📘 Commentaire biblique de l’abbé Léon Hamain


Première lecture : 1 Rois 21, 17-29

DU 1er LIVRE DES ROIS

Texte

17 Alors la parole de Yahvé fut adressée à Élie le Tishbite en ces termes :
18 ” Lève-toi et descends à la rencontre d’Achab, roi d’Israël à Samarie. Le voici qui est dans la vigne de Nabot, où il est descendu pour se l’approprier.
19 Tu lui diras ceci : Ainsi parle Yahvé : Tu as assassiné, et de plus tu usurpes ! C’est pourquoi, ainsi parle Yahvé : A l’endroit même où les chiens ont lapé le sang de Nabot, les chiens laperont ton sang à toi aussi. “
20 Achab dit à Élie : ” Tu m’as donc rattrapé, ô mon ennemi ! ” Élie répondit : ” Oui, je t’ai rattrapé. Parce que tu as agi en fourbe, faisant ce qui déplaît à Yahvé,
21 voici que je vais faire venir sur toi le malheur : je balayerai ta race, j’exterminerai les mâles de la famille d’Achab, liés ou libres en Israël.
22 Je traiterai ta maison comme celle de Jéroboam fils de Nebat et celle de Basha fils d’Ahiyya, car tu as provoqué ma colère et fait pécher Israël.
23 Contre Jézabel aussi Yahvé a prononcé une parole : “Les chiens dévoreront Jézabel dans le champ de Yizréel. “
24 Celui de la famille d’Achab qui mourra dans la ville, les chiens le mangeront, et celui qui mourra dans la campagne, les oiseaux du ciel le mangeront. “
25 Il n’y eut vraiment personne comme Achab pour agir en fourbe, faisant ce qui déplaît à Yahvé, parce que sa femme Jézabel l’avait séduit.
26 Il a agi d’une manière tout à fait abominable, s’attachant aux idoles, comme avaient fait les Amorites que Yahvé chassa devant les Israélites.
27 Quand Achab entendit ces paroles, il déchira ses vêtements, mit un sac à même sa chair, jeûna, coucha avec le sac et marcha à pas lents.
28 Alors la parole de Yahvé fut adressée à Élie le Tishbite en ces termes :
29 ” As-tu vu comme Achab s’est humilié devant moi ? Parce qu’il s’est humilié devant moi, je ne ferai pas venir le malheur pendant son temps ; c’est au temps de son fils que je ferai venir le malheur sur sa maison. “

Commentaire

1. Situation

Les 2 Livres des Rois nous relatent l’histoire des royaumes d’Israël et de Juda depuis Salomon jusqu’à l’exil à Babylone, c’est-à-dire depuis le milieu du 10ème siècle jusqu’au milieu du 6ème siècle. Intervalle qui correspond exactement à la période durant laquelle Israël et Juda ont été vraiment, l’un et l’autre, un Etat, au sens politique du terme, et non pas seulement le “Peuple de Dieu”, qui a existé comme tel bien avant l’avènement de David qui l’avait ainsi unifié, ainsi que bien après l’exil, qui a marqué la fin de son indépendance politique. Intervalle qui est également celui d’un déclin régulier, à travers une marche historique faite de lumières et d’ombres.

Dans ces Livres des Rois, chacun des rois nous est présenté selon un schéma identique : date et âge d’avènement, longueur du règne, nom de la reine-mère (pour les rois de Juda), appréciation de son attitude face au Dieu d’Israêl. Le récit concernant chacun d’eux se conclut également de la même façon : indication de la source de renseignements utilisée concernant ce roi, mention de sa mort et de sa sépulture, nom et prise de pouvoir de son successeur.

Le thème fondamental de ces livres des Rois est que le Temple de Yahvé-Dieu à Jérusalem est le seul endroit où l’on peut légitimement adorer Dieu. Israël, le royaume du Nord, suite à la division du royaume unfié, après la mort de Salomon, a donc construit des sanctuaires schismatiques, soumis aux influences païennes.

Tous les rois d’Israêl et de Juda ne sont finalement appréciés que selon le critère du 1er commandement donné à Moïse, et concernant le culte exclusif à rendre à Yahvé, le seul et unique Dieu.

Vu l’importance de la réforme religieuse du roi Josias en 622, selon les données du Livre du Deutéronome au chapitre 12 (2 Rois, 22), on estime que toute l’histoire des rois a été ainsi relue et composée après ce règne et cette réforme de Josias.

Que ces 2 Livres des Rois aient été écrits avant ou pendant l’exil Babylonien, il n’en reste pas moins que le, ou les, auteur(s) de ces livres est, ou sont, marqué(s) par le Deutéronome ou la pensée Deutéronomiste, telle qu’elle est résumée en Deutéronome, 6,4. Leur but est de montrer à quel point l’histoire d’Israël et de Juda est à interpréter selon la relation au Dieu de l’Alliance, et comment, perçue ainsi, on la découvre conduite par Yahvé-Dieu.

Ces 2 Livres des Rois sont à aborder comme une seule oeuvre nous transmettant en 3 parties : - l’histoire du règne de Salomon (1 Rois, 1 - 11), - l’histoire synchronique des 2 royaumes du Nord (Israël) et du Sud (Juda), jusqu’à la ruine du Royaume du Nord (1 Rois, 12, 1 - 2 Rois, 17, 41), - la fin de l’histoire du royaume de Juda jusqu’à l’exil Babylonien ( 2 Rois, 18, 1 - 25, 30).

2. Message

Cette page ne fait qu’un avec toute la 1ère partie du chapitre 21 (21, 1 - 16), où Achab, mécontent que Naboth lui ait refusé de lui céder sa vigne, soit en échange d’un autre terrain, soit à prix d’argent, laisse agir en son nom son épouse Jézabel, qui met sur pied toute une machination pour que les ancienx de la ville de Naboth organisent une assemblée où de faux témoins accusent Naboth d’avoir maudit Dieu et le roi, accusation suite à laquelle Naboth est lapidé, ce qui permet à Achab de s’emparer de sa vigne.

Elie, prophète du Seigneur, est donc envoyé par Dieu signifier à Achab le jugement de Dieu pour ce crime monstrueux. Nous le voyons en cette page fulminer ce jugement terrible dès qu’il rencontre Achab dans la vigne de Naboth. Et ainsi de prophétiser la mort violente d’Achab, qu aura lieu à l’endroit où Naboth a été lapidé, ainsi que l’extermination de tous les héritiers et familiers mâles du roi, et la mort infamante de la reine Jézabel. Le châtiment d’Achab et de Jézabel, décidé par Dieu, est ainsi à la hauteur du crime.

Elie est envoyé en mission dans le cadre du conflit qui existe entre Dieu et Achab et Jézabel, dans la mesure où le roi et la reine d’Israël s’opposent au Seigneur et à ses lois, et ne reconnaissent pas la souveraineté de Yahvé-Dieu sur le peuple et la terre d’Israël. Jézabel a invoqué le pouvoir du roi (21, 7 - 10) pour faire périr Naboth. Elie intervient pour justement rappeler cette suprématie de Dieu en Israël. Selon l’Alliance conclue entre Yahvé et le peuple des descendants d’Abraham, le roi n’est que le “lieutenant” de Dieu.

Un résumé nous est ensuite donné de la mauvaise attitude d’Achab durant son règne en Israël (voir 1 Rois, 16, 29 - 34). Il n’empêche que, suite à cette intervention d’Elie, Achab s’humilie devant Dieu, qui retarde le châtiment annoncé jusqu’au règne du fils et successeur d’Achab.

3. Decouvertes

Derrière cet épisode de la vigne de Naboth se dessine une opposition d’ordre juridique entre le droit du roi et les besoins de l’Etat, d’une part, et le droit des gens, qui leur permet d’avoir un lopin de terre suffisant pour subsister économiquement en sécurité, d’autre part (Deutéronome, 5, 20 - 25 et Lévitique, 25). La païenne Jézabel, étrangère au pays et à ses traditions, se sert de ce qu’elle estime être le droit du roi pour écraser celui des gens du peuple, fondé sur la religion d’Israël, et ce, avec une fourberie sans scrupules. Ce qui, dans cet épisode, est la saisie scandaleuse du bien d’un seul individu, Naboth, sera, cent ans plus tard, devenu un principe économique : voir Isaîe, 5, 8, Amos, 2, 6, Michée, 2, 11.

Seul un prophète pouvait affronter le roi sur ce point. La résistance de Naboth citant son droit à cultiver la terre de ses pères, n’a pas été entendue. Certains pensent que ce sont les rédacteurs des livres des Rois qui ont attribué ce rôle à Elie. A noter toutefois que le jugement de Dieu, prophétisé par Elie contre la maison d’Achab, nous est présenté comme accompli lors de la rebellion triomphante de Jéhu en 2 Rois, 9, 21 - 26; 9, 36 - 37 et 10, 1 - 11.

4. Prolongement

Replacé dans tout le contexte de l’histoire d’israël et du mouvement prophétique en particulier, ce texte nous amène à constater que l’ampleur du crime, qui entraîne la colère de Dieu, n’empêche pas Yahvé-Dieu de demeurer fidèle à l’Alliance qu’il a conclue avec ce peuple d’israël, qu’il a choisi pour être son peuple particulier. Pour cette raison, il ne rompt jamais définitivement avec son peuple, il continuera de le visiter en lui envoyant des prophètes jusqu’à l’exil Babylonien du 6ème siècle, et, ensuite, durant et après cette période d’exil.

Notre page montre déjà à quel point Dieu se révèle sensible à toute démarche de conversion et de retournement vers lui, fût-ce de la part des plus grands pécheurs comme Achab. Dieu ne veut pas la mort du pécheur, mais bien plutôt qu’il se convertisse et qu’il vive.

Les prophètes les plus sévères pour condamner la conduite des rois et du peuple, Jérémie et Ezéchiel, constatant l’incapacité du peuple et de ses responsables à revenir à Dieu dans une démarche de conversion, découvriront et annonceront que seul Dieu lui-même, en définitive, et en raison de sa sainteté et de son plan de salut, pourra permettre cette conversion en écrivant sa Loi au fond des coeurs (Jérémie, 31, 31 - 34), voire même en changeant le coeur de ceux qu’il appelle (Ezéchiel, 36, 22 - 29).

Avec ces deux prophètes, qui sont les plus proches de l’attitude de Dieu révélée par Jésus, nous sommes préparés à la grande révélation du salut de Dieu, accompli dans l’envoi du Fils obéissant jusqu’à la mort, et pardonnant à ses bourreaux, et qui, en sa résurrection et le don de l’Esprit Saint, nous communique le “OUI” même de son obéissance au Père. qui permet, à tous ceux qui le reçoivent dans la foi, d’accueillir dans leur existence le don de la filiation et de l’intimité de Dieu, plénitude du partage de sa vie même dans une création nouvelle.

Prière

*Seigneur Jésus, lors de la fin des temps que tu as inaugurée en ta mission, tu nous as dit que celui qui croit en toi échappe au jugement, qu’il est passé de la mort à la vie, et tu es mort après avoir pardonné à tes bourreaux , et avoir tendu la main à celui qui te livrait : apprends-moi à mesurer le don de ce pardon de Dieu, que tu nous as acquis et transmis dans le don de ton Esprit Saint au soir du jour de ta résurrection, aide-moi à entrer à mon tour dans la logique de ce pardon que j’ai reçu gratuitement, comme une grâce absolument non meritee, en essayant, toujours dans la force de ton Esprit Saint qui habite en moi, de pardonner, tout aussi gratuitement et du fond du cœur, à tous ceux dont je pense qu’ils m’ont fait du tort. AMEN.

18.06.2002.*

Évangile : Matthieu 5, 43-48

DE L’EVANGILE DE MATTHIEU

Texte

43 ” Vous avez entendu qu’il a été dit: Tu aimeras ton prochain et tu haïras ton ennemi.
44 Eh bien! moi je vous dis : Aimez vos ennemis, et priez pour vos persécuteurs,
45 afin de devenir fils de votre Père qui est anx cieux, car il fait lever son soleil sur les méchants et sur les bons, et tomber la pluie sur les justes et sur les injustes.
46 Car si vous aimez ceux qni vons aiment, qnelle récompense aurez- vous ? Les publicains eux-mêmes n’en font-il pas autant ?
47 Et si vous réservez vos saluts à vos frères, que faites-vous d’extraordinaire ? Les païens eux-mêmes n’en font-ils pas autant ?
48 Vous donc, vous serez parfaits comme votre Père céleste est parfait”.

Commentaire

1. Situation

Cet Evangile, qui porte le nom de Matthieu, trouve peut-être sa première source dans une collection de paroles de Jésus, écrites en Araméen et attribuées à l’apôtre Matthieu, par un Père de l’Eglise, Papias d’Alexandrie, vers 125.

Cet Evangile, qui reprend beaucoup de passages de l’Evangile de Marc (qui avait été écrit vers 65), mais en y ajoutant des éléments qu’il partage en grande partie avec Luc, a été très probablement rédigé entre les années 85 et 90.

A parcourir tout ce Livre, on peut se demander s’il a été composé pour des chrétiens d’origine Juive (Judéochrétiens), ou pour des chrétiens d’origine païenne, ou encore pour les deux. La position communément admise de nos jours est qu’il a été écrit pour une communauté Judéochrétienne qui s’est trouvée exclue du Judaïsme, suite à une décision par des rabbins Juifs non chrétiens de ne plus tolérer la double appartenance, à la fois Juive et chrétienne, de ces Judéochrétiens, qui avait été possible jusqu’à cette date. Rupture qui explique la dureté des propos mis dans la bouche de Jésus contre les Scribes et Pharisiens de son temps (Matth. chapitre 23).

Néanmoins, même s’il a été d’abord écrit pour confirmer une communauté Judéochrétienne dans sa découverte de la Bonne Nouvelle de Jésus, cet Evangile est ouvert également à la mission universelle auprès des païens, et il se termine par un envoi en mission par le Christ ressuscité, avec ces paroles : “allez, de toutes les nations, faites des disciples” (28, 18).

On peut diviser cet Evangile en 11 parties, qui se répondent en sens inverse (la 1ère correspondant à la dernière, la 2ème, à l’avant-dernière, etc…), concentrées autour de la 6ème partie, le “Discours en paraboles”, qui sert en quelque sorte de “pivot”. Nous obtenons ainsi le découpage suivant :

  • Naissance de Jésus et commencement de sa mission (1 - 4)
  • Bénédictions et Discours sur la montagne (5 - 7)
  • Manifestations de l’autorité de Jésus et de ses appels (8 - 9)
  • Discours sur la mission (10)
  • Jésus rejeté par “cette génération” (11 - 12 )
  • Discours en paraboles (13)
  • Jésus reconnu par ses disciples (14 - 17)
  • Discours sur la manière de vivre en communauté de croyants (18)
  • De nouveau, Jésus manifeste son autorité et ses appels (19 - 22)
  • Proclamation de situations malheureuses et Discours sur la venue définitive du Royaume (23 - 24)
  • Passion, mort et résurrection (26 - 28)

Cette présentation fait ressortir que cet Evangile est bien rythmé par 5 grands discours de Jésus, dans lesquels l’auteur a concentré la majeure partie de son enseignement. Les 5 discours ont souvent fait penser aux 5 livres de Moïse de l’Ancien Testament. On dit volontiers que, pour Matthieu, Jésus est le “Nouveau Moïse”.


Avec notre page continue le 1er des 5 grands discours de Jésus, tels que Matthieu nous les a recomposés, 1er discours qu’on appelle habituellement le “Sermon sur la Montagne”. Mieux vaut cependant l’intituler “La Charte du Royaume de Dieu”, pour en mieux mesurer l’importance.

En effet, Jésus nous y livre les “secrets” du Règne de Dieu : d’abord, ce qu’il nous faut chercher et recevoir du véritable “bonheur” selon Dieu : les béatitudes (5, 3 - 12), ensuite, ce qu’une telle découverte fait de nous au coeur du monde et pour le monde : la saveur et la lumière (5, 13 - 16), enfin, où cela nous conduit comme style de vie : - de dépassement infini de toutes les exigences (5, 17 - 48), - de changement profond d’attitude dans la prière, l’aumône et le jeûne (6, 1 - 18), - de découverte du caractère “unique” de ce que Jésus nous propose, et du choix absolu pour marcher avec lui, qu’il attend de nous, les croyants (6, 19 - 7, 29).

2. Message

C’est toute une série de dépassements que Jésus demande à ses disciples, lorsqu’il leur prescrit d’aller plus loin que la justice des scribes et des Pharisiens, et donc ne ne pas en rester à la seule pratique de la Torah-Loi, sans pour autant ni la renier ni la contredire (5, 20).

Après avoir montré qu’il ne suffisait pas de ne pas commettre de meurtre, de ne pas commettre l’adultère ni de rechercher le divorce, et de ne pas faire de faux serments, d’en rester à la “loi du talion” ou d’une justice de compensation égale au dommage causé, voici le 6ème et dernier dépassement que Jésus demande en sa nouvelle éthique à l’usage de ceux qui cherchent à vivre l’idéal des béatitudes, à jouer leur rôle de témoins permanents de l’Evangile en étant “sel” de la terre et “lumière du monde”, et à entrer dans le Royaume des cieux, parce qu’elle est vraiment d’un “autre” ordre (5, 17 -48).

Jésus continue d’argumenter avec la même force pour affirmer, par contraste, son autorité : “Vous avez appris qu’il a été dit… moi, je vous dis…”

En nous invitant à “aimer nos ennemis et à prier pour ceux qui nous persécutent”, Jésus propose ici une stratégie et une attitude menant à la victoire, au niveau des valeurs les plus profondes. L ‘histoire des martyrs de tous les temps a bien montré que leur fermeté à maintenir leur vérité et leur capacité de pardonner à leurs persécuteurs et de prier pour eux, mettaient leurs persécuteurs en désarroi, leur donnaient mauvaise conscience en leur faisant découvrir qu’en agissant de la sorte ils ternissaient leur image de marque.

Jésus demande à ceux qui le suivent de ne pas agresser leurs ennemis, mais de transformer leur agression en stratégie victorieuse au niveau du Règne de Dieu en vivant la sagesse “supérieure” d’un amour gratuit.

Une telle attitude, une telle stratégie, révèlent bien, en effet, notre statut nouveau de “Fils” du Père des cieux et “images “du Christ. En cette qualité de “Fils de Dieu”, nous agissons donc autrement, manifestant, dans nos expressions extérieures et visibles, un changement profond qui s’est opéré en nous, et dont Paul a précisé le sens: dans l’Esprit de Jésus ressuscité, nous sommes devenus d’authentiques “Fils adoptifs”, capables de crier “Père”, ” Abba”, à notre Dieu, nous sachant “héritiers et cohéritiers avec le Christ” (Romains, 8, 15 - 17).

Dès lors, nous avons à nous comporter à la façon de Dieu, avec ce dépassement de gratuité qui le caractérise : de même que le Seigneur envoie son soleil sur les méchants comme sur les bons, avec tolérance et gratuité absolues, ainsi, nous ne pouv.ons plus nous contenter d’aimer ceux qui nous aiment et de saluer uniquement ceux que nous reconnaissons comme nos frères.

Imitant à ce point le Père, nous vivons une ressemblance avec lui dans sa générosité totale et entrons dans une dimension de “perfection” qui correspond à la sienne.

3. Decouvertes

Le texte de l’Ancien Testament que cite Jésus (Lévitique, 19, 8), ne reprend pas ici l’expression “comme toi-même” (qui en fait partie, à propos de ce commandement de l’amour du prochain), et se trouve suivi, dans les paroles attribuées par Matthieu à Jésus, de l’expression totalement “non-biblique” : “Tu haïras ton ennemi”.

Jésus contraste ainsi la proposition qu’il nous fait d’aimer nos ennemis de deux façons: avec, d’une part, le commandement ancien d’aimer son prochain comme soi-même, mais également, d’autre part, avec .une fausse interprétation qui en était donnée par cette mention de la haine à entretenir vis-à-vis de ses ennemis. Cette interprétation permettait, en effet, de manifester une haine collective et pemanente à l’encontre des adversaires d’Israël, que l’on trouve, par exemple, dans un certain nombre de psaumes.

Il faut, selon Jésus, choisir entre une récompense humaine et une récompense divine. A n’aimer que ceux qui nous aiment, notre récompense sera un accroissement de leur amour pour nous. Si nous aimons ceux qui nous haïssent, notre récompense est une avancée et une croissance dans l’amour de Dieu, ainsi que de son Règne en nous, de sa rencontre et de sa découverte.

Etre parfaits comme Dieu: le mot “parfait” est rare chez les Evangiles. Luc préfère, dans le passage parallèle à cette page, employer le terme “miséricordieux” (Luc, 6, 36).

Avec ce dépassement que nous demande Jésus, nous sommes au terme d’une évolution biblique en 5 étapes depuis l’Ancien Testament :

  • d’abord y fut prônée une vengeance illimitée (Genèse, 4, 15. 24),
  • puis la loi du “talion”, à la vengeance limitée et proportionnée (Deutéronome, 19, 16 - 21),
  • ensuite, ce qu’on appelle la “règle d’argent”, de ne pas faire aux autres ce que nous ne voudrions pas qu’ils fassent por nous (Tobie, 4, 15),
  • un pas de plus en avant, avec la “règle d’or”, au langage positif: ce que vous voulez que les autres fassent pour vous, faites le d’abord pour eux (Matthieu, 7, 12),
  • enfin, l’amour des ennemis jusqu’à l’héroïsme et la sainteté, que nous trouvons dans cette page d’aujourd’hui.

4. Prolongement

Une fois de plus, Jésus nous prêche ce qu’il vit : non pas une passivité totale devant les hommes, bien au contraire : quand on le frappe lors de son arrestation, il demande des explications, au nom de sa dignité d’homme debout, il fustige en paroles très dures l’hypocrisie des Pharisiens, il ne condamne pas la femme adultère, tout en lui enjoignant de ne plus pécher, il prévient Judas et les autres apôtres de l’erreur fatale que va faire celui qui va le livrer, il va jusqu’au bout de la vérité devant Caïphe et Pilate, et, finalement, il pardonne à ses bourreaux et accueille le larron pénitent auquel il promet immédiatement le paradis.Ce n’est pas là un comportement de faible, mais d’homme fort de la force de Dieu.

En allant toujours simultanément le plus loin possible dans la vérité et l’amour , Jésus, qui nous a rappelé la règle d’or, citée plus haut, et nous invite à aimer nos ennemis, ne nous demande pas de renoncer à tous nos droits, ni de ne pas rechercher une juste compensation quand on nous a fait tort. Il nous rappelle que la justice doit toujours demeurer ouverte à la miséricorde, que la vérité dernière de chaque homme n’appartient qu’à Dieu qui, seul, est juge au delà de notre bonne conscience.

Face à lui, nous ne devons jamais oublier que “tout est de lui, tout est par lui, tout est pour lui” (Rom.,ll, 36), ce qui relativise notre regard sur nous-mêmes et sur nos droits, ainsi que sur nos soeurs et frères les femmes et les hommes, que nous sommes invités à aimer et à mettre debout, au nom de Jésus, en toute miséricorde, justice et vérité.

Prière

*Seigneur Jésus, tu ne nous demandes rien que tu n’aies d’abord vécu absolument toi-même jusqu’au bout, et tu nous as laissé l’exemple, à première vue inimitable, de celui qui pardonne à ses bourreaux en priant le Père de ne pas leur tenir rigueur de l’avoir condamné et de s’être montrés violents contre lui : donne-moi d’essayer toujours de t’imiter jusqu’au bout de mes possibilités, avec la conviction que, dans la force de ta présence en moi par ton Esprit Saint, je suis rendu capable de te suivre en vérité, au-delà de mes faiblesses et de mes limites. AMEN.

17.06.2003.*


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