📘 Commentaire biblique de l’abbé Léon Hamain
Première lecture : 2 Corinthiens 1, 1-11
DE LA 2ème LETTRE AUX CORINTHIENS
Texte
1 Paul, apôtre du Christ Jésus par la volonté de Dieu, et Timothée, le frère, à l’Église de Dieu établie à Corinthe, ainsi qu’à tous les saints qui sont dans l’Achaïe entière ;
2 à vous grâce et paix de par Dieu, notre Père, et le Seigneur Jésus Christ !
3 Béni soit le Dieu et Père de notre Seigneur Jésus Christ, le Père des miséricordes et le Dieu de toute consolation,
4 qui nous console dans toute notre tribulation, afin que, par la consolation que nous-mêmes recevons de Dieu, nous puissions consoler les autres en quelque tribulation que ce soit.
5 De même en effet que les souffrances du Christ abondent pour nous, ainsi, par le Christ, abonde aussi notre consolation.
6 Sommes-nous dans la tribulation ? c’est pour votre consolation et salut. Sommes-nous consolés ? c’est pour votre consolation, qui vous donne de supporter avec constance les mêmes souffrances que nous endurons, nous aussi.
7 Et notre espoir à votre égard est ferme : nous savons que, partageant nos souffrances, vous partagerez aussi notre consolation.
8 Car nous ne voulons pas que vous l’ignoriez, frères : la tribulation qui nous est survenue en Asie nous a accablés à l’excès, au-delà de nos forces, à tel point que nous désespérions même de conserver la vie.
9 Vraiment, nous avons porté en nous-mêmes notre arrêt de mort, afin d’apprendre à ne pas mettre notre confiance en nous-mêmes mais en Dieu, qui ressuscite les morts.
10 C’est lui qui nous a délivrés d’une telle mort et nous en délivrera ; en lui nous avons cette espérance qu’il nous en délivrera encore.
11 Vous-mêmes nous aiderez par la prière, afin que ce bienfait, qu’un grand nombre de personnes nous auront obtenu, soit pour un grand nombre un motif d’action de grâces à notre sujet.
Commentaire
1. Situation
La 2ème Lettre de Paul aux Corinthiens comprend, à vrai dire, 2 lettres, la 1ère, appelée Lettre A, regroupant les chapitres 1 - 9, la 2nde, appelée Lettre B, les chapitres 10 - 13. Cette division est admise par la plupart des spécialistes, même si certains sont allés jusqu’à y découvrir un ensemble de 5 lettres de Paul.
Personne, en revanche, ne met en doute que cette lettre, en son état actuel, soit un texte authentique de Paul, sauf peut-être pour les versets 6, 14 - 7, 1, qu’un certain nombre considèrent comme postérieurs à Paul.
La Lettre A a dû être écrite au printemps de l’année 55, soit environ un année après la 1ère Lettre de Paul aux Corinthiens, tandis que la Lettre B aurait été écrite quelques mois seulement plus tard que la Lettre A, au cours de l’été 55.
Dans ces 2 Lettres, A et B, Paul se trouve sur la défensive face aux chrétiens de Corinthe.
Dans la Lettre A (à laquelle appartient notre page), après une introduction (1, 1 - 11), Paul commence par expliquer pour quelles raisons il a dû annuler un voyage qu’il avait prévu à Corinthe (1, 12 - 2, 13), puis il définit les critères d’un apostolart authentique au service de la cause de Jésus ( 2, 14 - 6, 10). Il reparle ensuite de ses relations avec l’Eglise de Corinthe dans une 3ème partie (6, 11 - 7, 16) avant de conclure sur un appel à participer généreusement à la collecte qu’il a organisée pour les pauvres de l’Eglise de Jérusalem (8, 1 - 9, 15).
Notre passage est l’introduction de cette Lettre.
2. Message
Marqué par l’expérience d’une souffrance à la fois physique, dûe à des événements qui semblent avoir fortement menacé sa vie même (voir les versets 8 - 11) de témoin du Christ, et morale, en raison de difficultés locales qui ont assombri ses relations avec les Corinthiens, Paul s’adresse, pour au moins la seconde fois, à cette Eglise turbulente.
Dans la prière qui suit l’adresse, écrite en termes classiques, il bénit Dieu qui seul est capable d’apporter réconfort et consolation à ceux qui, comme lui, ont été ou sont dans l’épreuve.
Si les épreuves sont vécues dans la foi comme participation à la passion du Christ, elles permettent également au réconfort qu vient de Dieu de se manifester.
En conséquence, Paul vit l’épreuve et le réconfort en communion avec ses frères et soeurs les chrétiens de Corinthe qu’il soutient ainsi par son expérience de croyant, qui leurapporte réconfort et endurance s’ils sont, de leur côté, appelés à participer, d’une façon ou d’une autre, aux souffrances du Christ.
3. Decouvertes
Dans les deux premiers versets de cette lettre, nous en lisons l’adresse, écrite selon les canons littéraires en vigueur, et présentant Timothée comme en étant co-auteur avec Paul.
Les versets 3 - 7 , qui terminent notre lecture de ce jour, sont le début d’une bénédiction qui va jusqu’au verset 11, les versets 8 à 11 étant indispensables pour comprendre le genre d’épreuve, vécue en relation avec Dieu, dont parle ici Paul, même si l’on ne peut affirmer avec certitude s’il sagit d’une maladie ou d’une persécution suvenues en Asie, probablement dans la région d’Ephèse. Il est ainsi habituel pour Paul de faire suivre la présentation des destinataires de ses lettres d’une formule de bénédiction ou d’action de grâces.
Dans cette prière, Paul se situe nettement dans une position de solidarité avec les Corinthiens et les chrétiens de Grèce. Le terme “d’épreuve”, ou plutôt “d’affliction”, qu’il emploie, vise autant la souffrance physique (1, 8), que la souffrance morale liée à une rupture de relations (2, 4 et 7, 7 - 8).
C’est en se situant face aux souffrances du Christ (1, 5), qu’il invite les croyants, membres comme lui du corps du Christ, à participer à son affliction, ainsi qu’aux consolations qu’il reçoit du Seigneur (voir Colossiens, 1, 24).
A noter que le thème de la consolation est souvent mentionné en parallèle avec celui de l’affliction, et que, de la part de Paul, parler dans la foi les épreuves qu’il subit ou a subies, le situe dans une position d’autorité comparable à celle du Seigneur Jésus, le type parfait du juste éprouvé et du “Serviteur” souffrant.
4. Prolongement
Dans cette Lettre aux Corinthiens, Paul fera, à plusieurs reprises, en des textes tous importants, appel à son expérience d’homme éprouvé et persécuté de différentes manières tout au long de son ministère : voir 4, 7 - 15; 6, 4 - 10 et 11, 16 - 12, 10. Expérience qui est, à la fois, témoignage de l’engagement de sa foi et partage de sa façon de vivre en toutes choses le mystère du Christ ( Galates, 2, 20).
Dans une bénédiction semblable, au même endroit du début de sa lettre, l’auteur de la 1ère Lettre de Pierre écrit :
6 Vous en tressaillez de joie, bien qu’il vous faille encore quelque temps être affligés par diverses épreuves,
7 afin que, bien éprouvée, votre foi, plus précieuse que l’or périssable que l’on vérifie par le feu, devienne un sujet de louange, de gloire et d’honneur, lors de la Révélation de Jésus Christ.
Il précise ensuite, plus loin dans cette même lettre :
20 … Mais si, faisant le bien, vous supportez la souffrance, c’est une grâce auprès de Dieu.
21 Or, c’est à cela que vous avez été appelés, car le Christ aussi a souffert pour vous, vous laissant un modèle afin que vous suiviez ses traces,
22 lui qui n’a pas commis de faute - et il ne s’est pas trouvé de fourberie dans sa bouche ;
23 lui qui insulté ne rendait pas l’insulte, souffrant ne menaçait pas, mais s’en remettait à Celui qui juge avec justice ;
24 lui qui, sur le bois, a porté lui-même nos fautes dans son corps, afin que, morts à nos fautes, nous vivions pour la justice ; lui dont la meurtrissure vous a guéris.
Prière
*Seigneur Jésus, dès ta résurrection d’entre les morts, tu as enseigné avec force à tes disciples, qui n’en croyaient pas leurs yeux, qu’il “fallait que le Christ souffrît et mourût pour entrer dans le gloire”, en rappelant que cette nécessité avait été annoncée dans les Ecritures de l’Ancien Testament, présentant en particulier l’abaissement total, ainsi que l’élévation en gloire, du “Serviteur souffrant” : apprends-moi à lire dans les épreuves qu’il m’arrive de surbir, ou que je vois subies autour, ou auprès de moi, dans l’existence de mes frères et soeurs, le “lieu” où tu te révèles le plus proche de nous, et où tu nous prends en charge dans la propre souffrance de ton engagement jusqu’à la mort de la croix, inscrit à jamais dans ta vie transfigurée de Ressuscité. AMEN.
09.06.2003.*
Évangile : Matthieu 5, 1-12
DE L’EVANGILE DE MATTHIEU
Texte
1 Voyant les foules, il gravit la montagne, et quand il fut assis, ses disciples s’approchèrent de lui.
2 Et prenant la parole, il les enseignait en disant :
3 ” Heureux ceux qui ont une âme de pauvre, car le Royaume des Cieux est à eux.
4 Heureux les affligés, car ils seront consolés.
5 Heureux les doux, car ils posséderont la terre.
6 Heureux les affamés et assoiffés de la justice, car ils seront rassasiés.
7 Heureux les miséricordieux, car ils obtiendront miséricorde.
8 Heureux les cœurs purs, car ils verront Dieu.
9 Heureux les artisans de paix, car ils seront appelés fils de Dieu.
10 Heureux les persécutés pour la justice, car le Royaume des Cieux est à eux.
11 Heureux êtes-vous quand on vous insultera, qu’on vous persécutera, et qu’on dira faussement contre vous toute sorte d’infamie à cause de moi.
12 Soyez dans la joie et l’allégresse, car votre récompense sera grande dans les cieux…
Commentaire
1. Situation
Cet Evangile, qui porte le nom de Matthieu, trouve peut-être sa première source dans une collection de paroles de Jésus, écrites en Araméen et attribuées à l’apôtre Matthieu, par un Père de l’Eglise, Papias d’Alexandrie, vers 125.
Cet Evangile, qui reprend beaucoup de passages de l’Evangile de Marc (qui avait été écrit vers 65), mais en y ajoutant des éléments qu’il partage en grande partie avec Luc, a été très probablement rédigé entre les années 85 et 90.
A parcourir tout ce Livre, on peut se demander s’il a été composé pour des chrétiens d’origine Juive (Judéochrétiens), ou pour des chrétiens d’origine païenne, ou encore pour les deux. La position communément admise de nos jours est qu’il a été écrit pour une communauté Judéochrétienne qui s’est trouvée exclue du Judaïsme, suite à une décision par des rabbins Juifs non chrétiens de ne plus tolérer la double appartenance, à la fois Juive et chrétienne, de ces Judéochrétiens, qui avait été possible jusqu’à cette date. Rupture qui explique la dureté des propos mis dans la bouche de Jésus contre les Scribes et Pharisiens de son temps (Matth. chapitre 23).
Néanmoins, même s’il a été d’abord écrit pour confirmer une communauté Judéochrétienne dans sa découverte de la Bonne Nouvelle de Jésus, cet Evangile est ouvert également à la mission universelle auprès des païens, et il se termine par un envoi en mission par le Christ ressuscité, avec ces paroles : “allez, de toutes les nations, faites des disciples” (28, 18).
On peut diviser cet Evangile en 11 parties, qui se répondent en sens inverse (la 1ère correspondant à la dernière, la 2ème, à l’avant-dernière, etc…), concentrées autour de la 6ème partie, le “Discours en paraboles”, qui sert en quelque sorte de “pivot”. Nous obtenons ainsi le découpage suivant :
- Naissance de Jésus et commencement de sa mission (1 - 4)
- Bénédictions et Discours sur la montagne (5 - 7)
- Manifestations de l’autorité de Jésus et de ses appels (8 - 9)
- Discours sur la mission (10)
- Jésus rejeté par “cette génération” (11 - 12 )
- Discours en paraboles (13)
- Jésus reconnu par ses disciples (14 - 17)
- Discours sur la manière de vivre en communauté de croyants (18)
- De nouveau, Jésus manifeste son autorité et ses appels (19 - 22)
- Proclamation de situations malheureuses et Discours sur la venue définitive du Royaume (23 - 24)
- Passion, mort et résurrection (26 - 28)
Cette présentation fait ressortir que cet Evangile est bien rythmé par 5 grands discours de Jésus, dans lesquels l’auteur a concentré la majeure partie de son enseignement. Les 5 discours ont souvent fait penser aux 5 livres de Moïse de l’Ancien Testament. On dit volontiers que, pour Matthieu, Jésus est le “Nouveau Moïse”.
Avec notre page commence pratiquement le 1er des 5 grands discours de Jésus, tels que Matthieu nous les a recomposés, 1er discours qu’on appelle habituellement le “Sermon sur la Montagne”. Mieux vaut cependant l’intituler “La Charte du Royaume de Dieu”, pour en mieux mesurer l’importance.
En effet, Jésus nous y livre les “secrets” du Règne de Dieu : d’abord, ce qu’il nous faut chercher et recevoir du véritable “bonheur” selon Dieu : les béatitudes (5, 3 - 12, notre page), ensuite, ce qu’une telle découverte fait de nous au coeur du monde et pour le monde : la saveur et la lumière (5, 13 - 16), enfin, où cela nous conduit comme style de vie : - de dépassement infini de toutes les exigences (5, 17 - 48), - de changement profond d’attitude dans la prière, l’aumône et le jeûne (6, 1 - 18), - de découverte du caractère “unique” de ce que Jésus nous propose, et du choix absolu pour marcher avec lui, qu’il attend de nous, les croyants (6, 19 - 7, 29).
2. Message
A quel genre de vie sommes nous appelés ? à quel type de bonheur ? à quelle “réalisation” de nous-mêmes ?
Notons que le première béatitude et la huitième se répondent, et sont liées au don que Dieu nous y fait de son Règne (“le royaume des cieux est à eux !“) A quelle condition Dieu règne-t-il ainsi pleinement en nous ? A la condition que nous soyons “pauvres de nous-mêmes”, c’est-à-dire l’inverse de “satisfaits” qui seraient remplis d’eux-mêmes, que nous attendions “quelque chose” qui se trouve hors de nous-mêmes et hors de notre atteinte, que nous soyons “en manque” pour nous-mêmes. Alors Dieu vient en nous pour y faire sa demeure, et s’y exprimer à travers notre existence humaine.
A la condition également, selon la huitième béatitude, que nous nous engagions pour les valeurs de Dieu au-delà de notre bien-être et même de notre existence, en acceptant la persécution pour ces valeurs de Dieu que résume le mot “justice”, qui signifie à la fois vérité et miséricorde.
Les six autres béatitudes viennent détailler cette double attitude d’ouverture radicale à Dieu avec un coeur de pauvre et d’engagement pour les valeurs que Dieu propose : cette double attitude fondamentale se traduit en douceur, compassion, ardeur pour la justice, un coeur qui prend en charge les autres, rectitude de la vérité selon un coeur “pur”, construction de la paix, autant de comportements qui nous “décentrent” de nous-mêmes et qui nous font recevoir et découvrir les biens du salut de Dieu : la terre promise, la consolation définitive, la plénitude, la miséricorde reçue de Dieu, la vision de Dieu, la dignité de “fils” de Dieu.
La dernière béatitude se dédouble en témoignage pour Jésus , sa vie et sa Parole, Jésus, en qui se trouve tout le don de Dieu et toute sa “justice”. Perdre sa vie pour annoncer que “Jésus est Seigneur” en le reconnaissant publiquement comme Fils de Dieu, réexprimer le beau témoignage de Jésus lui-même en sa passion, maintenant qu’il est ressuscité, et que c’est à nous de “jouer”, tel Etienne, le premier martyr (Actes, 7 et 8).
3. Decouvertes
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La montagne, en haut de laquelle Jésus monte, c’est tout simplement la montagne de la Révélation, c’est-à-dire un rappel et une image du Sinaï, sur lequel Dieu avait promulgué sa “Loi” à Moïse. Cette précision indique l’importance du message qu’y va donner Jésus, à la fois au cercle de ses disciples, et à la foule, mentionnée à la fin du discours.
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En Luc, 6, 20 - 23, nous constatons que Jésus ne prononce que 4 béatitudes. On pense que les 3 premières béatitudes de Luc, qu’on retrouve au début de la liste de Matthieu (à savoir celle des “pauvres”, celle de “ceux qui pleurent”, celle de “ceux qui ont faim”), remontent directement à la tradition qui vient de Jésus, et que les autres béatitudes seraient des élargissements à partir de certains textes de psaumes. D’autre part, ces béatitudes semblent s’inspirer d’Isaîe, 61, 1 - 4.
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Une “béatitude” est une “exclamation” qui reconnaît un état d’existence de bonheur. Ce n’est donc pas un “souhait”, ni un “voeu” de bonheur.
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Les 3 béatitudes, “dites” attribuées à Jésus directement et mentionnées ci-dessus, résument sa mission auprès de tous ceux qui sont en situation de besoin ou de manque en Israël, et auxquels il annonce le salut définitif de Dieu. Cela ne veut pas dire que ces catégories de personnes seraient meilleures que les autres, mais qu’elles sont l’objet de la sollicitude gratuite et prioritaire de Dieu.
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Luc fait dire à Jésus : “bienheureux, vous les pauvres”. Matthieu précise ici “les pauvres de coeur”, faisant glisser l’accent d’abord d’une pauvreté réelle et économique, tout en étant spirituelle, vers un regard sur soi plein d’humilité et de conscience des manques et besoins pour une qualité de vie selon Dieu. - Les “doux” (voir Psaume, 37, 11) sont lents à la colère et pleins de bonté pour les autres. - “Ceux qui pleurent” le font à la vue du mal qui règne en ce monde.
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Les “miséricordieux” sont témoins du pardon : voir Matthieu, 6, 12 - 15 et 18, 35. Ils font aussi preuve d’amour pour tous ceux qui sont dans le besoin : voir Matthieu, 25, 31 - 46. Ils poussent cet amour jusqu’aux ennemis eux-mêmes : voir Matthieu 5, 44 - 47. - Les “coeurs purs” sont avides de justice, de fidélité, de loyauté, de sincérité vis-à-vis de Dieu et de sa Parole. - Les “artisans de paix” essayent de créer ou de construire la paix, c’est-à-dire un “bien-être”’ le plus grand possible pour les autres. Ils vivent un “amour du prochain”.
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Toutes les récompenses ajoutées aux béatitudes sont autant de “facettes” du Règne de Dieu. Ces récompenses sont présentées à la forme “passive”, ce qui signifie dans la Bible, qu’elles sont oeuvres et dons de Dieu agissant, Dieu qu’on préfère ne pas nommer directement. C’est donc bien Dieu qui nous donne ainsi le Royaume, la terre promise, la consolation, la plénitude, la miséricorde, le don de sa rencontre, notre nom nouveau et notre dignité de “fils” de Dieu.
4. Prolongement
Derrière ces attitudes que Jésus nous propose, comme but final et accueil fondamental pour toute notre existence chrétienne, nous découvrons “l’icône” même de Jésus, son portrait existentiel. A partir de tout ce qu’il nous déclare dans ces béatitudes, nous pouvons reconstruire une image réelle de ce qu’il s’est révélé être au milieu de ses disciples et dans son parcours terrestre à travers tout Israël.
Jésus nous déclare donc “heureux” si nous acceptons de recevoir d’être ce qu’il “est” lui-même. Il nous propose ainsi d’être assimilés à lui, de devenir son image réelle et de l’imiter en toutes les situations que nous vivons. Ce qui, nous le savons, n’est possible que selon son Esprit, qu’il répand sur nous après sa résurrection, et qui nous configure à lui. Vivre ainsi les béatitudes de notre page devrait nous conduire à cette définition de nous-mêmes identique à celle que Paul ose avancer de sa propre existence :
19 … je suis crucifié avec le Christ ;
20 et ce n’est plus moi qui vis, mais le Christ qui vit en moi. Ma vie présente dans la chair, je la vis dans la foi au Fils de Dieu qui m’a aimé et s’est livré pour moi.
N’est-ce pas à cela, en définitive, que nous invitent ces Paroles si riches de Jésus, que nous appelons les “béatitudes” ?
Prière
*Seigneur Jésus, toi seul peux nous déclarer “heureux”, dans la mesure où tu es notre bonheur, quand tu te penches sur nous, et que notre coeur se trouve suffisamment pauvre et en manque de Dieu, pour reconnaître et accueillir le don de ton amour et de ta miséricorde : donne-moi de pouvoir non seulement proclamer, mais encore attester, dans mes comportements et attitudes de chaque jour, que, vraiment, je n’ai pas d’autre bonheur que toi, que, plus je te rencontre et te découvre, plus j’ai soif de toi, de ta présence, de ta vérité, et surtout de ton Esprit, qui toujours davantage me tourne vers Dieu ton Père et notre Père, ainsi que vers tous les frères et soeurs que tu mets sur mon chemin, pour que je discerne en eux ton image. AMEN.
10.06.2002.*