📘 Commentaire biblique de l’abbé Léon Hamain
Première lecture : 2 Corinthiens 1, 18-22
DE LA 2ème LETTRE AUX CORINTHIENS
Texte
18 Aussi vrai que Dieu est fidèle, notre langage avec vous n’est pas oui et non.
19 Car le Fils de Dieu, le Christ Jésus, que nous avons prêché parmi vous, Silvain, Timothée et moi, n’a pas été oui et non ; il n’y a eu que oui en lui.
20 Toutes les promesses de Dieu ont en effet leur oui en lui ; aussi bien est-ce par lui que nous disons l’” Amen ” à Dieu pour sa gloire.
21 Et Celui qui nous affermit avec vous dans le Christ et qui nous a donné l’onction, c’est Dieu,
22 Lui qui nous a aussi marqués d’un sceau et a mis dans nos cœurs les arrhes de l’Esprit.
Commentaire
1. Situation
La 2ème Lettre de Paul aux Corinthiens comprend, à vrai dire, 2 lettres, la 1ère, appelée Lettre A, regroupant les chapitres 1 - 9, la 2nde, appelée Lettre B, les chapitres 10 - 13. Cette division est admise par la plupart des spécialistes, même si certains sont allés jusqu’à y découvrir un ensemble de 5 lettres de Paul.
Personne, en revanche, ne met en doute que cette lettre, en son état actuel, soit un texte authentique de Paul, sauf peut-être pour les versets 6, 14 - 7, 1, qu’un certain nombre considèrent comme postérieurs à Paul.
La Lettre A a dû être écrite au printemps de l’année 55, soit environ un année après la 1ère Lettre de Paul aux Corinthiens, tandis que la Lettre B aurait été écrite quelques mois seulement plus tard que la Lettre A, au cours de l’été 55.
Dans ces 2 Lettres, A et B, Paul se trouve sur la défensive face aux chrétiens de Corinthe.
Relisant cette Lettre dans son unité d’ensemble actuelle, nous y distinguons, entre l’adresse et la prière de bénédiction de l’introduction (1, 1 - 11) et les salutations et la bénédiction finale de la conclusion (13, 11 - 13), deux grandes parties qu’on pourrait intituler : - Paul le conciliateur (1, 12 - 9, 15), - Paul se met en situation d’attaquant pour mieux se défendre (10, 1 - 13, 10).
Dans la Lettre A, après une introduction (1, 1 - 11), Paul commence par expliquer pour quelles raisons il a dû annuler un voyage qu’il avait prévu à Corinthe (1, 12 - 2, 13), puis il définit les critères d’un apostolat authentique au service de la cause de Jésus ( 2, 14 - 6, 10). Il reparle ensuite de ses relations avec l’Eglise de Corinthe dans une 3ème partie (6, 11 - 7, 16) avant de conclure sur un appel à participer généreusement à la collecte qu’il a organisée pour les pauvres de l’Eglise de Jérusalem (8, 1 - 9, 15).
Dans la Lettre B (ou 2ème partie de notre actuelle 2ème Lettre aux Corinthiens), Paul se livre d’abord à une défense préliminaire (10, 1 - 18), avant de se lancer, selon une attitude qu’il qualifiera de “folie”, dans un discours plein d’emportement (11, 1 - 12, 13), et de conclure sa défense (12, 14 - 13, 10).
Notre passage se situe, suite à l’introduction, tout au début de la 1ère grande partie de cette Lettre (ou de la Lettre A).
2. Message
Paul, qui a changé ses plans et n’est pas venu à Corinthe, comme il l’avait annoncé, refuse d’être accusé de légèreté et de déloyauté.
Son action, comme son langage, sont conformes à la vérité : il pratique le langage du “OUI”, le langage de tout croyant qui imite Jésus, et vit à partir de la vie de Jésus.
Car Jésus n’a été que “OUI”, et c’est par lui que nous vivons en vérité, en disant “OUI” à notre tour. Ce qui nous est rendu possible par l’action de Dieu qui nous sauve, par le Christ et pour lui, et ainsi nous rend forts, nous consacre, et nous fait le don de son Esprit qui habite en nous.
3. Decouvertes
Dans une première explication, Paul donne les raisons de son comportement, et fait part de ses projets d’avenir.
Paul a d’abord commencé par insister sur le sens profond de sa relation avec la communauté de Corinthe, qui doute de sa sincérité, en proclamant que, face à la Bonne Nouvelle de Jésus, qui culminera lors de son retour en son Jour, cette Eglise de Corinthe et lui-même sont l’objet d’une fierté réciproque et partagée (1, 12 - 14).
Maintenant, dans les versets 15 - 22, où se trouve notre texte, il fait état de ses projets de visite à Corinthe, qu’il n’a pu mener à bien, et réfute directement l’accusation de légèreté en précisant que ses projets ne sont pas que des projets humains.
D’où sa référence à l’attitude de “OUI” de Jésus, qu’il vit à l’exemple de son Seigneur. C’est pour cela que son activité apostolique ne se fonde pas sur de simples considérations humaines de calendrier à observer, mais est conduite selon l’initiative de Dieu.
Aux versets 21 - 22, Pau; nous montre qu’il a pour mission d’aider les Corinthiens à vivre en communion avec Dieu comme membres du corps du Christ. La relation qui existe entre lui-même et les Corinthiens est très forte en Christ, du fait que Dieu les a saisis ensemble dans une même consécration, dont les termes “d’onction” et de “sceau” soulignent bien le caractère indélébile.
Cette consécration nous est présentée comme action de Dieu, liée au Christ, dans l’Esprit Saint.
4. Prolongement
Le “OUI” du Christ résume tout le comportement de Jésus, comme il l’indique lui-même très souvent dans l’Evangile de Jean :
30 Je ne puis rien faire de moi-même. Je juge selon ce que j’entends : et mon jugement est juste, parce que je ne cherche pas ma volonté, mais la volonté de celui qui m’a envoyé.
37 Si je ne fais pas les œuvres de mon Père, ne me croyez pas ;
38 mais si je les fais, quand bien même vous ne me croiriez pas, croyez en ces œuvres, afin de reconnaître une bonne fois que le Père est en moi et moi dans le Père. ”
49 car ce n’est pas de moi-même que j’ai parlé, mais le Père qui m’a envoyé m’a lui-même commandé ce que j’avais à dire et à faire connaître ;
50 et je sais que mon commandement est vie éternelle. Ainsi donc ce que je dis, tel que le Père me l’a dit je le dis. ”
Ce “OUI” de Jésus, prononcé jusqu’en sa prière d’agonie, au jardin des Oliviers ou, selon Jean 12, au Temple de Jérusalem, ainsi qu’au moment de sa mort sur la croix, Jésus nous le transmet comme son attitude qui devient la nôtre, et saisit toutes nos démarches, dans l’Esprit Saint ainsi que dans le partage Eucharistique, où il nous donne, par grâce, d’offrir avec lui son propre “OUI” au Père, dans lequel nous avons à laisser intégrer notre “OUI” de croyants.
Prière
*Seigneur Jésus, il n’y a bien que “OUI” en toi, et c’est par ton “OUI”, reçu dans la grâce que tu nous fais de la présence en nous de ton Esprit Saint, que nous pouvons, à notre tour, dire “OUI” en vérité au Père qui nous appelle à partager ta gloire : apprends-moi à toujours mieux recevoir chaque jour ce “OUI” en moi, et à l’exprimer à travers toutes mes attitudes de croyant. AMEN.
10.06.2003.*
Évangile : Matthieu 5, 13-16
DE L’EVANGILE DE MATTHIEU
Texte
13 ” Vous êtes le sel de la terre. Mais si le sel vient à s’affadir, avec quoi le salera-t-on ? Il n’est plus bon à rien qu’à être jeté dehors et foulé aux pieds par les gens.
14 ” Vous êtes la lumière du monde. Une ville ne se peut cacher, qui est sise au sommet d’un mont.
15 Et l’on n’allume pas une lampe pour la mettre sous le boisseau, mais bien sur le lampadaire, où elle brille pour tous ceux qui sont dans la maison.
16 Ainsi votre lumière doit-elle briller devant les hommes afin qu’ils voient vos bonnes œuvres et glorifient votre Père qui est dans les cieux.
Commentaire
1. Situation
Cet Evangile, qui porte le nom de Matthieu, trouve peut-être sa première source dans une collection de paroles de Jésus, écrites en Araméen et attribuées à l’apôtre Matthieu, par un Père de l’Eglise, Papias d’Alexandrie, vers 125.
Cet Evangile, qui reprend beaucoup de passages de l’Evangile de Marc (qui avait été écrit vers 65), mais en y ajoutant des éléments qu’il partage en grande partie avec Luc, a été très probablement rédigé entre les années 85 et 90.
A parcourir tout ce Livre, on peut se demander s’il a été composé pour des chrétiens d’origine Juive (Judéochrétiens), ou pour des chrétiens d’origine païenne, ou encore pour les deux. La position communément admise de nos jours est qu’il a été écrit pour une communauté Judéochrétienne qui s’est trouvée exclue du Judaïsme, suite à une décision par des rabbins Juifs non chrétiens de ne plus tolérer la double appartenance, à la fois Juive et chrétienne, de ces Judéochrétiens, qui avait été possible jusqu’à cette date. Rupture qui explique la dureté des propos mis dans la bouche de Jésus contre les Scribes et Pharisiens de son temps (Matth. chapitre 23).
Néanmoins, même s’il a été d’abord écrit pour confirmer une communauté Judéochrétienne dans sa découverte de la Bonne Nouvelle de Jésus, cet Evangile est ouvert également à la mission universelle auprès des païens, et il se termine par un envoi en mission par le Christ ressuscité, avec ces paroles : “allez, de toutes les nations, faites des disciples” (28, 18).
On peut diviser cet Evangile en 11 parties, qui se répondent en sens inverse (la 1ère correspondant à la dernière, la 2ème, à l’avant-dernière, etc…), concentrées autour de la 6ème partie, le “Discours en paraboles”, qui sert en quelque sorte de “pivot”. Nous obtenons ainsi le découpage suivant :
- Naissance de Jésus et commencement de sa mission (1 - 4)
- Bénédictions et Discours sur la montagne (5 - 7)
- Manifestations de l’autorité de Jésus et de ses appels (8 - 9)
- Discours sur la mission (10)
- Jésus rejeté par “cette génération” (11 - 12 )
- Discours en paraboles (13)
- Jésus reconnu par ses disciples (14 - 17)
- Discours sur la manière de vivre en communauté de croyants (18)
- De nouveau, Jésus manifeste son autorité et ses appels (19 - 22)
- Proclamation de situations malheureuses et Discours sur la venue définitive du Royaume (23 - 24)
- Passion, mort et résurrection (26 - 28)
Cette présentation fait ressortir que cet Evangile est bien rythmé par 5 grands discours de Jésus, dans lesquels l’auteur a concentré la majeure partie de son enseignement. Les 5 discours ont souvent fait penser aux 5 livres de Moïse de l’Ancien Testament. On dit volontiers que, pour Matthieu, Jésus est le “Nouveau Moïse”.
Avec notre page se continue le 1er des 5 grands discours de Jésus, tels que Matthieu nous les a recomposés, 1er discours qu’on appelle habituellement le “Sermon sur la Montagne”. Mieux vaut cependant l’intituler “La Charte du Royaume de Dieu”, pour en mieux mesurer l’importance.
En effet, Jésus nous y livre les “secrets” du Règne de Dieu : d’abord, ce qu’il nous faut chercher et recevoir du véritable “bonheur” selon Dieu : les béatitudes (5, 3 - 12), ensuite, ce qu’une telle découverte fait de nous au coeur du monde et pour le monde : la saveur et la lumière (5, 13 - 16), enfin, où cela nous conduit comme style de vie : - de dépassement infini de toutes les exigences (5, 17 - 48), - de changement profond d’attitude dans la prière, l’aumône et le jeûne (6, 1 - 18), - de découverte du caractère “unique” de ce que Jésus nous propose, et du choix absolu pour marcher avec lui, qu’il attend de nous, les croyants (6, 19 - 7, 29).
2. Message
Jésus, qui vient juste de proclamer ses béatitudes, s’adresse à ses auditeurs en leur parlant à la 2ème personne. C’est ici un langage on ne peut plus direct. Comme dans tous les discours qu’il compose en regroupant diverses paroles de la prédication de Jésus, Matthieu a repris ici des éléments que l’on trouve en Marc, 9, 5 et 4, 21, ainsi qu’en Luc, 8, 16, puis 11, 33 et 14, 34 - 35.
Le sens de base est le suivant : par définition, en tant que disciples et quoi qu’il vous arrive, vous avez une vocation pour le monde et un témoignage public à rendre, en qualité de “sel” qui donne de la saveur et de “lumière” qui rayonne et éclaire.
Comme le sel, le disciple de Jésus doit conserver sa valeur et garder sa saveur dans la fidélité à l’appel de Jésus et à l’Evangile du Royaume. S’il se dénature et devient insipide, il ne sert plus à rien dans le cadre de l’annonce et de la présence du salut que Dieu offre aux hommes.
De même le disciple, tel le serviteur dont parle le 2ème prophète Isaïe (42, 6 et 49, 6), doit être Lumière pour le monde et se manifester ainsi, pour que rayonne par lui la gloire de Dieu. Mais cette attitude n’est pas contradictoire avec ce que Jésus propose plus loin dans ce même discours, quand il conseille de faire l’aumône, prier et jeûner dans le secret. Quand il s’agit de manifester la gloire de Dieu, Jésus demande un rayonnement visible et public. Il n’en va pas de même des expressions personnelles de notre relation à Dieu, qui doivent rester dans le secret (Matthieu, 6, 1 - 4).
3. Decouvertes
A strictement parler, le sel ne perd pas sa saveur. Il a, de soi, une double propriété : conserver la nourriture et lui donner du goût. Cependant, dans le Judaïsme, il peut devenir impur, et, alors, on doit le jeter, et, en ce cas, son sort fournit l’image du jugement de Dieu.
La petite comparaison sur la lumière présuppose une maison palestinienne ne comprenant qu’une seule pièce, et une lampe à huile en argile. Le disciple doit rayonner, c’est-à-dire ne pas vivre pour soi mais pour les autres (Matthieu, 25, 26 et 2 Corinthiens, 4, 7). Cela demande un équilibre assez délicat, en ce sens que nos bonnes oeuvres doivent briller devant les hommes sans que nous en tirions gloire pour nous-mêmes. Notre manière de vivre, notre témoignage et ses expressions, doivent contribuer à la conversion de nos frères et soeurs, qui, en les voyant, rendent gloire à Dieu.
4. Prolongement
Si nous essayons de vivre en marchant dans la direction des béatitudes proclamées par Jésus, nous en recevons un acquis de saveur et de rayonnement, qui est à la fois un don reçu et une responsabilité face à tous.
Nous sommes ainsi appelés à la fidélité et à la vérité : ce que nous avons reçu du don de Dieu et de la Parole efficace de Jésus ne nous appartient pas, mais doit servir, à notre époque et dans les circonstances de notre existence concrète, au rayonnement du message de Jésus et de son attitude permanente de serviteur.
C’est ainsi que nous le révélons et le rendons visible aujourd’hui, en l’imitant, et en vivant à sa façon à lui, lui qui est la “Lumière du monde” (Jean, 8, 12).
Prière
*Seigneur Jésus, qui est saveur, solidité totale, Lumière toujours rayonnante de la Parole, de l’attitude d’amour et de l’action de Dieu, sinon toi qui nous le révèles comme “Père”, “Lumière” et “rocher de notre salut”, toi qui nous invites à avancer sur le chemin, qu’en suivant à la perfection en étant sans cesse “axé” sur la volonté du Père, tu es devenu toi-même pour nous : viens me prendre de nouveau par la main, pour que je sache marcher avec toi, et me montrer “signe” pour mes frères et soeurs, de ta présence, de ton message et de ton action de Ressuscité, avec nous tous les jours en ton Esprit Saint. AMEN.
10.06.2003.*