📘 Commentaire biblique de l’abbé Léon Hamain
Première lecture : 2 Rois 19, 9-37
DU 2ème LIVRE DES ROIS
Texte
9 De nouveau, Sennachérib envoya des messagers à Ezéchias pour lui dire
10 “Vous parlerez ainsi à Ezéchias, roi de Juda : Que ton Dieu en qui tu te confies, ne t’abuse pas en disant : Jérusalem ne sera pas livrée aux mains du roi d’Assyrie!
11 Tu as appris ce que les rois d’Assyrie ont fait à tous les pays, les vouant à l’anathème, et toi, tu serais délivré!
12 Les ont-ils délivrées les dieux des nations que mes pères ont dévastées, Gozân, Harân, Réçeph, et les Edénites qui étaient à Tell Basar?
13 Où sont le roi de Hamat, le roi d’Arpad, le roi de Laïr, de Sepharvayim, de Héna et de Ivva?“
14 Ezéchias prit la lettre des mains des messagers et la lut. Puis il monta au Temple de Yahvé et la déplia devant Yahvé.
15 Et Ezéchias fit cette prière en présence de Yahvé : “Yahvé, Dieu d’Israël, qui sièges sur les chérubins, c’est toi qui es seul Dieu de tous les royaumes de la terre, c’est toi qui as fait le ciel et la terre.
16 Prête l’oreille, Yahvé, et entends, ouvre les yeux, Yahvé, et vois! Entends les paroles de Sennachérib, qui a envoyé dire des insultes au Dieu vivant.
17 Il est vrai, Yahvé, les rois d’Assyrie ont exterminé les nations,
18 ils ont jeté au feu leurs dieux, car ce n’étaient pas des dieux, mais l’ouvrage de mains d’hommes, du bois et de la pierre, alors ils les ont anéantis.
19 Mais maintenant, Yahvé, notre Dieu, sauve-nous de sa main, je t’en supplie, et que tous les royaumes de la terre sachent que toi seul es Dieu, Yahvé!“
20 Alors Isaïe, fils d’Amoç, envoya dire à Ezéchias : “Ainsi parle Yahvé, Dieu d’Israël. J’ai entendu la prière que tu m’as adressée au sujet de Sennachérib, roi d’Assyrie.
21 Voici l’oracle que Yahvé a prononcé contre lui Elle te méprise, elle te raille, la vierge, fille de Sion. Elle hoche la tête après toi, la fille de Jérusalem.
22 Qui donc as-tu insulté, blasphémé? Contre qui as-tu parlé haut et levé ton regard altier? Contre le Saint d’Israël!
23 Par tes messagers, tu as insulté le Seigneur. Tu as dit : Avec mes nombreux chars, j’ai gravi le sommet des monts, les dernières cimes du Liban. J’ai coupé sa haute futaie de cèdres et ses plus beaux cyprès. J’ai atteint son ultime retraite, son parc forestier.
24 Moi, j’ai creusé et j’ai bu des eaux étrangères, j’ai asséché sous la plante de mes pieds tous les fleuves d’Egypte.
25 Entends-tu bien? De longue date, j’ai préparé cela, aux jours antiques j’en fis le dessein, maintenant je le réalise. Ton destin fut de réduire en tas de ruines des villes fortifiées.
26 Leurs habitants, les mains débiles, épouvantés et confondus, furent comme plantes des champs, verdure du gazon, herbes des toits et guérets sous le vent d’orient.
27 Quand tu te lèves et quand tu t’assieds, quand tu sors ou tu entres, je le sais.
28 Parce que tu t’es emporté contre moi, que ton insolence est montée à mes oreilles, je passerai mon anneau à ta narine et mon mors à tes lèvres, je te ramènerai sur la route par laquelle tu es venu.
29 Ceci te servira de signe; On mangera cette année du grain tombé, et l’an prochain du grain de jachère, mais, le troisième an, semez et moissonnez, plantez des vignes et mangez de leur fruit.
30 Le reste survivant de la maison de Juda produira de nouvelles racines en bas et des fruits en haut.
31 Car de Jérusalem sortira un reste, et des réchappés, du mont Sion. L’amour jaloux de Yahvé Sabaot fera cela!
32 Voici donc ce que dit Yahvé sur le roi d’Assyrie Il n’entrera pas dans cette ville, il n’y lancera pas de flèche, il ne tendra pas de bouclier contre elle, il n’y entassera pas de remblai.
33 Par la route qui l’amena, il s’en retournera, il n’entrera pas dans cette ville, oracle de Yahvé.
34 Je protégerai cette ville et la sauverai à cause de moi et de mon serviteur David.”
35 Cette même nuit, l’Ange de Yahvé sortit et frappa dans le camp assyrien 185.000 hommes. Le matin, au réveil, ce n’étaient plus que des cadavres.
36 Sennachérib roi d’Assyrie leva le camp et partit. Il s’en retourna et resta à Ninive.
37 Un jour qu’il était prosterné dans le temple de Nisrok, son dieu, ses fils Adrammélek et Saréçer le frappèrent avec l’épée et se sauvèrent au pays d’Ararat. Asarhaddon, son fils, devint roi à sa place.
Commentaire
1. Situation
Les 2 Livres des Rois nous relatent l’histoire des royaumes d’Israël et de Juda depuis Salomon jusqu’à l’exil à Babylone, c’est-à-dire depuis le milieu du 10ème siècle jusqu’au milieu du 6ème siècle. Intervalle qui correspond exactement à la période durant laquelle Israël et Juda ont été vraiment, l’un et l’autre, un Etat, au sens politique du terme, et non pas seulement le “Peuple de Dieu”, qui a existé comme tel bien avant l’avènement de David qui l’avait ainsi unifié, ainsi que bien après l’exil, qui a marqué la fin de son indépendance politique. Intervalle qui est également celui d’un déclin régulier, à travers une marche historique faite de lumières et d’ombres.
Dans ces Livres des Rois, chacun des rois nous est présenté selon un schéma identique : date et âge d’avènement, longueur du règne, nom de la reine-mère (pour les rois de Juda), appréciation de son attitude face au Dieu d’Israêl. Le récit concernant chacun d’eux se conclut également de la même façon : indication de la source de renseignements utilisée concernant ce roi, mention de sa mort et de sa sépulture, nom et prise de pouvoir de son successeur.
Le thème fondamental de ces livres des Rois est que le Temple de Yahvé-Dieu à Jérusalem est le seul endroit où l’on peut légitimement adorer Dieu. Israël, le royaume du Nord, suite à la division du royaume unfié, après la mort de Salomon, a donc construit des sanctuaires schismatiques, soumis aux influences païennes.
Tous les rois d’Israêl et de Juda ne sont finalement appréciés que selon le critère du 1er commandement donné à Moïse, et concernant le culte exclusif à rendre à Yahvé, le seul et unique Dieu.
Vu l’importance de la réforme religieuse du roi Josias en 622, selon les données du Livre du Deutéronome au chapitre 12 (2 Rois, 22), on estime que toute l’histoire des rois a été ainsi relue et composée après ce règne et cette réforme de Josias.
Que ces 2 Livres des Rois aient été écrits avant ou pendant l’exil Babylonien, il n’en reste pas moins que le, ou les, auteur(s) de ces livres est, ou sont, marqué(s) par le Deutéronome ou la pensée Deutéronomiste, telle qu’elle est résumée en Deutéronome, 6,4. Leur but est de montrer à quel point l’histoire d’Israël et de Juda est à interpréter selon la relation au Dieu de l’Alliance, et comment, perçue ainsi, on la découvre conduite par Yahvé-Dieu.
Ces 2 Livres des Rois sont à aborder comme une seule oeuvre nous transmettant en 3 parties : - l’histoire du règne de Salomon (1 Rois, 1 - 11), - l’histoire synchronique des 2 royaumes du Nord (Israël) et du Sud (Juda), jusqu’à la ruine du Royaume du Nord (1 Rois, 12, 1 - 2 Rois, 17, 41), - la fin de l’histoire du royaume de Juda jusqu’à l’exil Babylonien ( 2 Rois, 18, 1 - 25, 30).
2. Message
Les événements se précipitent dans l’histoire des 2 royaumes d’Israël et de Juda. Le roi d’Assyrie, après avoir assiégé pendant 3 ans la ville de Samarie, capitale du royaume du Nord, Israël, l’a finalement conquise, et a déporté tous les Israélites en Assyrie. C’est donc la fin du royaume du Nord, dont la terre conquise ne connaîtra pas un retour des exilés, et nous ne sommes qu’à 200 ans de la mort de Salomon. Quant à cette catastrophe, elle est interprétée par les auteurs des Livres des Rois comme un châtiment de Dieu à l’égard du peuple d’Israël, qui ne croyait plus en lui, et avait rejeté l’Alliance conclue avec Yahvé-Dieu.
Voici maintenant le roi d’Assyrie qui s’en prend à menacer Ezéchias, roi de Juda, et lui fait dire que Jérusalem n’échappera pas davantage à la conquête Assyrienne.
Ezéchias, qui est, avec Josias, l’un des 2 rares rois dont le Livre des Rois dit le plus grand bien en ce qui conserne sa relation au Seigneur (2 Rois, 18, 3 - 6 et 22, 2), s’en va donc au Temple prier Dieu, et le supplier de sa manifester en faveur de son peuple. Il fait valoir que le roi d’Assyrie a insulté Yahvé-Dieu, en prétendant que Dieu, qu’il prend pour simplement l’un des dieux des nations païennes, ne pourrait empêcher la chute de Jérusalem. En effet, pour Ezéchias, à la différence des autres nations conquises par l’Assyrie, et dont les dieux n’étaient que des faux dieux, Jérusalem et le royaume de Juda honorent Yahvé, qui est le seul vrai Dieu, et donc capable d’agir pour son peuple.
Le Seigneur envoie alors le prophète Isaïe répondre en son nom à la prière du roi Ezéchias, pour proclamer que de Jérusalem sortira un reste, que le royaume de Juda ne sera pas anéanti par les Assyriens, et que donc le roi d’Assyrie ne pénétrera pas dans la Ville sainte, que Dieu protège à cause de son nom et de sa promesse à David.
Suite à la mort d’un grand nombre de ses soldats dans son propre camp, Sennachérib, roi d’Assyrie s’en retourne finalement dans son pays. Telle est la réponse de Dieu, qui a envoyé son Ange frapper l’armée de l’envahisseur.
3. Decouvertes
Déjà, les Assyriens avaient attaqué Juda et l’avaient obligé à payer un lourd tribut (18, 1 3 - 16). Déjà, ensuite, le roi d’Assyrie avait envoyé une délégation à Ezéchias pour le convaincre de capituler, en lui précisant qu’aucune aide ne lui viendrait de quelque endroit que ce soit (18, 17 - 37). Déjà, le prophète Isaïe, consulté par Ezéchias, lui avait répondu de ne pas avoir peur, et annoncé le retrait du roi Assyrien dans son pays. (19, 1 - 5).
Selon notre page, continuant sa pratique de la “guerre psychologique”, le roi d’Assyrie essaye donc d’intimider une seconde fois le roi Ezéchias, en prétendant que Yahvé-Dieu ne pourrait pas plus défendre Juda que n’avaient pu le faire les dieux des pays conquis par le roi d’Assyrie.
La prière d’Ezéchias au Temple est une profession de son monothéisme absolu. Yahvé-Dieu est, lui, capable d’intervenir en faveur de son peuple, car il est le seul Dieu qui existe.
C’est donc une 2ème réponse d’Isaïe qui figure dans notre page, et que nous retrouvons d’ailleurs dans son Livre (Isaïe, 37, 22 - 35). Cette réponse est beaucoup plus détaillée que la première : après un chant de mépris vis-à-vis du roi d’Assyrie, le prophète, qui parle au nom de Dieu, lui déclare qu’il n’a pas à se vanter de son pouvoir (19, 23 - 24), car il l’a reçu de Dieu (19, 25 - 27), et que donc ce pouvoir va maintenant lui être retiré (19, 28 - 31). En conséquence, Jérusalem ne sera pas envahie et l’Assyrien n’aura qu’à battre en retraite.
La délivrance miraculeuse réalisée par l’Ange de Yahvé souligne bien le contraste entre le pouvoir illimité de Dieu, et celui bien limité des hommes, quels qu’ils soient (19, 32 - 37).
On s’est interrogé pour savoir ce qui s’était passé au juste dans le camp Assyrien, détail qui n’intéresse pas nos auteurs. La nouvelle qu’une armée Egyptienne serait en marche pour attaquer le roi d’Assyrie ? La rumeur, fondée ou non, d’une insurrection en cours autour de la région de Babylone ? Un simple changement de tactique, la prudence faisant estimer au roi Assyrien que la perception d’un tribut payé par Juda était bien suffisant, et qu’il valait mieux ne pas aller plus loin contre Juda et Jérusalem ? Une épidémie de peste dans le camp, comme le suggérerait davantage notre texte ?
N’oublions pas que les Livres des Rois nous présentent l’histoire religieuse du peuple des descendants d’Abraham, et de leur relation au Dieu de l’Alliance, au travers des événements qu’ils rencontrent. Ces Livres ne prétendent jamais tout nous dire de ces événements eux-mêmes, tels qu’ils ont existé.
4. Prolongement
De fait, plus ou moins vassalisée par les empires qui l’entourent et qui se succèdent, Jérusalem subsistera en royaume autonome jusqu’au début du 6ème siècle, et elle sera alors conquise par l’empire Babylonien, qui avait vaincu et remplacé l’empire Assyrien.
Même si, par la suite, au temps des Perses, les exilés pourront revenir en Juda, la terre promise annexée ne sera plus alors qu’une province d’un empire conquérant, que cet empire soit Perse, Grec, puis Romain, comme au temps de Jésus, et enfin Turc, depuis la conquête musulmane jusqu’au 20ème siècle. C’est dire qu’avec l’exil Babylonien, ce sera la fin de la réalisation de la promesse d’obtenir la terre de Palestine, qui avait été faite à Abraham (Genèse, 12, 4 - 7), et ce n’est donc qu’au 20ème siècle de notre ère, à la fin de la 2ème guerre mondiale, que le peuple Hébreu retrouvera une terre, en ce pays de Canaan qu’il avait jadis conquis, et que David avait soumis à son autorité, et unifié. Mais notre histoire contemporaine n’ a pas arrêté de nous montrer depuis 60 ans à quel point ce retour du peuple Juif dans ce qui avait jadis été sa terre est une source de conflits permanents avec tous les peuples voisins.
Avec Jésus, qui a refusé d’être un Messie qui chasserait l’envahisseur Romain hors des terres de cette Palestine et rétablirait le royaume temporel d’Israël (voir Actes, 1, 6 - 8), il n’est plus de terre sainte ni de ville sainte. Le nouveau culte de la foi, vécu en esprit et en vérité, peut être célébré partout dans le monde où l’Evangile du salut est annoncé. Jérusalem, la Judée et la Galilée, ces lieux de la mission, de la mort et de la résurrection de Jésus, sont devenus le point de départ d’une mission universelle vers l’extérieur, en direction de toutes les nations et jusqu’aux extrémités de la terre :
41 Quand il fut proche, à la vue de la ville, il pleura sur elle,
42 en disant : ” Ah ! si en ce jour tu avais compris, toi aussi, le message de paix ! Mais non, il est demeuré caché à tes yeux
43 Oui, des jours viendront sur toi, où tes ennemis t’environneront de retranchements, t’investiront, te presseront de toute part.
44 Ils t’écraseront sur le sol, toi et tes enfants au milieu de toi, et ils ne laisseront pas en toi pierre sur pierre, parce que tu n’as pas reconnu le temps où tu fus visitée ! ” .
20 Nos pères ont adoré sur cette montagne et vous, vous dites : C’est à Jérusalem qu’est le lieu où il faut adorer. ”
21 Jésus lui dit : ” Crois-moi, femme, l’heure vient où ce n’est ni sur cette montagne ni à Jérusalem que vous adorerez le Père.
22 Vous, vous adorez ce que vous ne connaissez pas ; nous, nous adorons ce que nous connaissons, car le salut vient des Juifs.
23 Mais l’heure vient - et c’est maintenant - où les véritables adorateurs adoreront le Père en esprit et en vérité, car tels sont les adorateurs que cherche le Père.
24 Dieu est esprit, et ceux qui adorent, c’est en esprit et en vérité qu’ils doivent adorer. ”
25 La femme lui dit : ” Je sais que le Messie doit venir, celui qu’on appelle Christ. Quand il viendra, il nous expliquera tout. ”
26 Jésus lui dit : ” Je le suis, moi qui te parle
16 Quant aux onze disciples, ils se rendirent en Galilée, à la montagne où Jésus leur avait donné rendez-vous.
17 Et quand ils le virent, ils se prosternèrent ; d’aucuns cependant doutèrent.
18 S’avançant, Jésus leur dit ces paroles : ” Tout pouvoir m’a été donné au ciel et sur la terre.
19 Allez donc, de toutes les nations faites des disciples, les baptisant au nom du Père et du Fils et du Saint Esprit,
20 et leur apprenant à observer tout ce que je vous ai prescrit. Et voici que je suis avec vous pour toujours jusqu’à la fin du monde. ”
5 Un fleuve! Ses bras réjouissent la cité de Dieu, il sanctifie les demeures du Très-Haut.
6 Dieu est en elle; elle ne peut chanceler, Dieu la secourt au tournant du matin;
7 des peuples mugissaient, des royaumes chancelaient, il a élevé la voix, la terre se dissout.
8 Avec nous, Yahvé Sabaot, citadelle pour nous, le Dieu de Jacob!
1 Je vous exhorte donc, frères, par la miséricorde de Dieu, à offrir vos personnes en hostie vivante, sainte, agréable à Dieu : c’est là le culte spirituel que vous avez à rendre.
2 Et ne vous modelez pas sur le monde présent, mais que le renouvellement de votre jugement vous transforme et vous fasse discerner quelle est la volonté de Dieu, ce qui est bon, ce qui lui plaît, ce qui est parfait.
3 Au nom de la grâce qui m’a été donnée, je le dis à tous et à chacun : ne vous surestimez pas plus qu’il ne faut vous estimer, mais gardez de vous une sage estime, chacun selon le degré de foi que Dieu lui a départi.
Prière
*Seigneur Jésus, tu habites en nos cœurs par la foi, la où deux ou trois sont rassemblés en ton nom, tu es au milieu d’eux, tu viens avec le Père établir ta demeure en tous ceux qui gardent ta parole, et tu nous as fait don de ton Esprit, qui nous conduit à la vérité toute entière, nous fait te reconnaître Seigneur, découvrir Dieu comme Père, et inserer ta charité au plus profond de nous-mêmes : apprends-moi à ne compter que sur toi, qui me donnes la force du Père dans l’Esprit Saint, approfondis en moi la conviction que, si, sans toi, je ne puis rien faire, avec toi je suis capable de tout, dans la mesure où, m’étant détache de moi-même, je suis inebranlablement attaché à toi, mon unique sauveur. AMEN.
25.06.2002.*
Évangile : Matthieu 7, 6-14
DE L’EVANGILE DE MATTHIEU
Texte
6 ” Ne donnez pas aux chiens ce qui est sacré, ne jetez pas vos perles devant les porcs, de crainte qu’ils ne les piétinent, puis se retournent contre vous pour vous déchirer.
…
12 ” Ainsi, tout ce que vous voulez que les hommes fassent pour vous, faites-le vous mêmes pour eux : voilà la Loi et les Prophètes.
13 ” Entrez par la porte étroite. Large, en effet, et spacieux est le chemin qui mène à la perdition, et il en est beaucoup qui s’y engagent ;
14 mais étroite est la porte et resserré le chemin qui mène à la Vie, et il en est peu qui le trouvent.
Commentaire
1. Situation
Cet Evangile, qui porte le nom de Matthieu, trouve peut-être sa première source dans une collection de paroles de Jésus, écrites en Araméen et attribuées à l’apôtre Matthieu, par un Père de l’Eglise, Papias d’Alexandrie, vers 125.
Cet Evangile, qui reprend beaucoup de passages de l’Evangile de Marc (qui avait été écrit vers 65), mais en y ajoutant des éléments qu’il partage en grande partie avec Luc, a été très probablement rédigé entre les années 85 et 90.
A parcourir tout ce Livre, on peut se demander s’il a été composé pour des chrétiens d’origine Juive (Judéochrétiens), ou pour des chrétiens d’origine païenne, ou encore pour les deux. La position communément admise de nos jours est qu’il a été écrit pour une communauté Judéochrétienne qui s’est trouvée exclue du Judaïsme, suite à une décision par des rabbins Juifs non chrétiens de ne plus tolérer la double appartenance, à la fois Juive et chrétienne, de ces Judéochrétiens, qui avait été possible jusqu’à cette date. Rupture qui explique la dureté des propos mis dans la bouche de Jésus contre les Scribes et Pharisiens de son temps (Matth. chapitre 23).
Néanmoins, même s’il a été d’abord écrit pour confirmer une communauté Judéochrétienne dans sa découverte de la Bonne Nouvelle de Jésus, cet Evangile est ouvert également à la mission universelle auprès des païens, et il se termine par un envoi en mission par le Christ ressuscité, avec ces paroles : “allez, de toutes les nations, faites des disciples” (28, 18).
On peut diviser cet Evangile en 11 parties, qui se répondent en sens inverse (la 1ère correspondant à la dernière, la 2ème, à l’avant-dernière, etc…), concentrées autour de la 6ème partie, le “Discours en paraboles”, qui sert en quelque sorte de “pivot”. Nous obtenons ainsi le découpage suivant :
- Naissance de Jésus et commencement de sa mission (1 - 4)
- Bénédictions et Discours sur la montagne (5 - 7)
- Manifestations de l’autorité de Jésus et de ses appels (8 - 9)
- Discours sur la mission (10)
- Jésus rejeté par “cette génération” (11 - 12 )
- Discours en paraboles (13)
- Jésus reconnu par ses disciples (14 - 17)
- Discours sur la manière de vivre en communauté de croyants (18)
- De nouveau, Jésus manifeste son autorité et ses appels (19 - 22)
- Proclamation de situations malheureuses et Discours sur la venue définitive du Royaume (23 - 24)
- Passion, mort et résurrection (26 - 28)
Cette présentation fait ressortir que cet Evangile est bien rythmé par 5 grands discours de Jésus, dans lesquels l’auteur a concentré la majeure partie de son enseignement. Les 5 discours ont souvent fait penser aux 5 livres de Moïse de l’Ancien Testament. On dit volontiers que, pour Matthieu, Jésus est le “Nouveau Moïse”.
Avec notre page continue le 1er des 5 grands discours de Jésus, tels que Matthieu nous les a recomposés, 1er discours qu’on appelle habituellement le “Sermon sur la Montagne”. Mieux vaut cependant l’intituler “La Charte du Royaume de Dieu”, pour en mieux mesurer l’importance.
En effet, Jésus nous y livre les “secrets” du Règne de Dieu : d’abord, ce qu’il nous faut chercher et recevoir du véritable “bonheur” selon Dieu : les béatitudes (5, 3 - 12), ensuite, ce qu’une telle découverte fait de nous au coeur du monde et pour le monde : la saveur et la lumière (5, 13 - 16), enfin, où cela nous conduit comme style de vie : - de dépassement infini de toutes les exigences (5, 17 - 48), - de changement profond d’attitude dans la prière, l’aumône et le jeûne (6, 1 - 18), - de découverte du caractère “unique” de ce que Jésus nous propose, et du choix absolu pour marcher avec lui, qu’il attend de nous, les croyants (6, 19 - 7, 29).
2. Message
Ce texte, qui appartient à la dernière section du discours sur la Charte du Royaume, ou Sermon sur la Montagne, fait partie d’un ensemble 7, 1 - 12, qui fait pendant à l’ensemble précédent (6, 19 - 34). Après avoir indiqué quelle doit être la position de ses disciples face à l’argent et aux biens terrestres, Jésus aborde maintenant un autre problème d’ordre social : comment se comporter avec les autres hommes et femmes qui se trouvent sur nos chemins d’existence ?
Cette page fait suite à la nouvelle éthique que Jésus a établie, puis aux réformes qu’il apporte aux oeuvres de piété Juives, c’est-à-dire ce qu’il demande à ses disciples s’ils veulent vivre le projet de Dieu selon ridéal des béatitudes.
Cependant, les plans présentés des discours de Jésus varient souvent d’une Bible à l’autre ou d’un expert à l’autre. D’après le découpage que nous suivons, cette page empiète également sur la conclusion de l’ensemble du Discours, conclusion à laquelle beaucoup rattachent les paroles sur la porte étroite, ou de chemin resserré, qui conduit au Royaume.
Ce thème de la porte étroite semble, en effet, aller de pair avec les derniers avertissements du Discours en sa conclusion : sur la nécessité de porter du fruit, de vivre selon la volonté de Dieu, et de construire notre existence sur le roc solide du message de Jésus (7, 13 - 27).
Pour en revenir à notre page propremrnt dite, Jésus, en ces paroles, insiste sur le sérieux avec lequel nous devons recevoir la Bonne Nouvelle qu’il nous apporte.
Si son message est exigeant et nous demande d’aller gratuitement vers nos frères et soeurs en leur apportant, sans conditions, le meilleur de ce que nous pourrions souhaiter pour nous-mêmes, il demeure le seul chemin du salut et de la vraie vie et l’authentique interprétation de tout le plan de Dieu depuis Abraham jusqu’à nous.
A nous donc de faire le bon choix et de bien discerner le chemin à suivre, en dépit de l’impression que nous pouvons avoir que d’autres routes sont apparemment plus faciles et mieux adaptées que cette voie étroite par laquelle il nous faut obligatoirement passer.
3. Decouvertes
Si cette page avait été proposée sans coupures dans la lecture liturgique de ce jour, elle comprendrait le paragraphe sur les perles à ne pas jeter aux pourceaux, un rappel de la nécessité de persévérer dans la prière, la règle d’or qui doit guider nos démarches, et la réflexion sur la porte étroite.
Le sacré qu’il ne faut pas donner aux chiens, autant que les perles qu’il ne faut pas jeter aux pourceaux, représentent ici, dans le contexte de tout ce discours, soit tout ce que Jésus vient de proclamer de la Charte du Royaume, soit la totalité de son Evangile du salut de Dieu. Comme les pourceaux étaient considérés comme des animaux impurs, la mise en garde que nous fait Jésus est de ne pas souiller le message, pas plus qu’il ne faut le dénaturer en le donnant à ceux qu’il ne concerne pas, c’est-à-dire les chiens. Cette parole de Jésus peut s’interpréter comme l’une des invitations à la prudence qu’il nous adresse de temps à autre dans sa prédication (voir Matthieu, 10, 16, par exemple).
La “Règle d’or” que définit ici Jésus, et qui consiste à faire aux autres ce que nous souhaiterions qu’ils nous fassent, va plus loin que sa forme négative (ne pas faire… etc.), que l’on a appelée la “Règle d’argent”. Car elle implique une démarche de gratuité positive : il ne s’agit pas, en l’occurrence, de faire le bien pour en recevoir autant en retour, mais de prendre l’initiative de ce bien à l’égard des frères et soeurs, sans compter qu’il nous sera rendu. Jésus précise que cette Règle d’or résume toute la pensée biblique, telle qu’elle est présentée dans la Torah des livres dits de Moïse et les écrits appelés prophétiques de l’Ancien Testament. D’un point de vue “littéraire”, elle constitue la fin et le résumé du Discours tout entier. D’autre part, elle est en relation avec d’autres textes de l’Evangile de Matthieu (5, 17. 20; 6, 1 - 33; 22, 34 - 40).
Quant au thème de la porte étroite et du chemin resserré qui conduisent à la “vie”, il rappelle la théologie des “deux voies”, celle qui conduit à la vie et celle qui conduit à la mort, thème largement traité dans le Livre du Deutéronome, 28 et 30, 15. Dieu nous laisse libres et nous invite à une réponse responsable, qui engage notre destinée totale face à lui et ce qu’il nous offre de sa propre vie, par Jésus, dans l’Esprit.
4. Prolongement
De telles paroles de Jésus demeurent accessibles à tous les croyants de tous temps et de tous lieux. Nous avons donc à les assimiler et à les faire nôtres chaque jour, en nous rappelant que Jésus a vécu jusqu’au bout ce qu’il prêchait, et que ses attitudes concrètes et précises de chaque jour sont là, également, devant nous, dans les récits des Evangiles.
Nous sommes ainsi à même de le rencontrer comme celui qui est vraiment le “chemin, la vérité et la vie”, comme il s’est présenté à ses disciples la veille de sa mort dans son grand discours d’adieux au chapitre 14, verset 6, de l’Evangile de Jean. Est-ce bien ainsi que nous percevons toujours Jésus ? N’oublions pas qu’il nous a dit que pour être son disciple, il faut se renoncer, prendre sa croix et le suivre (Matthieu, 16, 24).
Prière
*Seigneur Jésus, une fois de plus tu nous indiques le chemin du Royaume, qui est tout de gratuité positive, d’ouverture aux autres sans condition, en nous précisant que ce chemin, qui, vu son exigence, est une voie étroite, reste en définitive le seul qui conduise à la vraie Vie que tu es venu nous révéler et nous accorder : comme ce chemin n’est rien d’autre que l’exemple de ce que tu as vécu concrètement, la lumière de ta Parole, et le don de ton Esprit sans lequel nous demeurerions totalement impuissants, ré-apprends - moi chaque jour à te suivre en vérité, avec la capacité de t’imiter en toutes choses, et ainsi de te rendre visible au milieu de mes frères et soeurs. AMEN.
24.06.2003.*