📘 Commentaire biblique de l’abbé Léon Hamain
Première lecture : Hébreux 4, 12-16
DE LA LETTRE AUX HEBREUX
Texte
12 Vivante, en effet, est la parole de Dieu, efficace et plus incisive qu’aucun glaive à deux tranchants, elle pénètre jusqu’au point de division de l’âme et de l’esprit, des articulations et des moelles, elle peut juger les sentiments et les pensées du cœur.
13 Aussi n’y a-t-il pas de créature qui reste invisible devant elle, mais tout est nu et découvert aux yeux de Celui à qui nous devons rendre compte.
14 Ayant donc un grand prêtre souverain qui a traversé les cieux, Jésus, le Fils de Dieu, tenons ferme la profession de foi.
15 Car nous n’avons pas un grand prêtre impuissant à compatir à nos faiblesses, lui qui a été éprouvé en tout, d’une manière semblable, à l’exception du péché.
16 Avançons-nous donc avec assurance vers le trône de la grâce afin d’obtenir miséricorde et de trouver grâce, pour une aide opportune
Commentaire
1. Situation
Parmi les oeuvres attribuées à Paul se trouve ce long traité célébrant la personne et l’oeuvre de Jésus Christ, et encourageant la fidélité à son Alliance. Ce document est un chef d’oeuvre dans le genre des premières homélies chrétiennes.
Cependant, les différences très nettes de style et de théologie entre ce document et les oeuvres de Paul reconnues par tous comme étant de lui, font qu’on ne peut attribuer à Paul cette Lettre aux Hébreux. Son auteur demeure donc pour nous anonyme.
Il est tout aussi difficile de dater exactement cette homélie. Elle est certainement antérieure à la 1ère Lettre de Clément de Rome aux Corinthiens, qui la cite, et qui, elle-même, ne semble pas être postérieure à l’an 110. Ce qui nous laisse, pour la composition de la Lettre aux Hébreux, une plage qui va de 50 à 90 de notre ère chrétienne, avec, peut-être, une préférence pour les années juste avant 70, compte tenu des nombreuses allusions au Temple de Jérusalem qui s’y trouvent, et de la date de destruction du Temple par les armées romaines, en 70.
Il semble assez probable que cette homélie aurait été adressée à des communautés chrétiennes d’Italie (voir Hébreux, 13, 24).
Dans cette homélie se suivent assez régulièrement des exposés doctrinaux et des exhortations. Tout le message en est centré sur le portrait du Christ, cause et source du salut, et modèle de notre conduite (2, 10; 5, 9; 9, 14; 12, 1 - 2). Les exhortations invitent à tenir bon dans la fidélité au message reçu (confession de foi, partenariat avec le Christ, et comportements que cela implique), ainsi qu’à progresser dans l’attachement au Christ, et dans l’endurance face aux défis du monde.
Cette homélie se déploie selon un plan très rigoureux : après un exorde sur la Parole définitive de Dieu en l’envoi de son Fils ( 1, 1 - 4), et avant la conclusion finale (13, 18 - 25), se succèdent 5 grandes parties : 1) Situation du Christ face à Dieu et aux hommes, finalement définie comme celle d’un “Grand Prêtre” (1, 5 - 2, 18), 2) Le Christ est prêtre, en tant qu’accrédité à la fois auprès de Dieu et des hommes (3, 1 - 5, 10), 3) Le Christ, Grand Prêtre des temps nouveaux, et prêtre d’un genre nouveau, donne accès au véritable sanctuaire, en pardonnant les péchés (5, 11 - 10, 39), 4) Ce qui est requis des chrétiens : la foi et l’endurance (11, 1 - 12, 13), 5) Tableau de l’existence chrétienne, présentée comme engagement sur le chemin de la sainteté et de la paix (12, 14 - 13, 17). A noter que chacune de ces parties est annoncée lors de la fin de la précédente : 1, 4; 2, 17; 5, 10; 10, 36 - 39; 11, 12 - 13.
Notre page se situe tout à la fin de la 2ème partie de cette homélie, dans laquelle l’auteur nous a développé une longue exhortation.
2. Message
Dans cette 2ème partie de la Lettre aux Hébreux (3, 1 - 5, 10), qui nous montre la qualité du sacerdoce du Christ, laquelle tient au fait qu’il est à la fois totalement accrédité auprès de Dieu (3, 1 - 6), et totalement solidaire des hommes (4, 15 - 5, 10), accomplissant en sa personne les figures de Moïse (3, 2) et d’Aaron (5, 4), se trouve insérée une longue exhortation à la fidélité chrétienne, dont nous lisons la fin aujourd’hui (3, 7 - 4, 14).
Notre page contient ainsi d’abord la conclusion de cette exhortation, conclusion dans laquelle nous sommes amenés à découvrir la capacité de jugement de la Parole de Dieu.
En effet, en plus de son appel insistant à la foi vécue dans la fidélité, cette Parole de Dieu fait en nous la vérité à la façon d’un juge au regard duquel toute notre existence apparaît en transparence totale, qu’il s’agisse de notre vie biologique et psychologique (dont l’âme est le principe), ou de notre vie spîrituelle (dont notre esprit est le principe).
Nous voici donc pénétrés de fond en comble par cette Parole, car rien n’échappe à sa maîtrise.
Le thème du “Christ-Grand-Prêtre” reprend ensuite, dès le verset 14. Ce Grand Prêtre, qui a traversé les cieux dans son élévation en gloire, demeure de plain pied avec nous, car il a partagé notre existence humaine en tous points, à la seule exception du péché. Nous pouvons donc, par lui, nous approcher de Dieu et obtenir la grâce du salut et sa miséricorde. Ce qui suppose que nous tenions bon dans la foi.
3. Decouvertes
Au verset 13, tous les “possessifs” pourraient, grammaticalement, s’appliquer aussi bien à Dieu qu’à sa Parole.
Cette réflexion finale de la longue exhortation à la fidélité se concentre sur le rôle de la Parole de Dieu, que l’auteur a fait s’exprimer, en citant longuement le Psaume 95 dans le corps de cette exhortation à la fidélité.
La Parole de Dieu, dans la Bible, nous est présentée comme vivante et active dans la création (Genèse, 1, 3; Psaume 33, 9; Isaïe, 55, 11; Sagesse, 9, 1). ainsi que dans le jugement (Amos, 1, 2; Jérémie, 7, 1 - 3). Activités qui invitent à personnifier la Parole de Dieu, présentée comme un guerrier en Sagesse, 18, 14 - 16.
La présentation de la Parole comme une épée semble liée à la comparaison de la langue comme une épée (Isaïe, 49, 2 et Psaume, 57, 4). Paul reprend l’image de la Parole de Dieu comme une épée en Ephésiens, 6, 17. Le Livre de l’Apocalypse fait de même en 1, 16; 2, 12 et 19, 15.
La fin de notre passage (4, 14 - 16) se présente également sous la forme d’une exhortation, transitoire cette fois, qui insiste sur la miséricorde attachée à Jésus, lequel avait déjà été déclaré comme le fidèle par excellence, qui fait appel à notre fidélité (2, 17). C’est par la mission du Christ, maintenant exalté en gloire, que Dieu nous a fait grâce et nous accorde sa miséricorde.
4. Prolongement
Les Pères de l’Eglise ont lu, dans ce texte sur la Parole, l’identification de la Parole de Dieu au Christ Jésus.
Il est vrai que les Prologues de l’Evangile de Jean (1, 1 - 18) et de cette Homélie-Lettre-aux-Hébreux (1, 1 - 4) nous fournissent l’affirmation la plus forte de cette identification de la Parole de Dieu au Christ, proclamé Verbe ( Parole) de Dieu.
Prière
*Seigneur Jésus, tu nous as déclare que hors de toi nous ne pouvions rien faire, soulignant ainsi la nécessité dans laquelle nous nous trouvons de demeurer totalement attachés à toi, et, tout au long de ton ministère, tu as incarné cette parole de Dieu qui fait la vérité dans la vie des hommes, en la proclamant à temps, et à contre temps, ainsi qu’en la manifestant, dans ta manière de vivre ton obéissance au Père, dans le service de tous tes frères et sœurs en humanité, comme une invitation constante, pour nous, a reproduire ton attitude : apprends-moi de nouveau à écouter ta parole de vie, réalisé en mon existence la transparence qui me purifie et me configure toujours plus à ton image de fils du Père et de frère de tous. AMEN.
18.01.2003.*
Évangile : Marc 2, 13-17
DE L’EVANGILE DE MARC
Texte
13 Jésus sortit de nouveau du côté de la mer. Toute la foule venait à lui, et il les enseignait.
14 En passant, il vit Lévi, fils d’Alphée, assis au bureau des péages. Il lui dit: Suis-moi. Lévi se leva, et le suivit.
15 Comme Jésus était à table dans la maison de Lévi, beaucoup de publicains et de gens de mauvaise vie se mirent aussi à table avec lui et avec ses disciples; car ils étaient nombreux, et l’avaient suivi.
16 Les scribes et les pharisiens, le voyant manger avec les publicains et les gens de mauvaise vie, dirent à ses disciples: Pourquoi mange-t-il et boit-il avec les publicains et les gens de mauvaise vie?
17 Ce que Jésus ayant entendu, il leur dit: Ce ne sont pas ceux qui se portent bien qui ont besoin de médecin, mais les malades. Je ne suis pas venu appeler des justes, mais des pécheurs.
Commentaire
1. Situation
L’Evangile de Marc est le plus ancien de nos 4 Evangiles. Un témoignage, datant du début du 2ème siècle, nous apprend que Marc aurait écrit son Evangile en qualité d’interprète de Pierre, avec qui il travaillait (voir 1 Pierre, 5, 13). Même si beaucoup pensent que Pierre n’a pas été l’unique source d’information de Marc, concernant les paroles et gestes de Jésus, l’on s’accorde aujourd’hui que cet Evangile a été écrit depuis Rome, par Marc, vers la fin des années 60, sans doute après la mort de Pierre (située vers 66 - 67).
Cet Evangile, centré sur le Règne de Dieu qui nous vient à travers la mission de Jésus, et que nous avons à accueillir en disciples de Jésus, se déroule en 6 grands épisodes, qui suivent le Prologue (1, 1 - 15). Ce Prologue nous présente la mission de Jean Baptiste, ainsi que le baptême, la tentation de Jésus, et son entrée dans son ministère, pour se conclure avec un résumé très synthétique du message de Jésus : “Les temps sont accomplis, le Règne de Dieu s’est approché. Convertissez-vous, et croyez à la Bonne Nouvelle”. Ainsi se suivent ensuite les 6 grands épisodes : - Jésus se révèle avec autorité en Galilée (1, 16 - 3, 6), - Jésus est rejeté en Galilée (3, 7 - 6, 6a), - Les malentendus entre Jésus et ses disciples, en Galilée et ailleurs (6, 6b - 8, 21), - Jésus instruit ses disciples, alors qu’il monte vers Jérusalem (8, 22 - 10, 52), - Les premiers jours de la semaine, unique et finale, de Jésus à Jérusalem (11, 1 - 13, 37), - Fin de la semaine de Jésus à Jérusalem avec sa passion, sa mort et la découverte du tombeau vide (14, 1 - 16, 20).
Dans le 3ème temps de la révélation de Jésus manifestant son autorité en Galilée, premier grand épisode de l’Evangile de Marc (1, 16 - 3, 6), suite à l’appel des 4 premiers disciples, et aux 5 événements de Capharnaüm, regroupés en presque une journée, nous retrouvons Jésus déjà engagé dans une série de 5 conflits ou controverses (2, 1 - 3, 6).
La première de ces 5 controverses portait sur son affirmation que le Fils de l’homme a sur terre le pouvoir de remettre les péchés, associée à la guérison d’un paralytique (2, 1 - 12).
Avec notre page, nous entrons dans un 2ème conflit que va rencontrer Jésus, lié à son appel du publicain Lévi (2, 13
- 17), et, ensuite, au fait que les disciples de Jésus ne jeûnent pas.
2. Message
Jésus s’en va vers le rivage de la mer de Galilée, et une foule qui vient à lui, et, en passant, comme allant de soi, il appelle à le suivre un publicain, du nom de Lévi, occupé à son bureau de collecteur d’impôts pour l’occupant Romain ou le roi vassal de Rome qui gouvernait la Galilée.
Ce qui nous surprend, à première vue, c’est que cet homme, exclu quasiment de la société, répond immédiatement à l’invitation de Jésus et se met aussitôt à le suivre, aussi rapidement que les 4 premiers disciples.
Mais le fait est là : ce pécheur public, cet homme peu fréquentable devient disciple de Jésus et le suit avec autant de disponibilité et d’enthousiasme que les autres.
La fin de notre texte nous fait rejoindre Jésus partageant le repas avec Lévi et ses amis publicains, de manière très ouverte, et au vu de tous, y compris de quelques scribes et Pharisiens, qui, sur le champ, contestent que Jésus puisse manger ainsi avec des publicains et des pécheurs.
Et telle est bien la 2ème controverse à laquelle Jésus est confronté. En fait, cette contestation publique donne à Jésus l’occasion de préciser le sens de sa mission pour établir le Royaume de Dieu : il est venu appeler, non pas les justes, mais les pécheurs qui ont besoin d’être sauvés par lui.
Cependant, en qualifiant ainsi, au moins indirectement, de “justes” les scribes et les Pharisiens, Jésus fait preuve d’ironie. En effet, qui sont pour lui les véritables pécheurs, sinon ces scribes et ces Pharisiens qui se ferment systématiquemt à tout ce que fait et dit Jésus, et qui n’attribuent pas à Dieu l’origine de leur “justice” ?
En revanche, les pauvres, les exclus, les pécheurs publics, ceux qui sont en “manque” de prise en charge par un Sauveur, ceux-Ià , nous le savons par le reste de l’Evangile et tout l’ensemble du Nouveau Testament, ce sont bien eux que la grâce gratuite de Dieu, offerte par Jésus, rend justes.
3. Decouvertes
Au verset 13, Jésus procède exactement de la même façon pour appeler Lévi, qu’il l’avait fait pour a appeler Simon, André, Jacques et Jean : il passe, et il appelle à le suivre.
Au verset 14, le parallélisme de l’appel de Lévi avec celui des 4 premiers disciples en 1, 16 - 20, suggère que Lévi était l’un des Douze. Mais personne de ce nom se se trouve dans la liste des Douze de 3, 18 - 19.
Certains manuscrits ont remplacé Lévi par Jacques fils d’Alphée. L’Evangile de Matthieu, en 9, 9, nous apprend que le nom de ce collecteur d’impôts, appelé par Jésus, est Matthieu. Et Marc, dans sa liste des Douze, inclut Matthieu (3, 18).
Lévi devait être un collecteur d’impôts pour le roi Hérode Antipas. Les publicains étaient à la fois soupçonnés de malversations financières, et de manque de loyauté pour la cause d’lsraêl. Il étaient donc assimilés aux pécheurs publics qui n’observent pas la Loi (Matthieu, 11, 9 et 18, 17). Mais cette qualification était, semble-t-il, plus sociale que morale.
Au verset 16, les scribes avaient un métier d’écrivains et d’interprètes de la Loi, les pharisiens appartenaient à une fraternité d’hommes pieux, ce qui les amenait à se “séparer” des autres, qu’ils jugeaient volontiers “impurs”. Beaucoup de scribes étaient Pharisiens.
4. Prolongement
Peu de temps après la résurrection de Jésus et les débuts de l’Eglise, une fois l’Evangile annoncé aux païens de manière officielle, des problèmes de “communauté de table” ont surgi entre des chrétiens d’origine Juive et des chrétiens d’origine païenne.
Relire ce qu’en pense Paul en Galates, 2, 2 - 15.
Jésus annonce déjà ainsi le Royaume de Dieu comme ouvert à tous les hommes et à toutes les femmes de toutes races, peuples et nations.
Prière
*Seigneur Jésus, tu es venu pour que tous les hommes soient sauvés et parviennent à la connaissance de la Vérité, et ce salut que tu nous proposes est pure grâce gratuite de Dieu, acquise et communiquée en ta mission, ta mort-résurrection et le don de l’Esprit Saint : fais que jamais je me prétende “juste” face à mes frères et soeurs, que je serais tenté de proclamer “pécheurs” au vu de leur comportement extérieur, me permettant de juger leur coeur que Dieu seul sonde et connaît. AMEN.
17.01.2004.*