📘 Commentaire biblique de l’abbé Léon Hamain
Première lecture : Genèse 18, 1-15
DU LIVRE DE LA GENESE
Texte
1 Yahvé lui apparut au Chêne de Mambré, tandis qu’il était assis à l’entrée de la tente, au plus chaud du jour.
2 Ayant levé les yeux, voilà qu’il vit trois hommes qui se tenaient debout près de lui; dès qu’il les vit, il courut de l’entrée de la Tente à leur rencontre et se prosterna à terre.
3 Il dit : Monseigneur, je t’en prie, si j’ai trouvé grâce à tes yeux, veuille ne pas passer près de ton serviteur sans t’arrêter.
4 Qu’on apporte un peu d’eau, vous vous laverez les pieds et vous vous étendrez sous l’arbre.
5 Que j’aille chercher un morceau de pain et vous vous réconforterez le cœur avant d’aller plus loin; c’est bien pour cela que vous êtes passés près de votre serviteur ! Ils répondirent : Fais donc comme tu as dit.
6 Abraham se hâta vers la tente auprès de Sara et dit : Prends vite trois boisseaux de farine, de fleur de farine, pétris et fais des galettes.
7 Puis Abraham courut au troupeau et prit un veau tendre et bon; il le donna au serviteur qui se hâta de le préparer.
8 Il prit du caillé, du lait, le veau qu’il avait apprêté et plaça le tout devant eux; il se tenait debout près d’eux, sous l’arbre, et ils mangèrent.
9 Ils lui demandèrent : Où est Sara, ta femme ? Il répondit : Elle est dans la tente.
10 L’hôte dit : Je reviendrai vers toi l’an prochain; alors, ta femme Sara aura un fils. Sara écoutait, à l’entrée de la tente, qui se trouvait derrière lui.
11 Or Abraham et Sara étaient vieux, avancés en âge, et Sara avait cessé d’avoir ce qu’ont les femmes.
12 Donc, Sara rit en elle-même, se disant : Maintenant que je suis usée, je connaîtrais le plaisir ! Et mon mari qui est un vieillard !
13 Mais Yahvé dit à Abraham : Pourquoi Sara a-t-elle ri, se disant : Vraiment, vais-je encore enfanter, alors que je suis devenue vieille ?
14 Y a-t-il rien de trop merveilleux pour Yahvé ? A la même saison l’an prochain, je reviendrai chez toi et Sara aura un fils.
15 Sara démentit : Je n’ai pas ri, dit-elle, car elle avait peur, mais il répliqua : Si, tu as ri.
Commentaire
1. Situation
Le Livre de la Genèse est le premier livre de la Bible, et le premier des 5 livres attribués à la tradition de Moïse, et dont les différents éléments qui le composent se sont additionnés pendant plusieurs siècles jusqu’au temps de la rédaction finale, aux environs du 6ème siècle, et très probablement après le retour de l’exil Babylonien.
Ce livre nous présente d’abord une histoire des origines des nations, avec la création du monde (1, 1 - 2, 3), ainsi que de l’homme et de la femme, leur descendance et l’expansion de la civilisation (2,4 - 4, 24), la vie des générations d’avant le Déluge, le Déluge (4, 25 - 6, 8), et la repopulation jusqu’au moment de la dispersion (6, 9 - 9, 29), suite à l’orgueil manifesté par les hommes de la grande ville de Babel, avec sa tour (10, 1 - 11, 9).
Nous entrons ensuite - après un court interlude nous présentant la généalogie de Sem à Terah, le père d’Abraham (11, 10 -26) - dans une seconde grande partie, l’histoire des ancètres d’sraël (11, 27 - 50, 26), qui comprend le cycle d’Abraham et de Sarah (11, 27 - 25, 18), le cycle d’Isaac et Jacob (25, 19 - 36, 43), et, finalement, l’histoire de Joseph (37, 10 - 50, 26).
Notre page fait partie du cycle d’Abraham, qu’elle continue de nous développer. Après avoir été témoins de l’appel d’Abraham par le Seigneur, de son séjour dangereux en Egypte, de sa séparation d’avec son neveu Lot, nous en arrivons aux promesses que Dieu reprécise à Abraham, concernant la descendance et la possession de la terre, qui lui ont été annoncées.
La lenteur apparente de la réalisation des promesses de Dieu ne doit pas cependant devenir un obstacle. Après la demande de Sara à Abraham de lui donner un fils par sa servante Agar, Ismaël, et les difficultés, jalousies et violences qui ont suivi, Dieu maintient avec force sa promesse, qu’il réalisera en tous points. C’est bien de Sara qu’Abraham aura le fils, et la descendance, que Dieu lui promet.
2. Message
Le message du chapitre 17 nous est redit ici, à partir, semble-t-il, d’une autre tradition, et sous une autre forme. Dieu se dérange une fois de plus et passe cette fois chez Abraham et Sara pour leur assurer que d’ici un an un fils naîtra de leur union. Ce que Sara a beaucoup de mal à croire, et qui lui vaut une ferme remontrance de la part du Seigneur, qui lui rappelle que rien ne lui est impossible.
La scène de cette rencontre a pris un tour très convivial, dans la mesure où elle nous décrit en détails très concrets la façon avec laquelle Abraham accueille Dieu selon toutes les coutumes de la grande hospitalité chaleureuse des bédouins.
Le Seigneur, qui “passe” ainsi visiter Abraham et Sara, nous est présenté à la fois comme très proche, tout en demeurant mystérieusement “autre” dans ces trois personnages dont ne sait pas exactement si Dieu se manifeste à travers les trois ou seulement à travers plus précisément l’un d’entre eux. L’alternance du singulier et du pluriel crée cette atmosphère de distance.
3. Decouvertes
L’apparition de dieux sous forme humaine est un thème mythologique commun dans le monde ancien. Le poète latin Ovide nous raconte une telle visite au cours de laquelle une naissance miraculeuse est annoncée. Voir aussi le Livre des Juges, en 6, 11 - 24, ainsi qu’au chapitre 13, où nous sont relatées l’annonce de la mission de Gédéon et de la naissance de Samson, mais il s’agit alors de la venue de “l’Ange du Seigneur”.
Les versets 1 et 13 de notre passage indiquent toutefois très clairement que, même si Abraham et Sara n’en sont pas parfaitement conscients, ces trois mystérieux visiteurs (ou l’un d’entre eux ?) sont en fait Yahvé-Dieu lui-même.
De par l’objet déclaré de cette visite, à savoir l’annonce de l’arrivée en ce monde d’un fils à naître d’ici un an d’Abraham et de Sara, ce texte représente donc une autre version du chapitre 17 précédent, mais exprimée avec des circonstances de temps et de lieu très déterminées.
La manière dont Abraham traite ces étrangers de passage est un exemple des coutumes traditionnelles de l’hospitalité observée chez les nomades vivant sous la tente.
Le rire de Sara, comme celui d’Abraham au chapitre précédent (17, 17) suppose un jeu de mots sur le nom d’Isaac, tout en traduisant un refus de croire à l’annonce faite par les visiteurs.
Le rappel fait par le Seigneur à Sara que Dieu possède un pouvoir illimité et peut donc réaliser l’impossible suscite chez Sara un réflexe de peur face à cet interlocuteur dont elle pressent l’identité, et la pousse à mentir, ce qui lui vaut une nouvelle réplique du Seigneur.
4. Prolongement
L’appel de Dieu s’est manifesté chez certains comme une vocation à le suivre en vivant autrement, comme ce fut le cas d’Abraham et des grands patriarches. Mais pour d’autres, c’est une vocation à se laisser envoyer vers d’autres hommes et femmes, de la part de Dieu, et telle fut la mission des prophètes, suscités par Dieu pour aller parler en son Nom auprès de son peuple.
Tel fut également le cas de Jésus, venu à la plénitude des temps nous révéler le Père et accomplir son salut, et déjà symbolisé par ces trois visteurs d’Abraham.
Nous pouvons ainsi relire quelques textes le concernant :
4 Mais quand vint la plénitude du temps, Dieu envoya son Fils, né d’une femme, né sujet de la Loi,
5 afin de racheter les sujets de la Loi, afin de nous conférer l’adoption filiale.
6 Et la preuve que vous êtes des fils, c’est que Dieu a envoyé dans nos cœurs l’Esprit de son Fils qui crie : Abba, Père !
7 Aussi n’es-tu plus esclave mais fils ; fils, et donc héritier de par Dieu.
1 Après avoir, à maintes reprises et sous maintes formes, parlé jadis aux Pères par les prophètes, Dieu,
2 en ces jours qui sont les derniers, nous a parlé par le Fils, qu’il a établi héritier de toutes choses, par qui aussi il a fait les siècles.
3 Resplendissement de sa gloire, effigie de sa substance, ce Fils qui soutient l’univers par sa parole puissante, ayant accompli la purification des péchés, s’est assis à la droite de la Majesté dans les hauteurs,
4 devenu d’autant supérieur aux anges que le nom qu’il a reçu en héritage est incomparable au leur.
Jn 1 12 Mais à ceux qui l’ont reçu, à ceux qui croient en son nom, il a donné le pouvoir de devenir enfants de Dieu. Jn 1 13 Ceux-là ne sont pas nés du sang, ni d’un vouloir de chair, ni d’un vouloir d’homme, mais de Dieu.
Jn 1 14 Et le Verbe s’est fait chair et il a habité parmi nous et nous avons vu sa gloire, cette gloire que, Fils unique plein de grâce et de vérité, il tient du Père.
Prière
*Seigneur Jésus, tu passes dans nos vies par tes messagers que sont nos frères et nos soeurs, qui reproduisent ton image en se manifestant comme nos serviteurs, ainsi qu’en nous partageant ta Parole et ton témoignage : aide-moi à te reconnaître sur le visage de tous ceux et de toutes celles que tu illuimines de l’intérieur par ton Esprit Saint, qui leur fait don de la foi et de l’amour à la façon de Dieu, et fais de moi, chaque fois qur tu m’envoies à la rencontre des autres, un émissaire de ton salut, de ta Parole et de la vie de Dieu que tu nous apportes. AMEN.
28.06.2003.*
Évangile : Matthieu 8, 5-17
DE L’EVANGILE DE MATTHIEU
Texte
5 Comme il était entré dans Capharnaüm, un centurion s’approcha de lui en le suppliant :
6 ” Seigneur, dit-il, mon enfant gît dans ma maison, atteint de paralysie et souffrant atrocement. “
7 Il lui dit : ” Je vais aller le guérir. ” -
8 ” Seigneur, reprit le centurion, je ne mérite pas que tu entres sous mon toit ; mais dis seulement un mot et mon enfant sera guéri.
9 Car moi, qui ne suis qu’un subalterne, j’ai sous moi des soldats, et je dis à l’un : Va ! et il va, et à un autre : Viens ! et il vient, et à mon serviteur : Fais ceci ! et il le fait. “
10 Entendant cela, Jésus fut dans l’admiration et dit à ceux qui le suivaient : ” En vérité, je vous le dis, chez personne je n’ai trouvé une telle foi en Israël.
11 Eh bien ! je vous dis que beaucoup viendront du levant et du couchant prendre place au festin avec Abraham, Isaac et Jacob dans le Royaume des Cieux,
12 tandis que les fils du Royaume seront jetés dans les ténèbres extérieures : là seront les pleurs et les grincements de dents. “
13 Puis il dit au centurion : ” Va ! Qu’il t’advienne selon ta foi ! ” Et l’enfant fut guéri sur l’heure.
14 Étant venu dans la maison de Pierre, Jésus vit sa belle-mère alitée, avec la fièvre.
15 Il lui toucha la main, la fièvre la quitta, elle se leva et elle le servait.
16 Le soir venu, on lui présenta beaucoup de démoniaques ; il chassa les esprits d’un mot, et il guérit tous les malades,
17 afin que s’accomplît l’oracle d’Isaïe le prophète : Il a pris nos infirmités et s’est chargé de nos maladies.
Commentaire
1. Situation
Cet Evangile, qui porte le nom de Matthieu, trouve peut-être sa première source dans une collection de paroles de Jésus, écrites en Araméen et attribuées à l’apôtre Matthieu, par un Père de l’Eglise, Papias d’Alexandrie, vers 125.
Cet Evangile, qui reprend beaucoup de passages de l’Evangile de Marc (qui avait été écrit vers 65), mais en y ajoutant des éléments qu’il partage en grande partie avec Luc, a été très probablement rédigé entre les années 85 et 90.
A parcourir tout ce Livre, on peut se demander s’il a été composé pour des chrétiens d’origine Juive (Judéochrétiens), ou pour des chrétiens d’origine païenne, ou encore pour les deux. La position communément admise de nos jours est qu’il a été écrit pour une communauté Judéochrétienne qui s’est trouvée exclue du Judaïsme, suite à une décision par des rabbins Juifs non chrétiens de ne plus tolérer la double appartenance, à la fois Juive et chrétienne, de ces Judéochrétiens, qui avait été possible jusqu’à cette date. Rupture qui explique la dureté des propos mis dans la bouche de Jésus contre les Scribes et Pharisiens de son temps (Matth. chapitre 23).
Néanmoins, même s’il a été d’abord écrit pour confirmer une communauté Judéochrétienne dans sa découverte de la Bonne Nouvelle de Jésus, cet Evangile est ouvert également à la mission universelle auprès des païens, et il se termine par un envoi en mission par le Christ ressuscité, avec ces paroles : “allez, de toutes les nations, faites des disciples” (28, 18).
On peut diviser cet Evangile en 11 parties, qui se répondent en sens inverse (la 1ère correspondant à la dernière, la 2ème, à l’avant-dernière, etc…), concentrées autour de la 6ème partie, le “Discours en paraboles”, qui sert en quelque sorte de “pivot”. Nous obtenons ainsi le découpage suivant :
- Naissance de Jésus et commencement de sa mission (1 - 4)
- Bénédictions et Discours sur la montagne (5 - 7)
- Manifestations de l’autorité de Jésus et de ses appels (8 - 9)
- Discours sur la mission (10)
- Jésus rejeté par “cette génération” (11 - 12 )
- Discours en paraboles (13)
- Jésus reconnu par ses disciples (14 - 17)
- Discours sur la manière de vivre en communauté de croyants (18)
- De nouveau, Jésus manifeste son autorité et ses appels (19 - 22)
- Proclamation de situations malheureuses et Discours sur la venue définitive du Royaume (23 - 24)
- Passion, mort et résurrection (26 - 28)
Cette présentation fait ressortir que cet Evangile est bien rythmé par 5 grands discours de Jésus, dans lesquels l’auteur a concentré la majeure partie de son enseignement. Les 5 discours ont souvent fait penser aux 5 livres de Moïse de l’Ancien Testament. On dit volontiers que, pour Matthieu, Jésus est le “Nouveau Moïse”.
Notre page appartient à la 3ème partie de cet Evangile, nous montrant l’autorité de Jésus en acte dans ses oeuvres de miséricorde. Une série de récits intermédiaires nous relatant le ministère de Jésus va nous conduire à la lecture de son 2ème grand discours, le discours sur la mission, qui formera la partie suivante de l’Evangile.
Dans le Discours sur la Charte du Royaume, ou Sermon sur la Montagne, Matthieu nous a présenté Jésus Messie de Dieu en sa Parole. Il nous le fait maintenant découvrir comme Messie par ses actes au Nom de Dieu. En 9 récits de miracles, 10 à vrai dire, car l’un d’eux reprend deux événements miraculeux, Matthieu nous révèle la puissance de Jésus, que certains ont volontiers mise en relation avec la force d’intervention de Moïse infligeant les 10 plaies de Dieu sur l’Egypte de Pharaon, la différence importante étant ici toutefois que Jésus répand non pas le châtiment ni l’épreuve, mais la miséricorde, la guérison, la libération et la paix.
Cette série de miracles est cependant interrompue à deux reprises, par des paroles de Jésus sur les conditions à remplir pour le suivre en qualité de disciple (8, 18 -22), ainsi que par l’épisode de l’appel de Matthieu le publicain, suivi de remarques de Jésus sur le jeûne et la comparaison du “neuf” et du “vieux” pour situer la nouveauté de son Evangile.
Notre page commence avec l’arrivée de Jésus à Capharnaûm, au moment où, après être descendu de la montagne des béatitudes et avoir guéri un lépreux en le touchant (8, 1 -4), il entre dans la bourgade.
2. Message
Ce récit de miracle-guérison contraste fortement avec le précédent, la guérison du lépreux, que Jésus a renvoyé immédiatement se montrer aux prêtres, selon les règlements de la Torah Juive. Ici, nous percevons comme une avant-première de la mission auprès des païens, vers lesquels le Ressuscité enverra les siens lors de sa dernière apparition sur la Montagne de Galilée (Matthieu, 28, 16 - 20). Nous sommes ici dans un tout autre environnement humain et culturel que lors de la situation du miracle précédent : un païen s’approche de Jésus, comment va-t-il l’accueillir ?
En effet, Jésus répond à l’appel de ce centurion, officier subalterne de la puissance occupante, en s’offrant d’aller lui guérir son serviteur à domicile (notons toutefois qu’une autre traduction du texte est possible pour ce v. 7, et selon laquelle Jésus répond par une question, qui semble créer un obstacle, mais qui n’en soulignera que plus la démarche de foi du centurion : voir la traduction de TOB et note “j”). Mais le centurion, pour obtenir sans doute une réponse immédiate de Jésus, sans pour autant l’obliger à manquer aux dispositions de la Loi Juive sur la fréquentation des non-Juifs, manifeste sur le champ et publiquement sa foi en Jésus, en se situant à un niveau de profondeur et d’engagement qui ne peut que provoquer une réponse ouverte de Jésus.
Cette foi n’est pas simplement la reconnaissance du grand pouvoir de guérison de Jésus, ni de sa capacité de guérir à distance. Comme l’indique très bien TOB, Matthieu., 6, 10, note “k”, la foi de ce centurion s’appuie sur ce qu’il perçoit de Jésus lorsqu’il se trouve ainsi en sa présence : pour lui, Jésus doit être soumis à Dieu, dont il reçoit tout, de la même façon qu’un centurion romain, en raison de sa soumission à l’empereur, reçoit tous ses pouvoirs de lui. Jésus “respire” tant la soumission à Dieu qu’il paraît à cet homme disposer de la puissance de Dieu qui lui est donnée.
Jésus constate cette foi, dont il fait immédiatement grand éloge, en la situant par rapport à la foi hésitante ou inexistante des Juifs pourtant “héritiers du Royaume”. Il guérit donc, d’une parole prononcée à distance, le serviteur de ce centurion, et s’en va paser ensuite quelque temps dans la maison de Simon-Pierre, où il prend immédiatement l’initiative de guérir la belle-mère de Simon.
Cette page se clôt sur un rappel sommaire de toutes les guérisons effectuées par Jésus et nous offre une interprétation de ce qui se passe quand Jésus effectue ainsi des guérisons : il prend sur lui toutes nos misères, dont il se charge, comme le Serviteur de Dieu qui nous est décrit au 2ème Livre d’Isaïe, cité ici (Isaïe, 53, 4), à la différence toutefois qu’ici Jésus ne nous est pas présenté comme portant nos péchés, mais toutes nos limites, maladies, faiblesses et imperfections en tous genres, se révélant ainsi non seulement comme “Serviteur” souffrant, mais surtout comme “Sauveur”, dans la mesure où, nous guérissant et nous donnant la paix, il effectue ce “merveilleux échange” de nous donner sa “santé-sainteté” en tous domaines, en échange de nos misères les plus grandes.
3. Decouvertes
Notons la délicatesse du centurion au verset 8 : en demandant à Jésus de se contenter d’un mot pour guérir son serviteur, il fait preuve de politesse, d’humilité et de sa réticence à laisser entrer Jésus, en se souillant ainsi selon la Loi Juive, dans une maison de païen.
Remarquons son argumentation de croyant déclarant à Jésus, avec un aplomb tout de simplicité: “tu disposes au moins, face à la maladie de mon serviteur, de la même autorité que j’ai moi-même lorsque je donne des ordres à mes soldats. Alors, donne ton ordre, dis une parole, et, bien que je ne mérite rien dans mon indignité, mon serviteur sera guéri”.
Ces paroles du centurion sont devenues une réponse tellement classique qu’elles font désormais partie de notre liturgie latine pour souligner notre indignité fondamentale à recevoir le Seigneur au coeur de notre vie.
Jésus fait l’éloge de la foi de cet homme, qu’il estime digne de participer pour cela au banquet du Royaume des cieux avec tous les croyants authentiques de l’histoire d’Israël, avec tous ceux qui, comme lui ce jour, ont vécu ou vivent selon l’attitude de foi d’Abraham. Cette attitude de foi consiste à compter totalement sur Dieu, sans calcul, sans hésitation, sans rien chercher d’autre que de se remettre entre ses mains.
Cette foi est une démarche d’ouverture toujours renouvelée, et elle ouvre les portes du Royaume, lequel n’est pas un dû, ni une valeur que l’on possède, mais tout simplement un don absolument gratuit, qu’il nous appartient de recevoir tel qu’il nous est offert.
4. Prolongement
Foi du centurion, foi d’Abraham, foi de Jésus “initiateur de notre foi, et qui la mène à son accomplissement” (Hébreux, 12, 2), telle est notre foi qui essaye chaque jour de dire notre “Oui” au Père à la façon de Jésus, et selon la puissance de Jésus en nous, comme nous le dit Paul en 2 Cororinthiens, 1, 19 - 20.
Cependant, cette attitude de foi est toujours libérante, dans la mesure où elle n’existe que si nous nous quittons nous-mêmes pour nous attacher au Christ (Romains, 6, 15 - 23). Elle est tout le contraire de la banalité ou de la revendication d’un dû, même si une promesse nous a été faite, car elle suppose “ouverture” en vue d’une rencontre de l’autre auquel on se remet en toute confiance, ce qui ne va pas sans une démarche authentique et concrète d’engagement.
Prière
*Seigneur Jésus, toi le seul qui n’ait jamais péché, tu es notre modèle de pauvreté et d’humilité, dans une confiance totale et une obéissance permanente au Père dont tu ne cherches qu’à accomplir la volonté face à toutes les personnes et tous les événeents rencontrés : donne-moi de savoir toujours me tourner vers toi comme tu te tournes vers le Père, avec la simplicité d’un enfant qui ne doute jamais qu’il sera pris en charge par ceux qui l’aiment. AMEN.
28.06.2003.*