📘 Commentaire biblique de l’abbé Léon Hamain
Première lecture : 2 Corinthiens 3, 4-11
DE LA 2ème LETTRE AUX CORINTHIENS
Texte
4 Telle est la conviction que nous avons par le Christ auprès de Dieu.
5 Ce n’est pas que de nous-mêmes nous soyons capables de revendiquer quoi que ce soit comme venant de nous ; non, notre capacité vient de Dieu,
6 qui nous a rendus capables d’être ministres d’une nouvelle alliance, non de la lettre, mais de l’Esprit ; car la lettre tue, l’Esprit vivifie.
7 Or, si le ministère de la mort, gravé en lettres sur des pierres, a été entouré d’une telle gloire que les fils d’Israël ne pouvaient fixer les yeux sur le visage de Moïse à cause de la gloire de son visage, pourtant passagère,
8 comment le ministère de l’Esprit n’en aurait-il pas davantage ?
9 Si en effet le ministère de la condamnation fut glorieux, combien plus le ministère de la justice l’emporte-t-il en gloire !
10 Non, si de ce point de vue, on la compare à cette gloire suréminente, la gloire de ce premier ministère n’en fut pas une.
11 Car, si ce qui était passager s’est manifesté dans la gloire, combien plus ce qui demeure sera-t-il glorieux !
Commentaire
1. Situation
La 2ème Lettre de Paul aux Corinthiens comprend, à vrai dire, 2 lettres, la 1ère, appelée Lettre A, regroupant les chapitres 1 - 9, la 2nde, appelée Lettre B, les chapitres 10 - 13. Cette division est admise par la plupart des spécialistes, même si certains sont allés jusqu’à y découvrir un ensemble de 5 lettres de Paul.
Personne, en revanche, ne met en doute que cette lettre, en son état actuel, soit un texte authentique de Paul, sauf peut-être pour les versets 6, 14 - 7, 1, qu’un certain nombre considèrent comme postérieurs à Paul.
La Lettre A a dû être écrite au printemps de l’année 55, soit environ un année après la 1ère Lettre de Paul aux Corinthiens, tandis que la Lettre B aurait été écrite quelques mois seulement plus tard que la Lettre A, au cours de l’été 55.
Dans ces 2 Lettres, A et B, Paul se trouve sur la défensive face aux chrétiens de Corinthe.
Relisant cette Lettre dans son unité d’ensemble actuelle, nous y distinguons, entre l’adresse et la prière de bénédiction de l’introduction (1, 1 - 11) et les salutations et la bénédiction finale de la conclusion (13, 11 - 13), deux grandes parties qu’on pourrait intituler : - Paul le conciliateur (1, 12 - 9, 15), - Paul se met en situation d’attaquant pour mieux se défendre (10, 1 - 13, 10).
Dans la Lettre A, après une introduction (1, 1 - 11), Paul commence par expliquer pour quelles raisons il a dû annuler un voyage qu’il avait prévu à Corinthe (1, 12 - 2, 13), puis il définit les critères d’un apostolat authentique au service de la cause de Jésus ( 2, 14 - 6, 10). Il reparle ensuite de ses relations avec l’Eglise de Corinthe dans une 3ème partie (6, 11 - 7, 16) avant de conclure sur un appel à participer généreusement à la collecte qu’il a organisée pour les pauvres de l’Eglise de Jérusalem (8, 1 - 9, 15).
Dans la Lettre B (ou 2ème partie de notre actuelle 2ème Lettre aux Corinthiens), Paul se livre d’abord à une défense préliminaire (10, 1 - 18), avant de se lancer, selon une attitude qu’il qualifiera de “folie”, dans un discours plein d’emportement (11, 1 - 12, 13), et de conclure sa défense (12, 14 - 13, 10).
Notre passage se situe dans le 2ème argument de la 1ère grande partie de cette Lettre (ou de la Lettre A).
2. Message
Paul a une conception très haute de sa mission reçue de Dieu, qui l’a rendu capable de participer à un ministère totalement nouveau si on le compare au ministère de l’Ancienne Alliance.
Ce ministère est la conséquence directe du salut accompli par Dieu en Jésus Christ, qui a réalisé une Alliance, nouvelle et définitive, qui est source de vie, dans ls souffle et l’action de l’Esprit, et qui est porteuse d’une gloire incomparablement supérieure à celle de l’Ancien Testament.
3. Decouvertes
Deuxième grand thème abordé par Paul dans la 1ère partie de cette 2ème Lettre aux Corinthiens, celui de l’autorité de l’apôtre.
Les 2 premiers versets de notre texte (3, 4 - 5) terminent un premier argument concernant la légitimité de la mission aposstolique de Paul (2, 14 - 3, 6). Paul n’est pas un charlatan qui “trafique” la Parole de Dieu. Au contraire, c’est avec sincérité qu’il parle, de la part de Dieu, et face à Dieu dans le Christ (2, 17). Il ne se recommande pas lui-même pour autant : sa lettre de recommandation est une lettre qui vient du Christ, et qu’il écrit, comme apôtre, ave l’Esprit de Dieu, dans le coeur de ceux qui accueillent sa Parole.
C’est donc de Dieu, et non pas du tout de lui-même, que Paul tient son ministère et sa responsabilité apostolique : il travaille donc pour Dieu.
Dans les versets 3, 6 - 18, Paul précise en quel sens il est ministre d’une Alliance Nouvelle en comparant la relation entre Dieu et le peuple de l’Ancienne Alliance avec la nouvelle relation qu’il vient d’établir, par et dans le Christ, avec tous ceux qui acceptent la Bonne Nouvelle de Jésus.
Un contraste caractérisé se définit pour lui entre ces deux types de relation, contraste qui se traduit dans les oppositions “lettre de la Loi” et “Esprit de Dieu”, “mort” et “vie”, “Ancienne Alliance” et “Nouvelle Alliance”.
Développant l’argument de la “lettre écrite” que Paul vient d’utiliser, les versets 6 - 11 nous présentent la “Loi”, pivot de l’Ancienne Alliance, en des termes très négatifs : la lettre tue, le ministère basé sur un texte écrit qui est gravé sur des tables de pierre conduit à la mort, et, de plus, il n’a eu qu’un temps et n’était pas fait pour demeurer (3, 6 et 11).
Et même si, comme Paul l’admet, l’Ancienne Alliance était réellement accompagnée d’une grande gloire, cette gloire est elle-même très fortement dépassée.
Paul s’exprime ici en converti, qui a été totalement transformé et retourné par le Christ qui est désormais pour lui l’unique centre de salut.
4. Prolongement
Bien que n’ayant pas reçu l’expérience radicale de Paul, qui l’a fait passer du statut de Docteur Juif et Pharisien au statut de Docteur des Nations, nous sommes appelés à vivre sans cesse l’ultime Nouveauté de la mssion accomplie par Jésus, et transmise par sa parole, dans l’Esprit Saint.
Les contrastes si puissants que Paul emploie lorsqu’il compare l’Ancien et le Nouveau Testaments ne l’ont jamais empêché de toujours voir Jésus comme l’accomplissement définitif, réalisé une fois pour toutes, de tout le plan de Dieu selon l’unique promesse faite par Dieu à Abraham et à sa descendance (accomplissement ne pouvant donc être compris que dans le cadre obligé de toute l’histoire d’Israël), ni d’espérer de toutes ses forces qu’au terme de l’achèvement réalisé par Jésus, Israël reprendra sa place de “fils aîné” dans le peuple de Dieu rénové (Romains, 9 - 11).
L’un des textes les plus complets dans lequel Paul nous relate et nous partage son expérience :
4 J’aurais pourtant sujet, moi, d’avoir confiance même dans la chair ; si quelque autre croit avoir des raisons de se confier dans la chair, j’en ai bien davantage :
5 circoncis dès le huitième jour, de la race d’Israël, de la tribu de Benjamin, Hébreu fils d’Hébreux ; quant à la Loi, un Pharisien ;
6 quant au zèle, un persécuteur de l’Église ; quant à la justice que peut donner la Loi, une homme irréprochable.
7 Mais tous ces avantages dont j’étais pourvu, je les ai considérés comme un désavantage, à cause du Christ.
8 Bien plus, désormais je considère tout comme désavantageux à cause de la supériorité de la connaissance du Christ Jésus mon Seigneur. A cause de lui j’ai accepté de tout perdre, je considère tout comme déchets, afin de gagner le Christ,
9 et d’être trouvé en lui, n’ayant plus ma justice à moi, celle qui vient de la Loi, mais la justice par la foi au Christ, celle qui vient de Dieu et s’appuie sur la foi ;
10 le connaître, lui, avec la puissance de sa résurrection et la communion à ses souffrances, lui devenir conforme dans sa mort,
11 afin de parvenir si possible à ressusciter d’entre les morts.
12 Non que je sois déjà au but, ni déjà devenu parfait ; mais je poursuis ma course pour tâcher de saisir, ayant été saisi moi-même par le Christ Jésus.
Prière
*Seigneur Jésus, ton apôtre Paul ne voulait que connaître et annoncer que toi, et toi seul, crucifié-ressuscité, et il n’a cessé de proclamer que de te croire Seigneur et t’affirmer vivant, ressuscité d’entre les morts, suffisait pour que nous soyons sauvés : renouvelle en moi cette conviction centrale très profonde qui doit donner sens et lumière à toutes les valeurs et expressions humaines que je manifeste chaque jour. AMEN.
11.06.2003.*
Évangile : Matthieu 5, 17-19
DE L’EVANGILE DE MATTHIEU
Texte
17 ” N’allez pas croire que je sois venu abolir la Loi ou les Prophètes : je ne suis pas venu abolir, mais accomplir.
18 Car je vous le dis, en vérité : avant que ne passent le ciel et la terre, pas un i, pas un point sur l’i, ne passera de la Loi, que tout ne soit réalisé.
19 Celui donc qui violera l’un de ces moindres préceptes, et enseignera aux autres à faire de même, sera tenu pour le moindre dans le Royaume des Cieux ; au contraire, celui qui les exécutera et les enseignera, celui-là sera tenu pour grand dans le Royaume des Cieux.
Commentaire
1. Situation
Cet Evangile, qui porte le nom de Matthieu, trouve peut-être sa première source dans une collection de paroles de Jésus, écrites en Araméen et attribuées à l’apôtre Matthieu, par un Père de l’Eglise, Papias d’Alexandrie, vers 125.
Cet Evangile, qui reprend beaucoup de passages de l’Evangile de Marc (qui avait été écrit vers 65), mais en y ajoutant des éléments qu’il partage en grande partie avec Luc, a été très probablement rédigé entre les années 85 et 90.
A parcourir tout ce Livre, on peut se demander s’il a été composé pour des chrétiens d’origine Juive (Judéochrétiens), ou pour des chrétiens d’origine païenne, ou encore pour les deux. La position communément admise de nos jours est qu’il a été écrit pour une communauté Judéochrétienne qui s’est trouvée exclue du Judaïsme, suite à une décision par des rabbins Juifs non chrétiens de ne plus tolérer la double appartenance, à la fois Juive et chrétienne, de ces Judéochrétiens, qui avait été possible jusqu’à cette date. Rupture qui explique la dureté des propos mis dans la bouche de Jésus contre les Scribes et Pharisiens de son temps (Matth. chapitre 23).
Néanmoins, même s’il a été d’abord écrit pour confirmer une communauté Judéochrétienne dans sa découverte de la Bonne Nouvelle de Jésus, cet Evangile est ouvert également à la mission universelle auprès des païens, et il se termine par un envoi en mission par le Christ ressuscité, avec ces paroles : “allez, de toutes les nations, faites des disciples” (28, 18).
On peut diviser cet Evangile en 11 parties, qui se répondent en sens inverse (la 1ère correspondant à la dernière, la 2ème, à l’avant-dernière, etc…), concentrées autour de la 6ème partie, le “Discours en paraboles”, qui sert en quelque sorte de “pivot”. Nous obtenons ainsi le découpage suivant :
- Naissance de Jésus et commencement de sa mission (1 - 4)
- Bénédictions et Discours sur la montagne (5 - 7)
- Manifestations de l’autorité de Jésus et de ses appels (8 - 9)
- Discours sur la mission (10)
- Jésus rejeté par “cette génération” (11 - 12 )
- Discours en paraboles (13)
- Jésus reconnu par ses disciples (14 - 17)
- Discours sur la manière de vivre en communauté de croyants (18)
- De nouveau, Jésus manifeste son autorité et ses appels (19 - 22)
- Proclamation de situations malheureuses et Discours sur la venue définitive du Royaume (23 - 24)
- Passion, mort et résurrection (26 - 28)
Cette présentation fait ressortir que cet Evangile est bien rythmé par 5 grands discours de Jésus, dans lesquels l’auteur a concentré la majeure partie de son enseignement. Les 5 discours ont souvent fait penser aux 5 livres de Moïse de l’Ancien Testament. On dit volontiers que, pour Matthieu, Jésus est le “Nouveau Moïse”.
Avec notre page continue le début du 1er des 5 grands discours de Jésus, tels que Matthieu nous les a recomposés, 1er discours qu’on appelle habituellement le “Sermon sur la Montagne”. Mieux vaut cependant l’intituler “La Charte du Royaume de Dieu”, pour en mieux mesurer l’importance.
En effet, Jésus nous y livre les “secrets” du Règne de Dieu : d’abord, ce qu’il nous faut chercher et recevoir du véritable “bonheur” selon Dieu : les béatitudes (5, 1 - 12), ensuite, ce qu’une telle découverte fait de nous au coeur du monde et pour le monde : la saveur et la lumière (5, 13 - 16), enfin, où cela nous conduit comme style de vie : - de dépassement infini de toutes les exigences (5, 17 - 48), - de changement profond d’attitude dans la prière, l’aumône et le jeûne (6, 1 - 18), - de découverte du caractère “unique” de ce que Jésus nous propose, et du choix absolu pour marcher avec lui, qu’il attend de nous, les croyants (6, 19 - 7, 29).
2. Message
En ouvrant son discours sur la charte du Royaume, tel que Matthieu nous le présente, par l’énoncé de ses Béatitudes, Jésus nous a fixé le but à atteindre, à savoir la véritable attitude des enfants de ce Royaume de Dieu, que Jésus crée en nous, comme fruit de son salut et de la grâce de l’Esprit Saint, enfants de Dieu libérés de tout égoïsme et transparents à la présence de Dieu au coeur de nos vies.
Celui ou celle qui accepte de se situer dans cette perspective reçoit, du même coup, la mission de devenir la lumière et la saveur du monde et de tous les humains.
Mais comment se situer dans cette perspective ? Jésus nous invite de façon très paradoxale à la liberté qu’il nous apporte dans notre libération, qu’il réalise tout au long du parcours de sa mission en notre monde, depuis son début jusqu’à son terme vécu en son “passage” au Père : il accomplit tout le message que l’Ancien Testament nous transmet par ses livres de Moïse (La Loi) et tous ses livres prophétiques (les livres de Josué, des Juges, de Samuel, des Rois, et tous les écrits des prophètes écrivains), et, de façon particulière, il accomplit la Loi ou les commandements de Dieu, transmis à Moïse sur le Mont Sinaï, sans le moindre du monde en abolir quelque point que ce soit.
Cet “accomplissement” annoncé par Jésus se traduit par le dépassement radical qu’il propose à tous ceux qui le suivent, par les exigences sans fin qu’il nous propose en ce qui concerne la pratique de l’amour et de la miséricorde.
Vivre l’obéissance à la Loi sans chercher à ne rien en supprimer, cela veut dire pour Jésus s’ouvrir, de façon toujours plus large, à l’exigence de vérité et d’amour qui nous vient de Dieu, et qu’il a lui-même vécue.
3. Decouvertes
En détruisant tout soupçon que Jésus soit venu pour abolir la Torah (la Loi), ces versets introduisent la longue section qui va s’ouvrir. C’est dire que les affirmations très fortes de Matthieu, 5, 21 - 48, qui suivent presque immédiatement notre page, n’abolissent pas la Loi de Moîse, et ne dégagent pas ceux qui croient en Jésus de l’obligation de la suivre.
Du coup, nous est fournie la correcte interprétation de la série de dépassements et d’avancées, face à la Loi, que Jésus va ainsi proclamer. Le verset 20 qui se situe juste après notre texte, oblige les disciples de Jésus à dépasser la justice des scribes et des Pharisiens, ce que Jésus va expliquer dans le supplément d’exigence qu’il est sur le point de proposer.
Ceux qui suivent Jésus, loin donc de transgresser la Loi, sont appelés à aller beaucoup plus avant que ceux qui se contentent de prendre seulement la Loi-Torah pour guide.
Certains interprètes voient dans ces versets de notre page un désir, chez l’auteur de l’Evangile de Matthieu, de rapprocher les affirmations de Jésus dans l’Evangile de Matthieu des positions de Paul face à la Loi de Moïse.
4. Prolongement
Notre seul modèle de ce dépassement qui n’est jamais plafonné, comme d’un amour qui n’est jamais limité, ne se trouve pour nous qu’en Jésus :
34 Jésus leur dit : ” Ma nourriture est de faire la volonté de celui qui m’a envoyé et de mener son œuvre à bonne fin.
30 Je ne puis rien faire de moi-même. Je juge selon ce que j’entends : et mon jugement est juste, parce que je ne cherche pas ma volonté, mais la volonté de celui qui m’a envoyé
38 car je suis descendu du ciel pour faire non pas ma volonté, mais la volonté de celui qui m’a envoyé.
39 Étant allé un peu plus loin, il tomba face contre terre en faisant cette prière : ” Mon Père, s’il est possible, que cette coupe passe loin de moi ! Cependant, non pas comme je veux, mais comme tu veux. “
Prière
*Seigneur Jésus, les commandements que Dieu nous a transmis par Moïse sont pour nous autant de balises qui nous tracent le chemin de la foi en ton Nom, qui agit par la charité que tu as toi-même vécue en premier, jusqu’à pouvoir nous révéler ainsi que Dieu est amour : apprends-moi à suivre résolument la direction qu’indiquent ces balises, sans me contenter de m’arrêter à simplement les observer, fais-moi découvrir que sur ce chemin, qui est en vérité le tien, je ne dois jamais cesser d’avancer toujours plus loin, grandissant dans ta manière d’obéir, et reproduisant, de plus en plus près, tous ces gestes d’amour et de miséricorde infinis, par lesquels tu nous as révélé ce que nous appelons le “coeur” de Dieu. AMEN.
12.06.2002.*