📘 Commentaire biblique de l’abbé Léon Hamain
Première lecture : 2 Rois 2, 1-14
DU 2ème LIVRE DES ROIS
Texte
1 Voici ce qui arriva lorsque Yahvé enleva Elie au ciel dans le tourbillon: Elie et Elisée partirent de Gilgal,
2 et Elie dit à Elisée: “Reste donc ici, car Yahvé ne m’envoie qu’à Béthel”; mais Elisée répondit: “Aussi vrai que Yahvé est vivant et que tu vis toi-même, je ne te quitterai pas!” et ils descendirent à Béthel.
3 Les frères prophètes, qui résident à Béthel, sortirent à la rencontre d’Elisée et lui dirent: “Sais-tu qu’aujourd’hui Yahvé va emporter ton maître par-dessus ta tête?” Il dit: “Moi aussi je sais; silence!“
4 Elie lui dit: “Elisée! Reste donc ici, car Yahvé ne m’envoie qu’à Jéricho”; mais il répondit: “Aussi vrai que Yahvé est vivant et que tu vis toi-même, je ne te quitterai pas!” et ils allèrent à Jéricho.
5 Les frères prophètes qui résident à Jéricho s’approchèrent d’Elisée et lui dirent: “Sais-tu qu’aujourd’hui Yahvé va emporter ton maître par-dessus ta tête?” Il dit: “Moi aussi je sais; silence!“
6 Elie lui dit: “Reste donc ici, car Yahvé ne m’envoie qu’au Jourdain”; mais il répondit: “Aussi vrai que Yahvé est vivant et que tu vis toi-même, je ne te quitterai pas!” et ils s’en allèrent tous deux.
7 50 frères prophètes vinrent et s’arrêtèrent à distance, au loin, pendant que tous deux se tenaient au bord du Jourdain.
8 Alors Elie prit son manteau, le roula et frappa les eaux, qui se divisèrent d’un côté et de l’autre, et tous deux traversèrent à pied sec.
9 Dès qu’ils eurent passé, Elie dit à Elisée: “Demande: Que puis-je faire pour toi avant d’être enlevé d’auprès de toi?” Et Elisée répondit: “Que me revienne une double part de ton esprit!“
10 Elie reprit: “Tu demandes une chose difficile: si tu me vois pendant que je serai enlevé d’auprès de toi, cela t’arrivera; sinon, cela n’arrivera pas.”
11 Or, comme ils marchaient en conversant, voici qu’un char de feu et des chevaux de feu se mirent entre eux deux, et Elie monta au ciel dans le tourbillon.
12 Elisée voyait et il criait: “Mon père! Mon père! Char d’Israël et son attelage!” puis il ne le vit plus et, saisissant ses vêtements, il les déchira en deux.
13 Il ramassa le manteau d’Elie, qui avait glissé, et revint se tenir sur la rive du Jourdain.
14 Il prit le manteau d’Elie et il frappa les eaux en disant: “Où est Yahvé, le Dieu d’Elie?” Il frappa les eaux, qui se divisèrent d’un côté et de l’autre, et Elisée traversa.
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Commentaire
1. Situation
Les 2 Livres des Rois nous relatent l’histoire des royaumes d’Israël et de Juda depuis Salomon jusqu’à l’exil à Babylone, c’est-à-dire depuis le milieu du 10ème siècle jusqu’au milieu du 6ème siècle. Intervalle qui correspond exactement à la période durant laquelle Israël et Juda ont été vraiment, l’un et l’autre, un Etat, au sens politique du terme, et non pas seulement le “Peuple de Dieu”, qui a existé comme tel bien avant l’avènement de David qui l’avait ainsi unifié, ainsi que bien après l’exil, qui a marqué la fin de son indépendance politique. Intervalle qui est également celui d’un déclin régulier, à travers une marche historique faite de lumières et d’ombres.
Dans ces Livres des Rois, chacun des rois nous est présenté selon un schéma identique : date et âge d’avènement, longueur du règne, nom de la reine-mère (pour les rois de Juda), appréciation de son attitude face au Dieu d’Israêl. Le récit concernant chacun d’eux se conclut également de la même façon : indication de la source de renseignements utilisée concernant ce roi, mention de sa mort et de sa sépulture, nom et prise de pouvoir de son successeur.
Le thème fondamental de ces livres des Rois est que le Temple de Yahvé-Dieu à Jérusalem est le seul endroit où l’on peut légitimement adorer Dieu. Israël, le royaume du Nord, suite à la division du royaume unfié, après la mort de Salomon, a donc construit des sanctuaires schismatiques, soumis aux influences païennes.
Tous les rois d’Israêl et de Juda ne sont finalement appréciés que selon le critère du 1er commandement donné à Moïse, et concernant le culte exclusif à rendre à Yahvé, le seul et unique Dieu.
Vu l’importance de la réforme religieuse du roi Josias en 622, selon les données du Livre du Deutéronome au chapitre 12 (2 Rois, 22), on estime que toute l’histoire des rois a été ainsi relue et composée après ce règne et cette réforme de Josias.
Que ces 2 Livres des Rois aient été écrits avant ou pendant l’exil Babylonien, il n’en reste pas moins que le, ou les, auteur(s) de ces livres est, ou sont, marqué(s) par le Deutéronome ou la pensée Deutéronomiste, telle qu’elle est résumée en Deutéronome, 6,4. Leur but est de montrer à quel point l’histoire d’Israël et de Juda est à interpréter selon la relation au Dieu de l’Alliance, et comment, perçue ainsi, on la découvre conduite par Yahvé-Dieu.
Ces 2 Livres des Rois sont à aborder comme une seule oeuvre nous transmettant en 3 parties : - l’histoire du règne de Salomon (1 Rois, 1 - 11), - l’histoire synchronique des 2 royaumes du Nord (Israël) et du Sud (Juda), jusqu’à la ruine du Royaume du Nord (1 Rois, 12, 1 - 2 Rois, 17, 41), - la fin de l’histoire du royaume de Juda jusqu’à l’exil Babylonien ( 2 Rois, 18, 1 - 25, 30).
Le “Cycle d’Elie” couvre les chapitres 17, 18 et 19, du 1er Livre des Rois, ainsi que quelques passages du tout début du 2nd Livre des Rois.
2. Message
Elie a conscience que le Seigneur va l’enlever de ce monde, et il ne tient pas, semble-t-il, à la présence d’Elisée à ses côtés comme témoin de son enlèvement.
Néanmoins Elisée insiste obstinément pour demeurer près de lui, et ne le lâche pas d’un pouce.
Finalement, en traversant le Jourdain à pieds secs suite à l’intervention miraculeuse d’Elie, qui a frappé le fleuve de son manteau, Elisée peut entrer en dialogue avec Elie quand ce denier l’interroge. Elisée, en répondan t à son maître Elie, ne lui demande rien de moins que d’hériter de la part du fils aîné dans la succession d’Elie. Ce dont il va avoir le signe au moment de la disparition d’Elie.
Le char de feu, symbole de la puissance de Dieu qui emporte Elie, ce dont Elisée nous est dit avoir la vision, devient le signe que la demande d’Elisée a été accueilllie par Dieu, la preuve en étant en quelque sorte fournie par le manteau d’Elie, lâché par ce dernier, qu’Elisée récupère, et dont il se sert pour retraverser le Jourdain, en invoquant le Dieu d’Elie.
Elisée est donc bien désormais le successeur patenté d’Elie, et il sera reconnu immédiatement comme tel par les confréries de frères prophètes avec lesquelles ils semblait et semble toujours être personnellement en relation.
3. Decouvertes
Cet enlèvement d’Elie, est l’un des événements les plus prodigieux que nous rapporte, et nous décrit de façon détaillée, la Bible. En effet, la disparition mystérieuse d’Hénocq y est à peine mentionnée (Genèse, 5, 24), et l’Ascension du Christ ressuscité ne remplit même pas deux versets des Actes des Apôtres (Actes,1, 9 - 10).
Mystérieux dans son apparition comme dans son ministère, Elie disparaît dans le mystère de Dieu, et se trouve emporté vers le ciel dans la tempête, accompagné d’un char de feu. La manière dont l’auteur nous raconte cet événement semble indiquer qu’il n’a pas voulu employer ici un langage symbolique (A comparer avec Ezéchiel, 1, 4). Lire également la fin de l’épisode en 2 Rois, 2, 15 -18 : ceux qui tiennent à faire des recherches pour retrouver le corps d’Elie ne parviennent à aucun résultat.
Les eaux du Jourdain se divisent à deux reprises, comme la mer des Roseaux l’avait fait au temps de Moise (Exode, 14, 21), et le même Jourdain avec Josué devant l’Arche de Dieu (Josué, 3, 15 -17).
La Loi attribuait une double part d’héritage au fils aîné (Deutéronome, 21, 17).
L’esprit d’Elie, que souhaite recevoir Elisée, est à la fois celui qui inspire Elie et l’enlève mystérieusement loin des hommes et donc de ce monde (1 Rois, 18, 12).L’esprit est également la dimension de l’homme la plus proche de la sphère de Dieu.
Elisée verra, selon Elie, et voit, de fait, l’enlèvement d’Elie parce que Dieu lui ouvre les yeux.
On retrouve des chars et des chevaux de feu autour d’Elisée en 2 Rois, 6, 17.
Le manteau d’Elie n’agit pas automatiquement, ni de façon magique : Elisée doit invoquer le Dieu d’Elie.
Le destin de l’homme après la mort est considéré dans l’Ancien Testament comme échappant totalement à toute découverte par l’homme. Yahvé y est cependant présenté comme le Dieu de la vie, et le départ d’Elie apparaît comme la première brèche dans le “mur de la mort”, brèche à partir de laquelle et de celles qui la suivront, se développera bien plus tard la foi en la résurrection.
Il semble qu le titre honorifique de “Char et chevaux d’Israël” décerné ici à Elie, avait d’abord été attaché à Elisée (2 Rois, 13, 14).
De ce texte de l’enlèvement d’Elie, la tradition d’Israël en a conclu qu’Elie n’avait pas connu la mort, et qu’il reviendrait donc à la fin des temps préparer le “Jour” définitif du Seigneur (Malachie, 3, 23). Voir ce qu’en dit Jésus à propos de Jean Baptiste (Matthieu, 17, 10 - 13; Luc, 1, 17; Jean, 1, 21. 25).
4. Prolongement
Nous qui avons reçu le message et sommes entrés dans le “mystère” de la mort et la réusrrection de Jésus par notre baptême, nous sommes, dans l’Esprit Saint, remplis de la gloire de Jésus, qui seul, en sa qualité de “Verbe fait chair” a réellement vu Dieu et nous le fait connaître (Jean, 1, 18). d’une façon qui va bien au-delà des expériences de Moïse et d’Elie.
Il nous appartient désormais de rayonner cette gloire du Christ ressuscité, qui, dans le don de son Esprit, nous fait reproduire son image et porter des fruits de charité (Galates, 5 et Romains, 8). Relire également ce beau texte dePaul en sa 2ème Lettre aux Corinthiens (3, 17 - 28 et 4, 5 - 6) :
3 17 Car le Seigneur, c’est l’Esprit, et où est l’Esprit du Seigneur, là est la liberté.
3 18 Et nous tous qui, le visage découvert, réfléchissons comme en un miroir la gloire du Seigneur, nous sommes transformés en cette même image, allant de gloire en gloire, comme de par le Seigneur, qui est Esprit.
4 1 Voilà pourquoi, miséricordieusement investis de ce ministère, nous ne faiblissons pas,
4 2 mais nous avons répudié les dissimulations de la honte, ne nous conduisant pas avec astuce et ne falsifiant pas la parole de Dieu. Au contraire, par la manifestation de la vérité, nous nous recommandons à toute conscience humaine devant Dieu.
4 3 Que si notre Evangile demeure voilé, c’est pour ceux qui se perdent qu’il est voilé,
4 4 pour les incrédules, dont le dieu de ce monde a aveuglé l’entendement afin qu’ils ne voient pas briller l’Evangile de la gloire du Christ, qui est l’image de Dieu.
4 5 Car ce n’est pas nous que nous prêchons, mais le Christ Jésus, Seigneur; nous ne sommes, nous, que vos serviteurs, à cause de Jésus.
4 6 En effet le Dieu qui a dit: “Que des ténèbres resplendisse la lumière”, est Celui qui a resplendi dans nos coeurs, pour faire briller la connaissance de la gloire de Dieu, qui est sur la face du Christ.
Prière
*Seigneur Jésus, tu nous appelles à partager ta gloire en participant à ta dignité de “fils” dans le royaume de Dieu ton Père, et tu nous invites à entrer dès maintenant dans ce mystère lorsque tu nous dis : “là où je suis, là sera mon serviteur”, ou encore : “je ne vous appelle plus mes serviteurs mais mes amis, parce que tout ce que j’ai appris de mon Père, je vous l’ai fait connaître” : donne-moi de mesurer l’ampleur d’un tel don et d’y conformer toute ma vie, en l’accueillant avec la foi d’un pauvre qui te fait toujours plus confiance. AMEN.
16.06.2004.*
Évangile : Matthieu 6, 1-18
DE L’EVANGILE DE MATTHIEU
Texte
1 ” Gardez-vous de pratiquer votre justice devant les hommes, pour vous faire remarquer d’eux ; sinon, vous n’aurez pas de récompense auprès de votre Père qui est dans les cieux.
2 Quand donc tu fais l’aumône, ne va pas le claironner devant toi ; ainsi font les hypocrites, dans les synagogues et les rues, afin d’être glorifiés par les hommes ; en vérité je vous le dis, ils tiennent déjà leur récompense.
3 Pour toi, quand tu fais l’aumône, que ta main gauche ignore ce que fait ta main droite,
4 afin que ton aumône soit secrète ; et ton Père, qui voit dans le secret, te le rendra.
5 ” Quand vous priez, ne soyez pas comme les hypocrites : ils aiment, pour faire leurs prières, à se camper dans les synagogues et les carrefours, afin qu’on les voie. En vérité je vous le dis, ils tiennent déjà leur récompense.
6 Pour toi, quand tu pries, retire-toi dans ta chambre, ferme sur toi la porte, et prie ton Père qui est là, dans le secret ; et ton Père, qui voit dans le secret, te le rendra.
7 ” Dans vos prières, ne rabâchez pas comme les païens : ils s’imaginent qu’en parlant beaucoup ils se feront mieux écouter.
8 N’allez pas faire comme eux ; car votre Père sait bien ce qu’il vous faut, avant que vous le lui demandiez.
…
16 ” Quand vous jeûnez, ne vous donnez pas un air sombre comme font les hypocrites : ils prennent une mine défaite, pour que les hommes voient bien qu’ils jeûnent. En vérité je vous le dis, ils tiennent déjà leur récompense.
17 Pour toi, quand tu jeûnes, parfume ta tête et lave ton visage,
18 pour que ton jeûne soit connu, non des hommes, mais de ton Père qui est là, dans le secret ; et ton Père, qui voit dans le secret, te le rendra.
Commentaire
1. Situation
Cet Evangile, qui porte le nom de Matthieu, trouve peut-être sa première source dans une collection de paroles de Jésus, écrites en Araméen et attribuées à l’apôtre Matthieu, par un Père de l’Eglise, Papias d’Alexandrie, vers 125.
Cet Evangile, qui reprend beaucoup de passages de l’Evangile de Marc (qui avait été écrit vers 65), mais en y ajoutant des éléments qu’il partage en grande partie avec Luc, a été très probablement rédigé entre les années 85 et 90.
A parcourir tout ce Livre, on peut se demander s’il a été composé pour des chrétiens d’origine Juive (Judéochrétiens), ou pour des chrétiens d’origine païenne, ou encore pour les deux. La position communément admise de nos jours est qu’il a été écrit pour une communauté Judéochrétienne qui s’est trouvée exclue du Judaïsme, suite à une décision par des rabbins Juifs non chrétiens de ne plus tolérer la double appartenance, à la fois Juive et chrétienne, de ces Judéochrétiens, qui avait été possible jusqu’à cette date. Rupture qui explique la dureté des propos mis dans la bouche de Jésus contre les Scribes et Pharisiens de son temps (Matth. chapitre 23).
Néanmoins, même s’il a été d’abord écrit pour confirmer une communauté Judéochrétienne dans sa découverte de la Bonne Nouvelle de Jésus, cet Evangile est ouvert également à la mission universelle auprès des païens, et il se termine par un envoi en mission par le Christ ressuscité, avec ces paroles : “allez, de toutes les nations, faites des disciples” (28, 18).
On peut diviser cet Evangile en 11 parties, qui se répondent en sens inverse (la 1ère correspondant à la dernière, la 2ème, à l’avant-dernière, etc…), concentrées autour de la 6ème partie, le “Discours en paraboles”, qui sert en quelque sorte de “pivot”. Nous obtenons ainsi le découpage suivant :
- Naissance de Jésus et commencement de sa mission (1 - 4)
- Bénédictions et Discours sur la montagne (5 - 7)
- Manifestations de l’autorité de Jésus et de ses appels (8 - 9)
- Discours sur la mission (10)
- Jésus rejeté par “cette génération” (11 - 12 )
- Discours en paraboles (13)
- Jésus reconnu par ses disciples (14 - 17)
- Discours sur la manière de vivre en communauté de croyants (18)
- De nouveau, Jésus manifeste son autorité et ses appels (19 - 22)
- Proclamation de situations malheureuses et Discours sur la venue définitive du Royaume (23 - 24)
- Passion, mort et résurrection (26 - 28)
Cette présentation fait ressortir que cet Evangile est bien rythmé par 5 grands discours de Jésus, dans lesquels l’auteur a concentré la majeure partie de son enseignement. Les 5 discours ont souvent fait penser aux 5 livres de Moïse de l’Ancien Testament. On dit volontiers que, pour Matthieu, Jésus est le “Nouveau Moïse”.
Avec notre page continue le 1er des 5 grands discours de Jésus, tels que Matthieu nous les a recomposés, 1er discours qu’on appelle habituellement le “Sermon sur la Montagne”. Mieux vaut cependant l’intituler “La Charte du Royaume de Dieu”, pour en mieux mesurer l’importance.
En effet, Jésus nous y livre les “secrets” du Règne de Dieu : d’abord, ce qu’il nous faut chercher et recevoir du véritable “bonheur” selon Dieu : les béatitudes (5, 3 - 12), ensuite, ce qu’une telle découverte fait de nous au coeur du monde et pour le monde : la saveur et la lumière (5, 13 - 16), enfin, où cela nous conduit comme style de vie : - de dépassement infini de toutes les exigences (5, 17 - 48), - de changement profond d’attitude dans la prière, l’aumône et le jeûne (6, 1 - 18), - de découverte du caractère “unique” de ce que Jésus nous propose, et du choix absolu pour marcher avec lui, qu’il attend de nous, les croyants (6, 19 - 7, 29).
2. Message
Après nous avoir indiqué comment l’exigence nouvelle du Royaume dépasse toutes les injonctions de la Loi en les accomplissant, et en les ouvrant aux dimensions infinies de l’amour et de la vérité, Jésus re-situe maintenant trois pratiques religieuses importantes du Judaïsme, l’aumône, la prière et le jeûne, pour les mettre en harmonie avec le but qu’il nous propose dans ce discours sur la Charte du Royaume de Dieu.
Comment celui ou celle qui cherche à vivre selon l’esprit des béatitudes, qui se sait envoyé comme “sel de la terre”, saveur et “luimière du monde” selon l’exigence d’une vie pour Dieu, qui dépasse et accomplit les exigences de la Loi et des commandements, est-il , ou est-elle, appelé(e) à vivre ces trois pratiques Juives fondamentales ?
Jésus nous pose d’abord un principe général : on n’exprime pas de telles attitudes religieuses selon la “justice” dans le but d’être vu, considéré ou remarqué par les autres. Nos bonnes oeuvres doivent être l’expression d’une bonne et juste intention, ce qui suppose nécessairement humilité et oubli de soi.
Il n’appartient donc pas à ceux qui nous regardent, ni davantage à nous-mêmes, d’apprécier la qualité de nos démarches de prière, d’aumône et de jeûne : cela revient à Dieu seul, qui voit dans le secret et sonde notre coeur. Ce qui veut dire que ces attitudes qui concernent notre relation aux autres (l’aumône), la relation directe à Dieu (la prière), et notre relation à nous-mêmes, quand nous essayons de nous situer en vérité (le jeûne), doivent toujours d’abord être en même temps l’expression d’une ouverture profonde à Dieu notre Père, dans un accueil de sa présence intime au centre de notre existence.
C’est ainsi qu’à cause de notre relation à Dieu, nous nous tournons vers nos frères dans un authentique partage (l’aumône) qui ne concerne pas seulement notre superflu (Luc, 21, 1 - 4), que nous engageons tout notre être dans une parole que nous adressons à Dieu dans une rencontre voulue face à face (la prière), que nous signifions, inscrivons dans notre existence et nos comportements que tout nous vient de Dieu et que nous attendons tout de lui (le jeûne).
Sinon, ces démarches demeurent insuffisantes, n’atteignent qu’une petite partie de leur sens, et ne nous valent qu’une reconnaissance extérieure, qui n’est qu’une récompense trompeuse et auto-satisfaisante, que Jésus réserve à ceux qu’il nomme “hypocrites”, parce que leurs démonstrations extérieures, qui attirent l’attention sur eux, ne traduisent pas en vérité ce qu’ils cherchent en leur coeur, comme Jésus le reprochera ouvertement aux Pharisiens, en les déclarant “malheureux” (Matthieu, 23, 5).
3. Decouvertes
Dans toute la partie précédente du discours, qui nous parlait des dépassements de la Loi, il était question de la manière dont Jésus situait son enseignement face à la Loi, en nous proposant de nouvelles manières d’agir. Maintenant, cet ensemble de versets (6, 1 - 18) concerne le “culte”, ou notre relation à Dieu, en nous indiquant comment, de quelle façon, nous devons agir, en soulignant l’importance de nos intentions et attitudes intérieures auxquelles doivent s’accorder nos comportements extérieurs visibles.
Le plan de cette section est parfaitement établi : après une déclaration générale de principe, Jésus aborde dans le détail, et selon un même schéma de déroulement, chacune des trois oeuvres de miséricorde ou de religion, l’aumône, la prière et le jeûne, d’abord en l’identifiant clairement, puis en dénonçant les mauvaises manières de la pratiquer, avant de nous spécifier l’attitude qu’il attend de nous concrètement.
Nous apprenons ainsi comment il faut pratiquer l’aumône, avec discrétion et sans calcul, prier sobrement, dans la confiance et l’humilité, sans prétendre faire pression sur Dieu en utilisant de longues séquences ou formules, jeûner sans montrer ni arborer un comportement d’ascète. De cette façon, nous serons sur la même longeur d’ondes que notre Père, qui appréciera l’authenticité de nos démarches, et nous le “revaudra”.
L’on admet généralement que les versets 9 - 15, nous présentant la prière de Jésus, ont été déplacés et insérés plus tard à cet endroit précis de l’Evangile, dont ils rompent l’équilibre de la construction.
4. Prolongement
Si nous relisons ce texte en fonction de l’accomplissemnt effectué définitivement par la mort-résurrection de Jésus et le don de l’Esprit Saint, le message s’en trouve encore renforcé : un changement plus radical encore est à opérer dans nos pratiques de l’aumône, de la prière et du jeûne, pour tenir compte de la situation de fin des temps et d’inauguration du Royaume, situation achevée dans l’événement unique du “passage” de Jésus de ce monde à son Père (Jean, 13, 1 - 4) :
37 Alors les justes lui répondront : “Seigneur, quand nous est-il arrivé de te voir affamé et de te nourrir, assoiffé et de te désaltérer,
38 étranger et de t’accueillir, nu et de te vêtir,
39 malade ou prisonnier et de venir te voir ?”
40 Et le Roi leur fera cette réponse : “En vérité je vous le dis, dans la mesure où vous l’avez fait à l’un de ces plus petits de mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait. ”
23 Ce jour-là, vous ne me poserez aucune question. En vérité, en vérité, je vous le dis, ce que vous demanderez au Père, il vous le donnera en mon nom.
24 Jusqu’à présent vous n’avez rien demandé en mon nom ; demandez et vous recevrez, pour que votre joie soit complète.
25 Tout cela, je vous l’ai dit en figures. L’heure vient où je ne vous parlerai plus en figures, mais je vous entretiendrai du Père en toute clarté.
26 Ce jour-là, vous demanderez en mon nom et je ne vous dis pas que j’interviendrai pour vous auprès du Père,
27 car le Père lui-même vous aime, parce que vous m’aimez et que vous croyez que je suis sorti d’auprès de Dieu.
14 Alors les disciples de Jean s’approchent de lui en disant : ” Pourquoi nous et les Pharisiens jeûnons-nous, et tes disciples ne jeûnent-ils pas ? ”
15 Et Jésus leur dit : ” Les compagnons de l’époux peuvent-ils mener le deuil tant que l’époux est avec eux ? Mais viendront des jours où l’époux leur sera enlevé ; et alors ils jeûneront.
16 Personne ne rajoute une pièce de drap non foulé à un vieux vêtement ; car le morceau rapporté tire sur le vêtement et la déchirure s’aggrave.
17 On ne met pas non plus du vin nouveau dans des outres vieilles ; autrement, les outres éclatent, le vin se répand et les outres sont perdues. Mais on met du vin nouveau dans des outres neuves, et l’un et l’autre se conservent. “
Prière
*Seigneur Jésus, toi seul es devenu notre Maître de vie, qui, par ton exemple d’une existence toujours orientée vers l’accomplissement de la Parole et des oeuvres du Père, ainsi que par ton enseignement sur le don qui nous est proposé du Règne de Dieu dans notre vie, nous donne la clé d’une “autre” qualité à atteindre dans nos relations aux autres, à Dieu, et à nous-mêmes : rends-moi docile à ta Parole et à ton témoignage, que je puis lire dans les comptes-rendus que nous en ont fournis tes premiers disciples, sous l’inspiration de ton Esprit Saint, apprends-moi à te découvrir toujours présent, en moi, et avec moi, dans tous les méandres de mon itinéraire en ce monde, et aide-moi à mieux t’imiter pour mieux te suivre en toutes circonstances. AMEN.
19.06.2002.*