📘 Commentaire biblique de l’abbé Léon Hamain
Première lecture : 1 Jean 2, 3-11
DE LA PREMIERE LETTRE DE JEAN
Texte
3 Si nous gardons ses commandements, par là nous savons que nous l’avons connu.
4 Celui qui dit: Je l’ai connu, et qui ne garde pas ses commandements, est un menteur, et la vérité n’est point en lui.
5 Mais celui qui garde sa parole, l’amour de Dieu est véritablement parfait en lui: par là nous savons que nous sommes en lui.
6 Celui qui dit qu’il demeure en lui doit marcher aussi comme il a marché lui-même.
7 Bien-aimés, ce n’est pas un commandement nouveau que je vous écris, mais un commandement ancien que vous avez eu dès le commencement; ce commandement ancien, c’est la parole que vous avez entendue.
8 Toutefois, c’est un commandement nouveau que je vous écris, ce qui est vrai en lui et en vous ,car les ténèbres se dissipent et la lumière véritable paraît déjà.
9 Celui qui dit qu’il est dans la lumière, et qui hait son frère, est encore dans les ténèbres.
10 Celui qui aime son frère demeure dans la lumière, et aucune occasion de chute n’est en lui.
11 Mais celui qui hait son frère est dans les ténèbres, il marche dans les ténèbres, et il ne sait où il va, parce que les ténèbres ont aveuglé ses yeux.
Commentaire
1. Situation
Parmi les 3 Lettres de Jean, seules la 2ème et la 3ème se disent avoir été écrites par un auteur qui se nomme “l’Ancien”. Cela n’empêche pas que la 2ème Lettre de Jean partage nombre de ses idées et une grande partie de son vocabulaire avec la 1ère Lettre de Jean, qui, elle, ne porte pas dans son texte de nom d’auteur.
Beaucoup, mais pas tous, considèrent que la 1ère lettre de Jean doit être lue à la suite et en complément de l’Evangile de Jean, et doit donc pour cela être considérée comme écrite par le même auteur, que l’on pense être l’Apôtre Jean, qui se déclare, dans l’Evangile, “le disciple que Jésus aimait”.
Indépendamment des obscurités qui demeurent concernant soit l’auteur unique, soit des auteurs multiples de l’Evangile et des 3 Lettres attribuées à Jean, ces 4 documents tirent leur origine d’une même école d’interprétation des paroles et des actions de Jésus, école que l’on nomme volontiers “la communauté du disciples que Jésus aimait”.
Quant aux dates de composition de ces 4 textes, la majorité des spécialistes les situent les uns par rapport aux autres selon un ordre de composition qui correspond à la place qu’ils occupent dans le Nouveau Testament : l’Evangile, puis la 1ère Lettre , puis la 2ème Lettre, et finalement, la 3ème Lettre de Jean.
Autre constatation : dans ces 3 Lettres, surtout dans la 1ère, il est question de divisions dans la communauté, où l’on doit se séparer de ceux qui “nient que Jésus est venu dans la chair”, et sont, pour cette raison, appelés “anti-christs” (1 Jean, 2, 18 - 19 et 4, 2 - 3; 2 Jean, 4, 9).
Si la 2ème et la 3ème Lettre de Jean sont, à l’évidence, des “Lettres” adressées à un ou plusieurs destinataires, la 1ère Lettre ressemble plutôt à une “homélie”, difficile à structurer, mais qui se présente comme porteuse d’une message d’exhortation et d’assurance.
On peut toutefois trouver un “fil directeur” de cette 1ère Lettre en l’unifiant autour du thème de notre “communion avec Dieu”, dont 3 séries de critères nous sont proposés :
- nous sommes en communion avec Dieu en participant à la lumière de Dieu (dans laquelle il nous faut marcher, libérés du péché, dans l’amour et dans la foi : 1, 5 - 2, 28),
- nous sommes en communion avec Dieu dans la mesure où nous sommes enfants de Dieu (par la pratique de la justice, en ne péchant pas, puis de la charité, à l’exemple du Fils de Dieu, et du discernement dans la foi : 2, 29 - 4, 6),
- nous sommes en communion avec Dieu dans la réception de son amour (amour qui vient de Dieu, lui-même défini comme “Amour”, et qui s’enracine dans la foi, laquelle est bien la racine de la charité : 4, 7 - 5, 12)
Le premier thème abordé dans la 1ère Lettre de Jean, suite au Prologue (1, 1 - 4), est donc : “Marcher dans la Lumière” (1, 5 - 2, 28).
Pour être un membre de la communauté “Johannique”, il faut mener une vie en acccord avec ce que Dieu nous révèle de lui-même : il est “Lumière”, il est Fidèle, il est “Vérité”.
Ce 1er thème” de la Lettre se présente d’abord comme une exhortation double : marcher dans la lumière, éviter les ténèbres (1, 5 - 2, 17). Une seconde partie traitera ensuite des antichrists (2, 18 - 29).
La double exhortation mentionnée, concernant la lumière et les ténèbres, nous apprend d’abord que Dieu est Lumière (1, 5), que nous devons être libérés de tout péché (1, 6 - 2, 2), que nous avons à observer le commandement divin de l’amour (2, 3 - 11 : notre texte), que toutes les catégories de personnes sont invitées à vivre de la foi en Jésus Christ (2, 12 - 14), et qu’il nous faut rejeter le monde (2, 15 - 17).
2. Message
Cette page reprend une affirmation très fréquente dans toute la Bible : connaître Dieu, cela signifie garder les commandements de Dieu, agir selon Dieu.
Déjà, dans l’Evangile de Jean, antérieur à cette lettre, “connaître Dieu” était donné à ceux qui suivaient Jésus, et les séparait de ceux qui lui étaient hostiles (Jean, 1, 10 - 13; 14, 7).
On ne peut donc séparer Ia “connaissance authentique de Dieu” de “l’agir selon Dieu”, en obéissant concrètement à sa volonté. Et l’auteur de notre texte, fait, de ce point de vue, état de 3 attitudes, ou prétentions, qui ne peuvent être reconnues comme authentiques que dans la mesure où elles se traduisent en pratique concrète des commandements :
-
la 1ère se manifeste comme “prétention de connaître Dieu “. Cela ne peut être vrai que si nous gardons sa Parole, en laquelle l’amour de Dieu s’accomplit (2, 4 - 5);
-
la 2ème atteste que “nous demeurons en lui”, ce qui ne peut être vrai que dans la mesure où l’on marche avec Jésus sur son chemin (2, 6);
-
la 3ème attitude est celle de celui qui déclare “être dans la Lumière”, ce qui n’est possible qu’en aimant son frère (2, 9 - 11).
Nous le voyons, toute déclaration, concernant notre relation à Dieu ou à Jésus, n’a de valeur que si elle nous engage à essayer de vivre à la façon de Jésus, à chercher à aimer comme lui a aimé. Le commandement de l’amour résume bien toute l’exigence chrétienne d’une vie qui se sent d’autant plus obligée d’agir à la façon de Jésus qu’elle est persuadée l’avoir rencontré.
3. Decouvertes
Au verset 4, le choix réapparaît entre la Lumière et la Vérité, d’une part, et les ténèbres, d’autre part. Celui qui ne garde pas les commandements est un menteur et se situe en dehors de la Vérité.
Au verset 5, il nous est dit que “l’amour de Dieu est accompli”, ce qui concerne soit notre amour pour Dieu, soit l’amour de Dieu pour nous, soit l’amour comme terme suprême de la révélation de Dieu. Dans de nombreux versets du chapitre 4 de cette lettre, la priorité est donnée à l’initiative de Dieu qui nous aime le premier.
Aux versets 7 et 8, le commandement de l’amour nous est présenté comme “ancien” parce qu’il nous vient de Jésus, en qui est fondée notre foi, ce qui nous situe à l’origine de notre démarche de croyants, mais ce commandement est “nouveau” parce que Jésus, au point d’achèvement de l’histoire du salut, nous l’a révélé comme tel (1 Jean, 3, 16; Jean, 13, 34).
Au verset 8, nous lisons que “la Lumière véritable luit déjà”, parce que, en Jésus présent, comme en son Esprit, après sa mort-résurrection, la Lumière de la fin des temps est déjà là. Jésus, nous dit l’Evangile de Jean, est bien la Lumière qui luit dans les ténèbres (Jean, 1, 5; 8, 12; 9, 5).
Nous lisons au verset 11 : “les ténèbres ont aveuglé ses yeux”. Plusieurs passages, dans l’Evangile de Jean affirment que ceux qui refusent de croire en la Lumière, qu’est Jésus, marchent dans les ténèbrers et sont aveugles (Jean, 9, 39 - 41; 11, 9 - 10; 12, 35. 46).
La 1ère lettre de Jean, que nous lisons, déclare que le croyant qui n’aime pas son frère est aussi aveugle que ceux qui ont rejeté Jésus (1 Jean, 2, 11; 3, 15; 4, 20). Le contraire de l’amour est ici défini comme la “haine”. Telle est l’attitude du “monde”, c’est-à-dire de ceux qui refusent Jésus et ses disciples (Jean,15, 18 - 16, 4a; 17, 14).
4. Prolongement
Quelques textes pour prolonger :
5 Car pour nous, c’est l’Esprit qui nous fait attendre de la foi les biens qu’espère la justice,
6 En effet, dans le Christ Jésus ni circoncision ni incirconcision ne comptent, mais seulement la foi opérant par la charité.
3 Que dis-je? Nous nous glorifions encore des tribulations, sachant bien que la tribulation produit la constance,
4 la constance une vertu éprouvée, la vertu éprouvée l’espérance.
5 Et l’espérance ne déçoit point, parce que l’amour de Dieu a été répandu dans nos coeurs par le Saint Esprit qui nous fut donné.
9 Comme le Père m’a aimé, moi aussi je vous ai aimés. Demeurez en mon amour.
10 Si vous gardez mes commandements, vous demeurerez en mon amour, comme moi j’ai gardé les commandements de mon Père et je demeure en son amour.
11 Je vous dis cela pour que ma joie soit en vous et que votre joie soit complète.
12 Voici quel est mon commandement : vous aimer les uns les autres comme je vous ai aimés.
13 Nul n’a plus grand amour que celui-ci : donner sa vie pour ses amis.
14 Vous êtes mes amis, si vous faites ce que je vous commande.
15 Je ne vous appelle plus serviteurs, car le serviteur ne sait pas ce que fait son maître; mais je vous appelle amis, parce que tout ce que j’ai entendu de mon Père, je vous l’ai fait connaître.
16 Ce n’est pas vous qui m’avez choisi; mais c’est moi qui vous ai choisis et vous ai établis pour que vous alliez et portiez du fruit et que votre fruit demeure, afin que tout ce que vous demanderez au Père en mon nom, il vous le donne.
17 Ce que je vous commande, c’est de vous aimer les uns les autres.
Prière
*Seigneur Jésus, tu t’es proclamé la “Lumière du monde”, tu es donc la véritable Lumière venue en ce monde et qui éclaire tout homme, et tu nous as indiqué comment nous connaîtrons que ta Lumière brille en nous, à savoir si nous faisons la vérité, et si nous aimons nos frères, selon le commandement unique, l’exigence de l’amour fraternel, que tu nous as laissé comme seul “signe” que nous sommes authentiquement tes disciples : rends-moi davantage docile à l’Esprit Saint que tu m’as donné, et qui enracine en mon coeur ta manière d’aimer à la façon de Dieu, afin que toutes mes attitudes traduisent ce don qui m’est fait et le laissent rayonner à travers mon existence humaine concrète de chaque jour. AMEN.
29.12.2003.*
Évangile : Luc 2, 22-35
DE L’EVANGILE DE LUC
Texte
22 Et, quand les jours de leur purification furent accomplis, selon la loi de Moïse, Joseph et Marie le portèrent à Jérusalem, pour le présenter au Seigneur, -
23 suivant ce qui est écrit dans la loi du Seigneur: Tout mâle premier-né sera consacré au Seigneur, -
24 et pour offrir en sacrifice deux tourterelles ou deux jeunes pigeons, comme cela est prescrit dans la loi du Seigneur.
25 Et voici, il y avait à Jérusalem un homme appelé Siméon. Cet homme était juste et pieux, il attendait la consolation d’Israël, et l’Esprit Saint était sur lui.
26 Il avait été divinement averti par le Saint Esprit qu’il ne mourrait point avant d’avoir vu le Christ du Seigneur.
27 Il vint au temple, poussé par l’Esprit. Et, comme les parents apportaient le petit enfant Jésus pour accomplir à son égard ce qu’ordonnait la loi,
28 il le reçut dans ses bras, bénit Dieu, et dit:
29 Maintenant, Seigneur, tu laisses ton serviteur S’en aller en paix, selon ta parole.
30 Car mes yeux ont vu ton salut,
31 Salut que tu as préparé devant tous les peuples,
32 Lumière pour éclairer les nations, Et gloire d’Israël, ton peuple.
33 Son père et sa mère étaient dans l’admiration des choses qu’on disait de lui.
34 Siméon les bénit, et dit à Marie, sa mère: Voici, cet enfant est destiné à amener la chute et le relèvement de plusieurs en Israël, et à devenir un signe qui provoquera la contradiction
35 et à toi-même une épée te transpercera l’âme, afin que les pensées de beaucoup de coeurs soient dévoilées.
Commentaire
1. Situation
Luc est l’auteur d’une oeuvre en deux volumes qui se suivent, et sont écrits pour être lus en suivant : l’Evangile, et les Actes des Apôtres. Luc nous est régulièrement présenté comme disciple et accompagnateur de Paul, bien que nous ne trouvions rien dans son oeuvre des grands thèmes théologiques développés dans les Epîtres de Paul.
Luc a écrit ses 2 Livres entre les années 80 et 90 de notre ère, soit plus de 50 ans après la mort de Jésus, 30 ans après les lettres authentiques de Paul, et quelque 20 ans après l’Evangile de Marc. Ce qui ne veut pas dire que les traditions qu’il reprend ne sont pas aussi anciennes que celles de ceux qui ont écrit avant lui. Cela indique toutefois qu’il s’adresse à des communautés chrétiennes déjà différentes, pour leur annoncer la Bonne Nouvelle de Jésus.
Son Evangile se déroule en huit étapes :
- un Prologue (Luc, 1, 1 - 4) au destinataire de cet Evangile, un certain Théophile, dont nous ne savons rien par ailleurs, Prologue auquel fait écho le Prologue des Actes des Apôtres (Actes, 1, 1 - 5).
- un résumé de toute la Bonne Nouvelle de Jésus, en qui toutes les promesses de Dieu sont accomplies, autour du thème de son Enfance (Luc, 1, 5 - 2, 52).
- la préparation de son ministère public (Luc, 3, 1 - 4, 13).
- le ministère de Jésus en Galilée (Luc, 4, 14 - 9, 50).
- le voyage de Jésus vers Jérusalem (Luc, 9, 51 - 19, 27).
- le rejet de Jésus par Jérusalem (Luc, 19, 28 - 21, 38).
- le dernier repas de Jésus et sa mise au rang des pécheurs dans sa condamnation et son éxécution (Luc, 22, 1 - 23, 56a).
- la victoire décisive de Jésus, sa promesse de l’Esprit et son ascension (Luc, 23, 56b - 24, 53).
L’Evangile de l’Enfance de Jésus selon Luc, se déroule, sur 2 chapitres, dans la succession d’un certain nombre d’épisodes : annonciation à Zacharie, annonce à Marie, visitation de Marie à Elizabeth, naissance et circoncision de Jean Baptiste, naissance de Jésus, présentation de Jésus au Temple, Jésus perdu et retrouvé dans le Temple à l’âge de 12 ans.
Lu selon la savante “mathématique” de Luc, qui s’inspire du livre de Daniel et de sa prophétie de 70 semaines d’années (Daniel, 9, 21 - 27), dans laquelle intervient “Gabriel” que nous retrouvons dans les 2 annonciations, à Zacharie et à Marie, cet Evangile de l’Enfance nous offre un cheminement qui va durer 490 jours, soit 70 semaines, depuis la scène initale de l’apparition de Gabriel à Zacharie au Temple, jusqu’à la présentation de l’enfant Jésus dans le même Temple (40 jours après sa naissance, qui, elle, a lieu 9 mois après sa conception, laquelle a eu lieu 6 mois après l’annonciation à Zacharie, comme le précise Luc, soit un total de 15 mois de 30 jours + 40 jours), qui représente le sommet de tout cet Evangile de l’Enfance, dans la mesure où Jésus y est proclamé, par le vieillard Syméon, comme l’achèvement de toute l’histoire d’Israël et la Lumière qui éclaire toutes les nations. Scène de la présentation au Temple qui rebondira dans la scène finale, dans laquelle Jésus, après avoir été perdu 3 jours (anticipation de son séjour dans la mort) sera retrouvé, toujours dans le Temple, pour l’entendre proclamer qu’il y est “chez son Père” (anticipation de sa résurrection et de son retour à Dieu).
A noter également que, tout au long de cet Evangile de l’Enfance, les paroles, discours et cantiques tiennent une place prépondérante, car ils nous révèlent, à leur façon, tout le mystère de Jésus Christ.
2. Message
A travers cette scène de la présentation au Temple d’un enfant Juif, et de la purification de sa mère, selon la Loi Juive, nous est relaté, une fois de plus, ce que représente l’apparition de Jésus Christ en notre monde.
D’abord, au niveau du “mystère”, dont Luc nous rend compte par le déroulement des 6 épisodes de l’Evangile de l’Enfance, autour du thème de la naissance de Jésus, selon la reprise qu’il y fait du Livre de Daniel, 9,20 - 27, les 70 semaines depuis le premier épisode de l’apparition de l’Ange Gabriel à Zacharie au Temple de Jérusalem sont écoulées au bout de ces 40 jours qui ont suivi la naissance de Jésus, et la prophétie du Livre de Daniel peut donc nous être montrée comme accomplie : en effet, avec l’entrée de Jésus dans le Lieu Saint, porté par ses parents, le Temple est consacré par sa présence, le Justice éternelle y est arrivée, et le “Saint des Saints”, l’endroit le plus sacré de l’édifice, est “oint”. Même si la prédiction de Daniel, écrite d’ailleurs après les événements qu’il est censé annoncer, avait été réalisée au temps d’Esdras et de Néhémie, suite au retour du peuple Juif de son exil à Babylone, et au temps de la re-consécration du Temple, par Judas Maccabée et ses frères lors de leur révolte contre le roi Grec Antiochius Epiphane, Jésus le Christ, apparaissant en notre monde, est bien le seul accomplissement définitif de tout le plan de salut de Dieu.
Il n’en reste pas moins que Jésus, par toute sa mission, va mettre fin à ce Temple, d’une part, en le remplaçant par le “culte en esprit et en vérité” (Jean, 4, 23 - 24) de son “OUI” au Père qu’il nous partage (Jean, 5, 30, entre autres nombreux textes), et, d’autre part, en rassemblant autour de sa présence de Ressuscité, dans l’Esprit Saint, tous ceux qui le suivent et forment avec lui, et entre eux, un seul corps (1 Corinthiens, 12, 12-13. 27). En achevant l’histoire et l’expérience d’Israël, Jésus la dépasse et la fait, d’une certaine manière “éclater”, ce qui ne veut pas dire que cette histoire et cette expérience n’ont plus de sens aujourd’hui pour les croyants, indépendamment même de leur accomplissement, qui n’en demeure pas moins une grâce ineffable et extraordinaire faite par Dieu à ceux qui l’ont découvert et en vivent.
C’est bien d’ailleurs ce que chante l’hymne-prière du vieillard Syméon : le salut de Dieu est désormais accordé pour tous les peuples de la terre, y compris donc tous les païens. Jésus est à la fois la Lumière de la révélation à ces païens et la gloire d’Israël, toute l’humanité étant désormais unifiée en une même bénédiction transformante du Dieu Vivant. Une fois de plus, toute la mission de Jésus se trouve anticipée dans cette scène, pleine de suggestion et de symbolisme, de l’Evangile de son Enfance, mission qui va ensuite s’exprimer jusqu’au terme du parcours historique de Jésus (Luc, 24, 47).
Cet accomplissement définitif du dessein de Dieu, anticipé en cet épisode, et réalisé une fois pour toutes par l’envoi, la Parole, les gestes de miséricorde et l’engagement de Jésus disant “OUI” au Père jusqu’en l’heure de sa mort, ne se fera pas sans une épreuve de vérité pour tous les croyants et disciples de Jésus, à commencer par Marie, sa Mère : comme tous ceux qui sont, ou deviendront, proches de Jésus, elle devra découvrir en Jésus un autre visage du Messie que celui communément attendu en Israël, être témoin de la division des Juifs face à la Parole et aux gestes de Jésus, jusqu’à son rejet officiel, sa condamnation demandée par les autorités religieuses du Temple et du peuple, et sa mort sur la croix. De même que Jésus pleurera sur les villes du Lac de Galilée ainsi que sur Jérusalem et son Temple (Luc, 10, 12 - 15 et 19, 41 - 44), la mère de Jésus et tous les croyants seront déchirés par ce refus de croire en Jésus et l’hostilité que rencontrera son nom à toutes les périodes de l’histoire, rejet déjà annoncé dans notre texte par Syméon.
3. Decouvertes
La Loi Juive ne prévoyait pas directement la présentation des enfants au Temple, mais seulement le rachat des premiers-nés (Exode, 13, 2. 12 - 13. 15), ainsi que la purification de la mère, accompagnée d’une offrande variable selon que l’on est riche ou pauvre : il s’agit ici de l’offrande des pauvres. Cependant, la procédure même du rachat prévu des premiers-nés, avec le versement des 5 “sicles” ( Nombres, 18, 15 - 16), ne nous est pas précisée dans notre passage, qui nous indique toutefois que les parents de Jésus ont bien “accompli tout ce qui était prévu par la Loi” (verset 39).
Syméon est déclaré “prophète” par l’expression : “l’Esprit du Seigneur était sur lui” (voir à ce sujet : 2 Rois, 2, 15; Isaïe, 11, 2 et 41, 1; Ezéchiel, 11, 5). C’est bien sous la poussée de l’Esprit qu’il vient au Temple, intervient et prophétise sur Jésus (versets 26 - 28).
Cette présentation de Jésus-enfant, au Seigneur en son Temple, rappelle également celle qui fut faite jadis du jeune Samuel en 1 Samuel, 1, 21 - 28.
Dans cette scène, le Temple lui-même devient un témoin de l’apparition, en lui-même, de Jésus Messie.
Syméon et Anne (dans la suite de ce récit) sont décrits comme accomplissant parfaitement la Loi dans leur existence personnelle. Cela nous était déjà dit de Zacharie et d’Elizabeth.
Syméon reconnaît et proclame que Jésus est “Christ”, en des paroles qui rappellent celles du 2ème Chant du Serviteur du Deuxième prophète Isaïe (Isaïe, 49, 5 - 6). Il annonce, en outre, que Jésus deviendra “signe” et “pierre d’achoppement”.
Le “glaive” dont Marie sera percée en son coeur n’est pas uniquement celui de la souffrance, mais aussi celui du jugement, dans la mesure où nous sommes ainsi conduits à une meilleure compréhension de ce qu’est Jésus et de sa mission. De ce point de vue, on peut y reconnaître le “glaive de la Parole de Dieu” (Hébreux, 4, 12 - 13).
4. Prolongement
Le cantique de Syméon est toujours, pour nous aujourd’hui, le résumé de notre situation dans l’accomplissement du projet de Dieu réalisé par Jésus en sa mort-résurrection, et dans le don qu’il nous a fait de son Esprit Saint, qui le rend présent au coeur de nos vies comme Sauveur unique et universel de tous les hommes de tous les temps sans exception : achèvement de toute l’hsitoire antérieure d’Israël et ouverture à “toutes les nations”.
La fin des temps est bien là, et il nous appartient d’y laisser insérer notre existence historique de ce 21ème siècle.
La plupart des textes du Nouveau Testament concernant Marie, la Mère de Jésus, nous aident à deviner, de façon impressionnante, combien elle a vécu, dans sa découverte même de qui était Jésus dans sa réalité ultime, le dépassement toujours surprenant que demande notre foi, dans l’accueil, par grâce de l’Esprit Saint, du projet de Dieu, qui nous demande de renoncer à toutes nos idées et hypothèses préconçues, et souvent faisant fi de sa transcendance ineffable :
19 Quant à Marie, elle conservait avec soin toutes ces choses, les méditant en son cœur.
Mystère de la découverte intérieure, par la Mère de Jésus, de la nouveauté radicale du dessein de Dieu que son Fils venait accomplir, en rencontrant des réactions de surprise et de contestation croissantes.
Surprise que l’épisode suivant, qui vient terminer cet Evangile de l’Enfance du Christ selon Luc, nous montre déjà à l’oeuvre chez les parents mêmes de Jésus :
48 A sa vue, ils furent saisis d’émotion, et sa mère lui dit : ” Mon enfant, pourquoi nous as-tu fait cela ? Vois ! ton père et moi, nous te cherchons, angoissés. ”
49 Et il leur dit : ” Pourquoi donc me cherchiez-vous ? Ne saviez-vous pas que je dois être dans la maison de mon Père ? ”
50 Mais eux ne comprirent pas la parole qu’il venait de leur dire.
Nous pouvons continuer cette découverte en allant lire :
- Jean, 2, 3 - 5,
- Marc, 3, 20 - 21 et 3, 32 - 35,
- Luc, 11, 27 - 28,
- Jean, 19, 25 - 27,
- Actes, 1, 12 - 14.
Prière
*Seigneur Jésus, comme le vieillard Syméon de l’Evangile de Luc, qui t’a pleinement reconnu dans cet épisode de ta présentation au Temple de Jérusalem, c’est également, et uniquement, dans l’Esprit Saint, que nous pouvons te reconnaître aujourd’hui comme Seigneur et Fils “monogène” de Dieu, que nous pouvons proclamer, avec toi, que Dieu est ton Père et notre Père, et que nous recevons au plus profond de nous-mêmes l’amour dont le Père t’a aimé, afin que nous l’exprimions en manifestant que nous sommes devenus tes disciples : apprends-moi à me laisser toujours ainsi conduire par ton Esprit Saint, tant dans l’acceuil de ton mystère de Vie, qui me transforme, que dans l’écoute et la mise en oeuvre de ta Parole, qui me permet de reproduire ton image en tous mes comportements. AMEN.
29.12.2003.*