📘 Commentaire biblique de l’abbé Léon Hamain


Première lecture : Siracide 48, 1-14

DU LIVRE DE BEN SIRAC LE SAGE

Texte

1 Alors le prophète Elie se leva comme un feu, sa parole brûlait comme une torche.
2 C’est lui qui fit venir sur eux la famine et qui, dans son zèle, les décima.
3 Par la parole du Seigneur il ferma le ciel, il fit aussi trois fois descendre le feu.
4 Comme tu étais glorieux, Elie, dans tes prodiges! qui peut dans son orgueil se faire ton égal?
5 Toi qui as arraché un homme à la mort et au shéol, par la parole du Très-Haut.
6 Toi qui as mené des rois à la ruine, précipité des hommes glorieux de leur couche,
7 qui entendis au Sinaï un reproche, à l’Horeb des décrets de vengeance,
8 qui oignis des rois comme vengeurs, des prophètes pour te succéder,
9 qui fus emporté dans un tourbillon de feu, par un char aux chevaux de feu,
10 toi qui fus désigné dans des menaces futures pour apaiser la colère avant qu’elle n’éclate, pour ramener le cœur des pères vers les fils et rétablir les tribus de Jacob.
11 Bienheureux ceux qui te verront et ceux qui se sont endormis dans l’amour, car nous aussi nous posséderons la vie.
12 Tel fut Elie qui fut enveloppé dans un tourbillon. Elisée fut rempli de son esprit; pendant sa vie aucun chef ne put l’ébranler, personne ne put le subjuguer.
13 Rien n’était trop grand pour lui et jusque dans la mort son corps prophétisa.
14 Pendant sa vie il fit des prodiges et dans sa mort ses œuvres furent merveilleuses.

Commentaire

1. Situation

Le Livre de Ben Sirac le Sage est unique dans la mesure où il nous indique le nom de son auteur. En effet, ce livre, écrit en hébreu, a été traduit en grec par le petit fils de son auteur, vers 115 avant JC, depuis l’Egypte, où il nous dit être arrivé vers 132. On peut dès lors dater le livre original, écrit pas son grand père, dans le 1er quart du 2ème siècle, soit entre 200 et 170 avant notre ère.

L’auteur de ce Livre de Sagesse se présente et se comporte comme un scribe et un enseignant (voir 39, 1 - 11 et 51, 13 - 30). Ce Livre peut donc être considéré comme un bel exemple du genre d’instruction qui était offert aux jeunes de Jérusalem, dans la période qui a précédé la révolte des frères Maccabées (vers 170).

Ce traité de Sagesse se situe pour une grande part dans la tradition du Livre des Proverbes, en nous présentant des conclusions pour agir, en fonction de ce que le Sage a pu observer dans l’existence des hommes (voir, par exemple, 3, 1 - 16). On y trouve des comparaisons, des béatitudes, mais également des hymnes de louange à Dieu et des prières.

Le thème directeur de tout le Livre de Sirac est la recherche de la Sagesse, identifée comme “crainte du Seigneur” (19, 20). Dieu y est révéré comme le Tout-Puissant. Ben Sirac traite souvent, et d’autant plus, de la “justice” de Dieu, qu’il rejette toute perspective de récompense ou de châtiment après la mort. Il s’intéresse beaucoup aux différents aspects de la vie sociale et familale, ainsi qu’à l’histoire d’Israël.

Il raconte et relit cependant cette histoire, en faisant l’éloge des grands hommes qui en ont jalonné le déroulement, dans la dernière partie de son Livre, soit des chapitres 44 à 50.

Notre page de ce jour est un bel exemple de portrait, qui nous est ainsi dressé, de l’un de ces grands hommes, le Prophète Elie.

2. Message

Dans ce portrait qu’il nous trace du Prophète Elie, Ben Sirac reprend pratiquement tous les aspects et épisodes de la vie de ce Prophète du 9ème siècle : son apparition soudaine, le caractère direct et brûlant de sa parole lors de ses interventions, effectuées avec une très grande autorité, la puissance de son action au Nom du Seigneur (suspension et retour de la pluie, descente du feu du ciel, multiplicatin de l’huile et de la farine, résurrection d’un mort), sa force d’opposition à un roi impie, sa rencontre de Dieu à l’Horeb, sa mort décrite comme un enlèvement mystérieux auprès de Dieu.

A cela, Ben Sirac nous ajoute son allusion au retour d’Elie à la fin des temps, préalablement à l’apparition du Messie, tel que l’avait prophétisé Malachie (Malachie, 3, 1. 23 - 24). De ce point de vue, Elie est bien le prophète, non seulement des interventions de Dieu dans l’histoire d’Israël de son époque, mais encore de l’avenir du dessein de Dieu.

Suite à ce grandiose portrait d’Elie, Ben Sirac nous propose celui de son successeur, Elisée, dans lequel il nous montre qu’Elisée a tout réussi dans sa mission au Nom de Dieu avec puissance et force, non seulement au cours de son existence, mais encore après sa mort. Il semble cependant que l’impact de sa personnalité ait été bien moins fort et puissant que celui d’Elie.

3. Decouvertes

Ce portrait d’Elie insiste beaucoup sur les dimensions miraculeuses et glorieuses de ses interventions.

Dans le contexte de l’ensemble du Livre de Ben Sirac, on est surpris qu’au verset 10, Sirac nous cite Malachie, 3, 23 - 24 et Isaïe, 49, 10, et reprenne ainsi une annonce prophétique concernant la fin des temps. Il ne fait cependant que reproduire une tradition transmise par l’Ecriture : telle la promesse faite à David sur sa descendance, telle est l’importance de l’attente du retour d’Elie.

Au verset 11, le dernier concernant Elie dans notre page de ce jour, dans la mesure où Ben Sirac n’admet pas l’idée d’une résurrection générale, on s’interroge également sur la portée de ce qu’il nous affirme : envisagerait-il une résurrection de portée limitée, lors du retour d’Elie qu’il annonce ?

Le reproche fait par Dieu à Elie au Sinaï, et dont il est question au verset 7, concerne implicitement le découragement d’Elie, manifesté lorsqu’il prétend être le seul croyant qui demeure, alors que Dieu le contredit et lui annonce que 7000 hommes lui sont restés fidèles (1 Rois, 19, 9 - 18).

4. Prolongement

Bien que la Bible nous rapporte les écrits importants et nombreux de tous les prophètes écrivains, qui se sont succédé depuis le 1er Isaïe, et ses contemporains (Amos, Osée, Michée), au 8ème siècle, Elie n’en demeure pas moins la figure type du prophète que Dieu envoie parler et agir en son Nom, et avec puissance, au milieu de son peuple. En sa personne, il représente ainsi tout le mouvement prophétique.

La tradition concernant son retour est reprise et citée dans le Nouveau Testament, et le fait qu’Elie figure, à côté de Moïse, dans la vision (Luc, 9, 28 - 36) qu’ont Pierre, Jacques et Jean, de Jésus transfiguré, qui, avec ces deux prophètes, s’entretient de son Exode (son passage au Père en sa passion, sa mort et sa résurrection), ce fait nous montre bien à quel point il représente tous les prophètes, dont la mission se trouve, ainsi que celle de Moïse, le libérateur et le législateur du peuple, définitivement accomplie en Jésus le Christ, à la fin, ou à la plénitude, des temps (Hébreux, 1, 1 - 4; Galates, 4, 4 - 7).

Accomplissement que la tradition du retour d’Elie permet de mieux situer encore :

23 Voici que je vais vous envoyer Élie le prophète, avant que n’arrive le Jour de Yahvé, grand et redoutable

24 Il ramènera le cœur des pères vers leurs fils et le cœur des fils vers leurs pères, de peur que je ne vienne frapper le pays d’anathème

12 Depuis les jours de Jean le Baptiste jusqu’à présent le Royaume des Cieux souffre violence, et des violents s’en emparent.

13 Tous les prophètes en effet, ainsi que la Loi, ont mené leurs prophéties jusqu’à Jean.

14 Et lui, si vous voulez m’en croire, il est cet Élie qui doit revenir

10 Et les disciples lui posèrent cette question : ” Que disent donc les scribes, qu’Élie doit venir d’abord ? ”

11 Il répondit : ” Oui, Élie doit venir et tout remettre en ordre ;

12 or, je vous le dis, Élie est déjà venu, et ils ne l’ont pas reconnu, mais l’ont traité à leur guise. De même le Fils de l’homme aura lui aussi à souffrir d’eux. ”

13 Alors les disciples comprirent que ses paroles visaient Jean le Baptiste.

15 Car il sera grand devant le Seigneur ; il ne boira ni vin ni boisson forte ; il sera rempli d’Esprit Saint dès le sein de sa mère

16 et il ramènera de nombreux fils d’Israël au Seigneur, leur Dieu.

17 Il marchera devant lui avec l’esprit et la puissance d’Élie, pour ramener le cœur des pères vers les enfants et les rebelles à la prudence des justes, préparant au Seigneur un peuple bien disposé. ”

24 Quand les envoyés de Jean furent partis, il se mit à dire aux foules au sujet de Jean : ” Qu’êtes-vous allés contempler au désert ? Un roseau agité par le vent ?

25 Alors qu’êtes-vous allés voir ? Un homme vêtu d’habits délicats ? Mais ceux qui ont des habits magnifiques et vivent dans les délices sont dans les palais royaux.

26 Alors qu’êtes-vous allés voir ? Un prophète ? Oui, je vous le dis, et plus qu’un prophète.

27 C’est celui dont il est écrit : Voici que j’envoie mon messager en avant de toi pour préparer ta route devant toi.

Prière

*Seigneur Jésus, en ces derniers temps de notre destinée humaine que nous traversons, c’est toi que le Père nous as envoyé, à la suite de tous les prophètes de l’ancienne alliance, pour nous annoncer la bonne nouvelle de son salut, et accomplir le pardon des péchés, en tant que son fils bien aimé, resplendissement de sa gloire, et image parfaite de ce qu’il est : renouvelle en moi l’ouverture d’un cœur qui écoute, aide-moi à devenir pauvre de moi pour accueillir la richesse de ta présence et de ta parole agissantes, rends moi davantage semblable à ton image, en essayant de t’imiter en tous tes gestes de miséricorde, et dans ta mission de témoin unique de la vérité de Dieu qui nous aime, et nous sauve gratuitement. AMEN.

20.06.2002.*

Évangile : Matthieu 6, 7-15

DE L’EVANGILE DE MATTHIEU

Texte

7 ” Dans vos prières, ne rabâchez pas comme les païens : ils s’imaginent qu’en parlant beaucoup ils se feront mieux écouter.
8 N’allez pas faire comme eux ; car votre Père sait bien ce qu’il vous faut, avant que vous le lui demandiez.
9 ” Vous donc, priez ainsi : Notre Père qui es dans les cieux, que ton Nom soit sanctifié,
10 que ton Règne vienne, que ta volonté soit faite sur la terre comme au ciel.
11 Donne-nous aujourd’hui notre pain quotidien.
12 Remets-nous nos dettes comme nous-mêmes avons remis à nos débiteurs.
13 Et ne nous soumets pas à la tentation ; mais délivre-nous du Mauvais.
14 ” Oui, si vous remettez aux hommes leurs manquements votre Père céleste vous remettra aussi ;
15 mais si vous ne remettez pas aux hommes, votre Père non plus ne vous remettra pas vos manquements.

Commentaire

1. Situation

Cet Evangile, qui porte le nom de Matthieu, trouve peut-être sa première source dans une collection de paroles de Jésus, écrites en Araméen et attribuées à l’apôtre Matthieu, par un Père de l’Eglise, Papias d’Alexandrie, vers 125.

Cet Evangile, qui reprend beaucoup de passages de l’Evangile de Marc (qui avait été écrit vers 65), mais en y ajoutant des éléments qu’il partage en grande partie avec Luc, a été très probablement rédigé entre les années 85 et 90.

A parcourir tout ce Livre, on peut se demander s’il a été composé pour des chrétiens d’origine Juive (Judéochrétiens), ou pour des chrétiens d’origine païenne, ou encore pour les deux. La position communément admise de nos jours est qu’il a été écrit pour une communauté Judéochrétienne qui s’est trouvée exclue du Judaïsme, suite à une décision par des rabbins Juifs non chrétiens de ne plus tolérer la double appartenance, à la fois Juive et chrétienne, de ces Judéochrétiens, qui avait été possible jusqu’à cette date. Rupture qui explique la dureté des propos mis dans la bouche de Jésus contre les Scribes et Pharisiens de son temps (Matth. chapitre 23).

Néanmoins, même s’il a été d’abord écrit pour confirmer une communauté Judéochrétienne dans sa découverte de la Bonne Nouvelle de Jésus, cet Evangile est ouvert également à la mission universelle auprès des païens, et il se termine par un envoi en mission par le Christ ressuscité, avec ces paroles : “allez, de toutes les nations, faites des disciples” (28, 18).

On peut diviser cet Evangile en 11 parties, qui se répondent en sens inverse (la 1ère correspondant à la dernière, la 2ème, à l’avant-dernière, etc…), concentrées autour de la 6ème partie, le “Discours en paraboles”, qui sert en quelque sorte de “pivot”. Nous obtenons ainsi le découpage suivant :

  • Naissance de Jésus et commencement de sa mission (1 - 4)
  • Bénédictions et Discours sur la montagne (5 - 7)
  • Manifestations de l’autorité de Jésus et de ses appels (8 - 9)
  • Discours sur la mission (10)
  • Jésus rejeté par “cette génération” (11 - 12 )
  • Discours en paraboles (13)
  • Jésus reconnu par ses disciples (14 - 17)
  • Discours sur la manière de vivre en communauté de croyants (18)
  • De nouveau, Jésus manifeste son autorité et ses appels (19 - 22)
  • Proclamation de situations malheureuses et Discours sur la venue définitive du Royaume (23 - 24)
  • Passion, mort et résurrection (26 - 28)

Cette présentation fait ressortir que cet Evangile est bien rythmé par 5 grands discours de Jésus, dans lesquels l’auteur a concentré la majeure partie de son enseignement. Les 5 discours ont souvent fait penser aux 5 livres de Moïse de l’Ancien Testament. On dit volontiers que, pour Matthieu, Jésus est le “Nouveau Moïse”.


Avec notre page continue le 1er des 5 grands discours de Jésus, tels que Matthieu nous les a recomposés, 1er discours qu’on appelle habituellement le “Sermon sur la Montagne”. Mieux vaut cependant l’intituler “La Charte du Royaume de Dieu”, pour en mieux mesurer l’importance.

En effet, Jésus nous y livre les “secrets” du Règne de Dieu : d’abord, ce qu’il nous faut chercher et recevoir du véritable “bonheur” selon Dieu : les béatitudes (5, 3 - 12), ensuite, ce qu’une telle découverte fait de nous au coeur du monde et pour le monde : la saveur et la lumière (5, 13 - 16), enfin, où cela nous conduit comme style de vie : - de dépassement infini de toutes les exigences (5, 17 - 48), - de changement profond d’attitude dans la prière, l’aumône et le jeûne (6, 1 - 18), - de découverte du caractère “unique” de ce que Jésus nous propose, et du choix absolu pour marcher avec lui, qu’il attend de nous, les croyants (6, 19 - 7, 29).

2. Message

Après nous avoir indiqué comment l’exigence nouvelle du Royaume dépasse toutes les injonctions de la Loi en les accomplissant, et en les ouvrant aux dimensions infinies de l’amour et de la vérité (5, 17 - 48), Jésus re-situe maintenant trois pratiques religieuses importantes du Judaïsme, l’aumône, la prière et le jeûne, pour les mettre en harmonie avec le but qu’il nous propose dans ce discours sur la Charte du Royaume de Dieu.

Dans un nouveau chapitre de ce grand discours sur la montagne (4, 23 - 7, 4), il n’hésite pas à instaurer sa nouveauté dans la pratique qu’il propose des 3 oeuvres de piété traditionnelles en Israël, que sont l’aumône, la prière et le jeûne (6, 1 - 18).

Ces oeuvres de piété concernent nos relations avec Dieu, et Jésus, sur ce point, révolutionne les habitudes. Après nous avoir demandé de ne pas pratiquer notre “religion” devant les hommes pour attirer sur nous leurs regards (6, 1), il développe 3 unités de structure semblable (6, 2 - 4; 6, 5 - 6; 6, 16 - 18), où, chaque fois, il demande une très grande discrétion dans la pratique de l’aumône, de la prière et du jeûne, qui doivent être vécus dans le secret du coeur et le retrait de la scène publique, car il s’agit bien d’y exprimer une relation vivante et personnelle avec Dieu dans la foi.

Ces 3 unités de structure semblable sont interrompues par l’insertion de notre page, qui paraît être, selon beaucoup, d’origine plus ancienne dans la rédaction (6,7 - 15).

Notre prière, dans le secret de notre relation à Dieu (comme d’ailleurs l’aumône et le jeûne), se doit d’abord d’être brève, car nous prions pour notre bien, et, d’autre part, Deu sait d’avance quels sont nos besoins. La prière nourrit notre foi. Cet enseignement de Jésus n’est en rien un rejet quelconque de la prière liturgique à laquelle nous savons que Jésus participait à la synagogue (Marc, 1, 21), ce qui ne l’empêchait pas de prier en privé (Marc, 1, 35).

Cela dit, Jésus nous donne, dans les versets 9 à 13, l’exemple d’une courte prière qui s’inspire des 18 bénédictions de la liturgie de la synagogue, auxquelles il a ajouté le nom de “Père” qu’il attribue à Dieu, et la remarque finale sur le pardon (6, 14 - 15).

On compare volontiers cette prière du “Notre Père” dans l’Evangile de Matthieu avec la version qu’en donne Luc en 11, 2 -4, considérée comme plus primitive et plus proche de leur tradition commune, et à laquelle Matthieu a ajouté à la formule “Père” toute simple de Luc, les mots “Notre”… “qui es aux cieux”. Matthieu nous précise aussi que le règne de Dieu consiste en l’application de sa volonté sur la terre, et, de même il ajoute à la dernière demande sur la tentation une requête instante pour notre salut : “délivre-nous du mal”.

3. Decouvertes

Le Règne de Dieu (et sa volonté !), écrit Paul aux Romains, est justice, paix et joie dans l’Esprit Saint (Romains, 14, 17). D’autre part, cette demande “que ton Règne vienne” signifie que le Royaume n’est pas encore dans sa plénitude.

Le “pain de ce jour”, ou “dont nous avons besoin” (TOB), pourrait bien encore être traduit par le “pain de demain” ou le “pain du futur”. Ces 4 traductions conviennent toutes au sens de l’adjectif grec utilisé par Matthieu. Elles peuvent d’ailleurs se combiner, si bien que le pain peut être encore: le pain de la terre, ou le pain des pauvres, ou alors le pain de élus et des bénis de Dieu.

De plus, la réalité “pain ” en elle-même peut se référer au banquet messianique, ou à l’ eucharistie qui en est le véritable avant-goût.

“Pardonne-nous comme nous pardonnons” : Il existe un rapport entre la façon dont nous nous traitons les uns les autres, et la façon dont Dieu nous traite, mais cela ne peut se comparer selon la même proportion. Car Dieu est beaucoup plus généreux et miséricordieux que nous tous (Matthieu, 18, 21 - 25; 20, 1 - 16). Nous prenons donc, en priant ainsi, la responsabilité d’imiter Dieu dans son pardon.

“Délivre-nous du Tentateur” ou “Ne nous laisse pas succomber à la tentation” sont des traductions excellentes.Tel n’est pas le cas de notre version officielle liturgique pour les pays de langue française, théologiquement fausse si nous la suivons à la lettre.

4. Prolongement

Une fois de plus, Jésus nous invite à imiter son exemple. Il nous partage donc son expérience sur la prière. Et ce qu’il nous suggère, c’est d’abord :

  • d’appeler Dieu “Père”, ce qui nous situe comme ses “Fils” dans la relation de proximité entre Dieu et nous que Jésus est venue inaugurer dans son ministère;
  • ensuite, de lui dire simplement: “c’est toi qui comptes, je veux entrer dans ton projet, te rejoindre dans ton plan de salut”;
  • finalement, de lui exprimer notre confiance de pauvres et indigents, comptant sur sa miséricorde et sa bonté.

Prière

*Seigneur Jésus, c’est toi qui nous apprends à prier en toute vérité, en nous rappelant d’abord que nous prions quelqu’un qui nous précède toujours dans la connaissance intime qu’il a de nous-mêmes ainsi que du fond de notre coeur, en nous définissant ensuite Dieu comme notre véritable et premier “Père”, en nous associant enfin à ta propre prière de Fils que tu nous partages, si bien qu’il n’est pas de meilleure attitude possible dans notre dialogue avec Dieu que cette expression, à la fois la plus simple et la plus complète de ta rencontre du Père dans le “secret” de ta relation profonde avec lui : donne-moi de prier avec d’autant plus de conviction que j’accueille mieux, dans ma foi confiante, ta manière de parler à Dieu, notre Père, dans l’Esprit Saint qui demeure en moi comme ta présence vivante. AMEN.

19.06.2003

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