📘 Commentaire biblique de l’abbé Léon Hamain
Première lecture : Hébreux 2, 5-12
DE LA LETTRE AUX HEBREUX
Texte
5 En effet, ce n’est pas à des anges qu’il a soumis le monde à venir dont nous parlons.
6 Quelqu’un a fait quelque part cette attestation : Qu’est-ce que l’homme pour que tu te souviennes de lui, ou le fils de l’homme pour que tu le prennes en considération ?
7 Tu l’as un moment abaissé au-dessous des anges. Tu l’as couronné de gloire et d’honneur.
8 Tu as tout mis sous ses pieds. Par le fait qu’il lui a tout soumis, il n’a rien laissé qui lui demeure insoumis. Actuellement, il est vrai, nous ne voyons pas encore que tout lui soit soumis.
9 Mais celui qui a été abaissé un moment au-dessous des anges, Jésus, nous le voyons couronné de gloire et d’honneur, parce qu’il a souffert la mort : il fallait que, par la grâce de Dieu, au bénéfice de tout homme, il goûtât la mort.
10 Il convenait, en effet, que, voulant conduire à la gloire un grand nombre de fils, Celui pour qui et par qui sont toutes choses rendît parfait par des souffrances le chef qui devait les guider vers leur salut.
11 Car le sanctificateur et les sanctifiés ont tous même origine. C’est pourquoi il ne rougit pas de les nommer frères,
12 quand il dit : J’annoncerai ton nom à mes frères. Je te chanterai au milieu de l’assemblée.
Commentaire
1. Situation
Parmi les oeuvres attribuées à Paul se trouve ce long traité célébrant la personne et l’oeuvre de Jésus Christ, et encourageant la fidélité à son Alliance. Ce document est un chef d’oeuvre dans le genre des premières homélies chrétiennes.
Cependant, les différences très nettes de style et de théologie entre ce document et les oeuvres de Paul reconnues par tous comme étant de lui, font qu’on ne peut attribuer à Paul cette Lettre aux Hébreux. Son auteur demeure donc pour nous anonyme.
Il est tout aussi difficile de dater exactement cette homélie. Elle est certainement antérieure à la 1ère Lettre de Clément de Rome aux Corinthiens, qui la cite, et qui, elle-même, ne semble pas être postérieure à l’an 110. Ce qui nous laisse, pour la composition de la Lettre aux Hébreux, une plage qui va de 50 à 90 de notre ère chrétienne, avec, peut-être, une préférence pour les années juste avant 70, compte tenu des nombreuses allusions au Temple de Jérusalem qui s’y trouvent, et de la date de destruction du Temple par les armées romaines, en 70.
Il semble assez probable que cette homélie aurait été adressée à des communautés chrétiennes d’Italie (voir Hébreux, 13, 24).
Dans cette homélie se suivent assez régulièrement des exposés doctrinaux et des exhortations. Tout le message en est centré sur le portrait du Christ, cause et source du salut, et modèle de notre conduite (2, 10; 5, 9; 9, 14; 12, 1 - 2). Les exhortations invitent à tenir bon dans la fidélité au message reçu (confession de foi, partenariat avec le Christ, et comportements que cela implique), ainsi qu’à progresser dans l’attachement au Christ, et dans l’endurance face aux défis du monde.
Cette homélie se déploie selon un plan très rigoureux : après un exorde sur la Parole définitive de Dieu en l’envoi de son Fils ( 1, 1 - 4), et avant la conclusion finale (13, 18 - 25), se succèdent 5 grandes parties : 1) Situation du Christ face à Dieu et aux hommes, finalement définie comme celle d’un “Grand Prêtre” (1, 5 - 2, 18), 2) Le Christ est prêtre, en tant qu’accrédité à la fois auprès de Dieu et des hommes (3, 1 - 5, 10), 3) Le Christ, Grand Prêtre des temps nouveaux, et prêtre d’un genre nouveau, donne accès au véritable sanctuaire, en pardonnant les péchés (5, 11 - 10, 39), 4) Ce qui est requis des chrétiens : la foi et l’endurance (11, 1 - 12, 13), 5) Tableau de l’existence chrétienne, présentée comme engagement sur le chemin de la sainteté et de la paix (12, 14 - 13, 17). A noter que chacune de ces parties est annoncée lors de la fin de la précédente : 1, 4; 2, 17; 5, 10; 10, 36 - 39; 11, 12 - 13.
Notre page se situe au début de la 1ère partie de cette homélie, qui nous montre le Christ humilié et exalté, le Grand Prêtre qui nous convient.
2. Message
C’est au Christ, et non aux Anges, qu’est soumis le monde à venir, cette affirmation nous étant présentée en relecture du Psaume 8, sur la grandeur de l’homme.
Rien ne saurait donc être exclu de cette soumission au Christ, bien que cela ne soit pas encore visiblement constatable. Dans sa passion et sa mort, Jésus a été abaissé pour un temps bien au-dessous des Anges, avant d’être exalté en sa résurrection.
Mais, ce faisant, Jésus a vécu une solidarité totale avec tous les hommes qu’il sauve. Cette solidarité s’est manifestée complètement par la participation de l’homme Jésus à notre race. C’est ainsi qu’il nous sanctifie, en nous considérant comme ses frères.
3. Decouvertes
L’auteur de cette homélie relit le Psaume 8, 4 - 6, sur la grandeur de l’homme, en l’appliquant au Christ, en son mystère d’incarnation et de réalisation de notre salut, alors que ce Psaume, considéré en lui-même, célèbre le statut unique de l’homme dans le monde créé par Dieu.
A partir du verset 10, le salut des chrétiens, réalisé en la mort-résurrection de Jésus va le conduire à être reconnu comme Grand Prêtre, acteur du plan de Dieu, qui veut amener une multitude ses fils à la gloire. Ce qui unit le Christ aux hommes, ce n’est pas seulement leur participation commune à l’humanité, mais la sainteté que Jésus procure.
Au verset 12, la citation du Psaume 22, 22, présentée comme une remarque placée dans la bouche de Jésus, souligne sa relation de fraternité à tous les hommes qui le suivent, et nous offre un message de Jésus, proclamant le Nom de Dieu à ses frères, assemblés en communauté.
Rappelons-nous que ce Psaume 22, criant la supplication de l’homme dans la détresse, est très utilisé dans les récits de la passion de Jésus : voir Matthieu, 27, 35. 39. 43. 46, ainsi que Luc, 23, 35, et Jean,19, 24.
4. Prolongement
Nous sommes bien au coeur du mystère du Christ, auquel tout est désormais soumis, après qu’il se soit fait le serviteur de tous, en vivant son engagement, dans l’obéissance au Père, jusqu’au terme de sa mort sur la croix :
25 Il leur dit : ” Les rois des nations dominent sur elles, et ceux qui exercent le pouvoir sur elles se font appeler Bienfaiteurs.
26 Mais pour vous, il n’en va pas ainsi. Au contraire, que le plus grand parmi vous se comporte comme le plus jeune, et celui qui gouverne comme celui qui sert
27 Quel est en effet le plus grand, celui qui est à table ou celui qui sert ? N’est-ce pas celui qui est à table ? Et moi, je suis au milieu de vous comme celui qui sert !
5 Ayez entre vous les mêmes sentiments qui sont dans le Christ Jésus :
6 Lui, de condition divine, ne retient pas jalousement le rang qui l’égalait à Dieu.
7 Mais il s’anéantit lui-même, prenant condition d’esclave, et devenant semblable aux hommes. S’étant comporté comme un homme,
8 il s’humilia plus encore, obéissant jusqu’à la mort, et à la mort sur une croix !
9 Aussi Dieu l’a-t-il exalté et lui a-t-il donné le Nom qui est au-dessus de tout nom,
10 pour que tout, au nom de Jésus, s’agenouille, au plus haut des cieux, sur la terre et dans les enfers,
11 et que toute langue proclame, de Jésus Christ, qu’il est SEIGNEUR, à la gloire de Dieu le Père.
Prière
*Seigneur Jésus, une fois de plus, nous sommes introduits au cœur de ton mystère insondable, quand nous avons à le redécouvrir en ton humilité et ton exaltation, et à entrer, à ta suite, dans cette même démarche d’obéissance au Père, dans la confiance totale que, par toi et en toi, il nous libérera de toute mort : donne-moi de mesurer à quelle communauté de destin avec toi tu m’appelles, quand tu m’invites à te suivre, à ma façon, sur le chemin du don de ta vie au service de tous mes frères et sœurs. AMEN.
14.01.2003.*
Évangile : Marc 1, 21-28
DE L’EVANGILE DE MARC
Texte
Marc, 1
21 Ils se rendirent à Capernaüm. Et, le jour du sabbat, Jésus entra d’abord dans la synagogue, et il enseigna.
22 Ils étaient frappés de sa doctrine; car il enseignait comme ayant autorité, et non pas comme les scribes.
23 Il se trouva dans leur synagogue un homme qui avait un esprit impur, et qui s’écria:
24 Qu’y a-t-il entre nous et toi, Jésus de Nazareth? Tu es venu pour nous perdre. Je sais qui tu es: le Saint de Dieu.
25 Jésus le menaça, disant: Tais-toi, et sors de cet homme.
26 Et l’esprit impur sortit de cet homme, en l’agitant avec violence, et en poussant un grand cri.
27 Tous furent saisis de stupéfaction, de sorte qu’il se demandaient les uns aux autres: Qu’est-ce que ceci? Une nouvelle doctrine! Il commande avec autorité même aux esprits impurs, et ils lui obéissent!
28 Et sa renommée se répandit aussitôt dans tous les lieux environnants de la Galilée.
Commentaire
1. Situation
L’Evangile de Marc est le plus ancien de nos 4 Evangiles. Un témoignage, datant du début du 2ème siècle, nous apprend que Marc aurait écrit son Evangile en qualité d’interprète de Pierre, avec qui il travaillait (voir 1 Pierre, 5, 13). Même si beaucoup pensent que Pierre n’a pas été l’unique source d’information de Marc, concernant les paroles et gestes de Jésus, l’on s’accorde aujourd’hui que cet Evangile a été écrit depuis Rome, par Marc, vers la fin des années 60, sans doute après la mort de Pierre (située vers 66 - 67).
Cet Evangile, centré sur le Règne de Dieu qui nous vient à travers la mission de Jésus, et que nous avons à accueillir en disciples de Jésus, se déroule en 6 grands épisodes, qui suivent le Prologue (1, 1 - 15). Ce Prologue nous présente la mission de Jean Baptiste, ainsi que le baptême, la tentation de Jésus, et son entrée dans son ministère, pour se conclure avec un résumé très synthétique du message de Jésus : “Les temps sont accomplis, le Règne de Dieu s’est approché. Convertissez-vous, et croyez à la Bonne Nouvelle”. Ainsi se suivent ensuite les 6 grands épisodes : - Jésus se révèle avec autorité en Galilée (1, 16 - 3, 6), - Jésus est rejeté en Galilée (3, 7 - 6, 6a), - Les malentendus entre Jésus et ses disciples, en Galilée et ailleurs (6, 6b - 8, 21), - Jésus instruit ses disciples, alors qu’il monte vers Jérusalem (8, 22 - 10, 52), - Les premiers jours de la semaine, unique et finale, de Jésus à Jérusalem (11, 1 - 13, 37), - Fin de la semaine de Jésus à Jérusalem avec sa passion, sa mort et la découverte du tombeau vide (14, 1 - 16, 20).
Notre passage se trouve au début du ministère de Jésus en Galilée, où il arrive après l’arrestation de Jean Baptiste (Prologue, 1, 14 -15). Là, Jésus commence par appeler ses 4 premiers disciples, 4 pêcheurs du Lac de Tibériade (ou Mer de Galilée) : Simon et André, Jacques et Jean, soit 2 fois 2 frères.
2. Message
Notre texte d’aujourd’hui fait partie du 1er tableau que nous rapporte Marc, dans son 1er grand épisode, sur la manière selon laquelle Jésus aborde son ministère en Galilée, et qui nous décrit une journée bien remplie de Jésus à Capharnaüm (1, 21 - 45).
C’est le sabbat, et la scène se passe à la synagogue. Jésus y enseigne et il délivre un possédé d’un esprit impur.
Dans les deux cas, son originalité est soulignée : il parle avec autorité, proposant un message “personnel”, et non pas en interprétant textes et commentaires, comme le faisaient les scribes. Il agit avec une semblable autorité en commandant formellement à l’esprit malin de sortir du possédé.
Originalité, Nouveauté, (car cela surprend beaucoup, mais se manifeste dans cette autorité), Autorité et Efficacité, donc, Popularité : tels sont les maîtres mots qui caractérisent les débuts de la vie publique de Jésus.
3. Decouvertes
Au verset 21 : Il n’était pas nécessaire d’avoir un “mandat” officiel de Rabbi pour enseigner dans une synagogue, à l’époque de Jésus : lors d’un service, le jour du sabbat, à la synagogue, après les prières, les lectures bibliques, tout homme, considéré comme suffisamment formé ou compétent, pouvait se trouver invité à prendre la parole.
A noter que Capharnaüm se trouve sur la rive Nord Ouest de la Mer de Galilée: cette ville est le centre “opérationnel” du ministère de Jésus en Galilée.
Au verset 23 : L’homme que Jésus guérit est possédé par une force du Mauvais. Les exorcismes de Jésus sont présentés comme autant de victoires dans sa lutte contre Satan.
Au verset 24 : Le démon, qui s’exprime à travers les paroles du possédé, reconnaît l’identité de Jésus, et l’instauration par lui du Règne de Dieu, qui va détruire le pouvoir des forces du Mal.
Au verset 25 : Que Jésus délivre ainsi le possédé et le “guérisse” par sa seule parole renforce encore l’autorité de son enseignement : il est manifestation d’une Parole qui, à la fois, instruit et agit efficacement.
4. Prolongement
Jésus se manifeste comme Parole qui instruit et Miséricorde qui agit pour le bien de tous ceux qu’il rencontre. Il est complètement identifié à sa mission. Il va droit au but, sans le moindre détour.
Ce comportement de Jésus est repris aussitôt par ses 4 premiers disciples, qui l’ont immédiatement suivi, en quittant tout, dès qu’il les a appelés (1, 16 - 20), ainsi que par Paul, selon le témoignage qu’il nous donne de son appel par Jésus, en Galates, 1, 15 - 17 :
15 Mais quand Celui qui dès le sein maternel m’a mis à part et appelé par sa grâce daigna
16 révéler en moi son Fils pour que je l’annonce parmi les païens, aussitôt, sans consulter la chair et le sang,
{;a 1:17- sans monter à Jérusalem trouver les apôtres mes prédécesseurs, je m’en allai en Arabie, puis je revins encore à Damas.
Notre vie, à la suite de Jésus, en qualité de disciples, notre souhait d’obéir, comme lui, à la volonté de Père : sont-ce là nos “premières” priorités ? Cherchons-nous Dieu, d’abord, et sans ” détour” ?
Prière
*Seigneur Jésus, tu as décrit ainsi tes adversaires Pharisiens : “ils disent et ne font pas”, et tu as précisé, en ce qui nous concerne, que ce n’est pas celui qui dit “Seigneur, Seigneur”, mais celui qui fait la volonté du Père; qui entrera dans le royaume des cieux : que ma Parole, garantie par la présence en moi de ton Esprit Saint, se traduise toujours en actes qui la confirment et en montrent la portée réelle, de façon à ce que je vive en vérité le commandement que tu nous as laissé, comme signe unique que nous sommes tes disciples : “aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés”. AMEN.
13.01.2004.*