📘 Commentaire biblique de l’abbé Léon Hamain


Première lecture : 2 Corinthiens 3, 1-18

DE LA 2ème LETTRE AUX CORINTHIENS

Texte

15 Oui, jusqu’à ce jour, toutes les fois qu’on lit Moïse, un voile est posé sur leur cœur.
16 C’est quand on se convertit au Seigneur que le voile est enlevé.
17 Car le Seigneur, c’est l’Esprit, et où est l’Esprit du Seigneur, là est la liberté.
18 Et nous tous qui, le visage découvert, réfléchissons comme en un miroir la gloire du Seigneur, nous sommes transformés en cette même image, allant de gloire en gloire, comme de par le Seigneur, qui est l’Esprit.
1 Voilà pourquoi, miséricordieusement investis de ce ministère, nous ne faiblissons pas,
2 mais nous avons répudié les dissimulations de la honte, ne nous conduisant pas avec astuce et ne falsifiant pas la parole de Dieu. Au contraire, par la manifestation de la vérité, nous nous recommandons à toute conscience humaine devant Dieu.
3 Que si notre Évangile demeure voilé, c’est pour ceux qui se perdent qu’il est voilé,
4 pour les incrédules, dont le dieu de ce monde a aveuglé l’entendement afin qu’ils ne voient pas briller l’Évangile de la gloire du Christ, qui est l’image de Dieu.
5 Car ce n’est pas nous que nous prêchons, mais le Christ Jésus, Seigneur ; nous ne sommes, nous, que vos serviteurs, à cause de Jésus.
6 En effet le Dieu qui a dit : Que des ténèbres resplendisse la lumière, est Celui qui a resplendi dans nos cœurs, pour faire briller la connaissance de la gloire de Dieu, qui est sur la face du Christ.

Commentaire

1. Situation

La 2ème Lettre de Paul aux Corinthiens comprend, à vrai dire, 2 lettres, la 1ère, appelée Lettre A, regroupant les chapitres 1 - 9, la 2nde, appelée Lettre B, les chapitres 10 - 13. Cette division est admise par la plupart des spécialistes, même si certains sont allés jusqu’à y découvrir un ensemble de 5 lettres de Paul.

Personne, en revanche, ne met en doute que cette lettre, en son état actuel, soit un texte authentique de Paul, sauf peut-être pour les versets 6, 14 - 7, 1, qu’un certain nombre considèrent comme postérieurs à Paul.

La Lettre A a dû être écrite au printemps de l’année 55, soit environ un année après la 1ère Lettre de Paul aux Corinthiens, tandis que la Lettre B aurait été écrite quelques mois seulement plus tard que la Lettre A, au cours de l’été 55.

Dans ces 2 Lettres, A et B, Paul se trouve sur la défensive face aux chrétiens de Corinthe.

Relisant cette Lettre dans son unité d’ensemble actuelle, nous y distinguons, entre l’adresse et la prière de bénédiction de l’introduction (1, 1 - 11) et les salutations et la bénédiction finale de la conclusion (13, 11 - 13), deux grandes parties qu’on pourrait intituler : - Paul le conciliateur (1, 12 - 9, 15), - Paul se met en situation d’attaquant pour mieux se défendre (10, 1 - 13, 10).

Dans la Lettre A, après une introduction (1, 1 - 11), Paul commence par expliquer pour quelles raisons il a dû annuler un voyage qu’il avait prévu à Corinthe (1, 12 - 2, 13), puis il définit les critères d’un apostolat authentique au service de la cause de Jésus ( 2, 14 - 6, 10). Il reparle ensuite de ses relations avec l’Eglise de Corinthe dans une 3ème partie (6, 11 - 7, 16) avant de conclure sur un appel à participer généreusement à la collecte qu’il a organisée pour les pauvres de l’Eglise de Jérusalem (8, 1 - 9, 15).

Dans la Lettre B (ou 2ème partie de notre actuelle 2ème Lettre aux Corinthiens), Paul se livre d’abord à une défense préliminaire (10, 1 - 18), avant de se lancer, selon une attitude qu’il qualifiera de “folie”, dans un discours plein d’emportement (11, 1 - 12, 13), et de conclure sa défense (12, 14 - 13, 10).


Notre passage se situe dans le 2ème argument de la 1ère grande partie de cette Lettre (ou de la Lettre A).

2. Message

Il faut d’abord remarquer, suite au passage de ce texte lu hier, avec quelle force Paul continue de souligner les caractéristiques de son ministère. Il est, en effet, affronté à une forte opposition dans cette Eglise de Corinthe, dans laquelle des Judéo-Chrétiens plutôt virulents attaquent son autorité apostolique. Le fait qu’il soit ainsi sur la défensive explique le langage qu’il emploie : il parle de splendeur et d’éclat, de hardiesse et de puissance, en contrastant son ministère (quelle audace pour un Juif !) avcec ce que l’Ancien Testament nous apprend du ministère, pourtant unique, de Moïse, dont il est directement question en Exode, 34, 27 - 35. Pour Paul la gloire du ministère apostolique dont il est chargé dépasse quasi infiniment, dans la mesure où elle est vraiment d’un autre ordre, la gloire accordée jadis à Moïse.

A travers son argumentation qui peut nous paraître à première vue compliquée, Paul veut nous faire comprendre que c’est en, et par, Jésus Christ que l’on découvre le sens vrai et définitif de l’Ancien Testament.

Seules l’action et la Parole du Christ, prêchées par l’apôtre dans son Evangile, ont le pouvoir de nous transformer de fond en comble, et de mettre sur nos visages la lumière unique du Seigneur Jésus le Christ.

Face à ce mystère, l’apôtre n’est que le serviteur de la Parole de Dieu qui éclaire, et qu’il annonce à ses frères en se faisant leur serviteur.

3. Decouvertes

Pour bien comprendre cette page, il faut la replacer dans l’ensemble 3, 7 - 18 sur le ministère de la Nouvelle Alliance, et dans lequel Paul insiste fortement sur la liberté à l’égard de la Loi, liberté liée à l’Esprit du Seigneur et à la transformation des croyants qui sont rendus capables à la fois de contempler et de refléter l’image du Christ qui les transfigure.

Comme l’indique bien la Traduction Oecuménique de la Bible (TOB, 3, 6, note “n”), tout cet ensemble, prolongé jusqu’en 4, 6, peut se mettre en un tableau très précis de comparaison entre les deux Alliances :

  • L’Ancienne Alliance fut gravée sur des tables de pierre (3, 3 et 7), alors que la Nouvelle Alliance est écrite dans les coeurs (3, 3 et 6)
  • L’Ancienne Alliance est fondée sur la lettre qui tue et entraîne un ministère de mort, (3, 6 - 7) tandis que la Nouvelle est toute entière selon l’Esprit qui vivifie (3, 6), si bien que le ministère apostolique est ministère selon l’Esprit (3, 3 et 8).
  • L’Ancienne Alliance était un ministère de condamnation, la Nouvelle est ministère de justice (3, 9 ).
  • La gloire de l’Ancienne Alliance n’était qu’un éclat passager (3, 7. 11. 13) alors que la gloire de la Nouvelle Alliance demeure toujours (3, 11).
  • L’Ancien Testament était lu avec un voile (3, 14), qui cachait les limites d’une gloire temporaire (3, 7), tandis que la Nouvelle Alliance est illumination de la connaissance de la gloire de Dieu (4, 6).
  • Si la gloire de l’Ancien Testament resplendissait de façon caduque sur la face de Moïse (3, 7), celle de la Nouvelle Alliance demeure sur le visage du Christ ressuscité (4, 6).

Remarquons que Paul interprète ici, en le contredisant, le message de Exode, 34, 29 - 35, concernant Moïse.

Si, selon Paul, la Loi ne sauve pas, elle joue encore son rôle, à la fois pour les Juifs non Chrétiens qui la lisent comme avec un voile, et pour les chrétiens, pour qui son sens est totalement dévoilé dans l’accomplissement réalisé par Jésus.

L’exprression “Le Seigneur est l’Esprit” a souvent posé question à ceux qui lisent ce passage : s’agirait-il d’une idenfication du Seigneur Jésus ressuscité à l’Esprit Saint ? Même si Jésus, dans les chapitres 14 - 16 de l’Evangile de Jean, a parlé de son retour “autrement” dans l’envoi de l’Esprit du Père, beaucoup pensent que le terme “Seigneur” est simplement “ici” synonyme de Dieu.

A partir du verset 4, 1, et jusqu’en 4, 6, un nouveau thème apparaît, ou plutôt revient : celui de la qualité du ministère de Paul, qui est amené à se défendre sur ce point (1, 12 - 14). Entre le terrain de la honte et les valeurs de l’honneur, de la transparence, de la vérité, de la rectitude, du respect dû à la Parole de Dieu, Paul a, le plus clairement possible, fait choix de ces dernières.

Donc, pas question pour lui de cacher quoi que ce soit, de falsifier la Parole du Seigneur, de tirer profit des frères en les trompant, comme le font de “faux apôtres” (11, 20).

C’est bien par le ministère de Paul que les Corinthiens ont découvert la lumière de l’Evangile. Et si Paul réemploie ici l’image du “voile”, c’est pour souligner que si le message de l’Evangile demeure parfois voilé, c’est, d’une part, peut-être (certains exégètes l’ont dit), qu’il n’est pas toujours facile à comprendre, et, d’autre part, que des forces adverses interviennent pour en dissiper la lumière, ces forces étant celles du monde et de son Prince.

Car Paul agit très différemment : il n’est qu’un serviteur, qui, loin de se prêcher lui-même, se veut engagé au seul service du Christ et des croyants. Il n’intervient que parce que Dieu l’a envoyé, Dieu qui, à travers son ministère, brille directement dans le coeur des croyants, laissant les incroyants dans les ténèbres, selon la distinction de Genèse, 1, 3, que Paul cite.

En se situant ainsi comme un esclave à cause de Jésus, Paul utilise une image qu’il emploie fréquemment (1 Corinthiens, 9, 16 - 23), en lien avec sa théologie de la croix de Jésus (4, 13 et ss. et Philippiens, 2, 5 - 11).

4. Prolongement

Pourquoi notre visage est-il découvert (et l’est-il bien ?) ? Relisons une première “perle” de ce passage :

18 Et nous tous qui, le visage découvert, réfléchissons comme en un miroir la gloire du Seigneur, nous sommes transformés en cette même image, allant de gloire en gloire, comme de par le Seigneur, qui est l’Esprit.

Tel est bien le don de la liberté spirituelle accordée par Jésus en son Esprit Saint, liberté liée à une transfiguration de tout notre être à l’image glorieuse de Jésus, selon une seconde “perle” que nous offre Paul :

6 En effet le Dieu qui a dit : Que des ténèbres resplendisse la lumière, est Celui qui a resplendi dans nos cœurs, pour faire briller la connaissance de la gloire de Dieu, qui est sur la face du Christ

Prière

*Seigneur Jésus, tu t’es déclaré être la lumière du monde, si bien qu’en te suivant nous ne marchons plus dans les ténèbres, mais recevons la lumière de la vie : ouvre davantage mon regard et mon coeur à la clarté de cette Lumière, qui m’est transmise associée à ta Parole, et donne-moi de la traduire en témoignage toujours plus lumineux de ta Vérité et de ta Miséricorde. AMEN.

12.06.2003.*

Évangile : Matthieu 5, 20-26

DE L’EVANGILE DE MATTHIEU

Texte

20 ” Car je vous le dis : si votre justice ne surpasse pas celle des scribes et des Pharisiens, vous n’entrerez pas dans le Royaume des Cieux.
21 ” Vous avez entendu qu’il a été dit aux ancêtres : Tu ne tueras point ; et si quelqu’un tue, il en répondra au tribunal.
22 Eh bien ! moi je vous dis : Quiconque se fâche contre son frère en répondra au tribunal ; mais s’il dit à son frère : “Crétin ! ”, il en répondra au Sanhédrin ; et s’il lui dit : “Renégat ! ”, il en répondra dans la géhenne de feu.
23 Quand donc tu présentes ton offrande à l’autel, si là tu te souviens que ton frère a quelque chose contre toi,
24 laisse là ton offrande, devant l’autel, et va d’abord te réconcilier avec ton frère ; puis reviens, et alors présente ton offrande.
25 Hâte-toi de t’accorder avec ton adversaire, tant que tu es encore avec lui sur le chemin, de peur que l’adversaire ne te livre au juge, et le juge au garde, et qu’on ne te jette en prison.
26 En vérité, je te le dis : tu ne sortiras pas de là, que tu n’aies rendu jusqu’au dernier sou.

Commentaire

1. Situation

Cet Evangile, qui porte le nom de Matthieu, trouve peut-être sa première source dans une collection de paroles de Jésus, écrites en Araméen et attribuées à l’apôtre Matthieu, par un Père de l’Eglise, Papias d’Alexandrie, vers 125.

Cet Evangile, qui reprend beaucoup de passages de l’Evangile de Marc (qui avait été écrit vers 65), mais en y ajoutant des éléments qu’il partage en grande partie avec Luc, a été très probablement rédigé entre les années 85 et 90.

A parcourir tout ce Livre, on peut se demander s’il a été composé pour des chrétiens d’origine Juive (Judéochrétiens), ou pour des chrétiens d’origine païenne, ou encore pour les deux. La position communément admise de nos jours est qu’il a été écrit pour une communauté Judéochrétienne qui s’est trouvée exclue du Judaïsme, suite à une décision par des rabbins Juifs non chrétiens de ne plus tolérer la double appartenance, à la fois Juive et chrétienne, de ces Judéochrétiens, qui avait été possible jusqu’à cette date. Rupture qui explique la dureté des propos mis dans la bouche de Jésus contre les Scribes et Pharisiens de son temps (Matth. chapitre 23).

Néanmoins, même s’il a été d’abord écrit pour confirmer une communauté Judéochrétienne dans sa découverte de la Bonne Nouvelle de Jésus, cet Evangile est ouvert également à la mission universelle auprès des païens, et il se termine par un envoi en mission par le Christ ressuscité, avec ces paroles : “allez, de toutes les nations, faites des disciples” (28, 18).

On peut diviser cet Evangile en 11 parties, qui se répondent en sens inverse (la 1ère correspondant à la dernière, la 2ème, à l’avant-dernière, etc…), concentrées autour de la 6ème partie, le “Discours en paraboles”, qui sert en quelque sorte de “pivot”. Nous obtenons ainsi le découpage suivant :

  • Naissance de Jésus et commencement de sa mission (1 - 4)
  • Bénédictions et Discours sur la montagne (5 - 7)
  • Manifestations de l’autorité de Jésus et de ses appels (8 - 9)
  • Discours sur la mission (10)
  • Jésus rejeté par “cette génération” (11 - 12 )
  • Discours en paraboles (13)
  • Jésus reconnu par ses disciples (14 - 17)
  • Discours sur la manière de vivre en communauté de croyants (18)
  • De nouveau, Jésus manifeste son autorité et ses appels (19 - 22)
  • Proclamation de situations malheureuses et Discours sur la venue définitive du Royaume (23 - 24)
  • Passion, mort et résurrection (26 - 28)

Cette présentation fait ressortir que cet Evangile est bien rythmé par 5 grands discours de Jésus, dans lesquels l’auteur a concentré la majeure partie de son enseignement. Les 5 discours ont souvent fait penser aux 5 livres de Moïse de l’Ancien Testament. On dit volontiers que, pour Matthieu, Jésus est le “Nouveau Moïse”.


Avec notre page continue le début du 1er des 5 grands discours de Jésus, tels que Matthieu nous les a recomposés, 1er discours qu’on appelle habituellement le “Sermon sur la Montagne”. Mieux vaut cependant l’intituler “La Charte du Royaume de Dieu”, pour en mieux mesurer l’importance.

En effet, Jésus nous y livre les “secrets” du Règne de Dieu : d’abord, ce qu’il nous faut chercher et recevoir du véritable “bonheur” selon Dieu : les béatitudes (5, 1 - 12), ensuite, ce qu’une telle découverte fait de nous au coeur du monde et pour le monde : la saveur et la lumière (5, 13 - 16), enfin, où cela nous conduit comme style de vie : - de dépassement infini de toutes les exigences (5, 17 - 48), - de changement profond d’attitude dans la prière, l’aumône et le jeûne (6, 1 - 18), - de découverte du caractère “unique” de ce que Jésus nous propose, et du choix absolu pour marcher avec lui, qu’il attend de nous, les croyants (6, 19 - 7, 29).

2. Message

Après avoir défini l’idéal à vivre des béatitudes, et souligné la nécessité pour les disciples d’en témoigner devant les hommes comme “saveur” et “lumière” pour le monde, Jésus nous explique sa nouvelle éthique (5, 17 - 48). La justice du Royaume demeure celle de la Loi des 10 commandements du Sinaï, contenue dans les 5 premiers livres de la Bible (appelés “livres de Moïse” ou “Torah”), comme du message constant de tous les Prophètes et de tous les Livres “Prophétiques” de la Bible, qui nous rappellent la rectitude et l’obéissance face au Dieu de l’Alliance.

Jésus n’est pas venu abolir, mais accomplir ces obligations de l’Alliance avec Dieu, en nous demandant de les vivre selon une avancée en qualité, et une exigence nouvelle, qu’il nous caractérise en 6 dépassements successifs, dont nous lisons aujourd’hui le premier.

La “justice”, attitude de vérité et de miséricorde face à Dieu et aux autres, que propose Jésus, est d’un ordre supérieur, et toute autre que celle des Pharisiens, qui, à l’époque où écrit Matthieu, sont les opposants des chrétiens. Jésus nous invite à une relation à Dieu faite d’accueil et d’ouverture à son Règne dans nos existences.

Le dépassement que Jésus demande est un approfondissement des exigences du Décalogue, une manière plus radicale de les vivre, en rejoignant le sens et le dynamisme de la volonté de Dieu qui s’y exprime. Cela revient à s’aligner de tout son coeur sur la volonté du Seigneur qui nous offre son Alliance et la façon de la pratiquer.

Jésus emploie ici un langage d’engagement personnel et de grande autorité : “vous avez appris qu’il a été dit…, mais moi, je vous dis…” Et, en parlant ainsi, il juge les interprétations anciennes, non pas comme fausses, mais comme insuffisantes et inadéquates.

Il étend ainsi l’exigence du commandement bien connu “tu ne tueras pas”, et donc du refus du meurtre comme acte commis, à ce qui en constitue le prélude intérieur plein d’émotion, à savoir la colère et la violence du coeur. C’est pourquoi il nous invite à nous situer à un niveau d’intériorité qui est à la racine de nos actions.

Et, ce faisant, il nous demande une attitude intérieure constante, qui est refus de la colère dans notre vie quotidienne, de façon permanente, et non plus seulement occasionnelle, lorsque nous sommes affrontés à des crises.

3. Decouvertes

A chaque niveau de la manifestation de la colère, Jésus prévoit une sanction appropriée de plus en plus grave. La “géhenne” de feu est un terme symbolique qui utilise l’image que l’on avait de la “Géhenne” à Jérusalem, lieu maudit à cause d’immolations d’enfants dans le passé (TOB, Matthieu, 5, 22, note “y”), où l’on brûlait encore immodices et détritus, et qui signifiait le rejet, la destruction, et donc le châtiment suprême de la fin des temps.

L’attitude à l’égard des frères doit se trouver en cohérence avec notre relation à Dieu. Il est donc inutile d’aller présenter son offrande à Dieu dans un sacrifice, si on ne s’est pas, au préalable, réconcilié avec ceux qu’à cause justement de notre relation à Dieu, nous considérons comme nos “frères” et nos “soeurs”. Dans sa 1ère Lettre, Jean nous pose la question suivante : “comment peut-on aimer Dieu, qu’on ne voit pas, si on n’aime pas son frère que l’on voit” (1 Jean, 4, 20) ?

Et, pour la même raison que nous regardons désormais les autres comme des “frères” et “soeurs” à cause de Dieu, notre Père commun, ils ne peuvent plus être traités comme des étrangers. Nous devons donc régler nos différends avec eux “en famille”, et non pas en faisant appel à la société civile. Paul dit la même chose aux Corinthiens (1 Corinthiens, 6, 1 - 11).

4. Prolongement

Ces dépassements que nous demande Jésus sont en fait ce que lui-même a vécu dans toute son existence humaine terrestre. Son langage le plus direct et le plus dur face à ses adversaires a été de les déclarer “malheureux’” (Matthieu, 23), en leur expliquant d’ailleurs les failles de leurs comportements.

En ce cas, comme dans toutes les autres situations qu’il a rencontrées, il n’a vécu que miséricorde, accueil, pardon, toujours en conjonction avec sa vérité face à Dieu et face à tous, allant jusqu’à pardonner à ses bourreaux, après avoir refusé tous les moyens de violence (Matthieu, 26, 52 - 53), et en n’utilisant pour seule force que celle de sa présence et de l’affirmation de son identité (Jean, 18, 4 - 8).

Prière

*Seigneur Jésus, tu nous renvoies sans cesse au niveau le plus profond où nous devons vivre en vérité, c’est-à-dire au niveau de notre “coeur”, là où nous sommes appelés à devenir vraiment “pauvres” de nous-mêmes et riches de toi, là où peut s’estimer la qualité de tous nos engagements et de tous nos refus, là où Dieu nous voit et mesure notre degré de vérité, d’obéissance réelle à sa volonté et d’amour désintéressé pour nos frères et nos soeurs, là où il nous pardonne et nous dépose son Esprit Saint, “lieu”de ta présence en nous : donne-moi de vivre de plus en plus en vérité en ce fond de moi-même, où Dieu vient à moi, par toi, dans l’Esprit, et m’aide à lui parler, à l’accueillir, à le suivre en t’imitant, ainsi qu’à ne jamais me décourager si, parfois, mon coeur me condamne, car il est plus grand que notre coeur. AMEN.

12.06.2003.*


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