📘 Commentaire biblique de l’abbé Léon Hamain


Première lecture : 1 Rois 19, 9-16

DU 1er LIVRE DES ROIS

Texte

9 Là, il entra dans la grotte et il y resta pour la nuit. Voici que la parole de Yahvé lui fut adressée, lui disant: “Que fais-tu ici, Elie?“
10 Il répondit: “Je suis rempli d’un zèle jaloux pour Yahvé Sabaot, parce que les Israélites ont abandonné ton alliance, qu’ils ont abattu tes autels et tué tes prophètes par l’épée. Je suis resté moi seul et ils cherchent à m’enlever la vie.”
11 Il lui fut dit: “Sors et tiens-toi dans la montagne devant Yahvé.” Et voici que Yahvé passa. Il y eut un grand ouragan, si fort qu’il fendait les montagnes et brisait les rochers, en avant de Yahvé, mais Yahvé n’était pas dans l’ouragan; et après l’ouragan un tremblement de terre, mais Yahvé n’était pas dans le tremblement de terre;
12 et après le tremblement de terre un feu, mais Yahvé n’était pas dans le feu; et après le feu, le bruit d’une brise légère.
13 Dès qu’Elie l’entendit, il se voila le visage avec son manteau, il sortit et se tint à l’entrée de la grotte. Alors une voix lui parvint, qui dit: “Que fais-tu ici, Elie?“
14 Il répondit: “Je suis rempli d’un zèle jaloux pour Yahvé Sabaot, parce que les Israélites ont abandonné ton alliance, qu’ils ont abattu tes autels et tué tes prophètes par l’épée. Je suis resté moi seul, et ils cherchent à m’enlever la vie.”
15 Yahvé lui dit: “Va, retourne par le même chemin, vers le désert de Damas. Tu iras oindre Hazaël comme roi d’Aram.
16 Tu oindras Jéhu fils de Nimshi comme roi d’Israël, et tu oindras Elisée fils de Shaphat, d’Abel-Mehola, comme prophète à ta place.

Commentaire

1. Situation

Les 2 Livres des Rois nous relatent l’histoire des royaumes d’Israël et de Juda depuis Salomon jusqu’à l’exil à Babylone, c’est-à-dire depuis le milieu du 10ème siècle jusqu’au milieu du 6ème siècle. Intervalle qui correspond exactement à la période durant laquelle Israël et Juda ont été vraiment, l’un et l’autre, un Etat, au sens politique du terme, et non pas seulement le “Peuple de Dieu”, qui a existé comme tel bien avant l’avènement de David qui l’avait ainsi unifié, ainsi que bien après l’exil, qui a marqué la fin de son indépendance politique. Intervalle qui est également celui d’un déclin régulier, à travers une marche historique faite de lumières et d’ombres.

Dans ces Livres des Rois, chacun des rois nous est présenté selon un schéma identique : date et âge d’avènement, longueur du règne, nom de la reine-mère (pour les rois de Juda), appréciation de son attitude face au Dieu d’Israêl. Le récit concernant chacun d’eux se conclut également de la même façon : indication de la source de renseignements utilisée concernant ce roi, mention de sa mort et de sa sépulture, nom et prise de pouvoir de son successeur.

Le thème fondamental de ces livres des Rois est que le Temple de Yahvé-Dieu à Jérusalem est le seul endroit où l’on peut légitimement adorer Dieu. Israël, le royaume du Nord, suite à la division du royaume unfié, après la mort de Salomon, a donc construit des sanctuaires schismatiques, soumis aux influences païennes.

Tous les rois d’Israêl et de Juda ne sont finalement appréciés que selon le critère du 1er commandement donné à Moïse, et concernant le culte exclusif à rendre à Yahvé, le seul et unique Dieu.

Vu l’importance de la réforme religieuse du roi Josias en 622, selon les données du Livre du Deutéronome au chapitre 12 (2 Rois, 22), on estime que toute l’histoire des rois a été ainsi relue et composée après ce règne et cette réforme de Josias.

Que ces 2 Livres des Rois aient été écrits avant ou pendant l’exil Babylonien, il n’en reste pas moins que le, ou les, auteur(s) de ces livres est, ou sont, marqué(s) par le Deutéronome ou la pensée Deutéronomiste, telle qu’elle est résumée en Deutéronome, 6,4. Leur but est de montrer à quel point l’histoire d’Israël et de Juda est à interpréter selon la relation au Dieu de l’Alliance, et comment, perçue ainsi, on la découvre conduite par Yahvé-Dieu.

Ces 2 Livres des Rois sont à aborder comme une seule oeuvre nous transmettant en 3 parties : - l’histoire du règne de Salomon (1 Rois, 1 - 11), - l’histoire synchronique des 2 royaumes du Nord (Israël) et du Sud (Juda), jusqu’à la ruine du Royaume du Nord (1 Rois, 12, 1 - 2 Rois, 17, 41), - la fin de l’histoire du royaume de Juda jusqu’à l’exil Babylonien ( 2 Rois, 18, 1 - 25, 30)..

Le “Cycle d’Elie” couvre les chapitres 17, 18 et 19, du 1er Livre des Rois, ainsi que quelques passages du tout début du 2nd Livre des Rois.

2. Message

Suite à la réaction agressive et meurtrière à son égard de la reine Jézabel après le massacre de tous les prophètes de Baal, Elie s’est enfui, découragé, et le Seigneur lui a rendu la force d’effectuer un pélerinage au Sinaï pour se retremper dans sa mission.

A l’endroit même où Moïse, sur sa demande, avait été admis à voir seulement “de dos” la gloire de Yahvé, Elie fait une rencontre personnelle du Dieu d’Israël, mais sur proposition du Seigneur qui l’invite à se tenir devant lui lorsqu’il va mystérieusement passer.

Elie découvre alors que ni le tremblement de terre, ni l’ouragan ni le feu ne contiennent ni ne manifestent la présence vivante et unique du Seigneur son Dieu, mais que ce dernier se révèle seulement à lui dans la douceur et le silence d’une brise trés légère.

C’est alors que seulement, et en se couvrant le visage, qu’Elie perçoit que Dieu “passe” devant lui en le rencontrant et en lui adressant sa Parole.

Dans le message qu’il entend de et reçoit de Dieu, Elie est à la fois contesté par Yahvé-Dieu qui lui apprend qu’il n’est pas, comme il le prétend, le seul à être demeuré fidèle à Yahvé en Israël (voir 1 Rois, 19, 18), et conforté dans sa mission, dans la mesure où Dieu lui désigne un successeur qu’il l’invite à rencontrer et appeler à sa suite, et où il lui demande de choisir un nouveau roi pour Israël et un nouveau roi pour la Syrie.

3. Decouvertes

Les livres des Rois nous indiquent que de fait, Elie ne réalisera qu’une partie de cette mission reçue de Dieu en haut de la montagne du Sinaï : c’est son successeur, Elisée, qui ira faire oindre Jéhu (2 Rois,9, 1 - 10), et fera part à Hazaël d’une vision qu’il a reçue de Yahvé le désignant roi de Aram (2 Rois, 8. 10 - 15). Cela signifierait-il qu’il y aurait eu un mélange des cycles d’Elie et d’Elisée ?

Il y a un certain désordre dans le texte de ce passage : les versets 9b - 10 sont repris par les versets 13b - 14. De plus, malgré le verset 11, Elie ne sort qu’au verset 13.

L’ouragan, le tremblement de terr et les éclairs qui accompagnent habituellement de nombreuses théophanies dans l’Ancien Testament (voir Exode, 19, 16. 18 - 19; Juges, 5, 4 - 5; psaume 18, 8 - 16 et 68, 9; Habakuq, 3, 3 - 12, etc…) ne sont ici que le prélude à la manifestation divine. La “brise lègère” et son “murmure” symbolisent la spiritualité de Dieu et son intimité avec ses prophètes.

Elie est invité à ne pas gémir sur le passé, mais à poursuivre sa mission jusqu’à son terme.

A noter que Yahvé Dieu est présenté ici sans aucune de ces manifestations de phénomènes naturels souvent attribués à Baal par ceux qui le suivaient. Aucune confusion n’est possible à ce sujet.

A noter également que l’image de Dieu présentée en ce passage contraste très fort avec celle de Dieu source d’actions violentes en 1 Rois, 18 et 2 Rois, 10.

Remarquons que ce passage ne manque pas de traits ironiques, en particulier lorsque le Seigneur demande à deux reprises à Elie ce qu’il fait là, ce qui entraîne chaque fois la même réponse d’Elie, qui y exhale sa frustration.

4. Prolongement

Depuis la résurrection de Jésus et la venue de l’Esprit qu’il a transmis à ses disciples le soir de Pâques, Dieu nous est présent dans nos coeurs, et dans cet Esprit de Jésus nous vivons de cette “présence” de Dieu par lui, avec lui, en lui.

Cette présence active du Seigneur en nous nous fait pénétrer dès cette vie, dans le mystère de la résurrection de Jésus et de notre dignité reçue d’enfants de Dieu, si nous lisons et acceptons dans la foi le message conjoint de la Lettre de Paul aux Colossiens et de la 1ère Lettre de Jean.

Colosiens 3

3 1 Du moment donc que vous êtes ressuscités avec le Christ, recherchez les choses d’en haut, là où se trouve le Christ, assis à la droite de Dieu.

3 2 Songez aux choses d’en haut, non à celles de la terre.

3 3 Car vous êtes morts, et votre vie est désormais cachée avec le Christ en Dieu:

3 4 quand le Christ sera manifesté, lui qui est votre vie, alors vous aussi vous serez manifestés avec lui pleins de gloire.

1 Jean 3

3 1 Voyez quelle manifestation d’amour le Père nous a donnée pour que nous soyons appelés enfants de Dieu. Et nous le sommes! Si le monde ne nous connaît pas, c’est qu’il ne l’a pas connu.

3 2 Bien-aimés, dès maintenant, nous sommes enfants de Dieu, et ce que nous serons n’a pas encore été manifesté. Nous savons que lors de cette manifestation nous lui serons semblables, parce que nous le verrons tel qu’il est.

Et cette rencontre intime et silencieuse de Dieu par Jésus est effectuée en nous par l’Esprit Saint du Père et du Fils, selon ce que nous en dit encore Paul dans sa Lettre aux Romains ainsi que dans sa 2ème Lettre aux Corinthiens :

Romains 8

8 9 Vous, vous n’êtes pas dans la chair mais dans l’esprit, puisque l’Esprit de Dieu habite en vous. Qui n’a pas l’Esprit du Christ ne lui appartient pas,

8 10 mais si le Christ est en vous, bien que le corps soit mort déjà en raison du péché, l’Esprit est vie en raison de la justice.

8 11 Et si l’Esprit de Celui qui a ressuscité Jésus d’entre les morts habite en vous, Celui qui a ressuscité le Christ Jésus d’entre les morts donnera aussi la vie à vos corps mortels par son Esprit qui habite en vous.

8 12 Ainsi donc, mes frères, nous sommes débiteurs, mais non point envers la chair pour devoir vivre selon la chair.

8 13 Car si vous vivez selon la chair, vous mourrez. Mais si par l’Esprit vous faites mourir les oeuvres du corps, vous vivrez.

8 14 En effet, tous ceux qu’anime l’Esprit de Dieu sont fils de Dieu.

8 15 Aussi bien n’avez-vous pas reçu un esprit d’esclaves pour retomber dans la crainte; vous avez reçu un esprit de fils adoptifs qui nous fait nous écrier: Abba! Père!

8 16 L’Esprit en personne se joint à notre esprit pour attester que nous sommes enfants de Dieu.

8 17 Enfants, et donc héritiers; héritiers de Dieu, et cohéritiers du Christ, puisque nous souffrons avec lui pour être aussi glorifiés avec lui.

2 Corinthiens 3

3 17 Car le Seigneur, c’est l’Esprit, et où est l’Esprit du Seigneur, là est la liberté.

3 18 Et nous tous qui, le visage découvert, réfléchissons comme en un miroir la gloire du Seigneur, nous sommes transformés en cette même image, allant de gloire en gloire, comme de par le Seigneur, qui est Esprit.

Prière

*Seigneur Jésus, même si c’est maintenant seulement en “miroir” et en énigme que nous te voyons, nous savons que, si nous croyons en toi, nous pouvons affirmer que, d’une certaine façon, “nous avons vu ta gloire” : rends-moi capable d’en témoigner, en reconnaissant de plus en plus que ta présence au coeur de mon existence par ton Esprit Saint insère au plus profond de mon être cette charité que tu nous communiques comme l’amour même dont le Père t’a aimé, et que tu me demandes de prolonger toujours plus en direction de tous les frères et soeurs, proches et lointains, que tu as placés sur ma route en ce monde. AMEN.

11.06.2004.*

Évangile : Matthieu 5, 27-32

DE L’EVANGILE DE MATTHIEU

Texte

27 ” Vous avez entendu qu’il a été dit : Tu ne commettras pas l’adultère.
28 Eh bien ! moi je vous dis : Quiconque regarde une femme pour la désirer a déjà commis, dans son cœur, l’adultère avec elle.
29 Que si ton œil droit est pour toi une occasion de péché, arrache-le et jette-le loin de toi : car mieux vaut pour toi que périsse un seul de tes membres et que tout ton corps ne soit pas jeté dans la géhenne.
30 Et si ta main droite est pour toi une occasion de péché, coupe-la et jette-la loin de toi : car mieux vaut pour toi que périsse un seul de tes membres et que tout ton corps ne s’en aille pas dans la géhenne.
31 ” Il a été dit d’autre part : Quiconque répudiera sa femme, qu’il lui remette un acte de divorce.
32 Eh bien ! moi je vous dis : out homme qui répudie sa femme, hormis le cas de “prostitution”, l’expose à l’adultère ; et quiconque épouse une répudiée, commet un adultère.

Commentaire

1. Situation

Cet Evangile, qui porte le nom de Matthieu, trouve peut-être sa première source dans une collection de paroles de Jésus, écrites en Araméen et attribuées à l’apôtre Matthieu, par un Père de l’Eglise, Papias d’Alexandrie, vers 125.

Cet Evangile, qui reprend beaucoup de passages de l’Evangile de Marc (qui avait été écrit vers 65), mais en y ajoutant des éléments qu’il partage en grande partie avec Luc, a été très probablement rédigé entre les années 85 et 90.

A parcourir tout ce Livre, on peut se demander s’il a été composé pour des chrétiens d’origine Juive (Judéochrétiens), ou pour des chrétiens d’origine païenne, ou encore pour les deux. La position communément admise de nos jours est qu’il a été écrit pour une communauté Judéochrétienne qui s’est trouvée exclue du Judaïsme, suite à une décision par des rabbins Juifs non chrétiens de ne plus tolérer la double appartenance, à la fois Juive et chrétienne, de ces Judéochrétiens, qui avait été possible jusqu’à cette date. Rupture qui explique la dureté des propos mis dans la bouche de Jésus contre les Scribes et Pharisiens de son temps (Matth. chapitre 23).

Néanmoins, même s’il a été d’abord écrit pour confirmer une communauté Judéochrétienne dans sa découverte de la Bonne Nouvelle de Jésus, cet Evangile est ouvert également à la mission universelle auprès des païens, et il se termine par un envoi en mission par le Christ ressuscité, avec ces paroles : “allez, de toutes les nations, faites des disciples” (28, 18).

On peut diviser cet Evangile en 11 parties, qui se répondent en sens inverse (la 1ère correspondant à la dernière, la 2ème, à l’avant-dernière, etc…), concentrées autour de la 6ème partie, le “Discours en paraboles”, qui sert en quelque sorte de “pivot”. Nous obtenons ainsi le découpage suivant :

  • Naissance de Jésus et commencement de sa mission (1 - 4)
  • Bénédictions et Discours sur la montagne (5 - 7)
  • Manifestations de l’autorité de Jésus et de ses appels (8 - 9)
  • Discours sur la mission (10)
  • Jésus rejeté par “cette génération” (11 - 12 )
  • Discours en paraboles (13)
  • Jésus reconnu par ses disciples (14 - 17)
  • Discours sur la manière de vivre en communauté de croyants (18)
  • De nouveau, Jésus manifeste son autorité et ses appels (19 - 22)
  • Proclamation de situations malheureuses et Discours sur la venue définitive du Royaume (23 - 24)
  • Passion, mort et résurrection (26 - 28)

Cette présentation fait ressortir que cet Evangile est bien rythmé par 5 grands discours de Jésus, dans lesquels l’auteur a concentré la majeure partie de son enseignement. Les 5 discours ont souvent fait penser aux 5 livres de Moïse de l’Ancien Testament. On dit volontiers que, pour Matthieu, Jésus est le “Nouveau Moïse”.


Avec notre page continue le 1er des 5 grands discours de Jésus, tels que Matthieu nous les a recomposés, 1er discours qu’on appelle habituellement le “Sermon sur la Montagne”. Mieux vaut cependant l’intituler “La Charte du Royaume de Dieu”, pour en mieux mesurer l’importance.

En effet, Jésus nous y livre les “secrets” du Règne de Dieu : d’abord, ce qu’il nous faut chercher et recevoir du véritable “bonheur” selon Dieu : les béatitudes (5, 1 - 12), ensuite, ce qu’une telle découverte fait de nous au coeur du monde et pour le monde : la saveur et la lumière (5, 13 - 16), enfin, où cela nous conduit comme style de vie : - de dépassement infini de toutes les exigences (5, 17 - 48), - de changement profond d’attitude dans la prière, l’aumône et le jeûne (6, 1 - 18), - de découverte du caractère “unique” de ce que Jésus nous propose, et du choix absolu pour marcher avec lui, qu’il attend de nous, les croyants (6, 19 - 7, 29).

2. Message

Après avoir défini l’idéal à vivre des béatitudes, et souligné la nécessité pour les disciples d’en témoigner devant les hommes comme “saveur” et “lumière” pour le monde, Jésus nous explique sa nouvelle éthique (5, 17 - 48). La justice du Royaume demeure celle de la Loi des 10 commandements du Sinaï, contenue dans les 5 premiers livres de la Bible (appelés “livres de Moïse” ou “Torah”), comme du message constant de tous les Prophètes et de tous les Livres “Prophétiques” de la Bible, qui nous rappellent la rectitude et l’obéissance face au Dieu de l’Alliance.

Jésus n’est pas venu abolir, mais accomplir ces obligations de l’Alliance avec Dieu, en nous demandant de les vivre selon une avancée en qualité, et une exigence nouvelle, qu’il nous caractérise en 6 dépassements successifs. Ainsi a-t-il commencé par montrer qu’il ne suffisait pas de ne pas commettre de meurtre, mais qu’il fallait s’abstenir de toute attitude intérieure ou extérieure de mépris, ou de domination, ou de non-réconciliation vis-àvis de ses frères et soeurs.

Maintenant, Jésus nous propose un 2ème dépassement, qui concerne toutes les attitudes humaines qui ont une relation quelconque avec le péché d’adultère que condamne la Loi.

En égalant le péché de désir intérieur à l’adultère, Jésus ne contredit pas la condamnation Biblique de l’adultère (Exode, 20, 14 et Deutéronome, 5, 18), car lui-même le condamne aussi fortement (Matthieu, 5, 32, 15, 19 et 19, 9). Une fois de plus, il dépasse le Décalogue en exigence, pour demander davantage : autant que l’acte extérieur posé, sont mauvaises et coupables l’intention et l’attitude intérieure qui y conduisent et le produisent. Le péché d’adultère ne réside pas pour autant dans la pensée qui pénètre le coeur, mais dans le fait de laisser cette pensée déclencher des réactions et actions condamnables.

D’où les formules fortes et hyperboliques des versets 29 - 30 : il ne faut à aucun prix, dit Jésus, se laisser devenir esclave intérieurement, à partir de sollicitations dues au regard (l’oeil) ou à certains gestes (la main droite). En effet, tous nos gestes et engagmenets sont psychosomatiques, et c’est tout notre être, en son unité, et dans la synthèse de ses dimensions biologique, relationnelle (le corps comme lieu d’expression) et spirituelle (image de Dieu en relation à Dieu), qui doit s’abstenir de l’adultère et de toute démarche, désir ou pensée incitatrice, qui y seraient plus ou moins associés.

Finalement, dans le même ligne, Jésus condamne le divorce comme conduisant à l’adultère l’épouse abandonnée qui se remarierait, et, de ce point de vue également, dépasse le texte du Deutéronome, 24, 1 - 4. Bien entendu les unions illégitimes ne sont pas ici concernées.

3. Decouvertes

Dans tous ces dépassements que propose Jésus, il ne s’agit pas pour lui d’interpréter à sa façon des passages ou des injonctions existantes de la Loi, telle qu’on la trouve dans l’Ancien Testament. Ses positions contrastent donc, non pas avec les lectures que font de la Loi Mosaïque des docteurs de la Loi ou des scribes, mais avec les textes Bibliques eux-mêmes, et, en particulier, avec la Loi reçue par Moïse au Sinaï.

Cependant, ce contraste du message de Jésus d’avec la Loi de Moïse rapportée par les Livres de l’Ancien Testament, n’en est jamais une contradiction, si bien que ceux qui mettent en pratique les enseignements de Jésus ne peuvent se trouver en rupture avec aucune Loi proposée dans la Bible.

Jésus ne fait en aucun cas ici oeuvre d’éxégèse de textes Bibliques, mais il propose un enseignement fondé sur sa propre autorité, qui, à travers toute cette série d’exemples concrets de dépassements, nous offre une nouvelle vision de l’exigence du Royaume de Dieu, à la fois dans la ligne, et dans un dépassement radical, de la Loi de Moïse.

Finalement, Jésus ne nous impose pas un code moral, mais nous invite à tout un ensemble de comportements très concrets qui, partant de la Torah-Loi de Moïse, nous ouvrent à une attitude d’ouverture et de croissance sans fin dans l’obéissance à la vérité du Règne de Dieu en nous, ainsi qu’à une attitude gratuite d’amour miséricordieux jusqu’au pardon, vis à vis de tous nos frères et soeurs.

4. Prolongement

Si Dieu s’est fait homme en Jésus christ, c’est afin de s’exprimer totalement, et autant que cela est possible, à travers l’humanité de Jésus de Nazareth en toutes ses dimensions.

D’où l’importance pour nous de vivre toutes nos démarches en y engageant la totalité et l’unité de notre être personnel. D’où l’importance de notre unfication intérieure croissante, pour que notre “coeur” (vérité et volonté d’aimer) soit et demeure le seul point de départ, et le lieu de vérification, de tous nos comportements extérieurs.

A la façon de celui de Jésus, notre “OUI” doit être un “OUI” total à la volonté de Dieu, nous engageant jusqu’au bout de nous-mêmes. Sans oublier que notre “OUI” n’est autre que celui -là même de Jésus, reçu comme grâce de l’Esprit Saint :

19 Car le Fils de Dieu, le Christ Jésus, que nous avons prêché parmi vous, Silvain, Timothée et moi, n’a pas été oui et non ; il n’y a eu que oui en lui.

20 Toutes les promesses de Dieu ont en effet leur oui en lui ; aussi bien est-ce par lui que nous disons l’” Amen ” à Dieu pour sa gloire.

Prière

*Seigneur Jésus, toi en qui habite corporellement la plénitude de la divinité, toi qui es le premier-né de toute créature et le premier-né d’entre les morts, toi, le commencement et la fin, le premier et le dernier, tu es totalement uni au Verbe de Dieu, qui s’est abaissé jusqu’à prendre en toi notre condition humaine, avec toutes ses grandeurs et ses limites, et c’est ainsi que tu nous as fait connaître Dieu que personne n’ jamais vu : aide-moi à te rencontrer et à vivre, avec toi et pour toi, selon toutes les dimensions et toutes les expressions de mon humanité, avec tous ses langages, le langage du corps pour communiquer, le langage de ma situation psychologique pour ressentir et vibrer, le langage de mon esprit pour discerner le Vrai, et me donner gratuitement dans l’amour et le respect de tous mes frères et soeurs. AMEN.

14.06.2002.*


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