📘 Commentaire biblique de l’abbé Léon Hamain


Première lecture : 2 Corinthiens 9, 6-11

DE LA 2ème LETTRE AUX CORINTHIENS

Texte

6 Songez-y : qui sème chichement moissonnera aussi chichement ; qui sème largement moissonnera aussi largement.
7 Que chacun donne selon ce qu’il a décidé dans son cœur, non d’une manière chagrine ou contrainte ; car Dieu aime celui qui donne avec joie.
8 Dieu d’ailleurs est assez puissant pour vous combler de toutes sortes de libéralités afin que, possédant toujours et en toutes choses tout ce qu’il vous faut, il vous reste du superflu pour toute bonne œuvre,
9 selon qu’il est écrit : Il a fait des largesses, il a donné aux pauvres ; sa justice demeure à jamais.
10 Celui qui fournit au laboureur la semence et le pain qui le nourrit vous fournira la semence à vous aussi, et en abondance, et il fera croître les fruits de votre justice.
11 Enrichis de toutes manières, vous pourrez pratiquer toutes les générosités, lesquelles, par notre entremise, feront monter vers Dieu l’action de grâces.

Commentaire

1. Situation

La 2ème Lettre de Paul aux Corinthiens comprend, à vrai dire, 2 lettres, la 1ère, appelée Lettre A, regroupant les chapitres 1 - 9, la 2nde, appelée Lettre B, les chapitres 10 - 13. Cette division est admise par la plupart des spécialistes, même si certains sont allés jusqu’à y découvrir un ensemble de 5 lettres de Paul.

Personne, en revanche, ne met en doute que cette lettre, en son état actuel, soit un texte authentique de Paul, sauf peut-être pour les versets 6, 14 - 7, 1, qu’un certain nombre considèrent comme postérieurs à Paul.

La Lettre A a dû être écrite au printemps de l’année 55, soit environ un année après la 1ère Lettre de Paul aux Corinthiens, tandis que la Lettre B aurait été écrite quelques mois seulement plus tard que la Lettre A, au cours de l’été 55.

Dans ces 2 Lettres, A et B, Paul se trouve sur la défensive face aux chrétiens de Corinthe.

Relisant cette Lettre dans son unité d’ensemble actuelle, nous y distinguons, entre l’adresse et la prière de bénédiction de l’introduction (1, 1 - 11) et les salutations et la bénédiction finale de la conclusion (13, 11 - 13), deux grandes parties qu’on pourrait intituler : - Paul le conciliateur (1, 12 - 9, 15), - Paul se met en situation d’attaquant pour mieux se défendre (10, 1 - 13, 10).

Dans la Lettre A, après une introduction (1, 1 - 11), Paul commence par expliquer pour quelles raisons il a dû annuler un voyage qu’il avait prévu à Corinthe (1, 12 - 2, 13), puis il définit les critères d’un apostolat authentique au service de la cause de Jésus ( 2, 14 - 6, 10). Il reparle ensuite de ses relations avec l’Eglise de Corinthe dans une 3ème partie (6, 11 - 7, 16) avant de conclure sur un appel à participer généreusement à la collecte qu’il a organisée pour les pauvres de l’Eglise de Jérusalem (8, 1 - 9, 15).

Dans la Lettre B (ou 2ème partie de notre actuelle 2ème Lettre aux Corinthiens), Paul se livre d’abord à une défense préliminaire (10, 1 - 18), avant de se lancer, selon une attitude qu’il qualifiera de “folie”, dans un discours plein d’emportement (11, 1 - 12, 13), et de conclure sa défense (12, 14 - 13, 10).


Notre passage se situe au début du 4ème thème qu’il aborde en cette 1ère grande partie de cette Lettre (ou de la Lettre A) : son appel pour la collecte en faveur des pauvres de l’Eglise de Jérusalem (8, 1 - 9, 15) L’apôtre fait d’abord (8, 1 -15) part aux Corinthiens de la générosité manifestée par d’autres Eglises, beaucoup moins à l’aise financièrement que la communauté de Corinthe, pour leur demander de passer à l’acte en tenant leurs promesses de participation, et tout en leur rappelant qu’il s’agit pour eux, en cela, d’imiter le Christ, qui, de riche qu’il était, s’est fait pauvre pour nous enrichir de sa pauvreté (8, 9 : voir aussi 5, 15 et 21). Que les Corinthiens mènent donc leur participation à la collecte à son terme, et qu’ils partagent au moins de leur superflu !

C’est pourquoi, afin que cette collecte soit rapidement terminée, Paul envoie Tite, et deux frères non identifiés, pour suivre de près le déroulement de cette affaire (8, 16- 24), qu’il est très important d’achever sans tarder (9, 1 - 5 : certains pensent que ce chapitre 9 constitue un billet à part sur la collecte, et tel est le cas de TOB, 2 Cor., 9, I, note “h”, mais d’autres maintiennent qu’on peut le lire en continuité normale avec le chapitre 8). Paul craint en effet que, si les choses continuent de traîner, les Corinthiens, autant que lui- même, ne se trouvent remplis de confusion face aux autres Eglises qui ont fait preuve d’une grande générosité.

C’est à ce point que nous rejoignons notre page de ce jour (9, 6 - 11).

2. Message

Après ces développements, où Paul a fait appel à la fierté des Corinthiens qui avaient été les premiers à avoir l’idée de cette entraide (8,8 -10), puis, après avoir souligné les enjeux de l’achèvement chez eux de cette collecte pour leur réputation ( 9, 3 - 5), Paul reprend maintenant la question avec eux sous l’aspect de la récompense qui leur viendra de Dieu.

Comme il le dit également en GaIates, 6, 7 - 9, celui qui sème bien aura une bonne récolte. Et citant à ce propos Proverbes, 22, 8 (en sa seule traduction grecque) et Proverbes, 11, 24 - 25, Paul indique combien il faut donner: avec une abondante générosité.

Il insiste ensuite sur l’attitude intérieure du donateur qui doit se décider personnellement en toute liberté, et dans la joie (Proverbes, 22, 8; Siracide, 35, 9; Deutéronome, 15, 10), et non pas sur commande.

Le fruit de tout cela, c’est que, pour Paul, la richesse étant don de Dieu (Deutéronome. 8, 17 - 18), les Corinthiens ne manqueront de rien et pourront toujours, de ce fait, faire preuve de générosité envers leurs frères. Ainsi, leur partage sera oeuvre de justice et source d’action de grâce à l’ égard du Seigneur .

3. Decouvertes

Tout au long de ce passage, Paul fait se rejoindre des arguments différents, les uns d’ordre humain, les autres faisant appel à la dimension de création nouvelle instaurée dans la vie des chrétiens par le don du salut en Jésus Christ.

Aux versets 9 et 10, comme nous l’avons déjà remarqué plus haut dans le texte de cette page, Paul cite une fois de plus l’ Ancien Testament, le psaume 112, 9, en l’occurrence, pour rappeler que ceux qui aident les indigents participent à la justice et la rectitude mêmes de Dieu. De plus, il fait allusion à Isaïe 55, 10, qui utilise l’image de la pluie pour illustrer l’efficacité de la Parole de Dieu.

Aux versets 11 -12 et suivants, Paul élargit le thème de la récompense dont il parle en cette page. Il précise que la générosité des donateurs glorifie le Seigneur. Puisque cette générosité est l’oeuvre de la grâce de Dieu (8, 1), la générosité des Corinthiens va conduire à une abondante action de grâces qui va monter vers Dieu, car Dieu sera reconnu à l’oeuvre dans leur service et leur obéissance à l’Evangile du Christ. Une communion dans la prière entre les Eglises qui s’entraident pourra ainsi célébrer le don de Dieu, dont il est clair, dans le partage accompli, qu’il a été pleinement accueilli dans la foi et la charité.

4. Prolongement

Depuis les origines de l’Eglise, le partage des biens a toujours été considéré comme une expression nécessaire de la vie écclésiale, une dimension obligée de la vie entre frères et soeurs. Dans cette perspective, il nous est facile d’actualiser cette page de Paul, et ce, d’autant plus qu’il fonde cette attitude de générosité entre Eglises sur l’attitude même de Jésus “qui s’est fait pauvre pour nous enrichir de sa pauvreté”, selon un “merveilleux échange” où, comme nous l’avons vu, il prend sur lui notre misère du péché pour que nous soyons remplis de la justice de Dieu (5, 17 - 21).

Il nous faut donc sans cesse nous réinterroger sur la qualité de notre partage : dans un monde où tout nous pousse à toujours chercher plus d’aise, de confort et de bien-être apparent, savons-nous, en nous limitant volontairement dans ce que nous croyons être nos besoins, nous situer au niveau du don de Dieu, pour accueillir comme une grâce, et non comme un dû, tout ce que nous avons reçu et continuons de recevoir en tous domaines ?

Et pour également partager ce que nous avons reçu et dont nous ne sommes que les “lieutenants” de la gestion ou les “tenanciers” dans notre vie qui “appartient à Dieu” ? Cela suppose que, vivant dans la foi qui est pauvreté du coeur, nous nous désappropriions de nous-mêmes pour nous attacher au Christ et vivre de son Esprit et de son attitude qui révèle Dieu. (Romains, 6, 15 - 23 : texte très important qu’il nous faut souvent relire pour vérifier la vérité de notre foi en Dieu, par Jésus, dans l’Esprit).

Prière

*Seigneur Jésus, en toi s’unifie tout le projet de Dieu, depuis la création jusqu’à la transfiguration finale que ta résurrection a inaugurée, et dont nous recevons les arrhes dans l’Esprit Saint : fais moi comprendre que le partage de tout ce que j’ai reçu de toi en valeurs de biens matériels, intellectuels, culturels, fruits de mon expérience d’homme ou de femme de ce temps, ce partage doit ne faire qu’un avec celui de ma prière fraternelle, de ta Parole qui m’habite et me guide, et de tout ce que vis en communion avec toute l’Eglise, unifie donc ma vie pour que tout mon être, en toutes ses manifestations, rayonne le don total de Dieu qui m’a été imparti. AMEN.

18.06.2003.*

Évangile : Matthieu 6, 1-18

DE L’EVANGILE DE MATTHIEU

Texte

1 ” Gardez-vous de pratiquer votre justice devant les hommes, pour vous faire remarquer d’eux ; sinon, vous n’aurez pas de récompense auprès de votre Père qui est dans les cieux.
2 Quand donc tu fais l’aumône, ne va pas le claironner devant toi ; ainsi font les hypocrites, dans les synagogues et les rues, afin d’être glorifiés par les hommes ; en vérité je vous le dis, ils tiennent déjà leur récompense.
3 Pour toi, quand tu fais l’aumône, que ta main gauche ignore ce que fait ta main droite,
4 afin que ton aumône soit secrète ; et ton Père, qui voit dans le secret, te le rendra.
5 ” Quand vous priez, ne soyez pas comme les hypocrites : ils aiment, pour faire leurs prières, à se camper dans les synagogues et les carrefours, afin qu’on les voie. En vérité je vous le dis, ils tiennent déjà leur récompense.
6 Pour toi, quand tu pries, retire-toi dans ta chambre, ferme sur toi la porte, et prie ton Père qui est là, dans le secret ; et ton Père, qui voit dans le secret, te le rendra.
7 ” Dans vos prières, ne rabâchez pas comme les païens : ils s’imaginent qu’en parlant beaucoup ils se feront mieux écouter.
8 N’allez pas faire comme eux ; car votre Père sait bien ce qu’il vous faut, avant que vous le lui demandiez.

16 ” Quand vous jeûnez, ne vous donnez pas un air sombre comme font les hypocrites : ils prennent une mine défaite, pour que les hommes voient bien qu’ils jeûnent. En vérité je vous le dis, ils tiennent déjà leur récompense.
17 Pour toi, quand tu jeûnes, parfume ta tête et lave ton visage,
18 pour que ton jeûne soit connu, non des hommes, mais de ton Père qui est là, dans le secret ; et ton Père, qui voit dans le secret, te le rendra.

Commentaire

1. Situation

Cet Evangile, qui porte le nom de Matthieu, trouve peut-être sa première source dans une collection de paroles de Jésus, écrites en Araméen et attribuées à l’apôtre Matthieu, par un Père de l’Eglise, Papias d’Alexandrie, vers 125.

Cet Evangile, qui reprend beaucoup de passages de l’Evangile de Marc (qui avait été écrit vers 65), mais en y ajoutant des éléments qu’il partage en grande partie avec Luc, a été très probablement rédigé entre les années 85 et 90.

A parcourir tout ce Livre, on peut se demander s’il a été composé pour des chrétiens d’origine Juive (Judéochrétiens), ou pour des chrétiens d’origine païenne, ou encore pour les deux. La position communément admise de nos jours est qu’il a été écrit pour une communauté Judéochrétienne qui s’est trouvée exclue du Judaïsme, suite à une décision par des rabbins Juifs non chrétiens de ne plus tolérer la double appartenance, à la fois Juive et chrétienne, de ces Judéochrétiens, qui avait été possible jusqu’à cette date. Rupture qui explique la dureté des propos mis dans la bouche de Jésus contre les Scribes et Pharisiens de son temps (Matth. chapitre 23).

Néanmoins, même s’il a été d’abord écrit pour confirmer une communauté Judéochrétienne dans sa découverte de la Bonne Nouvelle de Jésus, cet Evangile est ouvert également à la mission universelle auprès des païens, et il se termine par un envoi en mission par le Christ ressuscité, avec ces paroles : “allez, de toutes les nations, faites des disciples” (28, 18).

On peut diviser cet Evangile en 11 parties, qui se répondent en sens inverse (la 1ère correspondant à la dernière, la 2ème, à l’avant-dernière, etc…), concentrées autour de la 6ème partie, le “Discours en paraboles”, qui sert en quelque sorte de “pivot”. Nous obtenons ainsi le découpage suivant :

  • Naissance de Jésus et commencement de sa mission (1 - 4)
  • Bénédictions et Discours sur la montagne (5 - 7)
  • Manifestations de l’autorité de Jésus et de ses appels (8 - 9)
  • Discours sur la mission (10)
  • Jésus rejeté par “cette génération” (11 - 12 )
  • Discours en paraboles (13)
  • Jésus reconnu par ses disciples (14 - 17)
  • Discours sur la manière de vivre en communauté de croyants (18)
  • De nouveau, Jésus manifeste son autorité et ses appels (19 - 22)
  • Proclamation de situations malheureuses et Discours sur la venue définitive du Royaume (23 - 24)
  • Passion, mort et résurrection (26 - 28)

Cette présentation fait ressortir que cet Evangile est bien rythmé par 5 grands discours de Jésus, dans lesquels l’auteur a concentré la majeure partie de son enseignement. Les 5 discours ont souvent fait penser aux 5 livres de Moïse de l’Ancien Testament. On dit volontiers que, pour Matthieu, Jésus est le “Nouveau Moïse”.


Avec notre page continue le 1er des 5 grands discours de Jésus, tels que Matthieu nous les a recomposés, 1er discours qu’on appelle habituellement le “Sermon sur la Montagne”. Mieux vaut cependant l’intituler “La Charte du Royaume de Dieu”, pour en mieux mesurer l’importance.

En effet, Jésus nous y livre les “secrets” du Règne de Dieu : d’abord, ce qu’il nous faut chercher et recevoir du véritable “bonheur” selon Dieu : les béatitudes (5, 3 - 12), ensuite, ce qu’une telle découverte fait de nous au coeur du monde et pour le monde : la saveur et la lumière (5, 13 - 16), enfin, où cela nous conduit comme style de vie : - de dépassement infini de toutes les exigences (5, 17 - 48), - de changement profond d’attitude dans la prière, l’aumône et le jeûne (6, 1 - 18), - de découverte du caractère “unique” de ce que Jésus nous propose, et du choix absolu pour marcher avec lui, qu’il attend de nous, les croyants (6, 19 - 7, 29).

2. Message

Après nous avoir indiqué comment l’exigence nouvelle du Royaume dépasse toutes les injonctions de la Loi en les accomplissant, et en les ouvrant aux dimensions infinies de l’amour et de la vérité, Jésus re-situe maintenant trois pratiques religieuses importantes du Judaïsme, l’aumône, la prière et le jeûne, pour les mettre en harmonie avec le but qu’il nous propose dans ce discours sur la Charte du Royaume de Dieu.

Comment celui ou celle qui cherche à vivre selon l’esprit des béatitudes, qui se sait envoyé comme “sel de la terre”, saveur et “luimière du monde” selon l’exigence d’une vie pour Dieu, qui dépasse et accomplit les exigences de la Loi et des commandements, est-il , ou est-elle, appelé(e) à vivre ces trois pratiques Juives fondamentales ?

Jésus nous pose d’abord un principe général : on n’exprime pas de telles attitudes religieuses selon la “justice” dans le but d’être vu, considéré ou remarqué par les autres. Nos bonnes oeuvres doivent être l’expression d’une bonne et juste intention, ce qui suppose nécessairement humilité et oubli de soi.

Il n’appartient donc pas à ceux qui nous regardent, ni davantage à nous-mêmes, d’apprécier la qualité de nos démarches de prière, d’aumône et de jeûne : cela revient à Dieu seul, qui voit dans le secret et sonde notre coeur. Ce qui veut dire que ces attitudes qui concernent notre relation aux autres (l’aumône), la relation directe à Dieu (la prière), et notre relation à nous-mêmes, quand nous essayons de nous situer en vérité (le jeûne), doivent toujours d’abord être en même temps l’expression d’une ouverture profonde à Dieu notre Père, dans un accueil de sa présence intime au centre de notre existence.

C’est ainsi qu’à cause de notre relation à Dieu, nous nous tournons vers nos frères dans un authentique partage (l’aumône) qui ne concerne pas seulement notre superflu (Luc, 21, 1 - 4), que nous engageons tout notre être dans une parole que nous adressons à Dieu dans une rencontre voulue face à face (la prière), que nous signifions, inscrivons dans notre existence et nos comportements que tout nous vient de Dieu et que nous attendons tout de lui (le jeûne).

Sinon, ces démarches demeurent insuffisantes, n’atteignent qu’une petite partie de leur sens, et ne nous valent qu’une reconnaissance extérieure, qui n’est qu’une récompense trompeuse et auto-satisfaisante, que Jésus réserve à ceux qu’il nomme “hypocrites”, parce que leurs démonstrations extérieures, qui attirent l’attention sur eux, ne traduisent pas en vérité ce qu’ils cherchent en leur coeur, comme Jésus le reprochera ouvertement aux Pharisiens, en les déclarant “malheureux” (Matthieu, 23, 5).

3. Decouvertes

Dans toute la partie précédente du discours, qui nous parlait des dépassements de la Loi, il était question de la manière dont Jésus situait son enseignement face à la Loi, en nous proposant de nouvelles manières d’agir. Maintenant, cet ensemble de versets (6, 1 - 18) concerne le “culte”, ou notre relation à Dieu, en nous indiquant comment, de quelle façon, nous devons agir, en soulignant l’importance de nos intentions et attitudes intérieures auxquelles doivent s’accorder nos comportements extérieurs visibles.

Le plan de cette section est parfaitement établi : après une déclaration générale de principe, Jésus aborde dans le détail, et selon un même schéma de déroulement, chacune des trois oeuvres de miséricorde ou de religion, l’aumône, la prière et le jeûne, d’abord en l’identifiant clairement, puis en dénonçant les mauvaises manières de la pratiquer, avant de nous spécifier l’attitude qu’il attend de nous concrètement.

Nous apprenons ainsi comment il faut pratiquer l’aumône, avec discrétion et sans calcul, prier sobrement, dans la confiance et l’humilité, sans prétendre faire pression sur Dieu en utilisant de longues séquences ou formules, jeûner sans montrer ni arborer un comportement d’ascète. De cette façon, nous serons sur la même longeur d’ondes que notre Père, qui appréciera l’authenticité de nos démarches, et nous le “revaudra”.

L’on admet généralement que les versets 9 - 15, nous présentant la prière de Jésus, ont été déplacés et insérés plus tard à cet endroit précis de l’Evangile, dont ils rompent l’équilibre de la construction.

4. Prolongement

Si nous relisons ce texte en fonction de l’accomplissemnt effectué définitivement par la mort-résurrection de Jésus et le don de l’Esprit Saint, le message s’en trouve encore renforcé : un changement plus radical encore est à opérer dans nos pratiques de l’aumône, de la prière et du jeûne, pour tenir compte de la situation de fin des temps et d’inauguration du Royaume, situation achevée dans l’événement unique du “passage” de Jésus de ce monde à son Père (Jean, 13, 1 - 4) :

37 Alors les justes lui répondront : “Seigneur, quand nous est-il arrivé de te voir affamé et de te nourrir, assoiffé et de te désaltérer,

38 étranger et de t’accueillir, nu et de te vêtir,

39 malade ou prisonnier et de venir te voir ?”

40 Et le Roi leur fera cette réponse : “En vérité je vous le dis, dans la mesure où vous l’avez fait à l’un de ces plus petits de mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait. ”

23 Ce jour-là, vous ne me poserez aucune question. En vérité, en vérité, je vous le dis, ce que vous demanderez au Père, il vous le donnera en mon nom.

24 Jusqu’à présent vous n’avez rien demandé en mon nom ; demandez et vous recevrez, pour que votre joie soit complète.

25 Tout cela, je vous l’ai dit en figures. L’heure vient où je ne vous parlerai plus en figures, mais je vous entretiendrai du Père en toute clarté.

26 Ce jour-là, vous demanderez en mon nom et je ne vous dis pas que j’interviendrai pour vous auprès du Père,

27 car le Père lui-même vous aime, parce que vous m’aimez et que vous croyez que je suis sorti d’auprès de Dieu.

14 Alors les disciples de Jean s’approchent de lui en disant : ” Pourquoi nous et les Pharisiens jeûnons-nous, et tes disciples ne jeûnent-ils pas ? ”

15 Et Jésus leur dit : ” Les compagnons de l’époux peuvent-ils mener le deuil tant que l’époux est avec eux ? Mais viendront des jours où l’époux leur sera enlevé ; et alors ils jeûneront.

16 Personne ne rajoute une pièce de drap non foulé à un vieux vêtement ; car le morceau rapporté tire sur le vêtement et la déchirure s’aggrave.

17 On ne met pas non plus du vin nouveau dans des outres vieilles ; autrement, les outres éclatent, le vin se répand et les outres sont perdues. Mais on met du vin nouveau dans des outres neuves, et l’un et l’autre se conservent. “

Prière

*Seigneur Jésus, toi seul es devenu notre Maître de vie, qui, par ton exemple d’une existence toujours orientée vers l’accomplissement de la Parole et des oeuvres du Père, ainsi que par ton enseignement sur le don qui nous est proposé du Règne de Dieu dans notre vie, nous donne la clé d’une “autre” qualité à atteindre dans nos relations aux autres, à Dieu, et à nous-mêmes : rends-moi docile à ta Parole et à ton témoignage, que je puis lire dans les comptes-rendus que nous en ont fournis tes premiers disciples, sous l’inspiration de ton Esprit Saint, apprends-moi à te découvrir toujours présent, en moi, et avec moi, dans tous les méandres de mon itinéraire en ce monde, et aide-moi à mieux t’imiter pour mieux te suivre en toutes circonstances. AMEN.

19.06.2002.*


La Bible commentée · Liturgie du jour