15 Il y resta jusqu’à la mort d’Hérode, afin que s’accomplît ce que le Seigneur avait annoncé par le prophète: J’ai appelé mon fils hors d’Égypte.
16 Alors Hérode, voyant qu’il avait été joué par les mages, se mit dans une grande colère, et il envoya tuer tous les enfants de deux ans et au-dessous qui étaient à Bethléhem et dans tout son territoire, selon la date dont il s’était soigneusement enquis auprès des mages.
17 Alors s’accomplit ce qui avait été annoncé par Jérémie, le prophète:
18 On a entendu des cris à Rama, Des pleurs et de grandes lamentations: Rachel pleure ses enfants, Et n’a pas voulu être consolée, Parce qu’ils ne sont plus.

Commentaire

1. Situation

L’Evangile de l’Enfance du Christ représente le morceau le plus important de la première partie de l’Evangile de Matthieu, qu’on peut intituler “Naissance et débuts”, et qui, outre ces récits d’enfance, nous décrit la mise en route du ministère public de Jésus, suite à la prédication de Jean Baptiste, au baptême, et aux tentations de Jésus au désert (1, 1 - 4, 24).

Immédiatement après ce premier ensemble de textes, nous rencontrons le premier des 5 grands discours que Matthieu fait prononcer à Jésus, le “Sermon sur la Montagne” (4, 23 - 7, 24), ces 5 grands discours rythmant tout son Evangile dans la mesure où ils sont tous séparés les uns des autres par autant de récits nous rapportant des actions et autres propos de Jésus.

Dans l’Evangile de l’Enfance proprement dit (1, 1 - 2, 23), suite à une longue généalogie nous montrant que Joseph est bien le descendant de David (1, 1 - 17), suite à l’annonce par l’Ange du Seigneur au même Joseph qu’il doit adopter et nommer cet enfant conçu de l’Esprit Saint dans le sein de son épouse (1,18 - 25), mention nous est faite de la naissance de Jésus. Mais un nouvel épisode se déroule immédiatement sous nos yeux, le récit d’un “pélerinage” de quelques mages d’Orient, qui, arrivés à Jérusalem en recherche d’un roi des Juifs annoncé par une étoile, sont envoyés à Bethléem pour y trouver l’enfant Jésus, et lui offrir leurs hommages et leurs présents (2, 1 - 12).

Notre passage suit immédiatement cette visite des Mages.

2. Message

Pour comprendre le message de notre page en ses 2 tableaux (la Fuite en Egypte et le Massacre des Innocents), il faurt se rappeler que, dans le récit précédent, lors du passage des Mages d’Orient à Jérusalem, le roi Hérode leur avait demandé de repasser le voir après leur visite à Bethléem, pour lui indiquer l’endroit exact où se trouvait l’enfant-roi qu’ils cherchaient (2, 8). Ce que les Mages ne firent pas, sur une invitation divine reçue en songe (2, 12).

La trame du récit de notre lecture de ce jour est bien conue : anticipant la réaction sauvage et meurtrière d’ Hérode, l’Ange du Seigneur demande à Joseph de fuir en Egypte avec l’enfant Jésus et sa mère. Si bien que lorsqu’a lieu le massacre des enfants de Bethléem, ordonné par Hérode en sa fureur, Jésus se trouve hors d’atteinte, en Egypte, où il demeurera en sécurité jusqu’à la mort d’Hérode (2, 13 - 20).

Derrière cette trame de l’histoire que nous lisons, nous est transmis, à 2 reprises, un message prophétique très important, nous ouvrant au “mystère” de Jésus, et résumé en 2 citations de l’Ancien Testament, que Matthieu nous déclare accomplies.

D’abord la citation d’Osée, 11, 1 (“D’Egypte, j’ai appelé mon fils”), ce qui rappelle l’expérience de la sortie d’Egypte, l’Exode, au temps de Moïse. Le fils dont parle Osée, est le peuple d’Israël, le peuple de Dieu, ainsi libéré de la servitude Egyptienne.

Matthieu applique ici ce message prophétique à Jésus, en tant que personne individuelle, mais en qui s’inaugure une restauration de tout Israël dans une nouveauté radicale (lire à ce propos: Matthieu, 19, 28 et 21, 43). En Jésus enfant, l’histoire, le peuple, et la tradition d’Israël se concentrent.

Ainsi illustrée par Matthieu, la Fuite en Egypte de notre passage “symbolise” toute la mission de Jésus, venu réaliser un nouvel Exode libérateur pour tous ceux qui marcheront derrière lui, le Nouveau Moïse, face auquel le Moïse de l’Exode n’est finalement qu’une pâle figure.

Ensuite, dans l’épisode du massacre des enfants de Bethléem, si le comportement brutal d’Hérode correspond bien à ce que l’on connaît de son caractère, cette scène vient éclairer celle de la fuite en Egypte. Elle nous rappelle l’ordre donné par Pharaon, au temps de la naissance de Moïse, (Exode, 1, 16), de mettre à mort les nouveaux nés Hébreux de sexe masculin. Et, de même que Moïse a échappé au décret de Pharaon par l’astuce de sa mère et la bienveillance de la fille de Pharaon, Jésus, ici, échappe au massacre décrété par Hérode.

Que vient donc faire ici la citation de Jérémie 31, 15 (sur “Rachel qui pleure ses enfants”) ? En Genèse, 35, 16 - 20, il nous raconté que Rachel pleure, non pas la mort de son fils, mais sa propre mort, qui l’atteint durant son accouchement. Le prophète Jérémie la fait pleurer le départ en exil des tribus de ses enfants, Joseph et Benjamin, tribus de l’Israël du Nord.

On s’est demandé si Matthieu, en citant ainsi Jérémie, dans un extrait de son chapitre sur l’ Alliance Nouvelle (Jérémie, 31, 31 - 34), n’a pas voulu l’associer à .Jésus, le “Serviteur souffrant” de la Nouvelle Alliance (Matthieu, 26, 28). Et ce, d’autant plus, que Jérémie demeurait lié à la “fin des temps” et à l’arrivée du Messie, dans la mémoire d’Israël.

3. Decouvertes

On a remarqué que la façon dont Matthieu nous raconte le départ de Joseph pour l’Egypte rappelle les “fuites ” de Jacob (Genèse, 27, 43 - 45), de Lot (Genèse, 19, 15), de Moïse (Exode, 2, 15), ainsi que celle de Jéroboam, rapportée en 1 Rois, 11, 40.

La tradition situait le tombeau de Rachel à Bethléem : d’où le rapprochement que Matthieu fait entre le massacre des enfants et Rachel. Quant à Rama, l’autre nom de lieu cité dans la phrase de Jérémie reprise par Matthieu, c’était le lieu de rassemblement des déportés d’Israël, partant en exil (Jérémie, 40, 1).

Le retour d’Egypte de Joseph, l’enfant et sa Mère, rapporté dans l’épisode suivant de l’Evangile de l’Enfance de Matthieu, pourrait rappeler également le retour d’exil de Moïse, depuis le Sinaï vers l’Egypte, au livre de l’Exode (Exode, 4, 19 - 23).

4. Prolongement

En filigrane, dans la mesure où le passage de Jésus par la mort, suivi de sa résurrection, peut être interprété comme son “Exode” (Luc, 9, 30 - 31), cette page de l’Evangile de l’Enfance anticipe bien cet événement, décisif et définitif, de l’Heure de Jésus, cet événement dans lequel culmine tout le plan du salut de Dieu :

Jésus, traversant indemne la persécution d’Hérode et “symbolisant”, en même temps, la libération de la sortie d’Egypte, “symbolise” également sa traversée de la mort humaine et son entrée dans sa gloire de Ressuscité.

Toutes ces allusions font vraiment de Jésus le Nouveau Moïse, qui est l’image privilégiée que Matthieu reprend pour nous dire qui est Jésus, et que traduisent également les 5 grands discours de son Evangile, qui font figure des 5 livres de la Loi ou Torah.

Déjà, en notre passage, le Nouveau Moïse sort victorieux de la mort, où les autorités politiques et religieuses de son temps voulaient l’envoyer.

Prière

*Seigneur Jésus, cet épisode dramatique que l’Evangéliste nous présente en forme de méditation poétique, nous permet d’approfondir en quoi consiste le salut de Dieu que tu nous proposes, puisqu’en participant à nos situations humaines d’exclusions, de persécutions, de dangers et de fuites, que nous te voyons vivre symboliquement au cours de ton enfance, avant de les assumer pleinement dans ton engagement d’homme obéissant à la volonté de Dieu en prenant tous les risques, tu prends sur toi la grande aventure de la libération de tous nos esclavages, tu annonces et rends possible notre passage vers un au-delà de vie éternelle dans la gloire même de Dieu : aide-moi à comprendre que désormais mes cheminements humains de joie ou de souffrance, de réussite ou de difficulté, sont, en leur déroulemnt même durant lequel tu nous accompagnes dans la présence de ton Esprit, le lieu d’une qualité de vie à ton image, et selon les valeurs de Lumière, d’amour et de Vérité, dont Dieu fait part à ceux et celles qu’il traite comme ses enfants bien-aimés. AMEN.

28.12.2003.*


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