📘 Commentaire biblique de l’abbé Léon Hamain
Première lecture : 2 Rois 25, 1-12
DU 2ème LIVRE DES ROIS
Texte
1 En la neuvième année du règne de Sédécias, le dixième jour du dixième mois, Nabucodonosor, roi de Babylone, vint attaquer Jérusalem avec toute son armée ; il établit son camp devant la ville, qu’il entoura d’un retranchement.
2 La ville fut assiégée jusqu’à la onzième année du règne de Sédécias.
3 Le neuvième jour du quatrième mois, comme la famine était devenue terrible dans la ville et que les gens du pays n’avaient plus de pain,
4 une brèche fut ouverte dans le rempart de la ville. Mais toute l’armée s’échappa dans la nuit, par la porte du double rempart, près du jardin du roi, dans la direction de la plaine du Jourdain, pendant que les Chaldéens cernaient la ville.
5 Les troupes chaldéennes poursuivirent le roi et le rattrapèrent dans la plaine de Jéricho ; toute son armée en débandade l’avait abandonné.
6 Les Chaldéens s’emparèrent du roi, ils le menèrent à Ribla, auprès du roi de Babylone, et l’on prononça la sentence.
7 Les fils de Sédécias furent égorgés sous ses yeux, puis on lui creva les yeux, il fut enchaîné et emmené à Babylone.
8 Le septième jour du cinquième mois, en la dix-neuvième année du règne de Nabucodonosor, Nabouzardane, commandant de la garde, officier du roi de Babylone, fit son entrée à Jérusalem.
9 Il incendia le Temple, le palais et toutes les maisons des notables.
10 Les troupes chaldéennes qui étaient avec lui abattirent les remparts de Jérusalem.
11 Nabouzardane déporta tout le peuple resté dans la ville, les déserteurs qui avaient passé au roi de Babylone, bref, toute la population.
12 Il laissa seulement une partie du petit peuple de la campagne, pour avoir des vignerons et des laboureurs. (traduction liturgique catholique romaine)
Commentaire
1. Situation
Les 2 Livres des Rois nous relatent l’histoire des royaumes d’Israël et de Juda depuis Salomon jusqu’à l’exil à Babylone, c’est-à-dire depuis le milieu du 10ème siècle jusqu’au milieu du 6ème siècle. Intervalle qui correspond exactement à la période durant laquelle Israël et Juda ont été vraiment, l’un et l’autre, un Etat, au sens politique du terme, et non pas seulement le “Peuple de Dieu”, qui a existé comme tel bien avant l’avènement de David qui l’avait ainsi unifié, ainsi que bien après l’exil, qui a marqué la fin de son indépendance politique. Intervalle qui est également celui d’un déclin régulier, à travers une marche historique faite de lumières et d’ombres.
Dans ces Livres des Rois, chacun des rois nous est présenté selon un schéma identique : date et âge d’avènement, longueur du règne, nom de la reine-mère (pour les rois de Juda), appréciation de son attitude face au Dieu d’Israêl. Le récit concernant chacun d’eux se conclut également de la même façon : indication de la source de renseignements utilisée concernant ce roi, mention de sa mort et de sa sépulture, nom et prise de pouvoir de son successeur.
Le thème fondamental de ces livres des Rois est que le Temple de Yahvé-Dieu à Jérusalem est le seul endroit où l’on peut légitimement adorer Dieu. Israël, le royaume du Nord, suite à la division du royaume unfié, après la mort de Salomon, a donc construit des sanctuaires schismatiques, soumis aux influences païennes.
Tous les rois d’Israêl et de Juda ne sont finalement appréciés que selon le critère du 1er commandement donné à Moïse, et concernant le culte exclusif à rendre à Yahvé, le seul et unique Dieu.
Vu l’importance de la réforme religieuse du roi Josias en 622, selon les données du Livre du Deutéronome au chapitre 12 (2 Rois, 22), on estime que toute l’histoire des rois a été ainsi relue et composée après ce règne et cette réforme de Josias.
Que ces 2 Livres des Rois aient été écrits avant ou pendant l’exil Babylonien, il n’en reste pas moins que le, ou les, auteur(s) de ces livres est, ou sont, marqué(s) par le Deutéronome ou la pensée Deutéronomiste, telle qu’elle est résumée en Deutéronome, 6,4. Leur but est de montrer à quel point l’histoire d’Israël et de Juda est à interpréter selon la relation au Dieu de l’Alliance, et comment, perçue ainsi, on la découvre conduite par Yahvé-Dieu.
Ces 2 Livres des Rois sont à aborder comme une seule oeuvre nous transmettant en 3 parties : - l’histoire du règne de Salomon (1 Rois, 1 - 11), - l’histoire synchronique des 2 royaumes du Nord (Israël) et du Sud (Juda), jusqu’à la ruine du Royaume du Nord (1 Rois, 12, 1 - 2 Rois, 17, 41), - la fin de l’histoire du royaume de Juda jusqu’à l’exil Babylonien ( 2 Rois, 18, 1 - 25, 30).
2. Message
Sédécias, placé sur le trône royal de Jérusalem par le roi chaldéen de Babylone Nabuchodonosor, lors de la 1ère déportation, en est venu à se révolter contre Nabuchodonosor.
D’où la réponse brutale de ce dernier qui s’en vient assiéger Jérusalem, affamer ses habitants. La rétribution est très lourde et terrible quand Sédécias tente de s’échapper avec son armée, se fait rattraper et devient le prisonnier torturé et rendu aveugle de Nabuchodonosor.
La ville entière est iincendiées, le Temple de Dieu est détruit, les remparts sont démolis. , et une grande partie de la population de Jérusalem est déportée à Babylone.
3. Decouvertes
Telle est bien la fin d’une époque. Même si Dieu va continuer d’accompagner son peuple en exil comme après le retour d’exil, le peuple Juif ne retrouvera de fait (quoi que l’on puisse penser de cette dernière retrouvaille) la maîtrise de sa terre qu’à dater des années 1950 de notre ère, suite à la seconde guerre mondiale.
En effet, à leur retour d’exil, les Israélites du Royaume de Juda récupèreront certes leur liberté religieuse, ils pourront même reconstruire leur Temple ainsi que les remparts de la ville, mais dans une situation et un environnement où désormais la Palestine et Jérusalem sont devenues et deviendront successivement, province Perse, puis Grecque, puis Romaine.
Le roi Sédécias était l’oncle de Jehoiakin, que Nabuchodonosor avait déjà déporté à Babylone. Jérémie nous est présenté comme son confident (Jérémie, 37, 17 - 21; 38, 14 - 28), mais un confident qui n’est pas écouté par Sédécias, qui préfère adopter une politique anti-babylonnienne qui lui coûtera très cher.
Il semble que la population Palestinienne laissée dans le pays soit plus importante que le laisse entendre ce passage.
4. Prolongement
Ruine d’un peuple, d’une nation, d’une ville, d’un Temple, nous dit ce texte, avec sans doute de l’exaggération. Ce qui n’empêche pas de laisser dans l’esprit des croyants de ce peuple place à l’espérance soit d’un Messie Royal à venir comme un descendant de David, soit, pour d’autres, d’un Serviteur de Dieu, confidant du Seigneur et acceptant de souffrir en sa mission pour le salut de son peuple (Isaïe, 42; 49; 50; 52 - 53).
Jésus a vécu lui-même la proximité de la destruction de son humanité dnas sa crucifixion, comme une grande peine et une agonie, avant d’être exaucé en sa résurrection glorieuse. Avec lui, qui, dans le don de son Esprit Saint nous transmet ce qu’il a vécu en profondeur en son événement pascal, nous vivons dès maintenant une vi nouvelle car nous avons été baptisés dans sa mort-résurrection et nous avons revêtu le Christ, en devenant fils avc lui et co-héritiers de son Royaume.
Face à cet achèvemnet de out le plan de Dieu en la mort-résurr’ection de jésus, la ruine de Jérusalem n’est pour nous qu’une étape, doht la bible nous dit qu’elle s’expllique par le péché des hommes d’Israêl qui ne cherchainet qu’à être une nation “comme les autres”, sans plus désormais donner priorité à la Parole et à l’actionde Dieu qui les appelait à être le peuple prophétique d’un salut dont les dimensions dépassent les jhorizons ordinaires de ce monde.
Prière
*Seigneur Jésus, tu nous as dit être venu parmi nous pour sauver ce qui était perdu, et, en obéissant jusqu’au bout à la volonté du Père pour révéler à quel point Dieu est miséricordieux et nous sauve tout-à-fait gratuitement, tu nous as offert le salut et la libération de notre péché, qui est repli intégral sur nous-mêmes et refus de l’ouverture à Dieu et aux autres : donne-moi de mesurer la puissance de la rédemption que tu nous proposes et réalises en chacune et chacun d’entre nous, si nous nous ouvrons dans la confiance à ton action de miséricorde et de pardon que nous explique le message de ta Parole. AMEN.
25.06.2004.*
Évangile : Matthieu 8, 1-4
DE L’EVANGILE DE MATTHIEU
Texte
1 Quand il fut descendu de la montagne, des foules nombreuses se mirent à le suivre.
2 Or voici qu’un lépreux s’approcha et se prosterna devant lui en disant : ” Seigneur, si tu le veux, tu peux me purifier.”
3 Il étendit la main et le toucha, en disant : ” Je le veux, sois purifié. ” Et aussitôt sa lèpre fut purifiée.
4 Et Jésus lui dit : ” Garde-toi d’en parler à personne, mais va te montrer au prêtre et offre le don qu’a prescrit Moïse : ce leur sera une attestation. “
Commentaire
1. Situation
Cet Evangile, qui porte le nom de Matthieu, trouve peut-être sa première source dans une collection de paroles de Jésus, écrites en Araméen et attribuées à l’apôtre Matthieu, par un Père de l’Eglise, Papias d’Alexandrie, vers 125.
Cet Evangile, qui reprend beaucoup de passages de l’Evangile de Marc (qui avait été écrit vers 65), mais en y ajoutant des éléments qu’il partage en grande partie avec Luc, a été très probablement rédigé entre les années 85 et 90.
A parcourir tout ce Livre, on peut se demander s’il a été composé pour des chrétiens d’origine Juive (Judéochrétiens), ou pour des chrétiens d’origine païenne, ou encore pour les deux. La position communément admise de nos jours est qu’il a été écrit pour une communauté Judéochrétienne qui s’est trouvée exclue du Judaïsme, suite à une décision par des rabbins Juifs non chrétiens de ne plus tolérer la double appartenance, à la fois Juive et chrétienne, de ces Judéochrétiens, qui avait été possible jusqu’à cette date. Rupture qui explique la dureté des propos mis dans la bouche de Jésus contre les Scribes et Pharisiens de son temps (Matth. chapitre 23).
Néanmoins, même s’il a été d’abord écrit pour confirmer une communauté Judéochrétienne dans sa découverte de la Bonne Nouvelle de Jésus, cet Evangile est ouvert également à la mission universelle auprès des païens, et il se termine par un envoi en mission par le Christ ressuscité, avec ces paroles : “allez, de toutes les nations, faites des disciples” (28, 18).
On peut diviser cet Evangile en 11 parties, qui se répondent en sens inverse (la 1ère correspondant à la dernière, la 2ème, à l’avant-dernière, etc…), concentrées autour de la 6ème partie, le “Discours en paraboles”, qui sert en quelque sorte de “pivot”. Nous obtenons ainsi le découpage suivant :
- Naissance de Jésus et commencement de sa mission (1 - 4)
- Bénédictions et Discours sur la montagne (5 - 7)
- Manifestations de l’autorité de Jésus et de ses appels (8 - 9)
- Discours sur la mission (10)
- Jésus rejeté par “cette génération” (11 - 12 )
- Discours en paraboles (13)
- Jésus reconnu par ses disciples (14 - 17)
- Discours sur la manière de vivre en communauté de croyants (18)
- De nouveau, Jésus manifeste son autorité et ses appels (19 - 22)
- Proclamation de situations malheureuses et Discours sur la venue définitive du Royaume (23 - 24)
- Passion, mort et résurrection (26 - 28)
Cette présentation fait ressortir que cet Evangile est bien rythmé par 5 grands discours de Jésus, dans lesquels l’auteur a concentré la majeure partie de son enseignement. Les 5 discours ont souvent fait penser aux 5 livres de Moïse de l’Ancien Testament. On dit volontiers que, pour Matthieu, Jésus est le “Nouveau Moïse”.
Avec notre page commence une 3ème partie de cet Evangile, nous montrant l’autorité de Jésus en acte dans ses oeuvres de miséricorde. Une série de récits intermédiaires nous relatant le ministère de Jésus va nous conduire à la lecture de son 2ème grand discours, le discours sur la mission, qui formera la partie suivante de l’Evangile.
2. Message
Jésus descend donc de la montagne, au sommet de laquelle il vient de prononcer son 1er grand discours sur la charte du Royaume.
Et voici qu’immédiatement un lépreux l’aborde et l’interpelle pour lui demander de le guérir s’il le veut. En le touchant, Jésus enfreint la Loi qui interdisait tout contact proche avec de tels malades, considérés comme impurs, tout en la dépassant au nom du service de l’homme, dans la miséricorde.
Cependant, en envoyant l’homme qu’il vient ainsi de guérir se montrer au prêtre, Jésus observe en même temps cette Loi de Moïse (Lévitique, 13, 49).
Nous constatons donc que Jésus illustre bien, par son comportement, l’enseignement de base qu’il vient de proclamer dans son discours sur la Montagne : il n’est pas venu abolir les enseignements des Livres de la Loi, ni ceux des Livres des Prophètes, mais les accomplir, tout en les dépassant radicalement (5, 17 - 48).
3. Decouvertes
Après le défi qu’il a lancé en paroles tout au long de son premier discours, nous découvrons le défi semblable que Jésus lance maintenant par ses actions de miséricorde, accomplies surtout en faveur de personnes défavorisées, ou marginalisées par la société. Ces gestes, souvent spectaculaires, se trouvent regroupés en 3 triades de 3 miracles chacune, qui se déploient tout au long de cette partie de l’Evangile (8, 1 - 9, 34). En plus de la première triade, dans laquelle se trouve notre page (8, 1 - 17), les deux autres se lisent en 8, 23 - 9, 8 et 9, 18 - 34.
Cette purification d’un lépreux, à laquelle nous assistons, constitue la première guérison de cette première triade, qui nous raconte ensuite la guérison du fils du centurion de Capharnaüm, ainsi que celle de la belle-mère de Pierre.
L’autorité de Jésus, constatée dans sa manière de parler, et reconnue à la fin de son premier discours (7,28 - 29), se manifeste tout autant dans la manière selon laquelle Jésus se comporte et parle au lépreux : “Je le veux, sois guéri”.
La “lèpre” dont il est ici question ne correspond probablement pas à la maladie que nous mettons sous ce nom aujourd’hui. Il faut y voir une maladie de la peau, semblable à celle constatée dans le Livre des Nombres (Nombres, 12), lorsque Moïse guérit Myriam, ainsi que dans le 2ème Livres des Rois (5, 1 - 14), lorsqu’Elisée guérit le général Syrien Naaman.
Notons cependant la dimension eschatologique de ce genre de guérison. En 11, 5, Jésus répond à la question des envoyés de Jean-Baptiste avec des signes de la fin des temps, liés à l’apparitin du Messie, dont la purification des lépreux, et, dans ses consignes de mission aux Douze, au cours de son 2ème grand discours missionnaire, Jésus leur demande spécifiquement de guérir les lépreux, et donc de l’imiter sur ce point également (10, 8).
4. Prolongement
Ce que les deux disciples , qui s’en retournent à Emmaüs, le soir de Pâques, racontent à son sujet au Christ ressuscité qui les rejoint sur la route, correspond bien à l’image forte que Jésus avait imprégnée chez tous ceux qui l’avaient rencontré tout au long de son ministère :
19 ” Quoi donc ? ” leur dit-il. Ils lui dirent : ” Ce qui concerne Jésus le Nazarénien, qui s’est montré un prophète puissant en œuvres et en paroles devant Dieu et devant tout le peuple,
Même si les Actes des Apôtres nous racontent des miracles de guérison du même genre que ceux de Jésus, accomplis par Pierre et Paul, et qui montraient la continuité de leur mission par rapport à celle de Jésus, manifestant ainsi que “l’affaire Jésus” continuait bien après sa mort, en la puissance de son Nom et dans la force de son Esprit, et même si Jésus, dans son dernier discours avant sa mort, a promis à ceux qui croient en lui qu’ils feraient les mêmes oeuvres que lui, et même des oeuvres plus grandes que les siennes, parce qu’il allait vers le Père (Jean, 14, 12), ce n’est pas par des signes prodigieux et spectaculaires que nous avons aujourd’hui à le rendre visible, mais par notre témoignage, personnel et communautaire, en paroles et en actes, témoignage animé par son Esprit qui habite en nous, et nous fait reproduire les comportements de Jésus.
Comme l’écrit Paul au Corinthiens, nous avons tous, les uns face aux autres, à nous édifier dans l’imitation de Jésus le Christ :
1 Montrez-vous mes imitateurs, comme je le suis moi-même du Christ.
Prière
*Seigneur Jésus, après avoir rendu le beau témoignage de ta propre mission, tu attends de nous qu’à notre tour nous soyons tes témoins, par notre parole et par notre manière de t’imiter en toutes nos démarches, vécues avec toi, dans la force de ton Esprit : apprends-moi à rendre compte de l’espérance qui est en nous tous qui croyons en toi, et à faire connaître ton Nom, chaque fois qu’on m’interroge sur mes comportements ou mes attitudes, qui doivent être autant d’occasions de montrer que toi seul es celui qui donne sens à ma vie, en m’orientant sans cesse vers le Père. AMEN.
28.06.2002.*