📘 Commentaire biblique de l’abbé Léon Hamain


Première lecture : 2 Chroniques 24, 15-25

DU 2ème LIVRE DES CHRONIQUES

Texte

15 Puis Yehoyada vieillit et mourut rassasié de jours. Il avait cent trente ans à sa mort
16 et on l’ensevelit avec les rois dans la Cité de David, car il avait bien agi en Israël envers Dieu et son Temple.
17 Après la mort de Yehoyada, les officiers de Juda vinrent se prosterner devant le roi, et cette fois le roi les écouta.
18 Les Judéens abandonnèrent le Temple de Yahvé, Dieu de leurs pères, pour rendre un culte aux pieux sacrés et aux idoles. A cause de cette faute, la colère de Dieu s’abattit sur Juda et sur Jérusalem.
19 Des prophètes leur furent envoyés pour les ramener à Yahvé; mais ils témoignèrent contre eux sans qu’ils prêtent l’oreille.
20 L’Esprit de Dieu revêtit Zacharie, le fils du prêtre Yehoyada, qui se tint debout devant le peuple et lui dit : ” Ainsi parle Dieu. Pourquoi transgressez-vous les commandements de Yahvé sans aboutir à rien ? Parce que vous avez abandonné Yahvé, il vous abandonne. “
21 Ils se liguèrent alors contre lui et sur l’ordre du roi le lapidèrent sur le parvis du Temple de Yahvé.
22 Le roi Joas, oubliant la générosité que lui avait témoignée Yehoyada, père de Zacharie, tua Zacharie son fils, qui en mourant s’écria : ” Yahvé verra et demandera compte! “
23 Or, au retour de l’année, l’armée araméenne partit en guerre contre Joas. Elle atteignit Juda et Jérusalem, extermina parmi la population tous les officiers et envoya toutes leurs dépouilles au roi de Damas.
24 Certes, l’armée araméenne n’était venue qu’avec peu d’hommes, mais c’est une armée considérable que Yahvé livra entre ses mains pour l’avoir abandonné, lui, le Dieu de leurs pères. Les Araméens firent justice de Joas,
25 et quand ils le quittèrent, le laissant gravement malade, ses serviteurs se conjurèrent contre lui pour venger le fils du prêtre Yehoyada et le tuèrent sur son lit. Il mourut et on l’ensevelit dans la Cité de David, mais non pas dans les sépultures royales.

Commentaire

1. Situation

Les 2 Livres des Chroniques représentent une nouvelle relecture des événements de l’histoire d’Israël, en plus de celle déjà réalisée dans les Livres que la Bible Juive classe sous le titre de “Premiers Prophètes”, à savoir les Livres de Josué, des Juges, de Samuel et des Rois. Dans les 2 Livres des Chroniques, cette histoire du peuple est ainsi reprise depuis la Genèse jusqu’à l’Edit de Cyrus, qui mit fin à l’exil Babylonien du 6ème siècle.

En dépit de nombreuses similarités constatées, on ne pense plus aujourd’hui que ces 2 Livres des Chroniques viendraient du même auteur que les livres d’Esdras et Néhémie, composés, eux aussi, après le fin de l’Exil.

Pour contester, semble-t-il, les affirmations d’auteurs païens du tournant des 4ème-3ème siècles, qui prétendaient que les origines de la civilisation venaient d’Egypte et de Mésoptamie, l’auteur des Chroniques, qu’on appelle le Chroniste, déclare que Dieu agit avec l’humanité depuis la création, et il raconte ensuite les débuts de l’histoire d’Israël (1 Chroniques, 2 - 9). Puis il insiste longuement sur le Règne de David (1 Chroniques, 10 - 29), ainsi que sur l’histoire de la monarchie Davidique du royaume de Juda (2 Chroniques, 1 - 36), avant de conclure par une brève mention de l’exil Babylonien et l’annonce de l’Edit du roi Perse Cyrus, qui permet de retour des Israélites dans leur pays (2 Chroniques, 36, 21 - 23).

Le Chroniste met beaucoup l’accent sur l’action de Dieu durant les règnes de David et de ses descendants, ainsi que sur le Temple, sa liturgie et sa musique, à propos desquels il souligne l’influence personnelle de David. On pense que le Chroniste était un Lévite très cultivé, connaissant bien les Ecritures antérieures, et qui écrivait lui-même pour des Juifs cultivés.

Les Livres des Chroniques semblent avoir été composés vers la fin du 4ème siècle, pour contrebalancer la culture Héllénistique dominante. La manière dont y est racontée l’histoire d’Israël est très partielle, dans la mesure où l’auteur estime qu’une fois la dynastie de David bien en place, le Temple construit et le culte organisé, il ne se passe plus guère rien d’important, et il en va de même pour les époques antérieures à l’établissemnt de la royauté en Israël. Nous n’y trouvons,en effet, que de brèves allusions à l’Exode, à la conquête de la Terre Promise, et au temps des Juges. De même, une seule monarchie est légitime, celle de David et de sa dynastie. A noter également que ces Livres accordent une grande importance au thème de la rétribution individuelle des justes et des impies, particulièrement en ce qui concerne les rois de Juda.

2. Message

Suite à la mort d’Achab (1 Rois, 22, 29 - 40), puis à celle de son fils Jehoram et celle, quasi simultaniée, du roi de Juda, Ahaziah (2 Rois, 9, 14 - 28), suite également à la mort de Jézabel, l’épouse d’Achab (2 Rois, 9, 30 - 37), Athalie, fille d’Achab et de Jézabel, et mère du roi de Juda qui venait ainsi de mourir, prit le pouvoir en éliminant tous les descendants des rois de Juda (2 Rois, 11, 1).

Néanmoins le prêtre Joad a réussi à sauver l’un des fils du roi du massacre conduit par Athalie, et, après quelques années, lui a donné l’onction royale et l’a fait reconnaître comme roi dans le cadre d’un complot réussi contre Athalie, qui est, à son tour, assassinée. S’ensuit alors un renouvellement de l’Alliance entre Dieu et son peuple et une réforme religieuse, menée toujours par le prêtre Joad (2 Rois, 11, 17 - 20).

Notre page commence au moment où Joad vient de mourir, comblé de jours et d’honneur, puisqu’on l’enterre parmi les rois, ce qui indique à quel point il a été un prêtre de dimension royale, et est demeuré, en fait, le véritable chef d’Israël après l’avènement du roi Joas.

Ce dernier, désormais livré à lui-même, en vient, selon notre texte, à se comporter aussi mal que ses prédécesseurs, il se dissocie de la réforme religieuse entreprise par le prêtre Joad, et, sous l’influence des chefs du pays, s’en retourne aux pratiques cultuelles païennes.

Ce qui entraîne la colère de Dieu qui envoie des prophètes, et qui suscite le fils même du prêtre Joad, le prêtre Zacharie, pour qu’il invite le peuple à ne plus transgresser la parole du Seigneur.

Comme Zacharie est rejeté par le peuple, lapidé sur l’ordre du roi, et meurt en invoquant la justice de Dieu, nous assistons au châtiment qu’envoie alors le Seigneur. Un petite armée d’envahisseurs syriens l’emporte sur l’importante armée de Juda, les chefs du peuple sont massacrés, et si le roi Joas demeure en vie après cette incursion, ce n’est pas pour longtemps, car ses serviteurs se chargent de tuer ce roi qui s’était révélé complètement ingrat à l’égard de son protecteur le prêtre Joad, dont il avait répandu le sang de son fils, le prêtre Zacharie.

A travers ces événements, c’est bien toujours Dieu qui mène son peuple et fait justice lorsqu’on l’abandonne pour le culte des idoles.

3. Decouvertes

Comme souvent, le Chroniste réécrit ici, à sa façon, le récit qu’il a trouvé dans le 2ème Livre des Rois (2 Rois, 12, 1 - 18) pour le mettre en accord avec ses idées théologiques. Alors que le Livre des Rois maintenait que le roi Joas, au long de son règne, s’était en général plutôt bien comporté face à Dieu, en suivant les leçons du prêtre Joad, il en fait un prince renégat, et il ne nous dit pas davantatge que si le roi Joas a eu la vie sauve slors de l’invasion syrienne, c’est qu’il a accepté de payer au roi de Syrie Hazaël (qu’il ne nomme pas) une énorme somme prise sur les trésors du palais royal et du Temple du Seigneur.

Le lien entre la mal commis par le roi Joas, et son destin final, est clairement indiqué dans la façon dont notre page rapporte ces événements. Joas, qui s’est montré on ne peut plus ingrat et infidèle à l’égard du prêtre Joad, qui lui avait sauvé la vie, obtient une juste rétribution de ses actes.

Le fait qu’il soit bien précisé qu’une petite armée syrienne l’ait emporté à ce point sur la puissante armée de Juda manifeste que Dieu était bien du côté des envahisseurs, et menait le combat avec eux contre son peuple rebelle.

Si le roi Joas est enterré dans la cité de David, c’est en raison de sa bonne conduite du vivant du prêtre Joad, mais s’il ne partage pas la sépulture des rois, c’est bien à cause de ses péchés.

Dieu, qui fait justice, a cependant tenté de ramener à lui ce peuple infidèle : telle est la signification de l’envoi du prêtre Zacharie (qu’on ne trouve nulle part ailleurs mentionné dans la Bible), de sa prédication et de sa mort, bien que cette intitiative de Dieu n’ait pas abouti.

4. Prolongement

Jésus, par sa prédication et ses gestes de miséricorde, n’est pas arrivé non plus à convertir de nombreux Israélites de son temps à la nouveauté et à l’accomplissement du plan de Dieu qu’il annonçait et réalisait en sa mission.

C’est seulement après son passage au Père en sa mort (vécue dans une attitude toute de non violence et d’obéissance) sa résurrection et le don de l’Esprit Saint, que, par la grâce gratuite de Dieu, non seulement nous n’encourons plus sa colère, mais nous pouvons être sauvés, en recevant la dignité de “fils”, et adopter une démarche filiale, dans une remise confiante de notre existence à Dieu dans la foi, par laquelle nous recevons, et acceptons que l’emporte en nous, l’obéissance même qu’ a vécue Jésus tout au long de son parcours terrestre.

Quelques textes pour continuer notre méditation :

29 ” Malheur à vous, scribes et Pharisiens hypocrites, qui bâtissez les sépulcres des prophètes et décorez les tombeaux des justes,

30 tout en disant : “Si nous avions vécu du temps de nos pères, nous ne nous serions pas joints à eux pour verser le sang des prophètes. ”

31 Ainsi, vous en témoignez contre vous-mêmes, vous êtes les fils de ceux qui ont assassiné les prophètes !

32 Eh bien ! vous, comblez la mesure de vos pères !

33 ” Serpents, engeance de vipères ! comment pourrez-vous échapper à la condamnation de la géhenne ?

34 C’est pourquoi, voici que j’envoie vers vous des prophètes, des sages et des scribes : vous en tuerez et mettrez en croix, vous en flagellerez dans vos synagogues et pourchasserez de ville en ville,

35 pour que retombe sur vous tout le sang innocent répandu sur la terre, depuis le sang de l’innocent Abel jusqu’au sang de Zacharie, fils de Barachie, que vous avez assassiné entre le sanctuaire et l’autel !

36 En vérité, je vous le dis, tout cela va retomber sur cette génération !

4 Mais Dieu, qui est riche en miséricorde, à cause du grand amour dont Il nous a aimés,

5 alors que nous étions morts par suite de nos fautes, nous a fait revivre avec le Christ - c’est par grâce que vous êtes sauvés ! -

6 avec lui Il nous a ressuscités et fait asseoir aux cieux, dans le Christ Jésus.

7 Il a voulu par là démontrer dans les siècles à venir l’extraordinaire richesse de sa grâce, par sa bonté pour nous dans le Christ Jésus.

8 Car c’est bien par la grâce que vous êtes sauvés, moyennant la foi. Ce salut ne vient pas de vous, il est un don de Dieu ;

9 il ne vient pas des œuvres, car nul ne doit pouvoir se glorifier.

10 Nous sommes en effet son ouvrage, créés dans le Christ Jésus en vue des bonnes œuvres que Dieu a préparées d’avance pour que nous les pratiquions.

Prière

*Seigneur Jésus, en dépit de notre expérience que, sans toi, nous ne pouvons rien faire pour notre salut, et que nous avons un besoin vital de ta grâce gratuité, accordée dans la présence de ton Esprit, pour vivre en disciples, en essayant de t’imiter et de témoigner de toi, il nous arrive souvent de nous laisser conduire à reprendre en main notre existence, en recommençant une recherche de nous-mêmes : augmente ma foi en la puissance de ta grâce et de ton pardon, rends- moi vraiment docile à ta parole en toutes circonstances, et donne-moi d’y trouver la conviction renouvelée que tu es toujours avec moi, prêt à me prendre par la main, si j’accepte de m’en remettre à toi avec un cœur de pauvre. AMEN.

22.06.2002.*

Évangile : Matthieu 6, 24-34

DE L’EVANGILE DE MATTHIEU

Texte

24 ” Nul ne peut servir deux maîtres : ou il haïra l’un et aimera l’autre, ou il s’attachera à l’un et méprisera l’autre. Vous ne pouvez servir Dieu et l’Argent.
25 ” Voilà pourquoi je vous dis : Ne vous inquiétez pas pour votre vie de ce que vous mangerez, ni pour votre corps de quoi vous le vêtirez. La vie n’est-elle pas plus que la nourriture, et le corps plus que le vêtement ?
26 Regardez les oiseaux du ciel : ils ne sèment ni ne moissonnent ni ne recueillent en des greniers, et votre Père céleste les nourrit ! Ne valez-vous pas plus qu’eux ?
27 Qui d’entre vous d’ailleurs peut, en s’en inquiétant, ajouter une seule coudée à la longueur de sa vie ?
28 Et du vêtement, pourquoi vous inquiéter ? Observez les lis des champs, comme ils poussent : ils ne peinent ni ne filent.
29 Or je vous dis que Salomon lui-même, dans toute sa gloire, n’a pas été vêtu comme l’un d’eux.
30 Que si Dieu habille de la sorte l’herbe des champs, qui est aujourd’hui et demain sera jetée au four, ne fera-t-il pas bien plus pour vous, gens de peu de foi !
31 Ne vous inquiétez donc pas en disant : Qu’allons-nous manger ? qu’allons-nous boire ? de quoi allons-nous nous vêtir ?
32 Ce sont là toutes choses dont les païens sont en quête. Or votre Père céleste sait que vous avez besoin de tout cela.
33 Cherchez d’abord son Royaume et sa justice, et tout cela vous sera donné par surcroît.
34 Ne vous inquiétez donc pas du lendemain : demain s’inquiétera de lui-même. A chaque jour suffit sa peine.

Commentaire

1. Situation

Cet Evangile, qui porte le nom de Matthieu, trouve peut-être sa première source dans une collection de paroles de Jésus, écrites en Araméen et attribuées à l’apôtre Matthieu, par un Père de l’Eglise, Papias d’Alexandrie, vers 125.

Cet Evangile, qui reprend beaucoup de passages de l’Evangile de Marc (qui avait été écrit vers 65), mais en y ajoutant des éléments qu’il partage en grande partie avec Luc, a été très probablement rédigé entre les années 85 et 90.

A parcourir tout ce Livre, on peut se demander s’il a été composé pour des chrétiens d’origine Juive (Judéochrétiens), ou pour des chrétiens d’origine païenne, ou encore pour les deux. La position communément admise de nos jours est qu’il a été écrit pour une communauté Judéochrétienne qui s’est trouvée exclue du Judaïsme, suite à une décision par des rabbins Juifs non chrétiens de ne plus tolérer la double appartenance, à la fois Juive et chrétienne, de ces Judéochrétiens, qui avait été possible jusqu’à cette date. Rupture qui explique la dureté des propos mis dans la bouche de Jésus contre les Scribes et Pharisiens de son temps (Matth. chapitre 23).

Néanmoins, même s’il a été d’abord écrit pour confirmer une communauté Judéochrétienne dans sa découverte de la Bonne Nouvelle de Jésus, cet Evangile est ouvert également à la mission universelle auprès des païens, et il se termine par un envoi en mission par le Christ ressuscité, avec ces paroles : “allez, de toutes les nations, faites des disciples” (28, 18).

On peut diviser cet Evangile en 11 parties, qui se répondent en sens inverse (la 1ère correspondant à la dernière, la 2ème, à l’avant-dernière, etc…), concentrées autour de la 6ème partie, le “Discours en paraboles”, qui sert en quelque sorte de “pivot”. Nous obtenons ainsi le découpage suivant :

  • Naissance de Jésus et commencement de sa mission (1 - 4)
  • Bénédictions et Discours sur la montagne (5 - 7)
  • Manifestations de l’autorité de Jésus et de ses appels (8 - 9)
  • Discours sur la mission (10)
  • Jésus rejeté par “cette génération” (11 - 12 )
  • Discours en paraboles (13)
  • Jésus reconnu par ses disciples (14 - 17)
  • Discours sur la manière de vivre en communauté de croyants (18)
  • De nouveau, Jésus manifeste son autorité et ses appels (19 - 22)
  • Proclamation de situations malheureuses et Discours sur la venue définitive du Royaume (23 - 24)
  • Passion, mort et résurrection (26 - 28)

Cette présentation fait ressortir que cet Evangile est bien rythmé par 5 grands discours de Jésus, dans lesquels l’auteur a concentré la majeure partie de son enseignement. Les 5 discours ont souvent fait penser aux 5 livres de Moïse de l’Ancien Testament. On dit volontiers que, pour Matthieu, Jésus est le “Nouveau Moïse”.


Avec notre page se continue le 1er des 5 grands discours de Jésus, tels que Matthieu nous les a recomposés, 1er discours qu’on appelle habituellement le “Sermon sur la Montagne”. Mieux vaut cependant l’intituler “La Charte du Royaume de Dieu”, pour en mieux mesurer l’importance.

En effet, Jésus nous y livre les “secrets” du Règne de Dieu : d’abord, ce qu’il nous faut chercher et recevoir du véritable “bonheur” selon Dieu : les béatitudes (5, 3 - 12), ensuite, ce qu’une telle découverte fait de nous au coeur du monde et pour le monde : la saveur et la lumière (5, 13 - 16), enfin, où cela nous conduit comme style de vie : - de dépassement infini de toutes les exigences (5, 17 - 48), - de changement profond d’attitude dans la prière, l’aumône et le jeûne (6, 1 - 18), - de découverte du caractère “unique” de ce que Jésus nous propose, et du choix absolu pour marcher avec lui, qu’il attend de nous, les croyants (6, 19 - 7, 29).

2. Message

Ce texte, avec lequel se poursuit la dernière section du discours sur la Charte du Royaume, ou Sermon sur la Montagne, fait partie d’un ensemble de 4 paragraphes (6, 19 - 34), qui traite de notre relation aux biens de ce monde : - qu’il ne faut pas thésauriser (6, 19 - 21), - avec lesquels il faut faire preuve de générosité (6, 22 - 23), - face auxquels nous sommes appelés à faire un choix capital, car on ne peut servir à la fois Dieu et l’argent (6, 24), - et, finalement, à propos desquels nous n’avons pas à nous faire de soucis (6, 25 - 34).

Après donc une série d’instructions diverses concernant le “Trésor dans le ciel”, “l’oeil comme lampe du corps”, notre passage traite de “Dieu et l’argent”, et de la façon d’aborder les “soucis de la vie” (6, 24 -34).

Jésus, ne l’oublions pas, se trouve en Galilée, province prospère, et s’adresse à des gens qui sont témoins d’une vie plutôt aisée. Son message suppose qu’il parle également à des personnes qui ont découvert ou doivent découvrir les limites de l’existence humaine, ainsi que les valeurs et les nécessités réelles et incontournables de leur vie.

La tentation demeure grande de donner trop d’importance à la richesse, au confort et à l’argent, et Jésus n’hésite pas à proclamer d’emblée que rien ne peut être mis sur le même plan que Dieu, qui demeure l’unique et ultime référence. L’enseignement de Jésus est très net : nul ne peut servir deux maîtres, et Dieu est le seul choix possible.

Tous les besoins vitaux de notre existence font ensuite l’objet de son commentaire : qu’il s’agisse de la nourriture, de la boisson, du vêtement, il refuse qu’ils deviennent plus ou moins pour nous des idoles ou des fétiches, dans notre regard sur le monde, les autres et nous-mêmes.

L’essentiel du message de Jésus se détache encore ici clairement : Ne vous inquiétez pas des choses de ce monde, demeurez libres à leur égard, ayez confiance en Dieu qui est votre Père et prend soin de vous. Cherchez d’abord le Royaume de Dieu et sa justice, le reste vous sera donné par surcroît. Vos priorités doivent êtes totalement différentes de celles que poursuivent les païens.

3. Decouvertes

La seconde partie de ce passage, suite au premier verset de notre page, se trouve toute entière encadrée entre les versets 25 et 34, qui se répondent et forment ce qu’on appelle une “inclusion”, autour du conseil important que donne Jésus, et qui résume et contient tout le ton de cette page : “Ne vous inquiétez pas”.

Jésus ne fait pas appel à notre insouciance, mais à la confiance, qui s’exprime dans la prière (Matthieu, 6, 11; 7, 7 - 11; Philippiens, 4, 6). Le Père nous libère de nos préoccupations (Matthieu, 16, 5 - 12; Marc, 13, 11 et 1 Pierre, 5, 7).

Jésus se situe ici au niveau de l’eschatologie (approche à partir de la perspective de la fin de temps, qui relativise toutes choses de notre histoire), ainsi que de notre expérience quotidienne, notre sagesse d’hommes au regard simple au milieu de la société, en quelque sorte. Le monde dans lequel nous vivons a ses limites et ses valeurs, mais la paternité de Dieu nous accompagne, et nous invite à nous tourner vers lui dans une “conversion” qui est rejet du péché et des folles rcherches humaines, dans la mesure où nous acceptons d’être “fils”, et du même coup, frères et soeurs dans le Seigneur.

La phrase “Cherchez d’abord le Royaume de Dieu et sa justice” est bien le “sommet” de tout cet ensemble comme de toute cette 4ème partie de ce Discours de Jésus sur la ” charte du Royaume”. Le but ultime de tout ce que nous accomplissons et entreprenons doit être la recherche de la valeur la plus haute, le Royaume de Dieu défini comme “justice” (voir les précisions de Romains, 14, 17 et Matthieu, 6, 10). Une telle “justice” est celle de Dieu, qu’il vit en lui-même, et qui nous est communiquée pour que nous la manifestions au monde.

4. Prolongement

Ce langage direct de Jésus nous atteint de plein fouet, sans que nous ayons aucunement à le transposer. La seule différence se trouve dans la liste des biens de ce monde dont nous risquons, à notre tour, de faire des idoles, et qui, dans nos pays occidentaux, sont les biens du confort, liés le plus souvent aux progrès de la science et aux nouvelles technologies : télévision, informatique, medias, voyages rapides, confort ménager, loisirs, etc.

L’attitude que Jésus prône, et qu’il pratique parfaitement face à Dieu dans son obéissance, nous est donnée dans son Esprit pour que nous puissions manifester la réalité de sa Parole et de son engagement aujourd’hui, à notre tour, aux yeux de nos contemporains et au cœur du monde, dans lequel nous essayons de vivre en vérité.

Prière

*Seigneur Jésus, tu nous rappelles, à bon escient, ce que Paul nous a répété de ta part, à savoir que “tout vient de Dieu, tout est pour lui, tout va à lui”, non seulement dans l’ordre du salut, que tu accomplis, mais également dès sa première intervention dans le monde comme Créateur du ciel et de la terre, ce que Paul nous lance également dans une de ses lettres : “qu’avez-vous que vous n’ayez reçu” ? : aide-moi à méditer et conserver ta Parole en mon coeur, de façon à ne jamais rien entreprendre ni rien chercher, hors du regard du Père dont je dépends totalement, et hors de ta présence, ainsi que de la vie nouvelle que tu m’offres, et sans laquelle je ne puis rien faire de valable dans la perspective de ton Royaume. AMEN.

21.06.2003.*


La Bible commentée · Liturgie du jour