📘 Commentaire biblique de l’abbé Léon Hamain
Première lecture : 2 Rois 24, 8-17
DU 2ème LIVRE DES ROIS
Texte
8 Joiakîn avait dix-huit ans à son avènement et il régna trois mois à Jérusalem; sa mère s’appelait Nehushta, fille d’Elnatân, et était de Jérusalem.
9 Il fit ce qui déplaît à Yahvé, tout comme avait fait son père.
10 En ce temps-là, les officiers de Nabuchodonosor, roi de Babylone, marchèrent contre Jérusalem et la ville fut investie.
11 Nabuchodonosor, roi de Babylone, vint lui-même attaquer la ville, pendant que ses officiers l’assiégeaient.
12 Alors Joiakîn, roi de Juda, se rendit au roi de Babylone, lui, sa mère, ses officiers, ses dignitaires et ses eunuques, et le roi de Babylone les fit prisonniers; c’était en la huitième année de son règne.
13 Celui-ci emporta tous les trésors du Temple de Yahvé et les trésors du palais royal et il brisa tous les objets d’or que Salomon, roi d’Israël, avait fabriqués pour le sanctuaire de Yahvé, comme l’avait annoncé Yahvé.
14 Il emmena en exil tout Jérusalem, tous les dignitaires et tous les notables, soit 10.000 exilés, et tous les forgerons et serruriers; seule fut laissée la plus pauvre population du pays.
15 Il déporta Joiakîn à Babylone; de même la mère du roi, les femmes du roi, ses eunuques, les nobles du pays, il les fit partir en exil de Jérusalem à Babylone.
16 Tous les gens de condition, au nombre de 7.000, les forgerons et les serruriers, au nombre de mille, tous les hommes en état de porter les armes, furent conduits en exil à Babylone par le roi de Babylone.
17 Le roi de Babylone établit roi à la place de Joiakîn son oncle Mattanya, dont il changea le nom en celui de Sédécias.
Commentaire
1. Situation
Les 2 Livres des Rois nous relatent l’histoire des royaumes d’Israël et de Juda depuis Salomon jusqu’à l’exil à Babylone, c’est-à-dire depuis le milieu du 10ème siècle jusqu’au milieu du 6ème siècle. Intervalle qui correspond exactement à la période durant laquelle Israël et Juda ont été vraiment, l’un et l’autre, un Etat, au sens politique du terme, et non pas seulement le “Peuple de Dieu”, qui a existé comme tel bien avant l’avènement de David qui l’avait ainsi unifié, ainsi que bien après l’exil, qui a marqué la fin de son indépendance politique. Intervalle qui est également celui d’un déclin régulier, à travers une marche historique faite de lumières et d’ombres.
Dans ces Livres des Rois, chacun des rois nous est présenté selon un schéma identique : date et âge d’avènement, longueur du règne, nom de la reine-mère (pour les rois de Juda), appréciation de son attitude face au Dieu d’Israêl. Le récit concernant chacun d’eux se conclut également de la même façon : indication de la source de renseignements utilisée concernant ce roi, mention de sa mort et de sa sépulture, nom et prise de pouvoir de son successeur.
Le thème fondamental de ces livres des Rois est que le Temple de Yahvé-Dieu à Jérusalem est le seul endroit où l’on peut légitimement adorer Dieu. Israël, le royaume du Nord, suite à la division du royaume unfié, après la mort de Salomon, a donc construit des sanctuaires schismatiques, soumis aux influences païennes.
Tous les rois d’Israêl et de Juda ne sont finalement appréciés que selon le critère du 1er commandement donné à Moïse, et concernant le culte exclusif à rendre à Yahvé, le seul et unique Dieu.
Vu l’importance de la réforme religieuse du roi Josias en 622, selon les données du Livre du Deutéronome au chapitre 12 (2 Rois, 22), on estime que toute l’histoire des rois a été ainsi relue et composée après ce règne et cette réforme de Josias.
Que ces 2 Livres des Rois aient été écrits avant ou pendant l’exil Babylonien, il n’en reste pas moins que le, ou les, auteur(s) de ces livres est, ou sont, marqué(s) par le Deutéronome ou la pensée Deutéronomiste, telle qu’elle est résumée en Deutéronome, 6,4. Leur but est de montrer à quel point l’histoire d’Israël et de Juda est à interpréter selon la relation au Dieu de l’Alliance, et comment, perçue ainsi, on la découvre conduite par Yahvé-Dieu.
Ces 2 Livres des Rois sont à aborder comme une seule oeuvre nous transmettant en 3 parties : - l’histoire du règne de Salomon (1 Rois, 1 - 11), - l’histoire synchronique des 2 royaumes du Nord (Israël) et du Sud (Juda), jusqu’à la ruine du Royaume du Nord (1 Rois, 12, 1 - 2 Rois, 17, 41), - la fin de l’histoire du royaume de Juda jusqu’à l’exil Babylonien ( 2 Rois, 18, 1 - 25, 30).
2. Message
Avec cette page nous approchons de la fin de l’existence du royaume de Juda, au terme d’une longue décadence qui avait commencé près d’un siècle et demi plus tôt, depuis la chute du royaume du Nord en 721, c’est-à-dire à l’époque d’Ezéchias, qui, tout en étant lui-même parfaitement fidèle à Yahvé, s’était déjà politiquement trouvé dans l’obligation de payer un tribut au roi d’Assyrie.
Après les 55 années du règne de son fils Manassé, considéré par les auteurs des Livres des Rois comme le plus mauvais roi qui ait jamais régné à Jérusalem. et suite au rapide assassinat de son fils Amon, un dernier sursaut de fidélité à Yahvé-Dieu s’est manifesté sous le règne de Josias. Ce dernier,en effet, dès qu’il eut été informé de la découverte d’un rouleau dans le Temple, dont la plupart des spécialistes pensent qu’il d’agit du Livre du Deutéronome, introduisit une importante réforme religieuse, fondée sur un renouvellement de l’Alliance avec Dieu, au cours d’une grande assemblée de tout le peuple de Dieu de son royaume de Juda (2 Rois, 22, 1 - 23, 4).
Josias eut le malheur toutefois de s’affronter au Pharaon d’Egypte, et il mourut au combat, dans les toutes dernières années du 7ème siècle. De ce fait, le roi d’Egypte contrôla encore quelques années les fils et succcesseurs de Josias sur le trône de Juda. Mais lorsque le Chaldéen Nabuchodonosor eut vaincu le Pharaon d’Egypte et se fut imposé comme la nouvelle grande puissance régionale dominante, le roi de Juda commença par se soumettre à lui, avant de se révolter contre lui. Révolte dont notre passage nous montre les conséquences qu’après sa mort en eut à subir son fils, le roi Joiakin (appelé aussi Jékonias).
C’est ainsi que notre page nous donne le récit de la 1ère déportation en exil à Babylone, en 598, du roi, de sa maisonnée, des forces vives de Juda, ainsi que de la mise en place par le roi de Babylone d’un nouveau roi à Jérusalem. Comme Joiakin-Jékonias s’était rendu volontairement au roi de Babylone, il n’y eut pas alors de destruction de Jérusalem.
3. Decouvertes
Notre page précise, au verset 13, que ces événements avaient été annoncés par Dieu.
En 24, 3 - 4, en effet, l’arrivée de l’armée des Babyloniens contre Jérusalem nous est dite avoir été effectuée uniquement sur l’ordre de Yahvé, pour que Juda fût écarté loin de sa face, à cause des péchés de Manassé, le fils impie du bon roi Ezéchias. Le rejet du peuple par Dieu est, pour le moment, total, car “Yahvé ne voulut point pardonner”.
Telle est la relecture religieuse que le Livre des Rois fait de cette première chute de la Ville Sainte et de la première déportation. En dépit de tous les avatars politiques et des changements dans les grands empires étrangers, en cette époque de transition, où les “petits” rois de Juda , devenus vassaux, des Assyriens, puis des Egyptiens, et, enfin des Babyloniens, ne savent plus très bien à qui au juste se rallier, le Livre des Rois, comme le fait, de son côté, le prophète Jérémie, contemporain de ces grands événements, continue de demander que les souverains de Juda demeurent d’abord fidèles à Yahvé-Dieu, quelle que soit la conjoncture politique dans laquelle ils se trouvent.
A noter qu’avec cette première déportation le peuple n’est pas totalement anéanti, ni l’avenir bouché. Cependant, tout cela va dépendre, désormais, de la fidélité que Sédécias, promu roi par Nabuchodonor, va manifester à l’égard de ce dernier. Comme il finira par se révolter à son tour, ce sera, 9 ans plus tard, un long siège de Jérusalem, qui durera 2 ans, avant la prise, la destruction de la ville et de son Temple, et un second départ de déportés en exil à Babylone (2 Rois, 25, 1 - 21).
4. Prolongement
Si Dieu châtie fortement, et, définitivement tout au moins dans le domaine de son autonomie temporelle, le peuple infidèle, le projet de Dieu continue. Le ministère de 2 grands prophètes en exil, Ezéchiel et le 2ème Isaïe, va nous assurer que Yahvé-Dieu demeure auprès de son peuple, car il reste, lui, fidèle à son projet de salut, à l’Alliance qu’il a conclue avec Abraham et sa descendance, et à la sainteté de son Nom, qu’il a ainsi engagé dans cette marche avec le peuple d’Israël tout au long de son histoire.
Avec Jésus va se découvrir une toute nouvelle dimension de ce projet de Dieu, qui est la gratuité totale de sa démarche à notre égard. Après la mort-résurrection de Jésus, et l’envoi de l’Esprit Saint, Dieu ne nous sauve plus à la condition que nous obéissions à ses commandements, ce dont nous ne sommes pas davantage capables que les rois d’Israël ou de Juda, mais parce qu’il a envoyé son Fils Jésus Christ vivre, dans l’obéissance absolue, et en prenant tous les risques jusqu’à sa mort sur une croix, la réponse que Dieu attend de nous dans la confiance et la fidélité, et nous communiquer cette réponse, son Oui au Père, comme une grâce, que nous pouvons toujours refuser d’accueillir, mais sans laquelle nous ne pouvons rien faire pour notre salut, à partir de nous-mêmes.
A noter que les prophètes Jérémie et Ezéchiel avaient pressenti et annoncé ce changement tout-à-fait radical de situation :
33 Mais voici l’alliance que je conclurai avec la maison d’Israël après ces jours-là, oracle de Yahvé. Je mettrai ma Loi au fond de leur être et je l’écrirai sur leur cœur. Alors je serai leur Dieu et eux seront mon peuple.
34 Ils n’auront plus à instruire chacun son prochain, chacun son frère, en disant : “Ayez la connaissance de Yahvé!” Car tous me connaîtront, des plus petits jusqu’aux plus grands oracle de Yahvé parce que je vais pardonner leur crime et ne plus me souvenir de leur péché.
25 Je répandrai sur vous une eau pure et vous serez purifiés; de toutes vos souillures et de toutes vos ordures je vous purifierai.
26 Et je vous donnerai un cœur nouveau, je mettrai en vous un esprit nouveau, j’ôterai de votre chair le cœur de pierre et je vous donnerai un cœur de chair.
27 Je mettrai mon esprit en vous et je ferai que vous marchiez selon mes lois et que vous observiez et pratiquiez mes coutumes.
6 C’est en effet alors que nous étions sans force, c’est alors, au temps fixé, que le Christ est mort pour des impies -;
7 à peine en effet voudrait-on mourir pour un homme juste ; pour un homme de bien, oui, peut-être osera-t-on mourir -;
8 mais la preuve que Dieu nous aime, c’est que le Christ, alors que nous étions encore pécheurs, est mort pour nous.
4 Mais Dieu, qui est riche en miséricorde, à cause du grand amour dont Il nous a aimés,
5 alors que nous étions morts par suite de nos fautes, nous a fait revivre avec le Christ - c’est par grâce que vous êtes sauvés ! -
6 avec lui Il nous a ressuscités et fait asseoir aux cieux, dans le Christ Jésus.
7 Il a voulu par là démontrer dans les siècles à venir l’extraordinaire richesse de sa grâce, par sa bonté pour nous dans le Christ Jésus.
8 Car c’est bien par la grâce que vous êtes sauvés, moyennant la foi. Ce salut ne vient pas de vous, il est un don de Dieu ;
9 il ne vient pas des œuvres, car nul ne doit pouvoir se glorifier.
10 Nous sommes en effet son ouvrage, créés dans le Christ Jésus en vue des bonnes œuvres que Dieu a préparées d’avance pour que nous les pratiquions.
10 En ceci consiste l’amour : ce n’est pas nous qui avons aimé Dieu, mais c’est lui qui nous a aimés et qui a envoyé son Fils en victime de propitiation pour nos péchés.
Prière
*Seigneur Jésus, lorsque nous relisons ce que tes premiers témoins nous ont rapporté de ta mission, de ton engagement, et de ton passage au Père en ta mort et ta résurrection, nous est révélée, dans ton Esprit Saint, la dimension de gratuité absolue du salut et de l’amour de Dieu, que tu as ainsi manifestée dans la totalité de ton parcours de verbe fait chair, en notre humanité et en notre histoire : ouvre mes yeux à ce profond mystère de cet amour infini de Dieu, qui dépasse d’infiniment loin toutes nos attentes et tous nos désirs, apprends-moi à l’accueillir, de façon toujours plus consciente et renouvelée, au cœur de mon existence, afin que je ne vive plus pour moi, mais pour celui, qui, par toi et en toi, m’entoure à ce point de sa présence et de sa grâce d’une nouvelle vie, qui est sa propre vie offerte en partage. AMEN.
27.06.2002.*
Évangile : Matthieu 7, 21-29
DE L’EVANGILE DE MATTHIEU
Texte
21 ” Ce n’est pas en me disant : “Seigneur, Seigneur”, qu’on entrera dans le Royaume des Cieux, mais c’est en faisant la volonté de mon Père qui est dans les cieux.
22 Beaucoup me diront en ce jour-là : “Seigneur, Seigneur, n’est-ce pas en ton nom que nous avons prophétisé ? en ton nom que nous avons chassé les démons ? en ton nom que nous avons fait bien des miracles ?“
23 Alors je leur dirai en face : “Jamais je ne vous ai connus ; écartez-vous de moi, vous qui commettez l’iniquité. “
24 ” Ainsi, quiconque écoute ces pare-les que je viens de dire et les met en pratique, peut se comparer à un homme avisé qui a bâti sa maison sur le roc.
25 La pluie est tombée, les torrents sont venus, les vents ont soufflé et se sont déchaînés contre cette maison, et elle n’a pas croulé : c’est qu’elle avait été fondée sur le roc.
26 Et quiconque entend ces paroles que je viens de dire et ne les met pas en pratique, peut se comparer à un homme insensé qui a bâti sa maison sur le sable.
27 La pluie est tombée, les torrents sont venus, les vents ont soufflé et se sont rués sur cette maison, et elle s’est écroulée. Et grande a été sa ruine ! “
28 Et il advint, quand Jésus eut achevé ces discours, que les foules étaient frappées de son enseignement :
29 car il les enseignait en homme qui a autorité, et non pas comme leurs scribes.
Commentaire
1. Situation
Cet Evangile, qui porte le nom de Matthieu, trouve peut-être sa première source dans une collection de paroles de Jésus, écrites en Araméen et attribuées à l’apôtre Matthieu, par un Père de l’Eglise, Papias d’Alexandrie, vers 125.
Cet Evangile, qui reprend beaucoup de passages de l’Evangile de Marc (qui avait été écrit vers 65), mais en y ajoutant des éléments qu’il partage en grande partie avec Luc, a été très probablement rédigé entre les années 85 et 90.
A parcourir tout ce Livre, on peut se demander s’il a été composé pour des chrétiens d’origine Juive (Judéochrétiens), ou pour des chrétiens d’origine païenne, ou encore pour les deux. La position communément admise de nos jours est qu’il a été écrit pour une communauté Judéochrétienne qui s’est trouvée exclue du Judaïsme, suite à une décision par des rabbins Juifs non chrétiens de ne plus tolérer la double appartenance, à la fois Juive et chrétienne, de ces Judéochrétiens, qui avait été possible jusqu’à cette date. Rupture qui explique la dureté des propos mis dans la bouche de Jésus contre les Scribes et Pharisiens de son temps (Matth. chapitre 23).
Néanmoins, même s’il a été d’abord écrit pour confirmer une communauté Judéochrétienne dans sa découverte de la Bonne Nouvelle de Jésus, cet Evangile est ouvert également à la mission universelle auprès des païens, et il se termine par un envoi en mission par le Christ ressuscité, avec ces paroles : “allez, de toutes les nations, faites des disciples” (28, 18).
On peut diviser cet Evangile en 11 parties, qui se répondent en sens inverse (la 1ère correspondant à la dernière, la 2ème, à l’avant-dernière, etc…), concentrées autour de la 6ème partie, le “Discours en paraboles”, qui sert en quelque sorte de “pivot”. Nous obtenons ainsi le découpage suivant :
- Naissance de Jésus et commencement de sa mission (1 - 4)
- Bénédictions et Discours sur la montagne (5 - 7)
- Manifestations de l’autorité de Jésus et de ses appels (8 - 9)
- Discours sur la mission (10)
- Jésus rejeté par “cette génération” (11 - 12 )
- Discours en paraboles (13)
- Jésus reconnu par ses disciples (14 - 17)
- Discours sur la manière de vivre en communauté de croyants (18)
- De nouveau, Jésus manifeste son autorité et ses appels (19 - 22)
- Proclamation de situations malheureuses et Discours sur la venue définitive du Royaume (23 - 24)
- Passion, mort et résurrection (26 - 28)
Cette présentation fait ressortir que cet Evangile est bien rythmé par 5 grands discours de Jésus, dans lesquels l’auteur a concentré la majeure partie de son enseignement. Les 5 discours ont souvent fait penser aux 5 livres de Moïse de l’Ancien Testament. On dit volontiers que, pour Matthieu, Jésus est le “Nouveau Moïse”.
Avec notre page se termine le 1er des 5 grands discours de Jésus, tels que Matthieu nous les a recomposés, 1er discours qu’on appelle habituellement le “Sermon sur la Montagne”. Mieux vaut cependant l’intituler “La Charte du Royaume de Dieu”, pour en mieux mesurer l’importance.
En effet, Jésus nous y livre les “secrets” du Règne de Dieu : d’abord, ce qu’il nous faut chercher et recevoir du véritable “bonheur” selon Dieu : les béatitudes (5, 3 - 12), ensuite, ce qu’une telle découverte fait de nous au coeur du monde et pour le monde : la saveur et la lumière (5, 13 - 16), enfin, où cela nous conduit comme style de vie : - de dépassement infini de toutes les exigences (5, 17 - 48), - de changement profond d’attitude dans la prière, l’aumône et le jeûne (6, 1 - 18), - de découverte du caractère “unique” de ce que Jésus nous propose, et du choix absolu pour marcher avec lui, qu’il attend de nous, les croyants (6, 19 - 7, 29).
2. Message
Dans cette dernière partie de ce 1er grand discours de Jésus sur la Charte du Royaume, après les 2 ensembles concernant, d’une part, notre relation à l’argent, et, d’autre part, nos comportements face aux personnes que nous rencontrons, vient une longue conclusion nous proposant toute une série d’avertissements (7, 13 - 27) :
- d’abord une invitation à ne pas nous tromper de porte ni de chemin pour aller vers la vie, en choisissant la porte étroite et le chemin resserré (7, 13 - 14),
- ensuite, un appel à nous méfier des faux prophètes, et donc à découvrir les vrais envoyés du Seigneur, qui se reconnaissent à leurs fruits, c’est-à-dire à la bonne qualité de leurs actes et de leurs manières d’être (7, 15 - 23),
- enfin, la parabole finale des deux entrepreneurs de bâtiments, assortie du message qu’il nous faut bâtir sur le roc de la solidité de Dieu, en mettant en pratique toutes les paroles que Jésus vient de prononcer dans ce discours qu’il conclut ainsi.
La lecture liturgique de ce jour, effectuée selon un autre découpage que celui que nous avons choisi de commenter hier, mercredi (7, 13 - 27), en reprend 7 versets (21 - 27), et y ajoute deux remarques de Matthieu sur la réaction des foules à ce discours de Jésus, et sur la manière de parler de Jésus (28 - 29).
En nous limitant aux seuls versets de la lecture liturgique de ce jeudi, nous pouvons résumer-situer ainsi leur enseignement, dans le contexte plus large des versets 13 - 27 : Jésus nous dit en conclusion : attention ! soyez sérieux, la porte est étroite par où vous devez passer, portez du fruit de façon à ce qu’on reconnaisse votre authenticité, cherchez à accomplir la volonté de Dieu votre Père, et construisez sur le roc de ma parole.
Ce sont seulement ces deux derniers points que reprend notre passage d’aujourd’hui.
Personne ne sera reconnu juste au jugement de Dieu uniquement à partir des belles paroles qu’il a prononcées ou des charismes spirituels qu’il a exercés. C’est sur l’amour, la justice et la miséricorde, que nous serons jugés. Ces trois valeurs correspondent bien à “l’obéissance à la volonté du Père” et aux exigences de l’ Alliance.
Suivre, en effet, la volonté de Dieu, c’est pratiquer concrètement le grand commandement que nous a prescrit Jésus, d’aimer Dieu de tout son coeur et de toutes ses forces, et son prochain comme soi-même (Matthieu, 22, 34 - 40).
Quant à la parabole de la maison construite sur le roc ou sur le sable, elle définit la sagesse du véritable disciple qui, à la fois, écoute la parole de Jésus et la met en pratique. Construire sa vie sur la solidité de la Parole de Dieu communiquée en et par Jésus, permet d’affronter toutes les difficultés de l’existence sans cesser d’avancer vers le Royaume de Dieu.
3. Decouvertes
Dans ce court extrait des Paroles de Jésus sur le jugement, il semble bien que Dieu est le Juge et Jésus, l’avocat ou le Procureur, contrairement au texte bien connu de Matthieu, 25, 31 - 46, où Jésus, en gloire de la fin des temps achevés, est lui-même le Juge.
Les paroles de Jésus sur la volonté du Père à chercher sont un défi aux chrétiens qui seraient trop sûrs d’eux-mêmes et de leur salut. Paul lui-même en 1 Corinthiens,3, 13 - 15, parle du jour du jugement où chacun sera jugé pour l’oeuvre qu’il a réalisée
La parabole des deux constructions, sur le roc et sur le sable, est, en fait, une parabole mettant en scène un homme prévoyant et un autre, qui ne l’est pas. Elle est également un retour au thème des “deux voies” entre lesquelles il faut bien choisir. Voir, plus haut dans la conclusion du discours, 7, 13 - 14.
Le contraste est entre, d’une part, “écouter et mettre en pratique”, et, d’autre part, “écouter sans mettre en pratique”. Les deux attitudes doivent être conjointes et aller dans le même sens : si l’on est ouvert pour écouter, on pratique la même ouverture pour mettre en pratique. Dans la première partie de cette page (7, 21 - 23), le contraste se situe entre “ceux qui parlent et mettent en pratique” et “ceux qui parlent sans mettre en pratique”.
De quelles paroles s’agit-il ? De celles de ce discours, semble-t-il. Pour Matthieu, suivre les paroles de Jésus, c’est choisir une sagesse qui conduit à la vie.
A noter que Matthieu précise que Jésus a terminé son discours. Matthieu le redira à propos des 4 autres grands discours de Jésus: c’est ce qui nous facilite la lecture de son Evangile structurée par ces 5 grands discours et les récits intermédiaires.
4. Prolongement
Jésus n’a cherché qu’à vivre la volonté du Père et à accomplir sons oeuvre (Jean, 5, 30 et 6, 36). Nous pourrions citer plus de 10 autres textes de l’Evangle de Jean qui vont dans le même sens. Tout au long de ce discours sur la montagne, qui est la charte du Royaume de Dieu, Jésus nous a, au fond, révélé sa propre façon de vivre en vérité, pour que nous fassions de même.
Selon tout le Nouveau Testament, les Evangiles, Paul, et Jacques, le jugement est l’attribution de Dieu seul.
Celui qui écoute la Parole de Jésus et croit en celui qui l’a envoyé ne vient pas en jugement, mais il est passé de la mort à la vie (Jean, 5, 24).Ce qui nous est demandé, ce n’est pas de jauger notre capacité d’accueil de la Parole de Jésus, encore moins de nous comparer avec les autres sur ce point, mais simplement d’accueillir cette Parole avec un coeur humble et pauvre, dans une recherche constante de la Vérité.
Prière
*Seigneur Jésus, tu es le seul qui n’a jamais connu le péché, toi qui as déclaré que tu n’étais venu en ce monde que pour faire la volonté du Père, cette volonté dont tu dis qu’elle était ta nourriture, et tu nous invites à te suivre en reprenant cette attitude d’obéissance et d’amour, que tu nous présentes comme celle du sage qui construit sa maison sur la solidité du roc : donne-moi, dans la docilité permanente à ton Esprit Saint, de faire mienne ton obéissance et de la traduire dans tous mes actes et paroles. AMEN.
26.03.2003.*