📘 Commentaire biblique de l’abbé Léon Hamain
Première lecture : Genèse 13, 2-18
DU LIVRE DE LA GENESE
Texte
2 Abram était très riche en troupeaux, en argent et en or.
3 Ses campements le conduisirent du Négeb jusqu’à Béthel, à l’endroit où sa tente s’était dressée d’abord entre Béthel et Aï,
4 à l’endroit de l’autel qu’il avait érigé précédemment, et là, Abram invoqua le nom de Yahvé.
5 Lot, qui accompagnait Abram, avait également du petit et du gros bétail, ainsi que des tentes.
6 Le pays ne suffisait pas à leur installation commune : ils avaient de trop grands biens pour pouvoir habiter ensemble.
7 Il y eut une dispute entre les pâtres des troupeaux d’Abram et ceux des troupeaux de Lot les Cananéens et les Perizzites habitaient alors le pays .
8 Aussi Abram dit-il à Lot : Qu’il n’y ait pas discorde entre moi et toi, entre mes pâtres et les tiens, car nous sommes des frères !
9 Tout le pays n’est-il pas devant toi ? Sépare-toi de moi. Si tu prends la gauche, j’irai à droite, si tu prends la droite, j’irai à gauche.
10 Lot leva les yeux et vit toute la Plaine du Jourdain qui était partout irriguée - c’était avant que Yahvé ne détruisît Sodome et Gomorrhe - comme le jardin de Yahvé, comme le pays d’Égypte, jusque vers Çoar.
11 Lot choisit pour lui toute la Plaine du Jourdain et il émigra à l’orient; ainsi ils se séparèrent l’un de l’autre :
12 Abram s’établit au pays de Canaan et Lot s’établit dans les villes de la Plaine; il dressa ses tentes jusqu’à Sodome.
13 Les gens de Sodome étaient de grands scélérats et pécheurs contre Yahvé.
14 Yahvé dit à Abram, après que Lot se fut séparé de lui : Lève les yeux et regarde, de l’endroit où tu es, vers le nord et le midi, vers l’orient et l’occident.
15 Tout le pays que tu vois, je le donnerai à toi et à ta postérité pour toujours.
16 Je rendrai ta postérité comme la poussière de la terre : quand on pourra compter les grains de poussière de la terre, alors on comptera tes descendants !
17 Debout ! Parcours le pays en long et en large, car je te le donnerai.
18 Avec ses tentes, Abram alla s’établir au Chêne de Mambré, qui est à Hébron, et là, il érigea un autel à Yahvé.
Commentaire
1. Situation
Le Livre de la Genèse est le premier livre de la Bible, et le premier des 5 livres attribués à la tradition de Moïse, et dont les différents éléments qui le composent se sont additionnés pendant plusieurs siècles jusqu’au temps de la rédaction finale, aux environs du 6ème siècle, et très probablement après le retour de l’exil Babylonien.
Ce livre nous présente d’abord une histoire des origines des nations, avec la création du monde (1, 1 - 2, 3), ainsi que de l’homme et de la femme, leur descendance et l’expansion de la civilisation (2,4 - 4, 24), la vie des générations d’avant le Déluge, le Déluge (4, 25 - 6, 8), et la repopulation jusqu’au moment de la dispersion (6, 9 - 9, 29), suite à l’orgueil manifesté par les hommes de la grande ville de Babel, avec sa tour (10, 1 - 11, 9).
Nous entrons ensuite - après un court interlude nous présentant la généalogie de Sem à Terah, le père d’Abraham (11, 10 -26) - dans une seconde grande partie, l’histoire des ancètres d’sraël (11, 27 - 50, 26), qui comprend le cycle d’Abraham et de Sarah (11, 27 - 25, 18), le cycle d’Isaac et Jacob (25, 19 - 36, 43), et, finalement, l’histoire de Joseph (37, 10 - 50, 26).
Notre page fait partie du cycle d’Abraham, dont elle nous continue de nous présenter le début.
2. Message
Notre passage nous fait découvrir les enjeux de la vocation d’Abraham, qui, sur l’appel de Dieu a rompu avec son milieu de vie et sa parenté, et s’est mis en route vers un autre pays, en acceptant les incertitudes d’un avenir inconnu, et en suivant entièrement les directives divines.
Cela l’engage, certes, à une vie de nomade, de campement en campement, donc à faire face à des situations souvent nouvelles, qu’il doit aborder avec l’esprit de quelqu’un qui se sait accompagné par Dieu. C’est ainsi que, que se rendant compte que son neveu Lot et ses troupeaux ne pourraient plus cohabiter avec lui et ses propres troupeaux dans le même pays, il laisse à Lot le choix e la région qu’il compte occuper, renonçant ainsi à mettre au premier plan ses droits et ses propres intérêts.
De ce fait, Abraham s’établit en terre de Canaan, et Yahvé-Dieu vient lui renouveler sa promesse de lui donner tout le pays, ainsi qu’une immense descendance. Sur l’ordre de Dieu, Abraham parcourt donc toute cete terre qui lui demeure promise, et se centre à Hébron, où, en érigeant une fois de plus un autel au Seigneur, il témoigne de son accueil de la promesse de Dieu, qui seul est maître du ciel et de la terre, et peut donc donner ce pays à qui il veut.
3. Decouvertes
Les chapitres 13 et 14 de ce Livre de la Genèse traitent principalement des relations d’Abraham et de Lot, lequel demeure un personnage de second plan dans ce récit, dont il disparaîtra complètement après le chapitre 19, après qu’il y sera toutefois précisé qu’il est l’ancêtre des Moabites et des Ammonites que l’on retrouvera plus tard dans l’histoire d’Israël.
Le choix que Lot, sur la proposition d’Abraham, a fait lui-même en premier contribue à éloigner Abraham de la corruption et des tentations de Sodome et de Gomorrhe, dont les habitants dépravés (verset 13) seront par la suite voués par Dieu à la destruction (19, 15 - 29). Lot a, de fait, effectué un choix désastreux en se laissant tenter par la fertilité du pays.
Le passage se termine par une réaffirmation plus détaillée de la promesse faite par Dieu à Abraham de posséder tout le pays (avec ici l’assurance ajoutée d’une possession perpétuelle), ainsi que d’avoir une descendance extrêmement nombreuse.
4. Prolongement
Nous pouvons lire, dans les versets 14 - 17, que le Seigneur récompense Abraham de son désintéressement et de son esprit de conciliation. Même le pays choisi par Lot, en cette scène rapportée ici, fait partie de la terre promise par Dieu à Abraham.
La double promesse de la terre et de la descedance nombreuse paraît quasi illimitée : voir 22, 17 - 18; 26, 4. 24; 32, 13.
Comme le dit le verset 14 du chapitre 28, Abraham “débordera” (signe d’accroissement, d’enrichissement, d’extension, dont les limites ne sont pas indiquées).
En Jésus Christ, en qui tous ces textes trouvent leur accomplissement définitif, le don du salut de Dieu nous est présenté comme “au-delà de tout ce que nous pouvons imaginer ou concevoir” (Ephésiens, 3, 16 - 21).
Prière
*Seigneur Jésus, en toi s’achève toute l’ampleur du don de Dieu, qui, riche en miséricorde, nous sauve par grâce, lui dont la gratuité est sans limite, et toujours croissante, puisqu’il nous communique à jamais la richesse insurpassable de sa présence et de son Règne en notre vie : rends moi capable de demeurer toujours plus étonné de la merveille et de la qualité de ce don que Dieu nous fait de lui-même, par toi, dans l’Esprit Saint, don par lequel notre existence terrestre se trouve déjà intérieurement et radicalement transformée. AMEN.
24.06.2003.*
Évangile : Matthieu 7, 6-14
DE L’EVANGILE DE MATTHIEU
Texte
6 ” Ne donnez pas aux chiens ce qui est sacré, ne jetez pas vos perles devant les porcs, de crainte qu’ils ne les piétinent, puis se retournent contre vous pour vous déchirer.
…
12 ” Ainsi, tout ce que vous voulez que les hommes fassent pour vous, faites-le vous mêmes pour eux : voilà la Loi et les Prophètes.
13 ” Entrez par la porte étroite. Large, en effet, et spacieux est le chemin qui mène à la perdition, et il en est beaucoup qui s’y engagent ;
14 mais étroite est la porte et resserré le chemin qui mène à la Vie, et il en est peu qui le trouvent.
Commentaire
1. Situation
Cet Evangile, qui porte le nom de Matthieu, trouve peut-être sa première source dans une collection de paroles de Jésus, écrites en Araméen et attribuées à l’apôtre Matthieu, par un Père de l’Eglise, Papias d’Alexandrie, vers 125.
Cet Evangile, qui reprend beaucoup de passages de l’Evangile de Marc (qui avait été écrit vers 65), mais en y ajoutant des éléments qu’il partage en grande partie avec Luc, a été très probablement rédigé entre les années 85 et 90.
A parcourir tout ce Livre, on peut se demander s’il a été composé pour des chrétiens d’origine Juive (Judéochrétiens), ou pour des chrétiens d’origine païenne, ou encore pour les deux. La position communément admise de nos jours est qu’il a été écrit pour une communauté Judéochrétienne qui s’est trouvée exclue du Judaïsme, suite à une décision par des rabbins Juifs non chrétiens de ne plus tolérer la double appartenance, à la fois Juive et chrétienne, de ces Judéochrétiens, qui avait été possible jusqu’à cette date. Rupture qui explique la dureté des propos mis dans la bouche de Jésus contre les Scribes et Pharisiens de son temps (Matth. chapitre 23).
Néanmoins, même s’il a été d’abord écrit pour confirmer une communauté Judéochrétienne dans sa découverte de la Bonne Nouvelle de Jésus, cet Evangile est ouvert également à la mission universelle auprès des païens, et il se termine par un envoi en mission par le Christ ressuscité, avec ces paroles : “allez, de toutes les nations, faites des disciples” (28, 18).
On peut diviser cet Evangile en 11 parties, qui se répondent en sens inverse (la 1ère correspondant à la dernière, la 2ème, à l’avant-dernière, etc…), concentrées autour de la 6ème partie, le “Discours en paraboles”, qui sert en quelque sorte de “pivot”. Nous obtenons ainsi le découpage suivant :
- Naissance de Jésus et commencement de sa mission (1 - 4)
- Bénédictions et Discours sur la montagne (5 - 7)
- Manifestations de l’autorité de Jésus et de ses appels (8 - 9)
- Discours sur la mission (10)
- Jésus rejeté par “cette génération” (11 - 12 )
- Discours en paraboles (13)
- Jésus reconnu par ses disciples (14 - 17)
- Discours sur la manière de vivre en communauté de croyants (18)
- De nouveau, Jésus manifeste son autorité et ses appels (19 - 22)
- Proclamation de situations malheureuses et Discours sur la venue définitive du Royaume (23 - 24)
- Passion, mort et résurrection (26 - 28)
Cette présentation fait ressortir que cet Evangile est bien rythmé par 5 grands discours de Jésus, dans lesquels l’auteur a concentré la majeure partie de son enseignement. Les 5 discours ont souvent fait penser aux 5 livres de Moïse de l’Ancien Testament. On dit volontiers que, pour Matthieu, Jésus est le “Nouveau Moïse”.
Avec notre page continue le 1er des 5 grands discours de Jésus, tels que Matthieu nous les a recomposés, 1er discours qu’on appelle habituellement le “Sermon sur la Montagne”. Mieux vaut cependant l’intituler “La Charte du Royaume de Dieu”, pour en mieux mesurer l’importance.
En effet, Jésus nous y livre les “secrets” du Règne de Dieu : d’abord, ce qu’il nous faut chercher et recevoir du véritable “bonheur” selon Dieu : les béatitudes (5, 3 - 12), ensuite, ce qu’une telle découverte fait de nous au coeur du monde et pour le monde : la saveur et la lumière (5, 13 - 16), enfin, où cela nous conduit comme style de vie : - de dépassement infini de toutes les exigences (5, 17 - 48), - de changement profond d’attitude dans la prière, l’aumône et le jeûne (6, 1 - 18), - de découverte du caractère “unique” de ce que Jésus nous propose, et du choix absolu pour marcher avec lui, qu’il attend de nous, les croyants (6, 19 - 7, 29).
2. Message
Ce texte, qui appartient à la dernière section du discours sur la Charte du Royaume, ou Sermon sur la Montagne, fait partie d’un ensemble 7, 1 - 12, qui fait pendant à l’ensemble précédent (6, 19 - 34). Après avoir indiqué quelle doit être la position de ses disciples face à l’argent et aux biens terrestres, Jésus aborde maintenant un autre problème d’ordre social : comment se comporter avec les autres hommes et femmes qui se trouvent sur nos chemins d’existence ?
Cette page fait suite à la nouvelle éthique que Jésus a établie, puis aux réformes qu’il apporte aux oeuvres de piété Juives, c’est-à-dire ce qu’il demande à ses disciples s’ils veulent vivre le projet de Dieu selon ridéal des béatitudes.
Cependant, les plans présentés des discours de Jésus varient souvent d’une Bible à l’autre ou d’un expert à l’autre. D’après le découpage que nous suivons, cette page empiète également sur la conclusion de l’ensemble du Discours, conclusion à laquelle beaucoup rattachent les paroles sur la porte étroite, ou de chemin resserré, qui conduit au Royaume.
Ce thème de la porte étroite semble, en effet, aller de pair avec les derniers avertissements du Discours en sa conclusion : sur la nécessité de porter du fruit, de vivre selon la volonté de Dieu, et de construire notre existence sur le roc solide du message de Jésus (7, 13 - 27).
Pour en revenir à notre page propremrnt dite, Jésus, en ces paroles, insiste sur le sérieux avec lequel nous devons recevoir la Bonne Nouvelle qu’il nous apporte.
Si son message est exigeant et nous demande d’aller gratuitement vers nos frères et soeurs en leur apportant, sans conditions, le meilleur de ce que nous pourrions souhaiter pour nous-mêmes, il demeure le seul chemin du salut et de la vraie vie et l’authentique interprétation de tout le plan de Dieu depuis Abraham jusqu’à nous.
A nous donc de faire le bon choix et de bien discerner le chemin à suivre, en dépit de l’impression que nous pouvons avoir que d’autres routes sont apparemment plus faciles et mieux adaptées que cette voie étroite par laquelle il nous faut obligatoirement passer.
3. Decouvertes
Si cette page avait été proposée sans coupures dans la lecture liturgique de ce jour, elle comprendrait le paragraphe sur les perles à ne pas jeter aux pourceaux, un rappel de la nécessité de persévérer dans la prière, la règle d’or qui doit guider nos démarches, et la réflexion sur la porte étroite.
Le sacré qu’il ne faut pas donner aux chiens, autant que les perles qu’il ne faut pas jeter aux pourceaux, représentent ici, dans le contexte de tout ce discours, soit tout ce que Jésus vient de proclamer de la Charte du Royaume, soit la totalité de son Evangile du salut de Dieu. Comme les pourceaux étaient considérés comme des animaux impurs, la mise en garde que nous fait Jésus est de ne pas souiller le message, pas plus qu’il ne faut le dénaturer en le donnant à ceux qu’il ne concerne pas, c’est-à-dire les chiens. Cette parole de Jésus peut s’interpréter comme l’une des invitations à la prudence qu’il nous adresse de temps à autre dans sa prédication (voir Matthieu, 10, 16, par exemple).
La “Règle d’or” que définit ici Jésus, et qui consiste à faire aux autres ce que nous souhaiterions qu’ils nous fassent, va plus loin que sa forme négative (ne pas faire… etc.), que l’on a appelée la “Règle d’argent”. Car elle implique une démarche de gratuité positive : il ne s’agit pas, en l’occurrence, de faire le bien pour en recevoir autant en retour, mais de prendre l’initiative de ce bien à l’égard des frères et soeurs, sans compter qu’il nous sera rendu. Jésus précise que cette Règle d’or résume toute la pensée biblique, telle qu’elle est présentée dans la Torah des livres dits de Moïse et les écrits appelés prophétiques de l’Ancien Testament. D’un point de vue “littéraire”, elle constitue la fin et le résumé du Discours tout entier. D’autre part, elle est en relation avec d’autres textes de l’Evangile de Matthieu (5, 17. 20; 6, 1 - 33; 22, 34 - 40).
Quant au thème de la porte étroite et du chemin resserré qui conduisent à la “vie”, il rappelle la théologie des “deux voies”, celle qui conduit à la vie et celle qui conduit à la mort, thème largement traité dans le Livre du Deutéronome, 28 et 30, 15. Dieu nous laisse libres et nous invite à une réponse responsable, qui engage notre destinée totale face à lui et ce qu’il nous offre de sa propre vie, par Jésus, dans l’Esprit.
4. Prolongement
De telles paroles de Jésus demeurent accessibles à tous les croyants de tous temps et de tous lieux. Nous avons donc à les assimiler et à les faire nôtres chaque jour, en nous rappelant que Jésus a vécu jusqu’au bout ce qu’il prêchait, et que ses attitudes concrètes et précises de chaque jour sont là, également, devant nous, dans les récits des Evangiles.
Nous sommes ainsi à même de le rencontrer comme celui qui est vraiment le “chemin, la vérité et la vie”, comme il s’est présenté à ses disciples la veille de sa mort dans son grand discours d’adieux au chapitre 14, verset 6, de l’Evangile de Jean. Est-ce bien ainsi que nous percevons toujours Jésus ? N’oublions pas qu’il nous a dit que pour être son disciple, il faut se renoncer, prendre sa croix et le suivre (Matthieu, 16, 24).
Prière
*Seigneur Jésus, une fois de plus tu nous indiques le chemin du Royaume, qui est tout de gratuité positive, d’ouverture aux autres sans condition, en nous précisant que ce chemin, qui, vu son exigence, est une voie étroite, reste en définitive le seul qui conduise à la vraie Vie que tu es venu nous révéler et nous accorder : comme ce chemin n’est rien d’autre que l’exemple de ce que tu as vécu concrètement, la lumière de ta Parole, et le don de ton Esprit sans lequel nous demeurerions totalement impuissants, ré-apprends - moi chaque jour à te suivre en vérité, avec la capacité de t’imiter en toutes choses, et ainsi de te rendre visible au milieu de mes frères et soeurs. AMEN.
24.06.2003.*