📘 Commentaire biblique de l’abbé Léon Hamain


Première lecture : Hébreux 3, 7-14

DE LA LETTRE AUX HEBREUX

Texte

7 C’est pourquoi, comme le dit l’Esprit Saint : Aujourd’hui, si vous entendez sa voix,
8 n’endurcissez pas vos cœurs comme cela s’est produit dans la Querelle, au jour de la Tentation dans le désert,
9 où vos Pères me tentèrent, me mettant à l’épreuve, alors qu’ils avaient vu mes œuvres
10 pendant quarante ans. C’est pourquoi j’ai été irrité contre cette génération et j’ai dit : Toujours leur cœur se fourvoie, ils n’ont pas connu mes voies ;
11 aussi ai-je juré dans ma colère : Non, ils n’entreront pas dans mon repos.
12 Prenez garde, frères, qu’il n’y ait peut-être en quelqu’un d’entre vous un cœur mauvais, assez incrédule pour se détacher du Dieu vivant.
13 Mais encouragez-vous mutuellement chaque jour, tant que vaut cet aujourd’hui, afin qu’aucun de vous ne s’endurcisse par la séduction du péché.
14 Car nous sommes devenus participants du Christ, si toutefois nous retenons inébranlablement jusqu’à la fin, dans toute sa solidité, notre confiance initiale

Commentaire

1. Situation

Parmi les oeuvres attribuées à Paul se trouve ce long traité célébrant la personne et l’oeuvre de Jésus Christ, et encourageant la fidélité à son Alliance. Ce document est un chef d’oeuvre dans le genre des premières homélies chrétiennes.

Cependant, les différences très nettes de style et de théologie entre ce document et les oeuvres de Paul reconnues par tous comme étant de lui, font qu’on ne peut attribuer à Paul cette Lettre aux Hébreux. Son auteur demeure donc pour nous anonyme.

Il est tout aussi difficile de dater exactement cette homélie. Elle est certainement antérieure à la 1ère Lettre de Clément de Rome aux Corinthiens, qui la cite, et qui, elle-même, ne semble pas être postérieure à l’an 110. Ce qui nous laisse, pour la composition de la Lettre aux Hébreux, une plage qui va de 50 à 90 de notre ère chrétienne, avec, peut-être, une préférence pour les années juste avant 70, compte tenu des nombreuses allusions au Temple de Jérusalem qui s’y trouvent, et de la date de destruction du Temple par les armées romaines, en 70.

Il semble assez probable que cette homélie aurait été adressée à des communautés chrétiennes d’Italie (voir Hébreux, 13, 24).

Dans cette homélie se suivent assez régulièrement des exposés doctrinaux et des exhortations. Tout le message en est centré sur le portrait du Christ, cause et source du salut, et modèle de notre conduite (2, 10; 5, 9; 9, 14; 12, 1 - 2). Les exhortations invitent à tenir bon dans la fidélité au message reçu (confession de foi, partenariat avec le Christ, et comportements que cela implique), ainsi qu’à progresser dans l’attachement au Christ, et dans l’endurance face aux défis du monde.

Cette homélie se déploie selon un plan très rigoureux : après un exorde sur la Parole définitive de Dieu en l’envoi de son Fils ( 1, 1 - 4), et avant la conclusion finale (13, 18 - 25), se succèdent 5 grandes parties : 1) Situation du Christ face à Dieu et aux hommes, finalement définie comme celle d’un “Grand Prêtre” (1, 5 - 2, 18), 2) Le Christ est prêtre, en tant qu’accrédité à la fois auprès de Dieu et des hommes (3, 1 - 5, 10), 3) Le Christ, Grand Prêtre des temps nouveaux, et prêtre d’un genre nouveau, donne accès au véritable sanctuaire, en pardonnant les péchés (5, 11 - 10, 39), 4) Ce qui est requis des chrétiens : la foi et l’endurance (11, 1 - 12, 13), 5) Tableau de l’existence chrétienne, présentée comme engagement sur le chemin de la sainteté et de la paix (12, 14 - 13, 17). A noter que chacune de ces parties est annoncée lors de la fin de la précédente : 1, 4; 2, 17; 5, 10; 10, 36 - 39; 11, 12 - 13.


Notre page se situe dans la 2ème partie de cette homélie, dans laquelle l’auteur nous développe une longue exhortation.

2. Message

Bel exemple d’une de ces exhortations que l’auteur insère çà et là dans le cours de son homélie.

Exhortation qui commence par une longue citation des versets 7 - 11 du Psaume 95, ce psaume étant lui-même une relecture actualisée des révoltes du peuple d’Israël dans le désert de la Péninsule du Sinaï, après la sortie d’Egypte, au temps de Moïse (voir Exode, 17, 7, pour le verset 8, Nombres, 14, 32 - 34, pour le verset 9, Nombres, 14, 21 - 23, pour le verset 11).

Les destinataires de notre homélie sont invités à ne pas imiter l’attitude de ces Hébreux au désert, et à s’attacher à Dieu dans la fidélité et la docilité (voir Nombres, 14, 9 - 11).

En effet, “l’aujourd’hui” de Dieu, dont parle le psaume cité par notre auteur, demeure d’actualité, et se trouve renouvelé pour nous, suite à la résurrection et à l’ascension de Jésus. C’est en fonction de notre fidélité dans cet “aujourd’hui” du Règne de Dieu inauguré dans la vie de nos communauités d’Eglise, où nous cheminons avec le Christ ressuscité, dans l’Esprit Saint, que nous rejoindrons le Christ dans le repos définitif, qu’il partage avec le Père, dans la plénitude du Royaume des cieux.

3. Decouvertes

Après avoir célébré la foi de Moïse et de Jésus (3, 1 - 6), l’auteur nous renvoie à la partie finale du Psaume 95, qui invite les croyants à l’obéissance aux ordres de Dieu.

Ce psaume est une reprise de passages d’Ecriture, qui les actualise, selon une pratique courante dans l’Ancien Testament (voir, entre autres, Isaïe, 41, 17 et 43, 16 - 21), ainsi que dans le Nouveau Testament (par exemple, Jean, 6, 30 - 31).

Dans la Bible, les Israélites du temps de l’Exode fournissent, pour la postérité, un mauvais exemple, fréquemment repris (voir 1 Corinthiens, 10, 1 - 22), en vertu de la notion traditionelle que l’Ecriture est inspirée par l’Esprit Saint.

“L’aujourd’hui” du Psaume rend présent, pour ceux qui le lisent, l’expérience que nous relatent les textes qui nous rapportent la rebellion d’Israël à Massah et Meribah (Exode, 17, 7; Nombres, 20, 1 - 13; Deutéronome, 6, 16; 9, 22 et 33, 8).

Le “repos” de Dieu, dont il est question dans ce Psaume 95, faisait allusion à la Terre promise de Canaan, considérée comme une lieu de “repos”, mais que l’auteur d’Hébreux interprète toutefois autrement plus loin dans la suite de son explication, en 4, 1 - 11, lorsqu’il réactualise,à son tour, “l’aujourd’hui” du Psaume 95.

4. Prolongement

Comme tout le projet de Dieu se trouve accompli dans la mission, l’engagement de Jésus jusqu’à sa mort sur la croix et sa résurrection, et que la “fin des temps” a bien été inaugurée par lui, “l’aujourd’hui de Dieu” représente pour nous le temps de notre histoire humaine, dans laquelle le Christ ressuscité est “Seigneur-avec-nous”, “l’Emmanuel”, qui nous accompagne sans cesse, en nous donnant son Esprit Saint.

Paul nous précise bien en quel sens il “relit”, dans la Bible, les événements du passé de l’histoire d’Israel :

11 Cela leur arrivait pour servir d’exemple, et a été écrit pour notre instruction à nous qui touchons à la fin des temps.

Prière

*Seigneur Jésus, c’est dans notre aujourd’hui, renouvelé chaque jour, de notre histoire, dans laquelle tu nous accompagnes face aux événements que nous rencontrons, que nous avons à te reconnaître, et te suivre, en incluant le “OUI” de notre foi dans ce “OUI” que tu as dit au Père, une fois pour toutes, et qui sauve le monde : fais de moi, dans toutes les circonstances de mon existence, un témoin permanent, vivant et rayonnant, de ton obéissance constante à la volonté de Dieu, qui est ton Père et notre Père. AMEN.

16.01.2003.*

Évangile : Marc 1, 40-45

DE L’EVANGILE DE MARC

Texte

40 Un lépreux vint à lui; et, se jetant à genoux, il lui dit d’un ton suppliant: Si tu le veux, tu peux me rendre pur.
41 Jésus, ému de compassion, étendit la main, le toucha, et dit: Je le veux, sois pur.
42 Aussitôt la lèpre le quitta, et il fut purifié.
43 Jésus le renvoya sur-le-champ, avec de sévères recommandations,
44 et lui dit: Garde-toi de rien dire à personne; mais va te montrer au sacrificateur, et offre pour ta purification ce que Moïse a prescrit, afin que cela leur serve de témoignage.
45 Mais cet homme, s’en étant allé, se mit à publier hautement la chose et à la divulguer, de sorte que Jésus ne pouvait plus entrer publiquement dans une ville. Il se tenait dehors, dans des lieux déserts, et l’on venait à lui de toutes parts.

Commentaire

1. Situation

L’Evangile de Marc est le plus ancien de nos 4 Evangiles. Un témoignage, datant du début du 2ème siècle, nous apprend que Marc aurait écrit son Evangile en qualité d’interprète de Pierre, avec qui il travaillait (voir 1 Pierre, 5, 13). Même si beaucoup pensent que Pierre n’a pas été l’unique source d’information de Marc, concernant les paroles et gestes de Jésus, l’on s’accorde aujourd’hui que cet Evangile a été écrit depuis Rome, par Marc, vers la fin des années 60, sans doute après la mort de Pierre (située vers 66 - 67).

Cet Evangile, centré sur le Règne de Dieu qui nous vient à travers la mission de Jésus, et que nous avons à accueillir en disciples de Jésus, se déroule en 6 grands épisodes, qui suivent le Prologue (1, 1 - 15). Ce Prologue nous présente la mission de Jean Baptiste, ainsi que le baptême, la tentation de Jésus, et son entrée dans son ministère, pour se conclure avec un résumé très synthétique du message de Jésus : “Les temps sont accomplis, le Règne de Dieu s’est approché. Convertissez-vous, et croyez à la Bonne Nouvelle”. Ainsi se suivent ensuite les 6 grands épisodes : - Jésus se révèle avec autorité en Galilée (1, 16 - 3, 6), - Jésus est rejeté en Galilée (3, 7 - 6, 6a), - Les malentendus entre Jésus et ses disciples, en Galilée et ailleurs (6, 6b - 8, 21), - Jésus instruit ses disciples, alors qu’il monte vers Jérusalem (8, 22 - 10, 52), - Les premiers jours de la semaine, unique et finale, de Jésus à Jérusalem (11, 1 - 13, 37), - Fin de la semaine de Jésus à Jérusalem avec sa passion, sa mort et la découverte du tombeau vide (14, 1 - 16, 20).


Notre page constitue le dernier événement d’une “journée bien remplie à Capharnaüm”, par Jésus au début de son ministère en Galilée (1, 21 - 45). Juste auparavant, Jésus avait appelé ses premiers disciples (1, 16 - 20). Juste après, nous assisterons à une série de 5 conflits auxquels Jésus va déjà être confronté, dans la pratique de son ministère, au terme du premier des 6 grands épisodes qui forment l’Evangile de Marc (2, 1 - 3, 6).

Sous le titre d’une “journée bien remplie à Capharnaüm”, l’on rassemble 5 événements qui peuvent prendre place sur environ 24 heures, compte tenu qu’ils nous sont rapportés au moins sur 2 jours différents : enseignement et guérison à la synagogue, guérison de la belle- mère de Simon-Pierre, nombreuses guérisons après le coucher du soleil, retrait de Jésus dès le petit matin du lendemain pour prier, et guérison d’un lépreux, dont traite ici notre page (1, 21 - 45).

A remarquer, toutefois, qu’aux versets 38 - 39, il est question pour Jésus d’aller ailleurs et de parcourir toute la Galilée, et qu’en 3, 7, au début du grand épisode suivant, il sera question d’un retour de Jésus à Capharnaüm. Si bien que ramener tout cela dans l’espace d’une journée suppose que l’on puisse interprétrer les propos de Jésus sur ses déplacements comme ne changeant pas son emploi du temps immédiat, et considérer que “Capharnaüm” désignerait en fait la ville et ses environs.

2. Message

Les 3 premiers versets de notre récit de guérison d’un “lépreux” nous rapportent les 3 éléments essentiels fondamentaux de toute guérison effectuée par Jésus : présentation de la situation du malade ou de l’infirme, guérison par Jésus, constatation de la guérison.

Jésus nous apparaît ici à la fois, d’une part, comme très libre vis-à-vis des obligations de la Loi Juive, qui interdisait tout contact physique avec un “lépreux” (c’est-à-dire toute personne atteinte d’une maladie de peau, mais pas de la “lèpre”, au sens médical moderne du terme), puisqu’il touche le “lépreux”, et, d’autre part, comme tenant à ce que le “lépreux” purifié aille au plus vite faire vérifier sa guérison par les prêtres selon la Loi, de façon à pouvoir réintégrer la société dont il était pratiquement exclu du fait de son état de santé.

De plus, Jésus, dès la guérison accomplie, manifeste une forte émotion, qui ne signifie pas nécessairement qu’il s’est irrité contre cet homme. En éprouvant quelque chose de très fort, Jésus envoie cet homme se montrer aux prêtres, de toute urgence.

Jésus ajoute la consigne du “silence”, à propos de laquelle on peut se demander si elle n’est pas une manière d’inviter l’homme guéri à ne pas perdre de temps pour faire reconnaître officiellement sa guérison, ou si nous nous trouvons devant une des nombreuses consignes de “silence” de Jésus dans l’Evangile de Marc, le but étant d’éviter toute publicité sur les actions puissantes de miséricorde qu’il accomplit, et dont il ne veut pas que le sens soit détourné.

Selon le verset 25, cette consigne n’est pas respectée, comme c’est le cas, à plusieurs reprises, dans l’Evangile de Marc. A moins qu’on lise le verset 25 autrement, en le détachant de ce qui le précède, et en considérant qu’il nous donne un résumé de l’activité de Jésus. En effet, la phrase “il se mit à proclamer bien haut et à répandre la nouvelle”, semble mieux convenir à Jésus qu’au “lépreux ” guéri. Lire cepndant l’explication complexe qu’en donne TOB, Marc, 1, 45, note “y”.

3. Decouvertes

Au verset 41, certains manuscrits portent : “Jésus se mit en colère”, d’autres “Jésus, saisi de pitié”. La plupart des Bibles reprennent cette seconde leçon.

Au verset 44, la consigne de silence n’est pas un cas particulier : on la retrouve en 1, 34; 5, 43; 7, 36; 8, 26. On l’interprète souvent comme précaution pour garder le “secret messianique”.

Jésus estimerait qu’un grand nombre de gens de son époque ne sont pas en état de comprendre le sens profond de ses gestes de miséricorde, et il ne veut pas être “récupéré”, selon une idée “fausse” que les gens se feraient de son ministère.

Au verset 43, la TOB précise que la guérison de la “lèpre” était alors considérée comme un acte comparable à la résurrection des morts, et donc attribuée à Dieu seul (TOB, Marc, 1, 43, note “u”).

4. Prolongement

Jésus guérit, rend la santé, permet une réintégration dans la société pour les exclus. Tous ces gestes sont porteurs d’un dépassement de “sens” et traduisent une “reconstruction ” intérieure des hommes face à Dieu.

Et ces “signes” sont d’autant plus forts que, dans la conception Biblique de l’homme, l’homme est un tout indissociable et unifié en toutes ses dimensions, biologique, psychologique, spirituelle.

Le “corps”, dans cette approche de sens, désigne la totalité de l’homme capable d’entrer en communication, en relation, avec les autres, lui-même et Dieu, et cela dans une démarche de vérité.

Prière

*Seigneur Jésus tu guéris, purifies, reconstruis l’humanité de ceux que tu rencontres ou qui crient vers toi dans leur misère ou leur souffrance, et c’est ainsi que tu nous annonces et que tu réalises le salut de Dieu, qui est communication de ta vie, émanation de la vie même de Dieu dans ton existence d’homme parmi les hommes : aide-moi à me tourner vers toi pour me laisser davantage refaire par toi selon cette création nouvelle que, par ton Esprit Saint, tu effectues en tous ceux et toutes celles qui se remettent entre tes mains dans la foi, et reçoivent, pour la mettre en pratique, ta manière d’aimer comme le Père t’a aimé. AMEN.

15.01.2004.*


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