📘 Commentaire biblique de l’abbé Léon Hamain
Première lecture : 1 Rois 18, 41-46
DU 1er LIVRE DES ROIS
Texte
41 Élie dit à Achab : ” Monte, mange et bois, car j’entends le grondement de la pluie. “
42 Pendant qu’Achab montait pour manger et boire, Élie monta vers le sommet du Carmel, il se courba vers la terre et mit son visage entre ses genoux.
43 Il dit à son serviteur : ” Monte donc, et regarde du côté de la mer. ” Il monta, regarda et dit : ” Il n’y a rien du tout. ” Élie reprit : ” Retourne sept fois. “
44 A la septième fois, le serviteur dit : ” Voici un nuage, petit comme une main d’homme, qui monte de la mer. ” Alors Élie dit : ” Monte dire à Achab : Attelle et descends, pour que la pluie ne t’arrête pas. “
45 Sur le coup, le ciel s’obscurcit de nuages et de tempête et il y eut une grosse pluie. Achab monta en char et partit pour Yizréel.
46 La main de Yahvé fut sur Élie, il ceignit ses reins et courut devant Achab jusqu’à l’arrivée à Yizréel.
Commentaire
1. Situation
Les 2 Livres des Rois nous relatent l’histoire des royaumes d’Israël et de Juda depuis Salomon jusqu’à l’exil à Babylone, c’est-à-dire depuis le milieu du 10ème siècle jusqu’au milieu du 6ème siècle. Intervalle qui correspond exactement à la période durant laquelle Israël et Juda ont été vraiment, l’un et l’autre, un Etat, au sens politique du terme, et non pas seulement le “Peuple de Dieu”, qui a existé comme tel bien avant l’avènement de David qui l’avait ainsi unifié, ainsi que bien après l’exil, qui a marqué la fin de son indépendance politique. Intervalle qui est également celui d’un déclin régulier, à travers une marche historique faite de lumières et d’ombres.
Dans ces Livres des Rois, chacun des rois nous est présenté selon un schéma identique : date et âge d’avènement, longueur du règne, nom de la reine-mère (pour les rois de Juda), appréciation de son attitude face au Dieu d’Israêl. Le récit concernant chacun d’eux se conclut également de la même façon : indication de la source de renseignements utilisée concernant ce roi, mention de sa mort et de sa sépulture, nom et prise de pouvoir de son successeur.
Le thème fondamental de ces livres des Rois est que le Temple de Yahvé-Dieu à Jérusalem est le seul endroit où l’on peut légitimement adorer Dieu. Israël, le royaume du Nord, suite à la division du royaume unfié, après la mort de Salomon, a donc construit des sanctuaires schismatiques, soumis aux influences païennes.
Tous les rois d’Israêl et de Juda ne sont finalement appréciés que selon le critère du 1er commandement donné à Moïse, et concernant le culte exclusif à rendre à Yahvé, le seul et unique Dieu.
Vu l’importance de la réforme religieuse du roi Josias en 622, selon les données du Livre du Deutéronome au chapitre 12 (2 Rois, 22), on estime que toute l’histoire des rois a été ainsi relue et composée après ce règne et cette réforme de Josias.
Que ces 2 Livres des Rois aient été écrits avant ou pendant l’exil Babylonien, il n’en reste pas moins que le, ou les, auteur(s) de ces livres est, ou sont, marqué(s) par le Deutéronome ou la pensée Deutéronomiste, telle qu’elle est résumée en Deutéronome, 6,4. Leur but est de montrer à quel point l’histoire d’Israël et de Juda est à interpréter selon la relation au Dieu de l’Alliance, et comment, perçue ainsi, on la découvre conduite par Yahvé-Dieu.
Ces 2 Livres des Rois sont à aborder comme une seule oeuvre nous transmettant en 3 parties : - l’histoire du règne de Salomon (1 Rois, 1 - 11), - l’histoire synchronique des 2 royaumes du Nord (Israël) et du Sud (Juda), jusqu’à la ruine du Royaume du Nord (1 Rois, 12, 1 - 2 Rois, 17, 41), - la fin de l’histoire du royaume de Juda jusqu’à l’exil Babylonien ( 2 Rois, 18, 1 - 25, 30).
2. Message
Le fait que Yahvé le Dieu d’Israël ait accepté de répondre par le feu au sacrifice que lui a offert Elie au sommet du Mont Carmel, en présence de tout le peuple, et que le peuple l’ait reconnu comme le seul vrai Dieu, signifie que les contacts normaux sont rétablis entre Yahvé et Israël, et que Dieu va dès lors rendre la pluie à ce peuple et à cette terre.
Elie annonce donc au roi Achab le retour de la pluie et lui demande de reprendre une vie normale en mangeant et buvant, sans davantage continuer de parcourir le pays en quête de points d’eau ou d’herbe pour le bétail.
De même que le feu du ciel, envoyé par Yahvé à la demande d’Elie, avait manifesté la souveraineté de Yahvé-Dieu devant tout le peuple, de même, le retour de la pluie, toujours à la demande d’Elie, va apporter la même preuve au roi Achab.
Elie se tient en attitude de prière profonde devant Dieu, et peut-être même s’agit-il d’une extase, au cours de laquelle il envoie, à 7 reprises, son serviteur repérer un signe de la réponse favorable de Dieu.
Dès qu’apparaît le petit nuage, le prophète conseille au roi de retourner chez lui au plus vite : là, il pourra constater, et faire constater, la puissance de Yahvé qui prend soin de son peuple.
Cette puissance de Dieu, autant que sa Parole, se traduit dans le comportement miraculeux d’Elie son prophète. Comme en une extase, il se met à courir plus vite que le roi sur son char, montrant, de ce fait, à tous, qu’il est celui par qui Yahvé a rendu la pluie au peuple qui est le sien.
3. Decouvertes
On peut considérer que tout ce chapitre 18 est consacré au thème du retour de la pluie, que révèle et accomplit Elie, au Nom de Dieu :
- L’ampleur de la sécheresse est d’abord soulignée par la réaction, face à la famine, du roi Achab et de l’un des ses hauts fonctionnaires (18, 1 - 6).
- Ce dernier, en parcourant le pays avec Achab, parvient à rencontrer Elie, qui est rentré en Israël, et à obtenir de lui qu’il ait un contact personnel avec le roi (17, 7 - 16).
- C’est, en effet, ce qui se passe, et qui donne l’occasion à Elie de demander au roi de convoquer tout le peuple au sommet du Mont Carmel (18, 17 - 20).
- Au cours d’une scène grandiose et dramatique, Elie fait reconnaître par tout le peuple que Yahvé seul est Dieu, en faisant descendre le feu du ciel sur son offrande (18, 21 - 40).
- Elie peut maintenant annoncer au roi (18, 41 - 42a),
- et réaliser, le retour de la pluie (18, 42b - 45a).
- Le roi, accompagné et précédé par Elie en extase, retourne en son palais (18, 45b - 46).
A noter cependant que le thème de la sécheresse réapparaît ici, après avoir été absent, semble-t-il, de la scène précédente, lorsque, au cours du sacrifice présenté par Elie au sommet du Carmel, le prophète avait fait, à plusieurs reprises, verser beaucoup d’eau sur la victime de son holocauste : d’où venait donc cette eau ? (18, 34 - 36).
Le pouvoir quasi surhumain, et donc miraculeux, d’Elie, est peut-être lié à la pratique de certains rites, comme dans le cas de ses 7 prostrations et de ses 7 envois de son servtreur pour constater l’effet de sa prière.
L’extase d’Elie et sa course de 20 kilomètres devant le char d’Achab, nous sont présentées comme une saisie de tout son être par Yahvé-Dieu.
Que veut dire exactement Elie quand il demande au roi de manger et de boire, alors qu’il semble bien, selon le texte, qu’Achab était resté, ou était retourné, au sommet du Carmel en attendant l’arrivée de la pluie ? On s’est demandé si cette mention n’était pas le reste d’une tradition selon laquelle le roi aurait manifesté remors et désir de retour à Dieu.
Au terme de cet ensemble de textes, le conflit signalé en 16, 32 - 33 et 17, 1 est résolu dans la mesure où Yahvé a fait lui-même la preuve qu’il est le seul Dieu véritable. Encore faut-il que cette preuve soit reconue et admise : ce que ne fera pas la reine Jézabel qui va essayer de venger ses prophètes morts, en persécutant Elie, dès le chapitre suivant.
4. Prolongement
En Matthieu, Marc et Luc, l’apparition de Moïse et d’Elie aux côtés de Jésus lors de sa transfiguration sur la montagne, devant Pierre, Jacques et Jean, fait d’Elie le représentant de tous les prophètes, de leur activité et de tous leurs écrits dans la Bible, bien que lui-même n’ait rien écrit, et ait vécu tout son ministère comme une manifestation de la puissance de Dieu en Israël. Son successeur et disciple Elisée se comportera de la même façon.
En Matthieu et Marc, Jésus interprète le retour d’Elie préalablement à la venue du Messie, tel qu’annoncé par le prophète Malachie, 3, 23, comme étant réalisé par la mission prophétique de Jean Baptiste (Matthieu, 17, 10 - 13 et Marc, 9, 11 - 13).
Jésus nous est particulièrement présenté comme un nouvel “Elie”, dans l’Evangile de Luc. Comme Elie et Elisée, il témoigne de la liberté totale de Dieu, qui agit de façon pleinement indépendante et gratuite, que personne ne peut “récupérer”, et il fait comprendre que sa mission n’est autre que de révéler la puissance souveraine de Dieu, que les croyants doivent accueillir avec une totale disponibilité.
Cependant, Jésus ne veut plus utiliser les signes spectaculaires du prophète Elie, sauf dans les cas où il s’agit de révéler la miséricorde de Dieu (les guérisons et les 2 ou 3 résurrections qu’il opère), ou de situer sa mission comme l’accomplissement des grands événements de l’Ancien Testament (la multiplication des pains, la marche sur la mer, et la scène de la transfiguration, par exemple). De même il refusera que la puissance de Dieu intervienne pour le délivrer de ses adversaires. C’est ainsi, en le dépassant, qu’il accomplit le témoigngage d’Elie :
52 et envoya des messagers en avant de lui. S’étant mis en route, ils entrèrent dans un village samaritain pour tout lui préparer.
53 Mais on ne le reçut pas, parce qu’il faisait route vers Jérusalem.
54 Ce que voyant, les disciples Jacques et Jean dirent : ” Seigneur, veux-tu que nous ordonnions au feu de descendre du ciel et de les consumer ? ”
55 Mais, se retournant, il les réprimanda.
51 Et voilà qu’un des compagnons de Jésus, portant la main à son glaive, le dégaina, frappa le serviteur du Grand Prêtre et lui enleva l’oreille.
52 Alors Jésus lui dit : ” Rengaine ton glaive ; car tous ceux qui prennent le glaive périront par le glaive.
53 Penses-tu donc que je ne puisse faire appel à mon Père, qui me fournirait sur-le-champ plus de douze légions d’anges ?
54 Comment alors s’accompliraient les Écritures d’après lesquelles il doit en être ainsi ? ”
29 Et il advint, comme il priait, que l’aspect de son visage devint autre, et son vêtement, d’une blancheur fulgurante.
30 Et voici que deux hommes s’entretenaient avec lui : c’étaient Moïse et Élie
31 qui, apparus en gloire, parlaient de son départ, qu’il allait accomplir à Jérusalem.
Prière
*Seigneur Jésus, c’est en renonçant à tout pouvoir terrestre, en te faisant pauvre pour nous enrichir de ta pauvreté, en te déclarant le serviteur de tous, venu uniquement pour servir, que tu nous as révélé la grandeur de l’amour à la façon de Dieu, et sa capacité de transmettre la vie qui est au-delà de la mort, ainsi que la dignité lumineuse de fils et d’héritiers avec toi de sa gloire : apprends-moi à témoigner comme toi de la véritable seigneurerie de Dieu, donne-moi la grâce de t’imiter dans ton comportement prophétique, et de montrer, signifier, la grandeur incommensurable de la miséricorde de Dieu, en essayant sincerement de vivre, de parler et d’agir à ton image, dans la force de ton Esprit, qui vient au secours de notre faiblesse. AMEN.
13.06.2002.*
Évangile : Matthieu 5, 20-26
DE L’EVANGILE DE MATTHIEU
Texte
20 ” Car je vous le dis : si votre justice ne surpasse pas celle des scribes et des Pharisiens, vous n’entrerez pas dans le Royaume des Cieux.
21 ” Vous avez entendu qu’il a été dit aux ancêtres : Tu ne tueras point ; et si quelqu’un tue, il en répondra au tribunal.
22 Eh bien ! moi je vous dis : Quiconque se fâche contre son frère en répondra au tribunal ; mais s’il dit à son frère : “Crétin ! ”, il en répondra au Sanhédrin ; et s’il lui dit : “Renégat ! ”, il en répondra dans la géhenne de feu.
23 Quand donc tu présentes ton offrande à l’autel, si là tu te souviens que ton frère a quelque chose contre toi,
24 laisse là ton offrande, devant l’autel, et va d’abord te réconcilier avec ton frère ; puis reviens, et alors présente ton offrande.
25 Hâte-toi de t’accorder avec ton adversaire, tant que tu es encore avec lui sur le chemin, de peur que l’adversaire ne te livre au juge, et le juge au garde, et qu’on ne te jette en prison.
26 En vérité, je te le dis : tu ne sortiras pas de là, que tu n’aies rendu jusqu’au dernier sou.
Commentaire
1. Situation
Cet Evangile, qui porte le nom de Matthieu, trouve peut-être sa première source dans une collection de paroles de Jésus, écrites en Araméen et attribuées à l’apôtre Matthieu, par un Père de l’Eglise, Papias d’Alexandrie, vers 125.
Cet Evangile, qui reprend beaucoup de passages de l’Evangile de Marc (qui avait été écrit vers 65), mais en y ajoutant des éléments qu’il partage en grande partie avec Luc, a été très probablement rédigé entre les années 85 et 90.
A parcourir tout ce Livre, on peut se demander s’il a été composé pour des chrétiens d’origine Juive (Judéochrétiens), ou pour des chrétiens d’origine païenne, ou encore pour les deux. La position communément admise de nos jours est qu’il a été écrit pour une communauté Judéochrétienne qui s’est trouvée exclue du Judaïsme, suite à une décision par des rabbins Juifs non chrétiens de ne plus tolérer la double appartenance, à la fois Juive et chrétienne, de ces Judéochrétiens, qui avait été possible jusqu’à cette date. Rupture qui explique la dureté des propos mis dans la bouche de Jésus contre les Scribes et Pharisiens de son temps (Matth. chapitre 23).
Néanmoins, même s’il a été d’abord écrit pour confirmer une communauté Judéochrétienne dans sa découverte de la Bonne Nouvelle de Jésus, cet Evangile est ouvert également à la mission universelle auprès des païens, et il se termine par un envoi en mission par le Christ ressuscité, avec ces paroles : “allez, de toutes les nations, faites des disciples” (28, 18).
On peut diviser cet Evangile en 11 parties, qui se répondent en sens inverse (la 1ère correspondant à la dernière, la 2ème, à l’avant-dernière, etc…), concentrées autour de la 6ème partie, le “Discours en paraboles”, qui sert en quelque sorte de “pivot”. Nous obtenons ainsi le découpage suivant :
- Naissance de Jésus et commencement de sa mission (1 - 4)
- Bénédictions et Discours sur la montagne (5 - 7)
- Manifestations de l’autorité de Jésus et de ses appels (8 - 9)
- Discours sur la mission (10)
- Jésus rejeté par “cette génération” (11 - 12 )
- Discours en paraboles (13)
- Jésus reconnu par ses disciples (14 - 17)
- Discours sur la manière de vivre en communauté de croyants (18)
- De nouveau, Jésus manifeste son autorité et ses appels (19 - 22)
- Proclamation de situations malheureuses et Discours sur la venue définitive du Royaume (23 - 24)
- Passion, mort et résurrection (26 - 28)
Cette présentation fait ressortir que cet Evangile est bien rythmé par 5 grands discours de Jésus, dans lesquels l’auteur a concentré la majeure partie de son enseignement. Les 5 discours ont souvent fait penser aux 5 livres de Moïse de l’Ancien Testament. On dit volontiers que, pour Matthieu, Jésus est le “Nouveau Moïse”.
Avec notre page continue le début du 1er des 5 grands discours de Jésus, tels que Matthieu nous les a recomposés, 1er discours qu’on appelle habituellement le “Sermon sur la Montagne”. Mieux vaut cependant l’intituler “La Charte du Royaume de Dieu”, pour en mieux mesurer l’importance.
En effet, Jésus nous y livre les “secrets” du Règne de Dieu : d’abord, ce qu’il nous faut chercher et recevoir du véritable “bonheur” selon Dieu : les béatitudes (5, 1 - 12), ensuite, ce qu’une telle découverte fait de nous au coeur du monde et pour le monde : la saveur et la lumière (5, 13 - 16), enfin, où cela nous conduit comme style de vie : - de dépassement infini de toutes les exigences (5, 17 - 48), - de changement profond d’attitude dans la prière, l’aumône et le jeûne (6, 1 - 18), - de découverte du caractère “unique” de ce que Jésus nous propose, et du choix absolu pour marcher avec lui, qu’il attend de nous, les croyants (6, 19 - 7, 29).
2. Message
Après avoir défini l’idéal à vivre des béatitudes, et souligné la nécessité pour les disciples d’en témoigner devant les hommes comme “saveur” et “lumière” pour le monde, Jésus nous explique sa nouvelle éthique (5, 17 - 48). La justice du Royaume demeure celle de la Loi des 10 commandements du Sinaï, contenue dans les 5 premiers livres de la Bible (appelés “livres de Moïse” ou “Torah”), comme du message constant de tous les Prophètes et de tous les Livres “Prophétiques” de la Bible, qui nous rappellent la rectitude et l’obéissance face au Dieu de l’Alliance.
Jésus n’est pas venu abolir, mais accomplir ces obligations de l’Alliance avec Dieu, en nous demandant de les vivre selon une avancée en qualité, et une exigence nouvelle, qu’il nous caractérise en 6 dépassements successifs, dont nous lisons aujourd’hui le premier.
La “justice”, attitude de vérité et de miséricorde face à Dieu et aux autres, que propose Jésus, est d’un ordre supérieur, et toute autre que celle des Pharisiens, qui, à l’époque où écrit Matthieu, sont les opposants des chrétiens. Jésus nous invite à une relation à Dieu faite d’accueil et d’ouverture à son Règne dans nos existences.
Le dépassement que Jésus demande est un approfondissement des exigences du Décalogue, une manière plus radicale de les vivre, en rejoignant le sens et le dynamisme de la volonté de Dieu qui s’y exprime. Cela revient à s’aligner de tout son coeur sur la volonté du Seigneur qui nous offre son Alliance et la façon de la pratiquer.
Jésus emploie ici un langage d’engagement personnel et de grande autorité : “vous avez appris qu’il a été dit…, mais moi, je vous dis…” Et, en parlant ainsi, il juge les interprétations anciennes, non pas comme fausses, mais comme insuffisantes et inadéquates.
Il étend ainsi l’exigence du commandement bien connu “tu ne tueras pas”, et donc du refus du meurtre comme acte commis, à ce qui en constitue le prélude intérieur plein d’émotion, à savoir la colère et la violence du coeur. C’est pourquoi il nous invite à nous situer à un niveau d’intériorité qui est à la racine de nos actions.
Et, ce faisant, il nous demande une attitude intérieure constante, qui est refus de la colère dans notre vie quotidienne, de façon permanente, et non plus seulement occasionnelle, lorsque nous sommes affrontés à des crises.
3. Decouvertes
A chaque niveau de la manifestation de la colère, Jésus prévoit une sanction appropriée de plus en plus grave. La “géhenne” de feu est un terme symbolique qui utilise l’image que l’on avait de la “Géhenne” à Jérusalem, lieu maudit à cause d’immolations d’enfants dans le passé (TOB, Matthieu, 5, 22, note “y”), où l’on brûlait encore immodices et détritus, et qui signifiait le rejet, la destruction, et donc le châtiment suprême de la fin des temps.
L’attitude à l’égard des frères doit se trouver en cohérence avec notre relation à Dieu. Il est donc inutile d’aller présenter son offrande à Dieu dans un sacrifice, si on ne s’est pas, au préalable, réconcilié avec ceux qu’à cause justement de notre relation à Dieu, nous considérons comme nos “frères” et nos “soeurs”. Dans sa 1ère Lettre, Jean nous pose la question suivante : “comment peut-on aimer Dieu, qu’on ne voit pas, si on n’aime pas son frère que l’on voit” (1 Jean, 4, 20) ?
Et, pour la même raison que nous regardons désormais les autres comme des “frères” et “soeurs” à cause de Dieu, notre Père commun, ils ne peuvent plus être traités comme des étrangers. Nous devons donc régler nos différends avec eux “en famille”, et non pas en faisant appel à la société civile. Paul dit la même chose aux Corinthiens (1 Corinthiens, 6, 1 - 11).
4. Prolongement
Ces dépassements que nous demande Jésus sont en fait ce que lui-même a vécu dans toute son existence humaine terrestre. Son langage le plus direct et le plus dur face à ses adversaires a été de les déclarer “malheureux’” (Matthieu, 23), en leur expliquant d’ailleurs les failles de leurs comportements.
En ce cas, comme dans toutes les autres situations qu’il a rencontrées, il n’a vécu que miséricorde, accueil, pardon, toujours en conjonction avec sa vérité face à Dieu et face à tous, allant jusqu’à pardonner à ses bourreaux, après avoir refusé tous les moyens de violence (Matthieu, 26, 52 - 53), et en n’utilisant pour seule force que celle de sa présence et de l’affirmation de son identité (Jean, 18, 4 - 8).
Prière
*Seigneur Jésus, tu nous renvoies sans cesse au niveau le plus profond où nous devons vivre en vérité, c’est-à-dire au niveau de notre “coeur”, là où nous sommes appelés à devenir vraiment “pauvres” de nous-mêmes et riches de toi, là où peut s’estimer la qualité de tous nos engagements et de tous nos refus, là où Dieu nous voit et mesure notre degré de vérité, d’obéissance réelle à sa volonté et d’amour désintéressé pour nos frères et nos soeurs, là où il nous pardonne et nous dépose son Esprit Saint, “lieu”de ta présence en nous : donne-moi de vivre de plus en plus en vérité en ce fond de moi-même, où Dieu vient à moi, par toi, dans l’Esprit, et m’aide à lui parler, à l’accueillir, à le suivre en t’imitant, ainsi qu’à ne jamais me décourager si, parfois, mon coeur me condamne, car il est plus grand que notre coeur. AMEN.
12.06.2003.*