📘 Commentaire biblique de l’abbé Léon Hamain
Première lecture : 2 Corinthiens 6, 1-10
DE LA 2ème LETTRE AUX CORINTHIENS
Texte
1 Et puisque nous sommes ses coopérateurs, nous vous exhortons encore à ne pas recevoir en vain la grâce de Dieu.
2 Il dit en effet : Au moment favorable, je t’ai exaucé ; au jour du salut, je t’ai secouru. Le voici maintenant le moment favorable, le voici maintenant le jour du salut.
3 Nous ne donnons à personne aucun sujet de scandale, pour que le ministère ne soit pas décrié.
4 Au contraire, nous nous recommandons en tout comme des ministres de Dieu : par une grande constance dans les tribulations, dans les détresses, dans les angoisses,
5 sous les coups, dans les prisons, dans les désordres, dans les fatigues, dans les veilles, dans les jeûnes ;
6 par la pureté, par la science, par la patience, par la bonté, par un esprit saint, par une charité sans feinte,
7 par la parole de vérité, par la puissance de Dieu ; par les armes offensives et défensives de la justice ;
8 dans l’honneur et l’ignominie, dans la mauvaise et la bonne réputation ; tenus pour imposteurs, et pourtant véridiques ;
9 pour gens obscurs, nous pourtant si connus ; pour gens qui vont mourir, et nous voilà vivants ; pour gens qu’on châtie, mais sans les mettre à mort ;
10 pour tristes, nous qui sommes toujours joyeux ; pour pauvres, nous qui faisons tant de riches ; pour gens qui n’ont rien, nous qui possédons tout.
Commentaire
1. Situation
La 2ème Lettre de Paul aux Corinthiens comprend, à vrai dire, 2 lettres, la 1ère, appelée Lettre A, regroupant les chapitres 1 - 9, la 2nde, appelée Lettre B, les chapitres 10 - 13. Cette division est admise par la plupart des spécialistes, même si certains sont allés jusqu’à y découvrir un ensemble de 5 lettres de Paul.
Personne, en revanche, ne met en doute que cette lettre, en son état actuel, soit un texte authentique de Paul, sauf peut-être pour les versets 6, 14 - 7, 1, qu’un certain nombre considèrent comme postérieurs à Paul.
La Lettre A a dû être écrite au printemps de l’année 55, soit environ un année après la 1ère Lettre de Paul aux Corinthiens, tandis que la Lettre B aurait été écrite quelques mois seulement plus tard que la Lettre A, au cours de l’été 55.
Dans ces 2 Lettres, A et B, Paul se trouve sur la défensive face aux chrétiens de Corinthe.
Relisant cette Lettre dans son unité d’ensemble actuelle, nous y distinguons, entre l’adresse et la prière de bénédiction de l’introduction (1, 1 - 11) et les salutations et la bénédiction finale de la conclusion (13, 11 - 13), deux grandes parties qu’on pourrait intituler : - Paul le conciliateur (1, 12 - 9, 15), - Paul se met en situation d’attaquant pour mieux se défendre (10, 1 - 13, 10).
Dans la Lettre A, après une introduction (1, 1 - 11), Paul commence par expliquer pour quelles raisons il a dû annuler un voyage qu’il avait prévu à Corinthe (1, 12 - 2, 13), puis il définit les critères d’un apostolat authentique au service de la cause de Jésus ( 2, 14 - 6, 10). Il reparle ensuite de ses relations avec l’Eglise de Corinthe dans une 3ème partie (6, 11 - 7, 16) avant de conclure sur un appel à participer généreusement à la collecte qu’il a organisée pour les pauvres de l’Eglise de Jérusalem (8, 1 - 9, 15).
Dans la Lettre B (ou 2ème partie de notre actuelle 2ème Lettre aux Corinthiens), Paul se livre d’abord à une défense préliminaire (10, 1 - 18), avant de se lancer, selon une attitude qu’il qualifiera de “folie”, dans un discours plein d’emportement (11, 1 - 12, 13), et de conclure sa défense (12, 14 - 13, 10).
Notre passage se situe au terme du 2ème argument de la 1ère grande partie de cette Lettre (ou de la Lettre A).
2. Message
Paul a d’abord défini le ministère apostolique pour sa valeur, puis l’a situé face au ministère de l’Ancien Testament, ainsi qu’au mystère de l’action de Dieu et de la signification de la mort de Jésus, qu’il est chargé de révéler et communiquer. Il nous le précise, en conclusion, comme étant particulièrement un ministère de réconciliation (5, 18 - 6, 10), relié comme tel au don que Dieu nous fait d’une nouvelle création, dont les versets précédents ont commencé par nous suggérer l’ampleur (5, 11 - 17).
Il nous est donc difficile de bien comprendre cette page sans la rattacher à l’ensemble 5, 11 - 21, qui se situe juste auparavant dans cette 2nde Lettre aux Corinthiens.
Quelle est la nature et quel est le processus de cette réconciliation ? C’est l’oeuvre de Dieu qui, en la mort-résurrection de Jésus Christ et le don de l’Esprit Saint, change notre coeur et notre regard, afin que nous ne vivions plus pour nous-mêmes, mais pour le Christ qui est mort et ressuscité pour nous. Ainsi, nous ne connaissons plus les autres de manière simplement humaine, mais dans le dépassement de la foi (5, 14 - 16).
En effet, cette transformation réalisée en nous par l’engagement de Jésus est bien une véritable création nouvelle, et dont la nouveauté est absolument radicale, car elle est pénétration dans la vie de Dieu, qui nous a pleinement réconciliés avec lui (5, 17).
C’est par le ministère apostolique que nous a été transmise cette action de Dieu qui nous réconcilie, selon cette nouveauté, dans le Christ. Jésus a envoyé ses disciples-apôtres en ambassadeurs de cette réconciliation, et Paul s’engage à fond dans l’annonce de ce mystère du don de Dieu, qu’il nous décrit comme un échange tout-à-fait unique : en identifiant pour nous au péché Jésus qui n’avait pas connu le péché, Dieu nous communique, par Jésus, sa propre justice et sa propre sainteté (5, 18 - 21).
Paul peut maintenant, après avoir supplié les Corinthiens au nom du Christ, de se laisser ainsi réconcilier avec Dieu (5, 20), développer sa prédication apostolique, en nous précisant son message : saisissons l’occasion, ne laissons pas sans effet la grâce reçue de Dieu, car c’est maintenant le jour favorable et le jour du salut.
Paul n’a d’autre but que celui-là dans son engagement d’apôtre. Et cet engagement est total, au-delà de toutes les difficultés. Il est celui de toute une vie consacrée au service de l’Evangile du salut, dans une remise complète de soi à Dieu pour l’accomplissement de son oeuvre.
Tous les efforts, toutes les épreuves, toutes les souffrances consentis ou subis par les apôtres dans toutes les situations qu’ils rencontrent, sont ici rappelés pour souligner l’importance de cette grâce de Dieu qu’ils ont été chargés de transmettre, et qu’il est donc de première urgence pour les Corinthiens de laisser fructifier en eux.
3. Decouvertes
En citant le 2ème Prophète Isaïe (ou la 2ème partie du Livre d’Isaïe) Paul en réactualise le texte. Le temps du salut, c’est désormais le temps vécu par l’humanité après la mort-résurrection du Christ, et dans la force de l’Esprit, jusqu’à la fin définitive de l’histoire de toute l’humanité, qui coïncide avec le “retour du Seigneur”.
La grâce de Dieu est toute puissante, certes, mais le croyant doit coopérer à l’accueil en lui de l’action de Jésus qui le sauve (6, 1. Voir aussi Romains, 1, 6 et 1 Corinthiens, 15, 10). De même, le ministre de Dieu qui porte la Bonne Nouvelle du salut peut, lui aussi, devenir un obstacle à l’Evangile (1 Corinthiens, 1, 17).
Quand Paul se recommande ainsi aux Corinthiens comme ministre de Dieu (6, 4), il le fait en vivant des valeurs profondes qui sont le contraire de ce que recherchent ses adversaires (2 Corinthiens, 3, 1; 4, 2; 5, 12) : engagement de souffrance ainsi que de force, de vérité et de rectitude intérieures, plutôt que manifestations extérieures d’un pouvoir ou d’une supériorité d’ordre spirituel.
Un nouveau catalogue d’épreuves apostoliques nous est ici de nouveau fourni et développé en 4 strophes : versets 4b - 5; versets 6 - 7a; versets7b - 8a; versets 8b - 10. Cette liste annonce déjà celle que nous trouverons en 11, 23 - 27, mais est ici développée selon un rythme plus poétique que les autres (voir aussi : 2 Corinthiens, 4, 7 - 12 et 1 Corinthiens, 4, 9 - 13).
A remarquer également les antithèses des versets 8 - 10 entre les aspects de la réalité profonde du ministère et la manière dont il est extérieurement perçu : imposteurs, inconnus et moribonds, attristés, pauvres, alors qu’en réalité, véridiques, bien vivants, joyeux et possédant tout !
4. Prolongement
A lire cette page de Paul, nous avons d’abord à nous en appliquer directement et totalement le message : c’est aujourd’hui, pour nous, comme pour tous les chrétiens de partout et toujours, le Jour du salut, renouvellement d’hier, et qui sera à renouveler demain. Nous avons sans cesse à y recevoir et à ressaisir ce que Dieu nous donne en Jésus, et qui nous est transmis par la médiation de l’Eglise, communauté de communautés de croyants.
Et l’Eglise se ressource dans la même Parole des textes du Nouveau Testament, accomplissant l’Ancien (notre Bible chrétienne), selon la tradition qui nous vient des apôtres, et qu’il faut relire chaque jour, face aux situations rencontrées, qui doivent ainsi s’en trouver éclairées.
Mais nous avons également, comme Paul et les apôtres, à montrer par la qualité de notre engagement constant et permanent à la suite de Jésus, à quel point l’Evangile de la Vie, dont nous témoignons en paroles et en actes, est d’une importance absolue et irremplaçable pour tous les hommes et toutes les femmes de “toutes races, langues, peuples et nations” de tous les temps.
Prière
*Seigneur Jésus, lorsque tu nous offres gratuitement la grâce de ton salut, tu nous envoies immédiatement en mission, là où nous sommes, avec la consigne de te rendre présent, chaque jour de façon renouvelée, au milieu de nos frères et soeurs en humanité, par la qualité de notre style de vie, et notre témoignage de disciples en paroles et en actes : donne-moi le sens de cet équilibre fondamental de toute vie chrétienne vécue dans la foi qui agit par la charité : accueillir tout ce qui vient de toi selon ta générosité divine, et tout faire, en toutes choses, de toutes mes forces et en vérité, pour imiter tes comportements, comme si tout ne dépendait que de moi, mais tout en croyant profondément qu’en réalité “tout est grâce”. AMEN.
16.06.2003.*
Évangile : Matthieu 5, 38-42
DE L’EVANGILE DE MATTHIEU
Texte
38 ” Vous avez entendu qu’il a été dit : Œil pour œil et dent pour dent.
39 Eh bien ! moi je vous dis de ne pas tenir tête au méchant : au contraire, quelqu’un te donne-t-il un soufflet sur la joue droite, tends-lui encore l’autre ;
40 veut-il te faire un procès et prendre ta tunique, laisse-lui même ton manteau ;
41 te requiert-il pour une course d’un mille, fais-en deux avec lui.
42 A qui te demande, donne ; à qui veut t’emprunter, ne tourne pas le dos.
Commentaire
1. Situation
Cet Evangile, qui porte le nom de Matthieu, trouve peut-être sa première source dans une collection de paroles de Jésus, écrites en Araméen et attribuées à l’apôtre Matthieu, par un Père de l’Eglise, Papias d’Alexandrie, vers 125.
Cet Evangile, qui reprend beaucoup de passages de l’Evangile de Marc (qui avait été écrit vers 65), mais en y ajoutant des éléments qu’il partage en grande partie avec Luc, a été très probablement rédigé entre les années 85 et 90.
A parcourir tout ce Livre, on peut se demander s’il a été composé pour des chrétiens d’origine Juive (Judéochrétiens), ou pour des chrétiens d’origine païenne, ou encore pour les deux. La position communément admise de nos jours est qu’il a été écrit pour une communauté Judéochrétienne qui s’est trouvée exclue du Judaïsme, suite à une décision par des rabbins Juifs non chrétiens de ne plus tolérer la double appartenance, à la fois Juive et chrétienne, de ces Judéochrétiens, qui avait été possible jusqu’à cette date. Rupture qui explique la dureté des propos mis dans la bouche de Jésus contre les Scribes et Pharisiens de son temps (Matth. chapitre 23).
Néanmoins, même s’il a été d’abord écrit pour confirmer une communauté Judéochrétienne dans sa découverte de la Bonne Nouvelle de Jésus, cet Evangile est ouvert également à la mission universelle auprès des païens, et il se termine par un envoi en mission par le Christ ressuscité, avec ces paroles : “allez, de toutes les nations, faites des disciples” (28, 18).
On peut diviser cet Evangile en 11 parties, qui se répondent en sens inverse (la 1ère correspondant à la dernière, la 2ème, à l’avant-dernière, etc…), concentrées autour de la 6ème partie, le “Discours en paraboles”, qui sert en quelque sorte de “pivot”. Nous obtenons ainsi le découpage suivant :
- Naissance de Jésus et commencement de sa mission (1 - 4)
- Bénédictions et Discours sur la montagne (5 - 7)
- Manifestations de l’autorité de Jésus et de ses appels (8 - 9)
- Discours sur la mission (10)
- Jésus rejeté par “cette génération” (11 - 12 )
- Discours en paraboles (13)
- Jésus reconnu par ses disciples (14 - 17)
- Discours sur la manière de vivre en communauté de croyants (18)
- De nouveau, Jésus manifeste son autorité et ses appels (19 - 22)
- Proclamation de situations malheureuses et Discours sur la venue définitive du Royaume (23 - 24)
- Passion, mort et résurrection (26 - 28)
Cette présentation fait ressortir que cet Evangile est bien rythmé par 5 grands discours de Jésus, dans lesquels l’auteur a concentré la majeure partie de son enseignement. Les 5 discours ont souvent fait penser aux 5 livres de Moïse de l’Ancien Testament. On dit volontiers que, pour Matthieu, Jésus est le “Nouveau Moïse”.
Avec notre page continue le 1er des 5 grands discours de Jésus, tels que Matthieu nous les a recomposés, 1er discours qu’on appelle habituellement le “Sermon sur la Montagne”. Mieux vaut cependant l’intituler “La Charte du Royaume de Dieu”, pour en mieux mesurer l’importance.
En effet, Jésus nous y livre les “secrets” du Règne de Dieu : d’abord, ce qu’il nous faut chercher et recevoir du véritable “bonheur” selon Dieu : les béatitudes (5, 3 - 12), ensuite, ce qu’une telle découverte fait de nous au coeur du monde et pour le monde : la saveur et la lumière (5, 13 - 16), enfin, où cela nous conduit comme style de vie : - de dépassement infini de toutes les exigences (5, 17 - 48), - de changement profond d’attitude dans la prière, l’aumône et le jeûne (6, 1 - 18), - de découverte du caractère “unique” de ce que Jésus nous propose, et du choix absolu pour marcher avec lui, qu’il attend de nous, les croyants (6, 19 - 7, 29).
2. Message
C’est toute une série de dépassements que Jésus demande à ses disciples, lorsqu’il leur prescrit d’aller plus loin que la justice des scribes et des Pharisiens, et donc ne ne pas en rester à la seule pratique de la Torah-Loi, sans pour autant ni la renier ni la contredire (5, 20).
Après avoir montré qu’il ne suffisait pas de ne pas commettre de meurtre, de ne pas commettre l’adultère ni de rechercher le divorce, et de ne pas faire de faux serments, Jésus en arrive maintenant à un 5ème dépassement.
Après avoir rappelé la loi du “talion” telle qu’elle nous vient de l’Ancien Testament (Exode, 21, 24 ; Lévitique, 24, 20 et Deutéronome, 19, 21), Jésus nous propose un principe général, au verset 39, qui est de ne pas résister au méchant, au sens précis de ne pas riposter. Et de nous en fournir 4 illustrations : le disciple ne rend pas l’insulte ni les coups, le disciple cède à son adversaire avant d’être traîné au tribunal, le disciple accepte de faire le double de ce qu’on lui impose par réquisition, le disciple n’hésite pas à donner de ses biens à qui lui demande ou emprunte.
Une fois de plus, la Loi de Moïse n’est pas rejetée. Dans l’Ancien Testament, la loi du “talion” appartient à la procédure judiciaire, et il ne semble pas que Jésus rejette, au point de vue institutionnel, le principe de compensation équivalente pour un dommage subi. D’ailleurs lui-même devant le Grand Prêtre qui est en position de juge, il contestera qu’on le frappe sans motif déclaré (Jean, 18, 22). S’il ne se situe pas à ce niveau de fonctionnement de la société, il refuse que ses disciples cherchent à appliquer ce principe de rétribution équivalente dans leurs relations interpersonnelles ou leurs disputes privées.
Il n’en reste pas moins que Jésus rejette radicalement toute attitude égoïste, toute possibilité de vengreance personnelle, demande que l’on vive une très grande humilité qui aille jusqu’à la perte de ses droits, et qu’en toutes circonstances l’on rende le bien pour le mal. Tel est le nouveau dépassement qu’il attend de nous dès lors que Dieu règne en nos coeurs.
3. Decouvertes
Nous retrouvons dans ces paroles de Jésus un langage qui rappelle celui du 3ème chant du Serviteur du 2ème prophète Isaïe (Isaïe, 50,4 - 9) : dans les deux cas, il s’agit du traitement injuste d’une personne innocente. La relation de ce que demande ici Jésus avec ce qu’il souffrira lui-même en sa passion est également claire pour nous : dans l’Evangile de Matthieu, dès qu’il s’est déclaré “Christ” devant Caïphe, il est frappé et giflé (26,67), et il subira le même sort de la part des soldats romains, lorsqu’il sera bafoué comme “roi” après sa flagellation et sa condamnation à la croix (27, 30). De même, ses habits, à lui l’innocent, lui seront pris en 27, 28. 31. 35. Si bien que les allusions au 3ème chant du Servteur souffrant d’Isaïe sont en fait des allusions à la passion de Jésus.
De ce point de vue, l’on peut dire que notre passage nous présentes trois images superposées : celle du disciple souffrant, du Christ souffrant en sa passion, et du Serviteur souffrant.
Lorsque Jésus nous parle ainsi et nous demande de rejeter la violence, de ne pas résister au mal, d’être giflé, dépouillé de ses vêtements, et d’accepter généreusement d’être obligé de servir les romains occupants, la fin de sa vie mettra en application, de façon saisissante, ses propres paroles, conseils et exigences : il refusera la violence (26, 51 - 54), ne résistera pas au mal qu’on lui fait (26, 36 - 56 et 27, 12 - 14), on le frappera (26.67), on lui prendra ses vêtements (27, 28 . 35), et les romains réquisitionneront quelqu’un pour porter sa croix (27, 32). Les gestes et actions de Jésus sont ainsi en accord parfait avec ses paroles, et l’exemple qu’il nous laisse est d’autant plus à imiter.
Être forcé de faire mille pas fait allusion probablement aux réquisitions pratiquées par les militaires ou fonctionnaires romains.
4. Prolongement
Quelques lignes pour prolonger notre méditation :
4 Le Seigneur Yahvé m’a donné une langue de disciple pour que je sache apporter à l’épuisé une parole de réconfort. Il éveille chaque matin, il éveille mon oreille pour que j’écoute comme un disciple.
5 Le Seigneur Yahvé m’a ouvert l’oreille, et moi je n’ai pas résisté, je ne me suis pas dérobé.
6 J’ai tendu le dos à ceux qui me frappaient, et les joues à ceux qui m’arrachaient la barbe; je n’ai pas soustrait ma face aux outrages et aux crachats.
7 Le Seigneur Yahvé va me venir en aide, c’est pourquoi je ne me suis pas laissé abattre, c’est pourquoi j’ai rendu mon visage dur comme la pierre, et je sais que je ne serai pas confondu.
8 Il est proche, celui qui me justifie. Qui va plaider contre moi ? Comparaissons ensemble! Qui est mon adversaire ? Qu’il s’approche de moi!
9 Voici que le Seigneur Yahvé va me venir en aide, quel est celui qui me condamnerait ? Les voici tous qui s’effritent comme un vêtement, rongés par la teigne.
1 Quand l’un de vous a un différend avec un autre, ose-t-il bien aller en justice devant les injustes, et non devant les saints ?
2 Ou bien ne savez-vous pas que les saints jugeront le monde ? Et si c’est par vous que le monde doit être jugé, êtes-vous indignes de prononcer sur des riens ?
3 Ne savez-vous pas que nous jugerons les anges ? A plus forte raison les choses de cette vie !
4 Et quand vous avez là-dessus des litiges, vous allez prendre pour juges des gens que l’Église méprise !
5 Je le dis à votre honte ; ainsi, il n’y a parmi vous aucun homme sage, qui puisse servir d’arbitre entre ses frères !
6 Mais on va en justice frère contre frère, et cela devant des infidèles !
7 De toute façon, certes, c’est déjà pour vous une défaite que d’avoir des procès entre vous. Pourquoi ne pas souffrir plutôt l’injustice ? Pourquoi ne pas vous laisser plutôt dépouiller ?
8 Mais non, c’est vous qui commettez l’injustice et dépouillez les autres ; et ce sont des frères !
9 Ne savez-vous pas que les injustes n’hériteront pas du Royaume de Dieu ? Ne vous y trompez pas ! Ni impudiques, ni idolâtres, ni adultères, ni dépravés, ni gens de mœurs infâmes,
10 ni voleurs, ni cupides, pas plus qu’ivrognes, insulteurs ou rapaces, n’hériteront du Royaume de Dieu.
11 Et cela, vous l’étiez bien, quelques-uns. Mais vous vous êtes lavés, mais vous avez été sanctifiés, mais vous avez été justifiés par le nom du Seigneur Jésus Christ et par l’Esprit de notre Dieu.
Prière
*Seigneur Jésus, tu as reproché aux Pharisiens, qui étaient souvent tes adversaires, de “dire” et de ne pas “faire” eux-mêmes ce qu’ils imposaient aux autres, et tu nous as laissé en ta vie d’obéissance jusqu’à la mort sur une croix, le modèle de cette unité entre tes paroles et tes gestes vécus, et donc d’une authenticité unique de tous tes comportements et attitudes, posés selon ton exigence de vérité absolue : rends-moi capable de rechercher de plus en plus cette conformité entre ma prière et mes engagements, entre mes déclarations de principe, mes professions de foi, et toutes mes actions, de façon à ce que je puisse témoigner de toi en t’imitant de mon mieux, et en rayonnant ainsi ta propre image, dans la force de ton Esprit, sans laquelle je ne puis rien faire. AMEN.
17.06.2002.*