📘 Commentaire biblique de l’abbé Léon Hamain
Première lecture : 1 Samuel 1, 9-20
DU 1er LIVRE DE SAMUEL
Texte
9 Anne se leva, après que l’on eut mangé et bu à Silo. Le sacrificateur Éli était assis sur un siège, près de l’un des poteaux du temple de l’Éternel.
10 Et, l’amertume dans l’âme, elle pria l’Éternel et versa des pleurs.
11 Elle fit un voeu, en disant: Éternel des armées! si tu daignes regarder l’affliction de ta servante, si tu te souviens de moi et n’oublies point ta servante, et si tu donnes à ta servante un enfant mâle, je le consacrerai à l’Éternel pour tous les jours de sa vie, et le rasoir ne passera point sur sa tête.
12 Comme elle restait longtemps en prière devant l’Éternel, Éli observa sa bouche.
13 Anne parlait dans son coeur, et ne faisait que remuer les lèvres, mais on n’entendait point sa voix. Éli pensa qu’elle était ivre,
14 et il lui dit: Jusques à quand seras-tu dans l’ivresse? Fais passer ton vin.
15 Anne répondit: Non, mon seigneur, je suis une femme qui souffre en son coeur, et je n’ai bu ni vin ni boisson enivrante; mais je répandais mon âme devant l’Éternel.
16 Ne prends pas ta servante pour une femme pervertie, car c’est l’excès de ma douleur et de mon chagrin qui m’a fait parler jusqu’à présent.
17 Éli reprit la parole, et dit: Va en paix, et que le Dieu d’Israël exauce la prière que tu lui as adressée!
18 Elle dit: Que ta servante trouve grâce à tes yeux! Et cette femme s’en alla. Elle mangea, et son visage ne fut plus le même.
19 Ils se levèrent de bon matin, et après s’être prosternés devant l’Éternel, ils s’en retournèrent et revinrent dans leur maison à Rama. Elkana connut Anne, sa femme, et l’Éternel se souvint d’elle.
20 Dans le cours de l’année, Anne devint enceinte, et elle enfanta un fils, qu’elle nomma Samuel, car, dit-elle, je l’ai demandé à l’Éternel.
Commentaire
1. Situation
Les 2 Livres de Samuel s’occupent de la période durant laquelle deux événements importants se déroulent en Israël : l’un est l’apparition du prophétisme avec l’émergence de Samuel comme prophète pour tout le peuple d’Israël, l’autre est l’institution de la royauté.
Ainsi le 1er Livre commence immédiatement avec l’entrée en scène de Samuel, et le 2nd se termine juste à la veille du tansfert de la royauté de David à son fils Salomon, dans le cadre d’une succession dynastique.
Ce qui est en jeu dans ces 2 Livres, c’est, d’une part, la survivance et la stabilité d’Israël en tant que peuple unifié et nation, et, d’autre part, la continuité de la compréhension que ce peuple a de lui-même comme “peuple de Dieu”, porteur de la promesse de Dieu à Abraham et de l’Alliance conclue à l’époque de Moïse.
Ces Livres traitent successivement :
- du changement qui se produit en Israël, lié à l’apparition de Samuel et au rôle que l’on veut faire jouer à l’Arche d’alliance (1 Samuel, 1, 1 - 7, 17),
- de l’avènement de la royauté avec le choix de Saül (I Samuel, 8, 1 - 12, 25),
- de la lente stabilisation de la royauté avec la décadence de Saül et la montée de David (1 Samuel,13, 1 - 2 Samuel, 5, 10),
- de la centralisation du royaume sur Jérusalem (2 Samuel, 5, 11 - 12, 31),
- des essais infructueux pour renverser David (2 Samuel, 13, 1 - 20, 25),
- de la préparation par David de sa succession (2 Samuel, 21, 1 - 24, 25).
Notre passage se trouve donc tout au début de la toute première partie de ces Livres de Sanuel, dont il traite de la naissance prochaine.
2. Message
Humiliée par sa rivale, Pennina, l’autre épouse d’Elkana, pour sa stérilité, et ne parvenant pas à se consoler, Anne épanche son coeur devant Dieu au Temple de Silo, en présence du prêtre Eli qui la regarde.
Elle fait alors un voeu au Seigneur, lui promettant, s’il lui permet de d’être mère d’un enfant mâle, de lul offrir cet enfant, en le consacrant à Dieu pour toute la durée de son existence.
Au prêtre qui la voit ainsi prier des lèvres sans aucune émission de son, et qui, de ce fait, la prend pour une personne ivre de vin, Anne fait part de son chagrin profond, et obtient d’Eli un message de paix, d’espérance et de bénédiction.
Yahvé-Dieu va exaucer cette femme qui s’est tournée vers lui : Anne va devenir ainsi la mère du grand prophète Samuel, dont la naissance arrive rapidement suite à cette prière
3. Decouvertes
Samuel ne va pas, à proprement parler être et se comporter comme un “nazir” (consacré officiellement), dans la mesure où le vin et les boissons fermentées ne lui sont pas interdites, ni les contacts impurs.
“Samuel” signifie en réalité “Nom de Dieu” ou “le Nom est “El” (Dieu)“. Cela n’empêche pas qu’il y ait un jeu de mots sur ce nom (s-’-l), voulant dire en ce cas “je l’ai demandé” ou “ce que j’ai demandé est donné”.
On a remarqué à ce propos que ce jeu de mots s’appliquerait davantage au nom du roi Saül (sa’ ûl), qui se prête mieux au texte du verset 28, où Anne déclare qu’il sera “cédé à la demande” de Yahvé. D’où la conclusion qu’en tirent les spécialistes que ce récit de consécration et de naisssance d’un “nazir” aurait d’abord visé Saül, avant d’être attaché aux traditions sur la naissance de Samuel.
4. Prolongement
Notre vocation de baptisés, tous appelés à être “fils” et “filles” de Dieu, en recevant en partage “l’héritage du Christ”, est inscrite one ne peut plus directement ou profondément dans le coeur de Dieu, si l’on peut oser s’exprimer ainsi :
Ephésiens 1
1.3 Béni soit Dieu, le Père de notre Seigneur Jésus Christ, qui nous a bénis de toute sortes de bénédictions spirituelles dans les lieux célestes en Christ!
1.4 En lui Dieu nous a élus avant la fondation du monde, pour que nous soyons saints et irrépréhensibles devant lui,
1.5 nous ayant prédestinés dans son amour à être ses enfants d’adoption par Jésus Christ, selon le bon plaisir de sa volonté,
1.6 à la louange de la gloire de sa grâce qu’il nous a accordée en son bien-aimé.
A ce niveau il s’agit d’une vocation commune dans laquelle tous les aspects de notre vocation individuelle concrète au service de la continuation de la mission de Jésus en notre temps sont intégrés comme venant de Dieu de la même façon, comme Paul le déclare de lui-même :
Galates 1
Mais, lorsqu’il plut à celui qui m’avait mis à part dès le sein de ma mère, et qui m’a appelé par sa grâce,
1.16 de révéler en moi son Fils, afin que je l’annonçasse parmi les païens, aussitôt, je ne consultai ni la chair ni le sang,
1.17 et je ne montai point à Jérusalem vers ceux qui furent apôtres avant moi, mais je partis pour l’Arabie. Puis je revins encore à Damas.
Prière
*Seigneur Jésus, tu nous as déclare que tu étais doux et humble de coeur, et que tous ceux et toutes celles qui étaient dans la peine pouvaient aller à toi pour être consolés, car tu as pris sur toi toutes nos difficultés et toutes les failles de notre existence pour les transformer dans le mystère de ton passage au Père en ta mort-résurrection, qui fait de nous une création nouvelle, appelée à reproduire ton image : prends en ta douce pitié tous nos frères et soeurs qui traversent des difficultés, et, en étant près d’eux la présence du Dieu Vivant “avec-eux”, selon ton Nom d’Emmanuel, aide-les à faire, de leurs épreuves et soucis en tous genres, un lieu de croissance dans la réalité de ton salut et de leur rencontre de Dieu qui les appelle, avec tous les saints, à partager sa gloire. AMEN.
13.01.2004.*
Évangile : Marc 1, 21-28
DE L’EVANGILE DE MARC
Texte
Marc, 1
21 Ils se rendirent à Capernaüm. Et, le jour du sabbat, Jésus entra d’abord dans la synagogue, et il enseigna.
22 Ils étaient frappés de sa doctrine; car il enseignait comme ayant autorité, et non pas comme les scribes.
23 Il se trouva dans leur synagogue un homme qui avait un esprit impur, et qui s’écria:
24 Qu’y a-t-il entre nous et toi, Jésus de Nazareth? Tu es venu pour nous perdre. Je sais qui tu es: le Saint de Dieu.
25 Jésus le menaça, disant: Tais-toi, et sors de cet homme.
26 Et l’esprit impur sortit de cet homme, en l’agitant avec violence, et en poussant un grand cri.
27 Tous furent saisis de stupéfaction, de sorte qu’il se demandaient les uns aux autres: Qu’est-ce que ceci? Une nouvelle doctrine! Il commande avec autorité même aux esprits impurs, et ils lui obéissent!
28 Et sa renommée se répandit aussitôt dans tous les lieux environnants de la Galilée.
Commentaire
1. Situation
L’Evangile de Marc est le plus ancien de nos 4 Evangiles. Un témoignage, datant du début du 2ème siècle, nous apprend que Marc aurait écrit son Evangile en qualité d’interprète de Pierre, avec qui il travaillait (voir 1 Pierre, 5, 13). Même si beaucoup pensent que Pierre n’a pas été l’unique source d’information de Marc, concernant les paroles et gestes de Jésus, l’on s’accorde aujourd’hui que cet Evangile a été écrit depuis Rome, par Marc, vers la fin des années 60, sans doute après la mort de Pierre (située vers 66 - 67).
Cet Evangile, centré sur le Règne de Dieu qui nous vient à travers la mission de Jésus, et que nous avons à accueillir en disciples de Jésus, se déroule en 6 grands épisodes, qui suivent le Prologue (1, 1 - 15). Ce Prologue nous présente la mission de Jean Baptiste, ainsi que le baptême, la tentation de Jésus, et son entrée dans son ministère, pour se conclure avec un résumé très synthétique du message de Jésus : “Les temps sont accomplis, le Règne de Dieu s’est approché. Convertissez-vous, et croyez à la Bonne Nouvelle”. Ainsi se suivent ensuite les 6 grands épisodes : - Jésus se révèle avec autorité en Galilée (1, 16 - 3, 6), - Jésus est rejeté en Galilée (3, 7 - 6, 6a), - Les malentendus entre Jésus et ses disciples, en Galilée et ailleurs (6, 6b - 8, 21), - Jésus instruit ses disciples, alors qu’il monte vers Jérusalem (8, 22 - 10, 52), - Les premiers jours de la semaine, unique et finale, de Jésus à Jérusalem (11, 1 - 13, 37), - Fin de la semaine de Jésus à Jérusalem avec sa passion, sa mort et la découverte du tombeau vide (14, 1 - 16, 20).
Notre passage se trouve au début du ministère de Jésus en Galilée, où il arrive après l’arrestation de Jean Baptiste (Prologue, 1, 14 -15). Là, Jésus commence par appeler ses 4 premiers disciples, 4 pêcheurs du Lac de Tibériade (ou Mer de Galilée) : Simon et André, Jacques et Jean, soit 2 fois 2 frères.
2. Message
Notre texte d’aujourd’hui fait partie du 1er tableau que nous rapporte Marc, dans son 1er grand épisode, sur la manière selon laquelle Jésus aborde son ministère en Galilée, et qui nous décrit une journée bien remplie de Jésus à Capharnaüm (1, 21 - 45).
C’est le sabbat, et la scène se passe à la synagogue. Jésus y enseigne et il délivre un possédé d’un esprit impur.
Dans les deux cas, son originalité est soulignée : il parle avec autorité, proposant un message “personnel”, et non pas en interprétant textes et commentaires, comme le faisaient les scribes. Il agit avec une semblable autorité en commandant formellement à l’esprit malin de sortir du possédé.
Originalité, Nouveauté, (car cela surprend beaucoup, mais se manifeste dans cette autorité), Autorité et Efficacité, donc, Popularité : tels sont les maîtres mots qui caractérisent les débuts de la vie publique de Jésus.
3. Decouvertes
Au verset 21 : Il n’était pas nécessaire d’avoir un “mandat” officiel de Rabbi pour enseigner dans une synagogue, à l’époque de Jésus : lors d’un service, le jour du sabbat, à la synagogue, après les prières, les lectures bibliques, tout homme, considéré comme suffisamment formé ou compétent, pouvait se trouver invité à prendre la parole.
A noter que Capharnaüm se trouve sur la rive Nord Ouest de la Mer de Galilée: cette ville est le centre “opérationnel” du ministère de Jésus en Galilée.
Au verset 23 : L’homme que Jésus guérit est possédé par une force du Mauvais. Les exorcismes de Jésus sont présentés comme autant de victoires dans sa lutte contre Satan.
Au verset 24 : Le démon, qui s’exprime à travers les paroles du possédé, reconnaît l’identité de Jésus, et l’instauration par lui du Règne de Dieu, qui va détruire le pouvoir des forces du Mal.
Au verset 25 : Que Jésus délivre ainsi le possédé et le “guérisse” par sa seule parole renforce encore l’autorité de son enseignement : il est manifestation d’une Parole qui, à la fois, instruit et agit efficacement.
4. Prolongement
Jésus se manifeste comme Parole qui instruit et Miséricorde qui agit pour le bien de tous ceux qu’il rencontre. Il est complètement identifié à sa mission. Il va droit au but, sans le moindre détour.
Ce comportement de Jésus est repris aussitôt par ses 4 premiers disciples, qui l’ont immédiatement suivi, en quittant tout, dès qu’il les a appelés (1, 16 - 20), ainsi que par Paul, selon le témoignage qu’il nous donne de son appel par Jésus, en Galates, 1, 15 - 17 :
15 Mais quand Celui qui dès le sein maternel m’a mis à part et appelé par sa grâce daigna
16 révéler en moi son Fils pour que je l’annonce parmi les païens, aussitôt, sans consulter la chair et le sang,
{;a 1:17- sans monter à Jérusalem trouver les apôtres mes prédécesseurs, je m’en allai en Arabie, puis je revins encore à Damas.
Notre vie, à la suite de Jésus, en qualité de disciples, notre souhait d’obéir, comme lui, à la volonté de Père : sont-ce là nos “premières” priorités ? Cherchons-nous Dieu, d’abord, et sans ” détour” ?
Prière
*Seigneur Jésus, tu as décrit ainsi tes adversaires Pharisiens : “ils disent et ne font pas”, et tu as précisé, en ce qui nous concerne, que ce n’est pas celui qui dit “Seigneur, Seigneur”, mais celui qui fait la volonté du Père; qui entrera dans le royaume des cieux : que ma Parole, garantie par la présence en moi de ton Esprit Saint, se traduise toujours en actes qui la confirment et en montrent la portée réelle, de façon à ce que je vive en vérité le commandement que tu nous as laissé, comme signe unique que nous sommes tes disciples : “aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés”. AMEN.
13.01.2004.*