📘 Commentaire biblique de l’abbé Léon Hamain


Première lecture : Amos 7, 10-17

DU LIVRE D’AMOS

Texte

10 Alors Amasias, le prêtre de Béthel, envoya dire à Jéroboam, roi d’Israël : ” Amos conspire contre toi, au sein de la maison d’Israël; le pays ne peut tolérer ses discours.
11 Car ainsi parle Amos : “Jéroboam périra par l’épée et Israël sera déporté loin de sa terre”. “
12 Et Amasias dit à Amos : ” Voyant, va-t-en; fuis au pays de Juda; mange ton pain là-bas, et là-bas prophétise.
13 Mais à Béthel, cesse désormais de prophétiser, car c’est un sanctuaire royal, un temple du royaume. “
14 Amos répondit et dit à Amasias : ” Je ne suis pas prophète, je ne suis pas frère prophète; je suis bouvier et pinceur de sycomores.
15 Mais Yahvé m’a pris de derrière le troupeau et Yahvé m’a dit : “Va, prophétise à mon peuple Israël. “
16 Et maintenant, écoute la parole de Yahvé : Tu dis : “Tu ne prophétiseras pas contre Israël, tu ne vaticineras pas contre la maison d’Isaac. “
17 C’est pourquoi, ainsi parle Yahvé : “Ta femme se prostituera dans la ville, tes fils et tes filles tomberont sous l’épée, ta terre sera partagée au cordeau, et toi, tu mourras sur une terre impure, et Israël sera déporté loin de sa terre”.

Commentaire

1. Situation

Amos, prophète du 8ème siècle, juste avant la conquête et la déportation du royaume du Nord par l’Assyrie.

Il est probablement le plus ancien des prophèts écrivains. Cependant, dans les Bibles, son oeuvre se trouve toujours après celle d’Osée, et quelquefois de Joël, et précédant soit celle de Michée, soit celle d’Obadiah, tous prophètes qui furent ses contemporains.

D’autre part son livre révèle des liens et affinités de vocabulaire et de thèmes avec ceux de tous ces prophètes : voir Amos, 1, 2 et Joël, 4, 16; Amos, 9, 2 et Obadiah, 1 - 4; Amos, 9, 13 - 15 et Osée 14, 4 - 8, ainsi que Joël, 4, 18; Amos, 9, 2 - 3 et Jonas, 1, 3.

Selon Amos, depuis Jérusalem, Yahvé-Dieu juge les transgressions d’Israêl, de Juda et des nations voisines. Il reproche particulièrement à Israël : l’oppression des pauvres, la perversion de la justice, le rejet des prophètes, une fausse attitude religieuse, et une trompeuse confiance en soi. Le seul espoir d’Israël, c’est de choisir Yahvé, dans la justice et la compassion (5, 1 - 27).

Le livre d’Amos développe les points suivants : - jugement de Dieu à l’égard des nations, y compris Israël et Juda, (1, 1 - 2, 16), - accusations contre Israël et appel à ce peuple (3, 1 - 6, 14), - visions, interprétations, paroles de jugement et de salut (7, 1 - 9, 15).

Trois hypothèses sur le livre actuel d’Amos : il nous livre de près la prédication d’Amos, ou bien, une couche primitive a été remaniée au 7ème siècle et revue après l’exil, ou encore, une tradition primitive d’oracles et de poèmes a été mise en forme après l’exil ? La plupart hésitent entre la 2ème et la 3ème hypothèses.

2. Message

Amos, dénoncé au roi d’Israël par le prêtre de Béthel, pour avoir prophétisé la mort de ce souverain et la déportation d’Israël, reçoit maintenant de ce même prêtre, Amazias, l’interdiction de parler au Nom du Seigneur.

Amos, qui n’a jamais fait partie des “prophètes professionnels”, ni des “prophètes de cour”, qui existaient alors, répond que Yahvé-Dieu l’a tiré de son métier d’homme pour l’envoyer personnellement parler en son Nom en qualité de prophète.

Ce qu’Amos continue de faire, en confirmant sa prophétie de la ruine d’Israël, tout en précisant à Amazias comment lui et les siens seront entraînés dans cette catastrophe.

3. Decouvertes

Amazias reconnaît qu’Amos est un prophète authentique, un “Voyant”, et le dénonce comme tel.

En lui interdisant de prophétiser au sanctuaire royal de Béthel, Amazias veut réduire à néant les oracles prophétiques prononcés par Amos.

L’authenticité prophétique d’Amos lui vient d’un appel personnel de Yahvé-Dieu, qui lui a demandé de tout quitter afin de devenir son prophète.

Cet appel d’Amos, pris de derrière son travail des champs, nous renvoie à l’appel de Moïse dans les alentours du Sinaï (Exode, 3), à celui de David (Psaume 78, 70 et 2 Samuel, 7, 8), ainsi qu’à celui d’Elisée (1 Rois, 19, 19 - 21).

Il est dangereux de s’opposer à un “vrai” prophète de Yahvé, car il ne fait que prophétiser davantage.

Dans la ruine d’Israël annoncée par Amos, le prêtre Amazias sera dans l’incapacité totale d’exercer ses fonctions : il se trouvera sur une terre impure, en déportation, et son épouse elle-même sera souillée.

4. Prolongement

Dans la mesure où nous sommes de véritables disciples, capables de “tout” quitter pour suivre Jésus, dans la foi, avec un coeur de pauvre, il nous envoie rayonner sa présence qui nous habite, et témoigner de lui par nos paroles et nos actes. Et si nous reproduisons tel ou tel aspect particulier de la mission de Jésus, dans la force de son Esprit, en relation avec nos communautés d’Eglise, et dans le monde, nous rendons présent le ministère prophétique de Jésus, le dernier des prophètes, et sans successeur, puisqu’il est la Parole même de Dieu “faite chair” (Jean, 1, 14).

Nous nous situons donc dans la lignée de tous ceux qui nous ont précédé, nous transmettant la Bonne Nouvelle et nous communiquant la Vie de Jésus : les apôtres, les Pères de l’Eglise, ainsi que toutes les sortes de “témoins” engagés :

9 Étant sorti, Jésus vit, en passant, un homme assis au bureau de la douane, appelé Matthieu, et il lui dit : ” Suis-moi ! ” Et, se levant, il le suivit.

17 Car le Christ ne m’a pas envoyé baptiser, mais annoncer l’Évangile, et cela sans la sagesse du langage, pour que ne soit pas réduite à néant la croix du Christ.

16 Annoncer l’Évangile en effet n’est pas pour moi un titre de gloire ; c’est une nécessité qui m’incombe. Oui, malheur à moi si je n’annonçais pas l’Évangile !

17 Si j’avais l’initiative de cette tâche, j’aurais droit à une récompense ; si je ne l’ai pas, c’est une charge qui m’est confiée.

18 Quelle est donc ma récompense ? C’est qu’en annonçant l’Évangile, j’offre gratuitement l’Évangile, sans user du droit que me confère l’Évangile.

19 Oui, libre à l’égard de tous, je me suis fait l’esclave de tous, afin de gagner le plus grand nombre.

20 Je me suis fait Juif avec les Juifs, afin de gagner les Juifs ; sujet de la Loi avec les sujets de la Loi - moi, qui ne suis pas sujet de la Loi - afin de gagner les sujets de la Loi.

21 Je me suis fait un sans-loi avec les sans-loi - moi qui ne suis pas sans une loi de Dieu, étant sous la loi du Christ - afin de gagner les sans-loi.

22 Je me suis fait faible avec les faibles, afin de gagner les faibles. Je me suis fait tout à tous, afin d’en sauver à tout prix quelques-uns.

23 Et tout cela, je le fais à cause de l’Évangile, afin d’en avoir ma part.

Prière

*Seigneur Jésus, tu n’es venu en notre histoire que pour accomplir la volonté du Père qui t’avait envoyé, puis, à ton tour, tu as appelé des disciples à te suivre en quittant tout, et tu les a chargés de prolonger ta mission jusqu’a la fin des temps : apprends-moi à toujours mieux discerner les contours de ton appel, sans cesse renouvelé, à marcher derrière toi comme un témoin, mais aussi comme quelqu’un qui se sait saisi par toi, et accepte de remettre tout ce qu’il est et tout ce qu’il fait entre tes mains, comme lieu de ta mission et de ta présence parmi les hommes et les femmes d’aujourd’hui. AMEN.

04.07.2002.*

Évangile : Matthieu 9, 1-8

DE L’EVANGILE DE MATTHIEU

Texte

1 S’étant embarqué, il traversa et vint dans sa ville.
2 Et voici qu’on lui apportait un paralytique étendu sur un lit. Jésus, voyant leur foi, dit au paralytique : ” Aie confiance, mon enfant, tes péchés sont remis. “
3 Et voici que quelques scribes se dirent par-devers eux : ” Celui-là blasphème. “
4 Et Jésus, connaissant leurs sentiments, dit : ” Pourquoi ces mauvais sentiments dans vos cœurs ?
5 Quel est donc le plus facile, de dire : Tes péchés sont remis, ou de dire : Lève-toi et marche ?
6 Eh bien ! pour que vous sachiez que le Fils de l’homme a le pouvoir sur la terre de remettre les péchés, lève-toi, dit-il alors au paralytique, prends ton lit et va-t-en chez toi. “
7 Et se levant, il s’en alla chez lui.
8 A cette vue, les foules furent saisies de crainte et glorifièrent Dieu d’avoir donné un tel pouvoir aux hommes.

Commentaire

1. Situation

Cet Evangile, qui porte le nom de Matthieu, trouve peut-être sa première source dans une collection de paroles de Jésus, écrites en Araméen et attribuées à l’apôtre Matthieu, par un Père de l’Eglise, Papias d’Alexandrie, vers 125.

Cet Evangile, qui reprend beaucoup de passages de l’Evangile de Marc (qui avait été écrit vers 65), mais en y ajoutant des éléments qu’il partage en grande partie avec Luc, a été très probablement rédigé entre les années 85 et 90.

A parcourir tout ce Livre, on peut se demander s’il a été composé pour des chrétiens d’origine Juive (Judéochrétiens), ou pour des chrétiens d’origine païenne, ou encore pour les deux. La position communément admise de nos jours est qu’il a été écrit pour une communauté Judéochrétienne qui s’est trouvée exclue du Judaïsme, suite à une décision par des rabbins Juifs non chrétiens de ne plus tolérer la double appartenance, à la fois Juive et chrétienne, de ces Judéochrétiens, qui avait été possible jusqu’à cette date. Rupture qui explique la dureté des propos mis dans la bouche de Jésus contre les Scribes et Pharisiens de son temps (Matth. chapitre 23).

Néanmoins, même s’il a été d’abord écrit pour confirmer une communauté Judéochrétienne dans sa découverte de la Bonne Nouvelle de Jésus, cet Evangile est ouvert également à la mission universelle auprès des païens, et il se termine par un envoi en mission par le Christ ressuscité, avec ces paroles : “allez, de toutes les nations, faites des disciples” (28, 18).

On peut diviser cet Evangile en 11 parties, qui se répondent en sens inverse (la 1ère correspondant à la dernière, la 2ème, à l’avant-dernière, etc…), concentrées autour de la 6ème partie, le “Discours en paraboles”, qui sert en quelque sorte de “pivot”. Nous obtenons ainsi le découpage suivant :

  • Naissance de Jésus et commencement de sa mission (1 - 4)
  • Bénédictions et Discours sur la montagne (5 - 7)
  • Manifestations de l’autorité de Jésus et de ses appels (8 - 9)
  • Discours sur la mission (10)
  • Jésus rejeté par “cette génération” (11 - 12 )
  • Discours en paraboles (13)
  • Jésus reconnu par ses disciples (14 - 17)
  • Discours sur la manière de vivre en communauté de croyants (18)
  • De nouveau, Jésus manifeste son autorité et ses appels (19 - 22)
  • Proclamation de situations malheureuses et Discours sur la venue définitive du Royaume (23 - 24)
  • Passion, mort et résurrection (26 - 28)

Cette présentation fait ressortir que cet Evangile est bien rythmé par 5 grands discours de Jésus, dans lesquels l’auteur a concentré la majeure partie de son enseignement. Les 5 discours ont souvent fait penser aux 5 livres de Moïse de l’Ancien Testament. On dit volontiers que, pour Matthieu, Jésus est le “Nouveau Moïse”.


Avec notre page se poursuit une 3ème partie de cet Evangile. Après le défi qu’il a lancé en paroles tout au long de son premier discours, nous découvrons le défi semblable que Jésus lance maintenant par ses actions de miséricorde, accomplies surtout en faveur de personnes défavorisées, ou marginalisées par la société. Ces gestes, souvent spectaculaires, se trouvent regroupés en 3 triades de 3 miracles chacune, qui se déploient tout au long de cette partie de l’Evangile (en 8, 1 - 17; 8, 23 - 9, 8 et 9, 18 - 34), entourant quelques événements différents comme l’appel du disciple Matthieu (9,4 -13) ou des prises de position de Jésus, comme celle sur les conditions nécessaires pour devenir ses disciples (8, 18 - 22) ou sur le jeûne (9, 14 - 17).

Nous assistons, en cette page, au troisième miracle de la deuxième des trois séries.

2. Message

Jésus rentre tout juste d’un passage par le pays des Gadaréniens où il a libéré deux possédés violents et dangereux, guérisons qui se sont accompagnées de la ruine d’un troupeau de porcs (8, 28 - 34).

Alors que dans l’Evangile de Marc, le miracle de la guérison du paralytique (Marc, 2, 1 - 5a et 11 - 12) est bien situé à part de l’acte de pardon (2, 5b -10), Matthieu a fondu davantage, semble-t-il, ces deux parties en un ensemble plus unifié, et n’a pas repris la description détaillée et pittoresque de l’arrivée du paralytique que l’on descend devant Jésus à travers le toit.

En guérissant ainsi le paralytique, Jésus démontre qu’il a le pouvoir de faire, comme de faire constater ce qu’il annonce dans l’ordre des choses visibles, et donc qu’on peut le croire sur parole quand il parle de son action agissante sur les coeurs dans le pardon des péchés.

En cette circonstance précise, ce sont seulement quelques scribes qui protestent intérieurement contre la déclaration de Jésus qui annonce au paralytique que ses péchés sont pardonnés. Lors de l’appel de Matthieu, qui suit cette page dans l’Evangile, ce seront des pharisiens qui s’opposent à Jésus (9, 11) avant qu’interviennent des disciples de Jean Baptiste qui l’interpellent sur le fait que ses disciples ne jeûnent pas (9, 14).

En accusant Jésus de blasphème, les scribes soulignent que le don du pardon est une prérogative divine. De plus, qui peut pardonner les péchés dans une société donnée, contrôle en fait cette société. N’oublions pas que c’est sur une accusation semblable de blasphème que Jésus sera condamné à être crucifié (26, 65).

Du point de vue de la visibilité extérieure, il est plus facile d’affirmer que les péchés sont pardonnés (ce qui n’est jamais vérifiable de manière évidente) que de dire “Iève-toi et marche”, ordre dont l’éxécution est immédiatement et nécessairement visible et contrôlable.

3. Decouvertes

Le dernier verset de cette page est très intéressant à étudier. Le pardon des péchés y est affirmé comme conféré par Dieu et par des hommes. Et, en ce cas, il ne s’agit plus seulement de Jésus seul, en tant que Fils de l’homme (verset 6), mais d’une capacité remise à ceux qui ont autorité en Eglise, dans les communautés. Cela est bien en consonnance avec d’autres passages de l’Evangile de Matthieu, en particulier avec ce que Jésus déclare à ses disciples dans le 4ème discours, le Discours Communautaire (Matthieu 18, 17; voir aussi 16, 18).

Matthieu écrit son Evangile pour les chrétiens de la 2ème, et plutôt même de la 3ème génération. Quand on a la foi au Christ, on accepte de suivre ceux qu’il a choisis pour continuer, après lui, son action de salut.

4. Prolongement

Paul, dans ce verset, maintes fois cité, de la 2ème Lettre aux Corinthiens, nous montre comment Jésus a contribué au pardon objectif de nos fautes par Dieu, et le sens que prend ainsi le mystère de sa mort :

21 Celui qui n’avait pas connu le péché, Il l’a fait péché pour nous, afin qu’en lui nous devenions justice de Dieu.

Dans sa Lettre aux Romains, parlant de notre baptême comme entrée dans le mystère de la mort et de la résurrection du Christ, Paul précise :

10 Sa mort fut une mort au péché, une fois pour toutes; mais sa vie est une vie à Dieu.

11 Et vous de même, considérez que vous êtes morts au péché et vivants à Dieu dans le Christ Jésus.

12 Que le péché ne règne donc plus dans votre corps mortel de manière à vous plier à ses convoitises.

13 Ne faites plus de vos membres des armes d’injustice au service du péché; mais offrez-vous à Dieu comme des vivants revenus de la mort et faites de vos membres des armes de justice au service de Dieu.

14 Car le péché ne dominera pas sur vous: vous n’êtes pas sous la Loi, mais sous la grâce.

Nous nous souvenons que le dernier message de Jésus ressuscité aux siens dans l’Evangile de Jean (Jean, 20, 22 - 23), leur annonce qu’il répand sur eux l’Esprit et leur transmet ainsi la capacité de remettre ou de retenir les péchés. Mesurons-nous le don de Dieu que cette remise des péchés nous accorde ? D’où cette exclamation de Paul aux Colossiens :

13 Vous qui étiez morts du fait de vos fautes et de votre chair incirconcise, Il vous a fait revivre avec lui ! Il nous a pardonné toutes nos fautes ! …

12 ensevelis avec lui lors du baptême, vous en êtes aussi ressuscités avec lui, parce que vous avez cru en la force de Dieu qui l’a ressuscité des morts.

Prière

*Seigneur Jésus, par ton OUI au Père lors de ton passage pascal en la mort et ta résurrection, tu nous as fait passer de la mort à la vie, au statut de création nouvelle et à la dignité d’enfants de Dieu, fils, héritiers et cohéritiers avec toi du Royaume, tout en nous précisant que cette transformation totale était l’oeuvre de ton Esprit en nos coeurs, nous remettant tous nos péchés : fais-moi vivre tous mes instants dans la conviction que Dieu m’a, par toi, réconcilié avec lui, comme avec tous mes frères et soeurs, m’invitant à traduire cette situation nouvelle en toutes mes attitudes et paroles. AMEN.

03.07.2003.*


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