📘 Commentaire biblique de l’abbé Léon Hamain
Première lecture : 2 Corinthiens 11, 1-11
DE LA 2ème LETTRE AUX CORINTHIENS
Texte
1 Oh ! si vous pouviez supporter que je fasse un peu l’insensé ! Mais, bien sûr, vous me supportez.
2 J’éprouve à votre égard en effet une jalousie divine ; car je vous ai fiancés à un époux unique, comme une vierge pure à présenter au Christ.
3 Mais j’ai bien peur qu’à l’exemple d’Ève, que le serpent a dupée par son astuce, vos pensées ne se corrompent en s’écartant de la simplicité envers le Christ.
4 Si le premier venu en effet prêche un autre Jésus que celui que nous avons prêché, s’il s’agit de recevoir un Esprit différent de celui que vous avez reçu, ou un Évangile différent de celui que vous avez accueilli, vous le supportez fort bien
5 J’estime pourtant ne le céder en rien à ces ” archiapôtres “.
6 Si je ne suis qu’un profane pour la parole, pour la science, c’est autre chose ; en tout et devant tous, nous vous l’avons montré.
7 Ou bien, aurais-je commis une faute en vous annonçant gratuitement l’Évangile de Dieu, m’abaissant moi-même pour vous élever, vous ?
8 J’ai dépouillé d’autres Églises, recevant d’elles un salaire pour vous servir.
9 Et quand, une fois chez vous, je me suis vu dans le besoin, je n’ai été à charge à personne : ce sont les frères venus de Macédoine qui ont pourvu à ce qui me manquait. De toutes manières je me suis gardé de vous être à charge, et je m’en garderai.
10 Aussi sûrement que la vérité du Christ est en moi, ce titre de gloire ne me sera pas enlevé dans les régions de l’Achaïe.
11 Pourquoi ? Parce que je ne vous aime pas ? Dieu le sait.
Commentaire
1. Situation
La 2ème Lettre de Paul aux Corinthiens comprend, à vrai dire, 2 lettres, la 1ère, appelée Lettre A, regroupant les chapitres 1 - 9, la 2nde, appelée Lettre B, les chapitres 10 - 13. Cette division est admise par la plupart des spécialistes, même si certains sont allés jusqu’à y découvrir un ensemble de 5 lettres de Paul.
Personne, en revanche, ne met en doute que cette lettre, en son état actuel, soit un texte authentique de Paul, sauf peut-être pour les versets 6, 14 - 7, 1, qu’un certain nombre considèrent comme postérieurs à Paul.
La Lettre A a dû être écrite au printemps de l’année 55, soit environ un année après la 1ère Lettre de Paul aux Corinthiens, tandis que la Lettre B aurait été écrite quelques mois seulement plus tard que la Lettre A, au cours de l’été 55.
Dans ces 2 Lettres, A et B, Paul se trouve sur la défensive face aux chrétiens de Corinthe.
Relisant cette Lettre dans son unité d’ensemble actuelle, nous y distinguons, entre l’adresse et la prière de bénédiction de l’introduction (1, 1 - 11) et les salutations et la bénédiction finale de la conclusion (13, 11 - 13), deux grandes parties qu’on pourrait intituler : - Paul le conciliateur (1, 12 - 9, 15), - Paul se met en situation d’attaquant pour mieux se défendre (10, 1 - 13, 10).
Dans la Lettre A, après une introduction (1, 1 - 11), Paul commence par expliquer pour quelles raisons il a dû annuler un voyage qu’il avait prévu à Corinthe (1, 12 - 2, 13), puis il définit les critères d’un apostolat authentique au service de la cause de Jésus ( 2, 14 - 6, 10). Il reparle ensuite de ses relations avec l’Eglise de Corinthe dans une 3ème partie (6, 11 - 7, 16) avant de conclure sur un appel à participer généreusement à la collecte qu’il a organisée pour les pauvres de l’Eglise de Jérusalem (8, 1 - 9, 15).
Dans la Lettre B (ou 2ème partie de notre actuelle 2ème Lettre aux Corinthiens), Paul se livre d’abord à une défense préliminaire (10, 1 - 18), avant de se lancer, selon une attitude qu’il qualifiera de “folie”, dans un discours plein d’emportement (11, 1 - 12, 13), et de conclure sa défense (12, 14 - 13, 10).
Notre passage se situe dans la “Lettre B”, ou dans la deuxième grande partie de cette 2ème Lettre aux Corinthiens. Paul, après avoir situé sa position de défense (10, 1 - 18), se lance maintenant dans un discours impétueux de contre attaque de ses adversaires et de leurs positions, par lesquelles les Corinthiens se sont laissés prendre, à son grand regret, et comme il le leur reproche.
2. Message
Paul n’hésite pas à dire d’entrée qu’il va jouer le grand jeu de sa défense, en utilisant tous les arguments dont il peut disposer : ce qu’il appelle un brin de “folie”, mais attitude qu’il justifie en rappelant qu’il a fait le maximum pour que cette communauté de Corinthe soit proche et fidèle en toute vérité à son Seiigneur, auquel il l’a “fiancée”. Paul n’en constate pas moins que cette Eglise a été séduite et pervertie par fes forces adverses qui l’ont détournée de l’Evangile.
Oublier l’Evangile de Paul pour se rallier à d’autres présentations du mystère du Christ proposées par des adversaires itinérants qui poursuivent Paul de leur malveillance, représente pour Paul trahison et divorce (voir Galates, 1, 7 - 9)
Et Paul de faire valoir avec insistance les qualités de son ministère, qui, sans exhibition ou prétension oratoires, leur a offert un message très riche sur Jésus et la Bonne Nouvelle du salut de Dieu, aussi bien que le témoignage puissant de son engagement gratuit à leur service, puisqu’il a, sans cesse, au milieu d’eux, travaillé de ses mains pour sa subsistance, et qu’en cas de nécessité rencontrée à Corinthe en ce domaine, d’autres Eglises lui ont fait parvenir de l’aide financière. Et de cette attitude constante de liberté face aux Corinthiens, Paul se redit très fier.
Ses adversaires, qui, sans doute, le contestent dans sa manière de précher l’Evangile comme dans sa façon de vivre, ne l’ont pas empêché de continuer à tout faire pous que ceux à qui il a annoncé l’Evangile demeurent fidèles à leur démarche initiale d’adhésion au Christ dans la vérité et l’amour.
3. Decouvertes
Tout l’ensemble des versets 11, 1 - 12, 13 est dominé par l’idée que Paul s’exprime ici avec une certaine “folie”.
Paul vit et s’exprime dans une société qui exige beaucoup des prédicateurs itinérants qui passent chez elle (2 Corinthiens, 10, 7 - 12). C’est pour cela qu’il regrette que la force de son ministère n’a pas été perçue dans son authenticité, marquée par une dimension de faiblesse, semblable à celle qu’avait connue Jésus de sons vivant.
Aux versets 1 - 4, Paul utilise l’image du mariage pour souligner la menace grave qui a atteint la communauté de Corinthe de l’extérieur, au point de la ternir dans son honneur, et de la couvrir de la honte de la corruption. En cédant ainsi à ces gens ou à ces forces qui la détournent des vraies valeurs de l’Evangile, telles que Paul en avait témoigné, la communauté trahit son Seigneur de la même façon qu’Israël avait trahi Yahvé son Dieu par un comportement exprimant l’adultère (voir Osée, 2, 19 - 21 et Gensèe, 3, 1 - 4, ainsi que Siracide, 2, 24).
C’est avec sarcasme que Paul parle de ceux qu’il nomme “superapôtres”, et qui ne sont que des intrus, qui, en se donnant à eux-mêmes une grande importance, ont su gagner du prestige dans la communauté.
Peut-être également de faux bruits, mettant en cause la crédibilté et la probité de Paul en matière fianncière, ont-ils circulé à Corionthe, à propos de son rappel insistant conercant la collecte qu’il organisait pour les pauvres de Jérusalem.
Peut-être, également, les Corinthiens ont-ils estimé que Paul manquait aux usages et conventions concernant les prédicateurs itinérants, en s’abaissant, de façon dégradante, à travailler de ses mains. Mais cela ne l’empêche pas d’en être toujours aussi fier, et d’en parle rcomme d’un titre de gloire.
4. Prolongement
Autres textes de Paul sur sa prédication et la pratique de son métier :
1 Pour moi, quand je suis venu chez vous, frères, je ne suis pas venu vous annoncer le mystère de Dieu avec le prestige de la parole ou de la sagesse.
2 Non, je n’ai rien voulu savoir parmi vous, sinon Jésus Christ, et Jésus Christ crucifié.
3 Moi-même, je me suis présenté à vous faible, craintif et tout tremblant,
4 et ma parole et mon message n’avaient rien des discours persuasifs de la sagesse ; c’était une démonstration d’Esprit et de puissance,
5 pour que votre foi reposât, non sur la sagesse des hommes, mais sur la puissance de Dieu.
13 Ne savez-vous pas que les ministres du temple vivent du temple, que ceux qui servent à l’autel partagent avec l’autel ?
14 De même, le Seigneur a prescrit à ceux qui annoncent l’Évangile de vivre de l’Évangile.
15 Mais je n’ai usé, moi, d’aucun de ces droits, et je n’écris pas cela pour qu’il en soit ainsi à mon égard ; plutôt mourir que de… Mon titre de gloire, personne ne le réduira à néant.
16 Annoncer l’Évangile en effet n’est pas pour moi un titre de gloire ; c’est une nécessité qui m’incombe. Oui, malheur à moi si je n’annonçais pas l’Évangile !
17 Si j’avais l’initiative de cette tâche, j’aurais droit à une récompense ; si je ne l’ai pas, c’est une charge qui m’est confiée.
18 Quelle est donc ma récompense ? C’est qu’en annonçant l’Évangile, j’offre gratuitement l’Évangile, sans user du droit que me confère l’Évangile.
19 Oui, libre à l’égard de tous, je me suis fait l’esclave de tous, afin de gagner le plus grand nombre.
Prière
*Seigneur Jésus, toi qui t’es fait pauvre pour nous enrichir de ta pauvreté, toi qui t’es proclamé doux et humble de coeur, invitant tous ceux qui peinaient à venir te rejoindre, tu nous appelles toujours à te suivre dans la vérité, la fidélité et l’humilité : donne-moi, comme à ton apôtre Paul, la capacité de ne rien chercher d’autre, en ma mission prophétique de témoignage et de partage de ta Parole, que de me faire “petit” pour qu’apparaisse d’autant plus le rayonnement de ta présence et de ton action, à travers la gratuité de tous mes comportements à ton service. AMEN.
19.06.2003*
Évangile : Matthieu 6, 7-15
DE L’EVANGILE DE MATTHIEU
Texte
7 ” Dans vos prières, ne rabâchez pas comme les païens : ils s’imaginent qu’en parlant beaucoup ils se feront mieux écouter.
8 N’allez pas faire comme eux ; car votre Père sait bien ce qu’il vous faut, avant que vous le lui demandiez.
9 ” Vous donc, priez ainsi : Notre Père qui es dans les cieux, que ton Nom soit sanctifié,
10 que ton Règne vienne, que ta volonté soit faite sur la terre comme au ciel.
11 Donne-nous aujourd’hui notre pain quotidien.
12 Remets-nous nos dettes comme nous-mêmes avons remis à nos débiteurs.
13 Et ne nous soumets pas à la tentation ; mais délivre-nous du Mauvais.
14 ” Oui, si vous remettez aux hommes leurs manquements votre Père céleste vous remettra aussi ;
15 mais si vous ne remettez pas aux hommes, votre Père non plus ne vous remettra pas vos manquements.
Commentaire
1. Situation
Cet Evangile, qui porte le nom de Matthieu, trouve peut-être sa première source dans une collection de paroles de Jésus, écrites en Araméen et attribuées à l’apôtre Matthieu, par un Père de l’Eglise, Papias d’Alexandrie, vers 125.
Cet Evangile, qui reprend beaucoup de passages de l’Evangile de Marc (qui avait été écrit vers 65), mais en y ajoutant des éléments qu’il partage en grande partie avec Luc, a été très probablement rédigé entre les années 85 et 90.
A parcourir tout ce Livre, on peut se demander s’il a été composé pour des chrétiens d’origine Juive (Judéochrétiens), ou pour des chrétiens d’origine païenne, ou encore pour les deux. La position communément admise de nos jours est qu’il a été écrit pour une communauté Judéochrétienne qui s’est trouvée exclue du Judaïsme, suite à une décision par des rabbins Juifs non chrétiens de ne plus tolérer la double appartenance, à la fois Juive et chrétienne, de ces Judéochrétiens, qui avait été possible jusqu’à cette date. Rupture qui explique la dureté des propos mis dans la bouche de Jésus contre les Scribes et Pharisiens de son temps (Matth. chapitre 23).
Néanmoins, même s’il a été d’abord écrit pour confirmer une communauté Judéochrétienne dans sa découverte de la Bonne Nouvelle de Jésus, cet Evangile est ouvert également à la mission universelle auprès des païens, et il se termine par un envoi en mission par le Christ ressuscité, avec ces paroles : “allez, de toutes les nations, faites des disciples” (28, 18).
On peut diviser cet Evangile en 11 parties, qui se répondent en sens inverse (la 1ère correspondant à la dernière, la 2ème, à l’avant-dernière, etc…), concentrées autour de la 6ème partie, le “Discours en paraboles”, qui sert en quelque sorte de “pivot”. Nous obtenons ainsi le découpage suivant :
- Naissance de Jésus et commencement de sa mission (1 - 4)
- Bénédictions et Discours sur la montagne (5 - 7)
- Manifestations de l’autorité de Jésus et de ses appels (8 - 9)
- Discours sur la mission (10)
- Jésus rejeté par “cette génération” (11 - 12 )
- Discours en paraboles (13)
- Jésus reconnu par ses disciples (14 - 17)
- Discours sur la manière de vivre en communauté de croyants (18)
- De nouveau, Jésus manifeste son autorité et ses appels (19 - 22)
- Proclamation de situations malheureuses et Discours sur la venue définitive du Royaume (23 - 24)
- Passion, mort et résurrection (26 - 28)
Cette présentation fait ressortir que cet Evangile est bien rythmé par 5 grands discours de Jésus, dans lesquels l’auteur a concentré la majeure partie de son enseignement. Les 5 discours ont souvent fait penser aux 5 livres de Moïse de l’Ancien Testament. On dit volontiers que, pour Matthieu, Jésus est le “Nouveau Moïse”.
Avec notre page continue le 1er des 5 grands discours de Jésus, tels que Matthieu nous les a recomposés, 1er discours qu’on appelle habituellement le “Sermon sur la Montagne”. Mieux vaut cependant l’intituler “La Charte du Royaume de Dieu”, pour en mieux mesurer l’importance.
En effet, Jésus nous y livre les “secrets” du Règne de Dieu : d’abord, ce qu’il nous faut chercher et recevoir du véritable “bonheur” selon Dieu : les béatitudes (5, 3 - 12), ensuite, ce qu’une telle découverte fait de nous au coeur du monde et pour le monde : la saveur et la lumière (5, 13 - 16), enfin, où cela nous conduit comme style de vie : - de dépassement infini de toutes les exigences (5, 17 - 48), - de changement profond d’attitude dans la prière, l’aumône et le jeûne (6, 1 - 18), - de découverte du caractère “unique” de ce que Jésus nous propose, et du choix absolu pour marcher avec lui, qu’il attend de nous, les croyants (6, 19 - 7, 29).
2. Message
Après nous avoir indiqué comment l’exigence nouvelle du Royaume dépasse toutes les injonctions de la Loi en les accomplissant, et en les ouvrant aux dimensions infinies de l’amour et de la vérité (5, 17 - 48), Jésus re-situe maintenant trois pratiques religieuses importantes du Judaïsme, l’aumône, la prière et le jeûne, pour les mettre en harmonie avec le but qu’il nous propose dans ce discours sur la Charte du Royaume de Dieu.
Dans un nouveau chapitre de ce grand discours sur la montagne (4, 23 - 7, 4), il n’hésite pas à instaurer sa nouveauté dans la pratique qu’il propose des 3 oeuvres de piété traditionnelles en Israël, que sont l’aumône, la prière et le jeûne (6, 1 - 18).
Ces oeuvres de piété concernent nos relations avec Dieu, et Jésus, sur ce point, révolutionne les habitudes. Après nous avoir demandé de ne pas pratiquer notre “religion” devant les hommes pour attirer sur nous leurs regards (6, 1), il développe 3 unités de structure semblable (6, 2 - 4; 6, 5 - 6; 6, 16 - 18), où, chaque fois, il demande une très grande discrétion dans la pratique de l’aumône, de la prière et du jeûne, qui doivent être vécus dans le secret du coeur et le retrait de la scène publique, car il s’agit bien d’y exprimer une relation vivante et personnelle avec Dieu dans la foi.
Ces 3 unités de structure semblable sont interrompues par l’insertion de notre page, qui paraît être, selon beaucoup, d’origine plus ancienne dans la rédaction (6,7 - 15).
Notre prière, dans le secret de notre relation à Dieu (comme d’ailleurs l’aumône et le jeûne), se doit d’abord d’être brève, car nous prions pour notre bien, et, d’autre part, Deu sait d’avance quels sont nos besoins. La prière nourrit notre foi. Cet enseignement de Jésus n’est en rien un rejet quelconque de la prière liturgique à laquelle nous savons que Jésus participait à la synagogue (Marc, 1, 21), ce qui ne l’empêchait pas de prier en privé (Marc, 1, 35).
Cela dit, Jésus nous donne, dans les versets 9 à 13, l’exemple d’une courte prière qui s’inspire des 18 bénédictions de la liturgie de la synagogue, auxquelles il a ajouté le nom de “Père” qu’il attribue à Dieu, et la remarque finale sur le pardon (6, 14 - 15).
On compare volontiers cette prière du “Notre Père” dans l’Evangile de Matthieu avec la version qu’en donne Luc en 11, 2 -4, considérée comme plus primitive et plus proche de leur tradition commune, et à laquelle Matthieu a ajouté à la formule “Père” toute simple de Luc, les mots “Notre”… “qui es aux cieux”. Matthieu nous précise aussi que le règne de Dieu consiste en l’application de sa volonté sur la terre, et, de même il ajoute à la dernière demande sur la tentation une requête instante pour notre salut : “délivre-nous du mal”.
3. Decouvertes
Le Règne de Dieu (et sa volonté !), écrit Paul aux Romains, est justice, paix et joie dans l’Esprit Saint (Romains, 14, 17). D’autre part, cette demande “que ton Règne vienne” signifie que le Royaume n’est pas encore dans sa plénitude.
Le “pain de ce jour”, ou “dont nous avons besoin” (TOB), pourrait bien encore être traduit par le “pain de demain” ou le “pain du futur”. Ces 4 traductions conviennent toutes au sens de l’adjectif grec utilisé par Matthieu. Elles peuvent d’ailleurs se combiner, si bien que le pain peut être encore: le pain de la terre, ou le pain des pauvres, ou alors le pain de élus et des bénis de Dieu.
De plus, la réalité “pain ” en elle-même peut se référer au banquet messianique, ou à l’ eucharistie qui en est le véritable avant-goût.
“Pardonne-nous comme nous pardonnons” : Il existe un rapport entre la façon dont nous nous traitons les uns les autres, et la façon dont Dieu nous traite, mais cela ne peut se comparer selon la même proportion. Car Dieu est beaucoup plus généreux et miséricordieux que nous tous (Matthieu, 18, 21 - 25; 20, 1 - 16). Nous prenons donc, en priant ainsi, la responsabilité d’imiter Dieu dans son pardon.
“Délivre-nous du Tentateur” ou “Ne nous laisse pas succomber à la tentation” sont des traductions excellentes.Tel n’est pas le cas de notre version officielle liturgique pour les pays de langue française, théologiquement fausse si nous la suivons à la lettre.
4. Prolongement
Une fois de plus, Jésus nous invite à imiter son exemple. Il nous partage donc son expérience sur la prière. Et ce qu’il nous suggère, c’est d’abord :
- d’appeler Dieu “Père”, ce qui nous situe comme ses “Fils” dans la relation de proximité entre Dieu et nous que Jésus est venue inaugurer dans son ministère;
- ensuite, de lui dire simplement: “c’est toi qui comptes, je veux entrer dans ton projet, te rejoindre dans ton plan de salut”;
- finalement, de lui exprimer notre confiance de pauvres et indigents, comptant sur sa miséricorde et sa bonté.
Prière
*Seigneur Jésus, c’est toi qui nous apprends à prier en toute vérité, en nous rappelant d’abord que nous prions quelqu’un qui nous précède toujours dans la connaissance intime qu’il a de nous-mêmes ainsi que du fond de notre coeur, en nous définissant ensuite Dieu comme notre véritable et premier “Père”, en nous associant enfin à ta propre prière de Fils que tu nous partages, si bien qu’il n’est pas de meilleure attitude possible dans notre dialogue avec Dieu que cette expression, à la fois la plus simple et la plus complète de ta rencontre du Père dans le “secret” de ta relation profonde avec lui : donne-moi de prier avec d’autant plus de conviction que j’accueille mieux, dans ma foi confiante, ta manière de parler à Dieu, notre Père, dans l’Esprit Saint qui demeure en moi comme ta présence vivante. AMEN.
19.06.2003
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