📘 Commentaire biblique de l’abbé Léon Hamain


Première lecture : 2 Rois 17, 5-18

DU 2ème LIVRE DES ROIS

Texte

5 Et le roi d’Assyrie parcourut tout le pays, et monta contre Samarie, qu’il assiégea pendant trois ans.
6 La neuvième année d’Osée, le roi d’Assyrie prit Samarie, et emmena Israël captif en Assyrie. Il les fit habiter à Chalach, et sur le Chabor, fleuve de Gozan, et dans les villes des Mèdes.
7 Cela arriva parce que les enfants d’Israël péchèrent contre l’Éternel, leur Dieu, qui les avait fait monter du pays d’Égypte, de dessous la main de Pharaon, roi d’Égypte, et parce qu’ils craignirent d’autres dieux.
8 Ils suivirent les coutumes des nations que l’Éternel avait chassés devant les enfants d’Israël, et celles que les rois d’Israël avaient établies.
9 Les enfants d’Israël firent en secret contre l’Éternel, leur Dieu, des choses qui ne sont pas bien. Ils se bâtirent des hauts lieux dans toutes leurs villes, depuis les tours des gardes jusqu’aux villes fortes.
10 Ils se dressèrent des statues et des idoles sur toute colline élevée et sous tout arbre vert.
11 Et là ils brûlèrent des parfums sur tous les hauts lieux, comme les nations que l’Éternel avait chassées devant eux, et ils firent des choses mauvaises, par lesquelles ils irritèrent l’Éternel.
12 Ils servirent les idoles dont l’Éternel leur avait dit: Vous ne ferez pas cela.
13 L’Éternel fit avertir Israël et Juda par tous ses prophètes, par tous les voyants, et leur dit: Revenez de vos mauvaises voies, et observez mes commandements et mes ordonnances, en suivant entièrement la loi que j’ai prescrite à vos pères et que je vous ai envoyée par mes serviteurs les prophètes.
14 Mais ils n’écoutèrent point, et ils roidirent leur cou, comme leurs pères, qui n’avaient pas cru en l’Éternel, leur Dieu.
15 Ils rejetèrent ses lois, l’alliance qu’il avait faite avec leurs pères, et les avertissements qu’il leur avait adressés. Ils allèrent après des choses de néant et ne furent eux-mêmes que néant, et après les nations qui les entouraient et que l’Éternel leur avait défendu d’imiter.
16 Ils abandonnèrent tous les commandements de l’Éternel, leur Dieu, ils se firent deux veaux en fonte, ils fabriquèrent des idoles d’Astarté, ils se prosternèrent devant toute l’armée des cieux, et ils servirent Baal.
17 Ils firent passer par le feu leurs fils et leurs filles, ils se livrèrent à la divination et aux enchantements, et ils se vendirent pour faire ce qui est mal aux yeux de l’Éternel, afin de l’irriter.
18 Aussi l’Éternel s’est-il fortement irrité contre Israël, et les a-t-il éloignés de sa face. -Il n’est resté que la seule tribu de Juda.

Commentaire

1. Situation

Les 2 Livres des Rois nous relatent l’histoire des royaumes d’Israël et de Juda depuis Salomon jusqu’à l’exil à Babylone, c’est-à-dire depuis le milieu du 10ème siècle jusqu’au milieu du 6ème siècle. Intervalle qui correspond exactement à la période durant laquelle Israël et Juda ont été vraiment, l’un et l’autre, un Etat, au sens politique du terme, et non pas seulement le “Peuple de Dieu”, qui a existé comme tel bien avant l’avènement de David qui l’avait ainsi unifié, ainsi que bien après l’exil, qui a marqué la fin de son indépendance politique. Intervalle qui est également celui d’un déclin régulier, à travers une marche historique faite de lumières et d’ombres.

Dans ces Livres des Rois, chacun des rois nous est présenté selon un schéma identique : date et âge d’avènement, longueur du règne, nom de la reine-mère (pour les rois de Juda), appréciation de son attitude face au Dieu d’Israêl. Le récit concernant chacun d’eux se conclut également de la même façon : indication de la source de renseignements utilisée concernant ce roi, mention de sa mort et de sa sépulture, nom et prise de pouvoir de son successeur.

Le thème fondamental de ces livres des Rois est que le Temple de Yahvé-Dieu à Jérusalem est le seul endroit où l’on peut légitimement adorer Dieu. Israël, le royaume du Nord, suite à la division du royaume unfié, après la mort de Salomon, a donc construit des sanctuaires schismatiques, soumis aux influences païennes.

Tous les rois d’Israêl et de Juda ne sont finalement appréciés que selon le critère du 1er commandement donné à Moïse, et concernant le culte exclusif à rendre à Yahvé, le seul et unique Dieu.

Vu l’importance de la réforme religieuse du roi Josias en 622, selon les données du Livre du Deutéronome au chapitre 12 (2 Rois, 22), on estime que toute l’histoire des rois a été ainsi relue et composée après ce règne et cette réforme de Josias.

Que ces 2 Livres des Rois aient été écrits avant ou pendant l’exil Babylonien, il n’en reste pas moins que le, ou les, auteur(s) de ces livres est, ou sont, marqué(s) par le Deutéronome ou la pensée Deutéronomiste, telle qu’elle est résumée en Deutéronome, 6,4. Leur but est de montrer à quel point l’histoire d’Israël et de Juda est à interpréter selon la relation au Dieu de l’Alliance, et comment, perçue ainsi, on la découvre conduite par Yahvé-Dieu.

Ces 2 Livres des Rois sont à aborder comme une seule oeuvre nous transmettant en 3 parties : - l’histoire du règne de Salomon (1 Rois, 1 - 11), - l’histoire synchronique des 2 royaumes du Nord (Israël) et du Sud (Juda), jusqu’à la ruine du Royaume du Nord (1 Rois, 12, 1 - 2 Rois, 17, 41), - la fin de l’histoire du royaume de Juda jusqu’à l’exil Babylonien ( 2 Rois, 18, 1 - 25, 30).

2. Message

Nous lisons dans ce récit la fin du Royaume des 10 tribus du Nord, appelé “Royaume d’Israël”, suite à la conquête qu’en effectue le roi d’Assyrie. Les habitants du pays vont se trouver dispersés, déportés dans diverses provinces de l’empire Assyrien, tandis que d’autres populations seront implantées dans le Nord de la Palestine. Il n’y aura donc pas de retour pour ces exilés du Nord.

Notre texte explique cette catastrophe par l’inconduite religieuse des Israélites, qui se sont tournés vers d’autres dieux que le seul vrai Dieu qui les avait constitués comme son propre peuple particulier, en appelant leurs ancêtres, en les libérant par Moïse de l’esclavage Egyptien et en concluant et renouvelant plusieurs fois avec eux une Alliance dont les conditions avaient été promulguées avec force et puisssance dans la rencontre du Sinaï.

Cependant le peuple avait choisi d’être une nation comme les autres, et parmi les autres, en oubliant sa vocation unique d’être témoin du salut que Dieu propose.

En dépit des interventions des prpphètes, hommes qui parlaient au nom de Dieu, et les avaient invités fréquemment à vivre selon l’Alliance que Dieu leur avait octroyée gratuitement, le peuple a refusé d’obéir à son Seigneur et a préféré suivre la voie des païens.

Il a donc de ce fait perdu sa raison d’être en tant que “Peuple de Dieu”, en abandonnant ainsi son Seigneur. D’où l’explication de cette ruine définitive qu’il encourt, lors de cette invasion Assyrienne, par le retrait de la protection divine.

3. Decouvertes

Si nous lisons intégralement ce passage sans les coupures que lui a infligées la version liturgique de l’Eglise Catholique Romaine, les raisons politiques de la “déconfiture” d’Israël apparaissent nettement. Osée, roi d’Israël avait auparavant accepté de payer un tribut au roi d’Assyrie, en se constituant ainsi son vassal.

Mais, en essayant, semble-t-il, de faire alliance avec l’Egypte voisine toujours intriguante, il avait conspiré contre le roi d’Assyyrie, Sargon 2 à cette époque, qui, par représailles, vient livrer à Israël une guerre totale jusqu’à cette victoire totale qui détruit Israël, victoire dont il se vante dans ses Annales des rois d’Assyrie.

Les “deux veaux” dont il est question au verset 16 sont ceux qui avaient été placés par Jéroboam 1er dans les deux temples qu’il avait construits en l’honneur de Yahvé-Dieu, lors de la séparation du pays en deux royaumes après la mort de Salomon.

Les auteurs des Livres des Rois n’ont cessé de considérer cette démarche de Jéroboam 1er comme le “péché originel” du royaume de l’Israël du Nord (1 Rois,12, 28 - 30). Ces deux veaux n’étaient en fait dans ces deux temples que le piédestal du trône “vide” de Yahvé-Dieu, mais ,ne pouvaient manquer à la longue de compromettre la pureté du monothéisme Juif en étant pris pour de véritables idoles.

A noter que les commentaires théologiques qui se trouvent dans notre récit rejoignent ceux que les mêmes auteurs ont produits à différents moments importants de l’histoire Juive : voir Josué, 1, 23 - 24; Juges, 1 - 2; 1 Samuel, 7 - 8 et 12; 2 Samuel, 7 et 1 Rois, 8.

Ce qui veut dire que pour les auteurs des Livres des Rois, cette ruine était prévisible depuis le schisme religieux de Jéroboam 1er, et avait été annoncée à plusieurs reprises (1 Rois, 14, 7 - 11; 16, 1 - 4; 21, 21 - 24;; 2 Rois, 9, 7 - 10).

Cette “tare” religieuse du royaume du Nord, associée à la désobéissance permanente du peuple qui n’appliquait pas la Torah de Dieu dont les commandements fixaient les conditions de son Alliance, telles sont les raisons majeures de la ruine de ce royaume.

4. Prolongement

En Jésus, Dieu nous propose une Alliance nouvelle et éternelle que nous avons à recevoir dans la foi avec un coeur de pauvre, en “manque” de salut, et à mettre en pratique dans la fidélité confiante.

En Jésus nous est transmise, gratuitement dans l’Esprit Saint, la réponse authentique d’une obéissance plénière à la volonté de Dieu, réponse que lui seul a pu donner au Père dans le “OUI” jusqu’au bout de son engagement au service de sa mission de révélation de l’amour miséricordieux du Père qui nous transforme en fils et filles de Dieu , frères et soeurs les uns des autres.

Ainsi s’accomplissent en nous par Jésus le Christ les grandes prophéties de Jérémie 31 et d’Ezéchiel 36 :

Jérémie 31

31.31 Voici, les jours viennent, dit l’Éternel, Où je ferai avec la maison d’Israël et la maison de Juda Une alliance nouvelle,

31.32 Non comme l’alliance que je traitai avec leurs pères, Le jour où je les saisis par la main Pour les faire sortir du pays d’Égypte, Alliance qu’ils ont violée, Quoique je fusse leur maître, dit l’Éternel.

31.33 Mais voici l’alliance que je ferai avec la maison d’Israël, Après ces jours-là, dit l’Éternel: Je mettrai ma loi au dedans d’eux, Je l’écrirai dans leur coeur; Et je serai leur Dieu, Et ils seront mon peuple.

31.34 Celui-ci n’enseignera plus son prochain, Ni celui-là son frère, en disant: Connaissez l’Éternel! Car tous me connaîtront, Depuis le plus petit jusqu’au plus grand, dit l’Éternel; Car je pardonnerai leur iniquité, Et je ne me souviendrai plus de leur péché.

Ezéchiel 36

36.24 Je vous retirerai d’entre les nations, je vous rassemblerai de tous les pays, et je vous ramènerai dans votre pays.

36.25 Je répandrai sur vous une eau pure, et vous serez purifiés; je vous purifierai de toutes vos souillures et de toutes vos idoles.

36.26 Je vous donnerai un coeur nouveau, et je mettrai en vous un esprit nouveau; j’ôterai de votre corps le coeur de pierre, et je vous donnerai un coeur de chair.

36.27 Je mettrai mon esprit en vous, et je ferai en sorte que vous suiviez mes ordonnances, et que vous observiez et pratiquiez mes lois.

36.28 Vous habiterez le pays que j’ai donné à vos pères; vous serez mon peuple, et je serai votre Dieu.

Prière

*Seigneur Jésus, toi qui es le premier et le dernier, le commencement et la fin, renouvelle en moi la présence de ton Esprit Saint, et le partage de ton “OUI” au Père reçu comme ton attitude profonde en chaque Eucharistie : donne-moi de savoir toujours tout attendre et accueillir des dons que tu nous proposes et qui déjà inaugurent en nous cette vie de l’Esprit que tu nous as acquise en ta mort-résurrection.AMEN.

21.06.2004.*

Évangile : Matthieu 7, 1-12

DE L’EVANGILE DE MATTHIEU

Texte

1 ” Ne jugez pas, afin de n’être pas jugés ;
2 car, du jugement dont vous jugez on vous jugera, et de la mesure dont vous mesurez on mesurera pour vous.
3 Qu’as-tu à regarder la paille qui est dans l’œil de ton frère ? Et la poutre qui est dans ton œil à toi, tu ne la remarques pas !
4 Ou bien comment vas-tu dire à ton frère : “Laisse-moi ôter la paille de ton œil”, et voilà que la poutre est dans ton œil !
5 Hypocrite, ôte d’abord la poutre de ton œil, et alors tu verras clair pour ôter la paille de l’œil de ton frère.
6 ” Ne donnez pas aux chiens ce qui est sacré, ne jetez pas vos perles devant les porcs, de crainte qu’ils ne les piétinent, puis se retournent contre vous pour vous déchirer.
7 ” Demandez et l’on vous donnera ; cherchez et vous trouverez ; frappez et l’on vous ouvrira.
8 Car quiconque demande reçoit ; qui cherche trouve ; et à qui frappe on ouvrira.
9 Quel est d’entre vous l’homme auquel son fils demandera du pain, et qui lui remettra une pierre ?
10 ou encore, s’il lui demande un poisson, lui remettra-t-il un serpent ?
11 Si donc vous, qui êtes mauvais, vous savez donner de bonnes choses à vos enfants, combien plus votre Père qui est dans les cieux en donnera-t-il de bonnes à ceux qui l’en prient !
12 ” Ainsi, tout ce que vous voulez que les hommes fassent pour vous, faites-le vous mêmes pour eux : voilà la Loi et les Prophètes.)

Commentaire

1. Situation

Cet Evangile, qui porte le nom de Matthieu, trouve peut-être sa première source dans une collection de paroles de Jésus, écrites en Araméen et attribuées à l’apôtre Matthieu, par un Père de l’Eglise, Papias d’Alexandrie, vers 125.

Cet Evangile, qui reprend beaucoup de passages de l’Evangile de Marc (qui avait été écrit vers 65), mais en y ajoutant des éléments qu’il partage en grande partie avec Luc, a été très probablement rédigé entre les années 85 et 90.

A parcourir tout ce Livre, on peut se demander s’il a été composé pour des chrétiens d’origine Juive (Judéochrétiens), ou pour des chrétiens d’origine païenne, ou encore pour les deux. La position communément admise de nos jours est qu’il a été écrit pour une communauté Judéochrétienne qui s’est trouvée exclue du Judaïsme, suite à une décision par des rabbins Juifs non chrétiens de ne plus tolérer la double appartenance, à la fois Juive et chrétienne, de ces Judéochrétiens, qui avait été possible jusqu’à cette date. Rupture qui explique la dureté des propos mis dans la bouche de Jésus contre les Scribes et Pharisiens de son temps (Matth. chapitre 23).

Néanmoins, même s’il a été d’abord écrit pour confirmer une communauté Judéochrétienne dans sa découverte de la Bonne Nouvelle de Jésus, cet Evangile est ouvert également à la mission universelle auprès des païens, et il se termine par un envoi en mission par le Christ ressuscité, avec ces paroles : “allez, de toutes les nations, faites des disciples” (28, 18).

On peut diviser cet Evangile en 11 parties, qui se répondent en sens inverse (la 1ère correspondant à la dernière, la 2ème, à l’avant-dernière, etc…), concentrées autour de la 6ème partie, le “Discours en paraboles”, qui sert en quelque sorte de “pivot”. Nous obtenons ainsi le découpage suivant :

  • Naissance de Jésus et commencement de sa mission (1 - 4)
  • Bénédictions et Discours sur la montagne (5 - 7)
  • Manifestations de l’autorité de Jésus et de ses appels (8 - 9)
  • Discours sur la mission (10)
  • Jésus rejeté par “cette génération” (11 - 12 )
  • Discours en paraboles (13)
  • Jésus reconnu par ses disciples (14 - 17)
  • Discours sur la manière de vivre en communauté de croyants (18)
  • De nouveau, Jésus manifeste son autorité et ses appels (19 - 22)
  • Proclamation de situations malheureuses et Discours sur la venue définitive du Royaume (23 - 24)
  • Passion, mort et résurrection (26 - 28)

Cette présentation fait ressortir que cet Evangile est bien rythmé par 5 grands discours de Jésus, dans lesquels l’auteur a concentré la majeure partie de son enseignement. Les 5 discours ont souvent fait penser aux 5 livres de Moïse de l’Ancien Testament. On dit volontiers que, pour Matthieu, Jésus est le “Nouveau Moïse”.


Avec notre page continue le 1er des 5 grands discours de Jésus, tels que Matthieu nous les a recomposés, 1er discours qu’on appelle habituellement le “Sermon sur la Montagne”. Mieux vaut cependant l’intituler “La Charte du Royaume de Dieu”, pour en mieux mesurer l’importance.

En effet, Jésus nous y livre les “secrets” du Règne de Dieu : d’abord, ce qu’il nous faut chercher et recevoir du véritable “bonheur” selon Dieu : les béatitudes (5, 3 - 12), ensuite, ce qu’une telle découverte fait de nous au coeur du monde et pour le monde : la saveur et la lumière (5, 13 - 16), enfin, où cela nous conduit comme style de vie : - de dépassement infini de toutes les exigences (5, 17 - 48), - de changement profond d’attitude dans la prière, l’aumône et le jeûne (6, 1 - 18), - de découverte du caractère “unique” de ce que Jésus nous propose, et du choix absolu pour marcher avec lui, qu’il attend de nous, les croyants (6, 19 - 7, 29).

2. Message

Ce texte, qui appartient à la dernière section du discours sur la Charte du Royaume, ou Sermon sur la Montagne, fait partie d’un ensemble 7, 1 - 12, qui fait pendant à l’ensemble précédent (6, 19 - 34). Après avoir indiqué quelle doit être la position de ses disciples face à l’argent et aux biens terrestres, Jésus aborde maintenant un autre problème d’ordre social : comment se comporter avec les autres hommes et femmes qui se trouvent sur nos chemins d’existence ?

Jésus commence par interdire de porter quelque jugement que ce soit sur qui que ce soit. Cela va plus loin que le refus de prononcer tout jugement d’ordre moral à l’égard des autres. C’est également un appel à la miséricorde, à l’humilité et à la tolérance face aux autres, ce qui nous vaudra, en retour, une réponse du même genre.

La petite parabole de la paille et de la poutre est très parlante comme illustration des paroles précédentes de Jésus. Elle y ajoute toutefois l’impossibilité de nous juger nous-mêmes, en nous décrivant aveugles à propos de nous-mêmes, et elle insiste sur le risque et le danger d’hypocrisie qui nous menace chaque fois que nous sommes tentés de juger quelqu’un (voir Jean, 7, 53 - 8, 11).

3. Decouvertes

Cette page prend toute son ampleur si nous la replaçons dans l’ensemble auquel elle appartient.

Au verset 6, en effet, Jésus, qui vient juste de recommander de ne pas juger, et de ne pas porter un regard sevère sur nos frères et soeurs, nous invite ensuite à ne pas exagérer dans l’autre sens, en nous ouvrant, sans aucun discernement, à toutes sortes de situations. Nous sommes donc invités à la prudence, tout en nous montrant respectueux et tolérants face aux autres (voir Matthieu, 10, 16). Les “perles”, qui désignent ce qui est saint ou sacré, et dont il est question ici, représentent soit tout le présent discours sur la Charte du Royaume, soit toute la Bonne Nouvelle concernant ce Royaume de Dieu (voir 13, 45 - 46).

Les versets 7 à 11 de ce chapitre correspondent aux versets 6, 24 - 34 de l’ensemble précédent, au terme d’un schéma au parallélisme frappant : après une exhortation (6, 19 - 21 et 7, 1 - 2), une première parabole (6, 22 - 23 et 7, 3 - 5), puis une deuxième parabole encore plus courte (6, 24 et 7, 6), ces deux passages, qui terminent chacun de ces deux ensembles, nous parlent de la bonté du Père des cieux pour les siens, au terme d’une argumentation a fortiori, qui fait d’abord appel à des valeurs ou des comportements vécus dans notre existence humaine quotidienne (regard sur les oiseaux du ciel et les fleurs des champs, d’une part, et réponse d’un père de ce monde à son fils qui lui demande du pain ou du poisson, d’autre part).

Quant au verset 12, il nous rappelle la fameuse “Règle d’or” connue dans l’Antiquité, mais que Jésus situe et dépasse : - d’abord en la présentant comme un résumé de tout l’Ancien Testament (la Loi et les Prophètes), - ensuite, en la radicalisant dans une insistance vers une gratuité et une générosité sans limite. Il ne s’agit pas, en effet, de faire du bien dans le but intéressé d’en recevoir autant en retour, mais de prendre l’initiative de faire pour les autres tout ce que l’on souhaiterait qu’ils fassent pour nous, et qui est, finalement, sans limite, et donc, sans condition de retour.

La mention de la Loi et des Prophètes en 5, 17 et en 7, 12 semble bien encadrer tout le corps de l’enseignement de Jésus dans ce discours (les dépassements, les renouvellements, et les choix qu’il nous propose, jusqu’en notre page), suite à sa présentation initiale du but final des béatitudes et de ce qu’il attend alors de nous, comme lumière et saveur pour le monde, si nous sommes en marche vers ce but. Selon cet accent et ce découpage ainsi marqués par cette double allusion à la Loi et aux Prophètes, c’est-à-dire aux livres majeurs de l’Ancien Testament, on peut considérer que les versets qui suivent cet ensemble 7, 1 - 12 sont la conclusion de tout ce grand premier discours de Jésus en Matthieu.

4. Prolongement

Quelques textes variés des Evangiles et de Paul nous permettent d’approfondir cet enseignement de Jésus :

1 Quant à Jésus, il alla au mont des Oliviers.

2 Mais, dès l’aurore, de nouveau il fut là dans le Temple, et tout le peuple venait à lui, et s’étant assis il les enseignait.

3 Or les scribes et les Pharisiens amènent une femme surprise en adultère et, la plaçant au milieu,

4 ils disent à Jésus : ” Maître, cette femme a été surprise en flagrant délit d’adultère.

5 Or, dans la Loi, Moïse nous a prescrit de lapider ces femmes-là. Toi donc, que dis-tu ? ”

6 Ils disaient cela pour le mettre à l’épreuve, afin d’avoir matière à l’accuser. Mais Jésus, se baissant, se mit à écrire avec son doigt sur le sol.

7 Comme ils persistaient à l’interroger, il se redressa et leur dit : ” Que celui d’entre vous qui est sans péché lui jette le premier une pierre ! ”

8 Et se baissant de nouveau, il écrivait sur le sol.

9 Mais eux, entendant cela, s’en allèrent un à un, à commencer par les plus vieux ; et il fut laissé seul, avec la femme toujours là au milieu.

10 Alors, se redressant, Jésus lui dit : ” Femme, où sont-ils ? Personne ne t’a condamnée ? ”

11 Elle dit : ” Personne, Seigneur. ” Alors Jésus dit : ” Moi non plus, je ne te condamne pas. Va, désormais ne pèche plus. ”

16 Voici que je vous envoie comme des brebis au milieu des loups ; montrez-vous donc prudents comme les serpents et candides comme les colombes

45 ” Le Royaume des Cieux est encore semblable à un négociant en quête de perles fines :

46 en ayant trouvé une de grand prix, il s’en est allé vendre tout ce qu’il possédait et il l’a achetée.

3 Pour moi, il m’importe fort peu d’être jugé par vous ou par un tribunal humain. Bien plus, je ne me juge pas moi-même.

4 Ma conscience, il est vrai, ne me reproche rien, mais je n’en suis pas justifié pour autant ; mon juge, c’est le Seigneur.

Prière

*Seigneur Jésus, toi qui t’es proclamé être le chemin, la vérité et la vie pour tous ceux qui acceptent de te suivre, et de conduire leur existence à partir de toi, toi sans qui nul ne peut rejoindre le Père, tu nous invites à ne pas prendre le pouvoir, ni sur nous-mêmes, ni sur nos frères et soeurs, en ne jugeant jamais qui que ce soit, et en faisant toujours preuve de miséricorde, de respect, mais aussi de prudence à leur égard : apprends-moi l’humilité profonde de celui qui se reçoit de Dieu sans prétention, aide-moi à accueillir le projet de Dieu sur moi, que tu me révèles dans ton Evangile, et rends-moi docile à ton Esprit qui demeure en moi, et qui seul me permet de dire, avec toi, le “oui” que tu as prononcé, et que le Père attends de moi. AMEN.

24.06.2002*


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