📘 Commentaire biblique de l’abbé Léon Hamain


Première lecture : 2 Corinthiens 12, 1-10

DE LA 2ème LETTRE AUX CORINTHIENS

Texte

1 Il faut se glorifier ? cela ne vaut rien pourtant et bien ! j’en viendrai aux visions et révélations du Seigneur.
2 Je connais un homme dans le Christ qui, voici quatorze ans - était-ce en son corps ? je ne sais ; était-ce hors de son corps ? je ne sais ; Dieu le sait - … cet homme-là fut ravi jusqu’au troisième ciel.
3 Et cet homme-là - était-ce en son corps ? était-ce sans son corps ? je ne sais, Dieu le sait -, je sais
4 qu’il fut ravi jusqu’au paradis et qu’il entendit des paroles ineffables, qu’il n’est pas permis à un homme de redire.
5 Pour cet homme-là je me glorifierai ; mais pour moi, je ne me glorifierai que de mes faiblesses.
6 Oh ! si je voulais me glorifier, je ne serais pas insensé ; je dirais la vérité. Mais je m’abstiens, de peur qu’on ne se fasse de moi une idée supérieure à ce qu’on voit en moi ou à ce qu’on m’entend dire.
7 Et pour que l’excellence même de ces révélations ne m’enorgueillisse pas, il m’a été mis une écharde en la chair, un ange de Satan chargé de me souffleter - pour que je ne m’enorgueillisse pas !
8 A ce sujet, par trois fois, j’ai prié le Seigneur pour qu’il s’éloigne de moi.
9 Mais il m’a déclaré : ” Ma grâce te suffit : car la puissance se déploie dans la faiblesse. ” C’est donc de grand cœur que je me glorifierai surtout de mes faiblesses, afin que repose sur moi la puissance du Christ.
10 C’est pourquoi je me complais dans les faiblesses, dans les outrages, dans les détresses, dans les persécutions et les angoisses endurées pour le Christ ; car, lorsque je suis faible, c’est alors que je suis fort.

Commentaire

1. Situation

La 2ème Lettre de Paul aux Corinthiens comprend, à vrai dire, 2 lettres, la 1ère, appelée Lettre A, regroupant les chapitres 1 - 9, la 2nde, appelée Lettre B, les chapitres 10 - 13. Cette division est admise par la plupart des spécialistes, même si certains sont allés jusqu’à y découvrir un ensemble de 5 lettres de Paul.

Personne, en revanche, ne met en doute que cette lettre, en son état actuel, soit un texte authentique de Paul, sauf peut-être pour les versets 6, 14 - 7, 1, qu’un certain nombre considèrent comme postérieurs à Paul.

La Lettre A a dû être écrite au printemps de l’année 55, soit environ un année après la 1ère Lettre de Paul aux Corinthiens, tandis que la Lettre B aurait été écrite quelques mois seulement plus tard que la Lettre A, au cours de l’été 55.

Dans ces 2 Lettres, A et B, Paul se trouve sur la défensive face aux chrétiens de Corinthe.

Relisant cette Lettre dans son unité d’ensemble actuelle, nous y distinguons, entre l’adresse et la prière de bénédiction de l’introduction (1, 1 - 11) et les salutations et la bénédiction finale de la conclusion (13, 11 - 13), deux grandes parties qu’on pourrait intituler : - Paul le conciliateur (1, 12 - 9, 15), - Paul se met en situation d’attaquant pour mieux se défendre (10, 1 - 13, 10).

Dans la Lettre A, après une introduction (1, 1 - 11), Paul commence par expliquer pour quelles raisons il a dû annuler un voyage qu’il avait prévu à Corinthe (1, 12 - 2, 13), puis il définit les critères d’un apostolat authentique au service de la cause de Jésus ( 2, 14 - 6, 10). Il reparle ensuite de ses relations avec l’Eglise de Corinthe dans une 3ème partie (6, 11 - 7, 16) avant de conclure sur un appel à participer généreusement à la collecte qu’il a organisée pour les pauvres de l’Eglise de Jérusalem (8, 1 - 9, 15).

Dans la Lettre B (ou 2ème partie de notre actuelle 2ème Lettre aux Corinthiens), Paul se livre d’abord à une défense préliminaire (10, 1 - 18), avant de se lancer, selon une attitude qu’il qualifiera de “folie”, dans un discours plein d’emportement (11, 1 - 12, 13), et de conclure sa défense (12, 14 - 13, 10).


Notre passage se situe dans la “Lettre B”, ou dans la deuxième grande partie de cette 2ème Lettre aux Corinthiens. Paul, après avoir situé sa position de défense (10, 1 - 18), s’est lancé dans un discours impétueux, où il a d’abord rappelé l’enjeu de sa mission, puis comparé, face à celle de ses adversaires. son attitude envers l’Eglise de Corinthe, selon les situations les plus diverses et les plus difficiles qu’il a pu y rencontrer (11, 1 - 17).

Il “s’est envolé” maintenant, toujours en relation avec les prétentions de ses adversaires, dans le rappel de tout ce qu’a été son expérience de croyant Juif et d’apôtre saisi par Jésus Christ.

2. Message

Paul, dans ce qu’il appelle son “moment de folie”, continue de se situer sur le terrain de ses adversaires, dont il adopte le langage. Il se met donc à se vanter, pour mieux prouver l’inanité de leurs prétentions.

Et comme probablement ces derniers devaient s’enorgueillir d’expériences spirituelles, Paul n’hésite pas à faire état de ses propres temps ou moments forts d’ordre visionnaire ou extatique, qu’il prend pourtant grand soin de ne pas s’attribuer à lui-même, qu’il considère donc comme une gratuité venue de Dieu, allant jusqu’à parler de lui-même en ce domaine, comme s’il s’agissait d’un autre.

Il pourrait, certes, se déclarer avantagé, gratifié, de ces grâces extraordinaires reçues ainsi, réellement, mais gratuitement. Il s’en trouve néanmoins dissuadé, empêché, par une épreuve qui le fait souffrir de façon continue, et dont il souhaiterait fortement être libéré.

Abandonnant alors ce qu’il a appelé son “langage de folie”, Paul passe en revue, dans une attitude de foi, ces différents aspects de son existence de croyant et d’apôtre, dont il fait l’objet de sa prière devant le Seigneur, qui lui a répondu qu’il devait s’appuyer seulement sur la grâce qui lui venait de Dieu, dont les situations vécues de faiblesse ou d’impuissance révélaient, par contraste, la portée autant que la puissance.

Ce qui conduit Paul à adopter l’attitude paradoxale de “se réjouir de ses faiblesses”, et à réinterpréter autrement tout le catalogue d’épreuves qu’il avait énumérées auparavant dans son argumentation.

3. Decouvertes

Paul laisse entendre qu’il a connu de grandes expériences spirituelles et mystiques, dans lesquelles il s’est trouvé saisi et dépassé au-delà de lui même dans le mystère de sa “rencontre ” de Dieu.

Notons toutes les expressions qui traduisent le caractère indicible, demeurant caché et mystérieux, de ce que Paul a vécu, et qu’il n’a pas été capable de maîtriser : “était-ce dans son corps ou non ”?… “je ne sais, Dieu le sait”--- il a entendu des “paroles secrètes qu’il n’est permis à aucun homme de prononcer”.

Quant à la formule initiale “cela ne sert à rien”, elle relativise cette expérience personnelle de l’apôtre, qu’il ne tient pas à prendre en compte pour valoriser ou authentifier son apostolat : Paul ne proclame pas sa vie spirituelle, mais la Bonne Nouvelle de la grâce du salut offerte à toute l’humanité en Jésus Christ.

L’attitude de l’apôtre n’est autre finalement que celle de tout croyant : devenir pauvre de soi pour se remettre entièrement à la grâce de Dieu, qui triomphe d’autant plus qu’on se laisse davantage dépouiller de soi-même. C’est ainsi que la “puissance de Dieu donne toute sa mesure dans la faiblesse”, et que Paul peut déclarer avec force : lorsque je suis faible, c’est alors que je suis fort”.

4. Prolongement

Ce n’est pas la première fois que Paul situe la force de son ministère dans le cadre de sa faiblesse humaine :

17 Car le Christ ne m’a pas envoyé baptiser, mais annoncer l’Évangile, et cela sans la sagesse du langage, pour que ne soit pas réduite à néant la croix du Christ.

18 Le langage de la croix, en effet, est folie pour ceux qui se perdent, mais pour ceux qui se sauvent, pour nous, il est puissance de Dieu.

19 Car il est écrit : Je détruirai la sagesse des sages, et l’intelligence des intelligents je la rejetterai.

28 ce qui dans le monde est sans naissance et ce que l’on méprise, voilà ce que Dieu a choisi ; ce qui n’est pas, pour réduire à rien ce qui est,

29 afin qu’aucune chair n’aille se glorifier devant Dieu.

1 Pour moi, quand je suis venu chez vous, frères, je ne suis pas venu vous annoncer le mystère de Dieu avec le prestige de la parole ou de la sagesse.

2 Non, je n’ai rien voulu savoir parmi vous, sinon Jésus Christ, et Jésus Christ crucifié.

3 Moi-même, je me suis présenté à vous faible, craintif et tout tremblant,

4 et ma parole et mon message n’avaient rien des discours persuasifs de la sagesse ; c’était une démonstration d’Esprit et de puissance,

5 pour que votre foi reposât, non sur la sagesse des hommes, mais sur la puissance de Dieu.

5 Qu’est-ce donc qu’Apollos ? Et qu’est-ce que Paul ? Des serviteurs par qui vous avez embrassé la foi, et chacun d’eux selon ce que le Seigneur lui a donné.

6 Moi, j’ai planté, Apollos a arrosé ; mais c’est Dieu qui donnait la croissance.

7 Ainsi donc, ni celui qui plante n’est quelque chose, ni celui qui arrose, mais celui qui donne la croissance : Dieu.

Prière

*Seigneur Jésus, tu nous as révélé que c’est par pure grâce que nous sommes sauvés, que nous n’y sommes pour rien, car c’est un don gratuit de Dieu, et que, si tu nous appelles à témoigner de ton Evangile, et à le proclamer, c’est toujours pour qu’à travers notre pauvreté, notre obéissance et notre humilité profondes, apparaisse la puissance de la grâce de Dieu, dans l’Esprit Saint, que tu nous transmets sans cesse depuis “l’Heure”, une fois pour toutes accomplie, de ta mort et de ta résurrection : fais en sorte que tout ministère, toute fonction, tout service, que tu me fais exercer dans les communautés d’Eglise, dans lesquelles je vis, ou que je rencontre, ne soit rien d’autre, dans une authentique humilité et pauvreté de tout mon être, que le “lieu” de la manifestation de ta présence, de ta Parole et de ton salut, bien au-delà de ce que je puis en faire découvrir. AMEN.

21.06.2003.*

Évangile : Matthieu 6, 24-34

DE L’EVANGILE DE MATTHIEU

Texte

24 ” Nul ne peut servir deux maîtres : ou il haïra l’un et aimera l’autre, ou il s’attachera à l’un et méprisera l’autre. Vous ne pouvez servir Dieu et l’Argent.
25 ” Voilà pourquoi je vous dis : Ne vous inquiétez pas pour votre vie de ce que vous mangerez, ni pour votre corps de quoi vous le vêtirez. La vie n’est-elle pas plus que la nourriture, et le corps plus que le vêtement ?
26 Regardez les oiseaux du ciel : ils ne sèment ni ne moissonnent ni ne recueillent en des greniers, et votre Père céleste les nourrit ! Ne valez-vous pas plus qu’eux ?
27 Qui d’entre vous d’ailleurs peut, en s’en inquiétant, ajouter une seule coudée à la longueur de sa vie ?
28 Et du vêtement, pourquoi vous inquiéter ? Observez les lis des champs, comme ils poussent : ils ne peinent ni ne filent.
29 Or je vous dis que Salomon lui-même, dans toute sa gloire, n’a pas été vêtu comme l’un d’eux.
30 Que si Dieu habille de la sorte l’herbe des champs, qui est aujourd’hui et demain sera jetée au four, ne fera-t-il pas bien plus pour vous, gens de peu de foi !
31 Ne vous inquiétez donc pas en disant : Qu’allons-nous manger ? qu’allons-nous boire ? de quoi allons-nous nous vêtir ?
32 Ce sont là toutes choses dont les païens sont en quête. Or votre Père céleste sait que vous avez besoin de tout cela.
33 Cherchez d’abord son Royaume et sa justice, et tout cela vous sera donné par surcroît.
34 Ne vous inquiétez donc pas du lendemain : demain s’inquiétera de lui-même. A chaque jour suffit sa peine.

Commentaire

1. Situation

Cet Evangile, qui porte le nom de Matthieu, trouve peut-être sa première source dans une collection de paroles de Jésus, écrites en Araméen et attribuées à l’apôtre Matthieu, par un Père de l’Eglise, Papias d’Alexandrie, vers 125.

Cet Evangile, qui reprend beaucoup de passages de l’Evangile de Marc (qui avait été écrit vers 65), mais en y ajoutant des éléments qu’il partage en grande partie avec Luc, a été très probablement rédigé entre les années 85 et 90.

A parcourir tout ce Livre, on peut se demander s’il a été composé pour des chrétiens d’origine Juive (Judéochrétiens), ou pour des chrétiens d’origine païenne, ou encore pour les deux. La position communément admise de nos jours est qu’il a été écrit pour une communauté Judéochrétienne qui s’est trouvée exclue du Judaïsme, suite à une décision par des rabbins Juifs non chrétiens de ne plus tolérer la double appartenance, à la fois Juive et chrétienne, de ces Judéochrétiens, qui avait été possible jusqu’à cette date. Rupture qui explique la dureté des propos mis dans la bouche de Jésus contre les Scribes et Pharisiens de son temps (Matth. chapitre 23).

Néanmoins, même s’il a été d’abord écrit pour confirmer une communauté Judéochrétienne dans sa découverte de la Bonne Nouvelle de Jésus, cet Evangile est ouvert également à la mission universelle auprès des païens, et il se termine par un envoi en mission par le Christ ressuscité, avec ces paroles : “allez, de toutes les nations, faites des disciples” (28, 18).

On peut diviser cet Evangile en 11 parties, qui se répondent en sens inverse (la 1ère correspondant à la dernière, la 2ème, à l’avant-dernière, etc…), concentrées autour de la 6ème partie, le “Discours en paraboles”, qui sert en quelque sorte de “pivot”. Nous obtenons ainsi le découpage suivant :

  • Naissance de Jésus et commencement de sa mission (1 - 4)
  • Bénédictions et Discours sur la montagne (5 - 7)
  • Manifestations de l’autorité de Jésus et de ses appels (8 - 9)
  • Discours sur la mission (10)
  • Jésus rejeté par “cette génération” (11 - 12 )
  • Discours en paraboles (13)
  • Jésus reconnu par ses disciples (14 - 17)
  • Discours sur la manière de vivre en communauté de croyants (18)
  • De nouveau, Jésus manifeste son autorité et ses appels (19 - 22)
  • Proclamation de situations malheureuses et Discours sur la venue définitive du Royaume (23 - 24)
  • Passion, mort et résurrection (26 - 28)

Cette présentation fait ressortir que cet Evangile est bien rythmé par 5 grands discours de Jésus, dans lesquels l’auteur a concentré la majeure partie de son enseignement. Les 5 discours ont souvent fait penser aux 5 livres de Moïse de l’Ancien Testament. On dit volontiers que, pour Matthieu, Jésus est le “Nouveau Moïse”.


Avec notre page se continue le 1er des 5 grands discours de Jésus, tels que Matthieu nous les a recomposés, 1er discours qu’on appelle habituellement le “Sermon sur la Montagne”. Mieux vaut cependant l’intituler “La Charte du Royaume de Dieu”, pour en mieux mesurer l’importance.

En effet, Jésus nous y livre les “secrets” du Règne de Dieu : d’abord, ce qu’il nous faut chercher et recevoir du véritable “bonheur” selon Dieu : les béatitudes (5, 3 - 12), ensuite, ce qu’une telle découverte fait de nous au coeur du monde et pour le monde : la saveur et la lumière (5, 13 - 16), enfin, où cela nous conduit comme style de vie : - de dépassement infini de toutes les exigences (5, 17 - 48), - de changement profond d’attitude dans la prière, l’aumône et le jeûne (6, 1 - 18), - de découverte du caractère “unique” de ce que Jésus nous propose, et du choix absolu pour marcher avec lui, qu’il attend de nous, les croyants (6, 19 - 7, 29).

2. Message

Ce texte, avec lequel se poursuit la dernière section du discours sur la Charte du Royaume, ou Sermon sur la Montagne, fait partie d’un ensemble de 4 paragraphes (6, 19 - 34), qui traite de notre relation aux biens de ce monde : - qu’il ne faut pas thésauriser (6, 19 - 21), - avec lesquels il faut faire preuve de générosité (6, 22 - 23), - face auxquels nous sommes appelés à faire un choix capital, car on ne peut servir à la fois Dieu et l’argent (6, 24), - et, finalement, à propos desquels nous n’avons pas à nous faire de soucis (6, 25 - 34).

Après donc une série d’instructions diverses concernant le “Trésor dans le ciel”, “l’oeil comme lampe du corps”, notre passage traite de “Dieu et l’argent”, et de la façon d’aborder les “soucis de la vie” (6, 24 -34).

Jésus, ne l’oublions pas, se trouve en Galilée, province prospère, et s’adresse à des gens qui sont témoins d’une vie plutôt aisée. Son message suppose qu’il parle également à des personnes qui ont découvert ou doivent découvrir les limites de l’existence humaine, ainsi que les valeurs et les nécessités réelles et incontournables de leur vie.

La tentation demeure grande de donner trop d’importance à la richesse, au confort et à l’argent, et Jésus n’hésite pas à proclamer d’emblée que rien ne peut être mis sur le même plan que Dieu, qui demeure l’unique et ultime référence. L’enseignement de Jésus est très net : nul ne peut servir deux maîtres, et Dieu est le seul choix possible.

Tous les besoins vitaux de notre existence font ensuite l’objet de son commentaire : qu’il s’agisse de la nourriture, de la boisson, du vêtement, il refuse qu’ils deviennent plus ou moins pour nous des idoles ou des fétiches, dans notre regard sur le monde, les autres et nous-mêmes.

L’essentiel du message de Jésus se détache encore ici clairement : Ne vous inquiétez pas des choses de ce monde, demeurez libres à leur égard, ayez confiance en Dieu qui est votre Père et prend soin de vous. Cherchez d’abord le Royaume de Dieu et sa justice, le reste vous sera donné par surcroît. Vos priorités doivent êtes totalement différentes de celles que poursuivent les païens.

3. Decouvertes

La seconde partie de ce passage, suite au premier verset de notre page, se trouve toute entière encadrée entre les versets 25 et 34, qui se répondent et forment ce qu’on appelle une “inclusion”, autour du conseil important que donne Jésus, et qui résume et contient tout le ton de cette page : “Ne vous inquiétez pas”.

Jésus ne fait pas appel à notre insouciance, mais à la confiance, qui s’exprime dans la prière (Matthieu, 6, 11; 7, 7 - 11; Philippiens, 4, 6). Le Père nous libère de nos préoccupations (Matthieu, 16, 5 - 12; Marc, 13, 11 et 1 Pierre, 5, 7).

Jésus se situe ici au niveau de l’eschatologie (approche à partir de la perspective de la fin de temps, qui relativise toutes choses de notre histoire), ainsi que de notre expérience quotidienne, notre sagesse d’hommes au regard simple au milieu de la société, en quelque sorte. Le monde dans lequel nous vivons a ses limites et ses valeurs, mais la paternité de Dieu nous accompagne, et nous invite à nous tourner vers lui dans une “conversion” qui est rejet du péché et des folles rcherches humaines, dans la mesure où nous acceptons d’être “fils”, et du même coup, frères et soeurs dans le Seigneur.

La phrase “Cherchez d’abord le Royaume de Dieu et sa justice” est bien le “sommet” de tout cet ensemble comme de toute cette 4ème partie de ce Discours de Jésus sur la ” charte du Royaume”. Le but ultime de tout ce que nous accomplissons et entreprenons doit être la recherche de la valeur la plus haute, le Royaume de Dieu défini comme “justice” (voir les précisions de Romains, 14, 17 et Matthieu, 6, 10). Une telle “justice” est celle de Dieu, qu’il vit en lui-même, et qui nous est communiquée pour que nous la manifestions au monde.

4. Prolongement

Ce langage direct de Jésus nous atteint de plein fouet, sans que nous ayons aucunement à le transposer. La seule différence se trouve dans la liste des biens de ce monde dont nous risquons, à notre tour, de faire des idoles, et qui, dans nos pays occidentaux, sont les biens du confort, liés le plus souvent aux progrès de la science et aux nouvelles technologies : télévision, informatique, medias, voyages rapides, confort ménager, loisirs, etc.

L’attitude que Jésus prône, et qu’il pratique parfaitement face à Dieu dans son obéissance, nous est donnée dans son Esprit pour que nous puissions manifester la réalité de sa Parole et de son engagement aujourd’hui, à notre tour, aux yeux de nos contemporains et au cœur du monde, dans lequel nous essayons de vivre en vérité.

Prière

*Seigneur Jésus, tu nous rappelles, à bon escient, ce que Paul nous a répété de ta part, à savoir que “tout vient de Dieu, tout est pour lui, tout va à lui”, non seulement dans l’ordre du salut, que tu accomplis, mais également dès sa première intervention dans le monde comme Créateur du ciel et de la terre, ce que Paul nous lance également dans une de ses lettres : “qu’avez-vous que vous n’ayez reçu” ? : aide-moi à méditer et conserver ta Parole en mon coeur, de façon à ne jamais rien entreprendre ni rien chercher, hors du regard du Père dont je dépends totalement, et hors de ta présence, ainsi que de la vie nouvelle que tu m’offres, et sans laquelle je ne puis rien faire de valable dans la perspective de ton Royaume. AMEN.

21.06.2003.*


La Bible commentée · Liturgie du jour