📘 Commentaire biblique de l’abbé Léon Hamain
Première lecture : Amos 2, 6
DU LIVRE D’AMOS
Texte
6 Ainsi parle le Seigneur :
La sentence est irrévocable,
à cause des crimes et des crimes d’Israël.
Ils vendent le juste pour de l’argent,
le pauvre pour une paire de sandales.
7 Ils écrasent la tête des petites gens dans la poussière,
ils ferment la route aux malheureux.
Le fils et le père vont vers la même femme
et profanent ainsi mon saint Nom.
8 Auprès des autels,
ils se couchent sur les vêtements qu’ils ont pris en gage.
Dans le temple de leur Dieu,
ils boivent le vin de ceux qu’ils ont frappés d’amende.
9 Moi, pourtant, j’avais détruit devant eux l’Amorite,
dont la stature égalait celle des cèdres
et la vigueur, celle des chênes !
Je l’avais anéanti,
depuis les fruits jusqu’aux racines.
10 Moi, je vous avais fait monter du pays d’Égypte
et je vous avais, pendant quarante ans,
conduits à travers le désert,
pour vous donner en héritage le pays de l’Amorite.
…
13 Eh bien, moi, maintenant, je vous écraserai sur place,
comme un char plein de gerbes écrase tout sur son passage.
14 L’homme le plus rapide ne pourra pas fuir,
le plus fort ne pourra pas montrer sa vigueur,
même le héros ne sauvera pas sa vie.
15 L’archer ne tiendra pas,
le coureur n’échappera pas,
le cavalier ne sauvera pas sa vie.
16 Le plus brave s’enfuira tout nu, en ce jour-là.
Parole du Seigneur.
Commentaire
1. Situation
Amos, prophète du 8ème siècle, juste avant la conquête et la déportation du royaume du Nord par l’Assyrie.
Il est probablement le plus ancien des prophèts écrivains. Cependant, dans les Bibles, son oeuvre se trouve toujours après celle d’Osée, et quelquefois de Joël, et précédant soit celle de Michée, soit celle d’Obadiah, tous prophètes qui furent ses contemporains.
D’autre part son livre révèle des liens et affinités de vocabulaire et de thèmes avec ceux de tous ces prophètes : voir Amos, 1, 2 et Joël, 4, 16; Amos, 9, 2 et Obadiah, 1 - 4; Amos, 9, 13 - 15 et Osée 14, 4 - 8, ainsi que Joël, 4, 18; Amos, 9, 2 - 3 et Jonas, 1, 3.
Selon Amos, depuis Jérusalem, Yahvé-Dieu juge les transgressions d’Israêl, de Juda et des nations voisines. Il reproche particulièrement à Israël : l’oppression des pauvres, la perversion de la justice, le rejet des prophètes, une fausse attitude religieuse, et une trompeuse confiance en soi. Le seul espoir d’Israël, c’est de choisir Yahvé, dans la justice et la compassion (5, 1 - 27).
Le livre d’Amos développe les points suivants : - jugement de Dieu à l’égard des nations, y compris Israël et Juda, (1, 1 - 2, 16), - accusations contre Israël et appel à ce peuple (3, 1 - 6, 14), - visions, interprétations, paroles de jugement et de salut (7, 1 - 9, 15).
Trois hypothèses sur le livre actuel d’Amos : il nous livre de près la prédication d’Amos, ou bien, une couche primitive a été remaniée au 7ème siècle et revue après l’exil, ou encore, une tradition primitive d’oracles et de poèmes a été mise en forme après l’exil ? La plupart hésitent entre la 2ème et la 3ème hypothèses.
2. Message
Amos, prophète du 8ème siècle, se lève soudainement pour protester contre les pratiques d’exploitation de nombreux Israélites du Royaume du Nord. Il stigmatise les abus contre les droits de l’homme causés par une recherche de profit, ainsi que par un refus de toute référence ou de toute règle pour les comportements pratiqués en divers domaines, comme celui de la moralité en matière de vie sexuelle, ou de la gestion des prêts à gages, ou encore des amendes perçues en nature dans le cadre de l’exercice de la justice.
Vivre ainsi revient à dénaturer l’image du vrai Dieu et le culte à lui rendre.
Dans un deuxième temps, parlant au nom de Yahvé-Dieu, Amos rappelle, avec un ton de regret, tout ce que Dieu a accompli gratuitement pour son peuple Israël, en particulier lors de la libération de la servitude d’Egypte, des années passées au désert du Sinaï et dela conquête de la Palestine.
Puisqu’il en est ainsi, conclut Amos, puisque les Israélites oublient les bienfaits de Dieu, ils vont être laissés à leur totale impuissance, ce que soulignent toutes ces descriptions imagées d’hommes apparemment forts et solides et qui se trouvent tous réduits à rien.
3. Decouvertes
Devant ces abus et désordres sociaux, Amos, homme du Sud, éprouve en son coeur et en tout son être la nécessité absolument impérieuse de crier, hurler, et de réagir violemment, au nom du Seigneur Dieu.
A noter que selon tout le contexte de ce passage, Amos condamne tout autant des pratiques semblables chez les peuples païens environnants : tous les hommes sont donc concernés par cette exigence de justice et de dignité pour tous les hommes.
Tous les oracles de cette première série d’oracles prononcés par Amos sont construits de la même façon, selon un rythme poétique dans le compte-rendu écrit qui nous est fourni dans ce livre d’Amos. Ce qui suppose une distance entre la mission du prophète, telle qu’elle a été exercée sur le terrain et ce texte que nous lisons en y reconnaissant une Parole de Dieu perçue et accueillie dans la foi.
Mais cela ne veut pas dire pour autant que la manière dont Dieu y est perçu et présenté dans son action de salut, doive être reprise comme telle par nous qui la lisons, alors que Jésus nous a révélé en plénitude la dimension de générosité et de miséricorde de Dieu qui ne pouvait être découverte ou imaginée avant son ministère (bien que certaines vues de prophètes de l’Ancien Testament en soient très proches : voir Jérémie 31, sur la loi de Dieu inscrite par lui en nos coeurs et Ezéchiel 36, sur le coeur nouveau implanté en nous par le Seigneur).
4. Prolongement
Qu’il s’agisse du message présenté comme venant de Dieu dans l’Ancien Testament ou du message même de Jésus tel que nous le découvrons dans le Nouveau Testament, les croyants sont appelés à en tenir compte dans la réponse positive ou négative à y apporter.
N’oublions pas que Jésus, qui nous appelle à être disciples, nous demande en langage absolument non ambigu de savoir tout quitter pour le suivre, c’est-à- dire de soumettre toutes nos valeurs et nos recherches à la priorité absolue de ce qu’il nous propose et nous demande.
Relire Hébreux, 11, 1 à 12,4.
Prière
*Seigneur Jésus, donne-moi d’être, en tous temps, vrai devant les hommes et face aux situations du monde dans lequel je vis, et vrai dans l’accueil de ta Parole comme dans le souci de tout faire, avec toi, dans l’Esprit Saint, pour la gloire de Dieu et la justice de son Royaume : c’est ainsi que je deviendrai quelqu’un qui marche réellement, derrière et avec toi, en qualité de disciple. AMEN
28.06.2004.*
Évangile : Matthieu 8, 18-22
DE L’EVANGILE DE MATTHIEU
Texte
18 Se voyant entouré de foules nombreuses, Jésus donna l’ordre de s’en aller sur l’autre rive.
19 Et un scribe s’approchant lui dit : ” Maître, je te suivrai où que tu ailles. “
20 Jésus lui dit : ” Les renards ont des tanières et les oiseaux du ciel ont des nids ; le Fils de l’homme, lui, n’a pas où reposer la tête. “
21 Un autre des disciples lui dit : ” Seigneur, permets-moi de m’en aller d’abord enterrer mon père. “
22 Mais Jésus lui dit : ” Suis-moi, et laisse les morts enterrer leurs morts. “
Commentaire
1. Situation
Cet Evangile, qui porte le nom de Matthieu, trouve peut-être sa première source dans une collection de paroles de Jésus, écrites en Araméen et attribuées à l’apôtre Matthieu, par un Père de l’Eglise, Papias d’Alexandrie, vers 125.
Cet Evangile, qui reprend beaucoup de passages de l’Evangile de Marc (qui avait été écrit vers 65), mais en y ajoutant des éléments qu’il partage en grande partie avec Luc, a été très probablement rédigé entre les années 85 et 90.
A parcourir tout ce Livre, on peut se demander s’il a été composé pour des chrétiens d’origine Juive (Judéochrétiens), ou pour des chrétiens d’origine païenne, ou encore pour les deux. La position communément admise de nos jours est qu’il a été écrit pour une communauté Judéochrétienne qui s’est trouvée exclue du Judaïsme, suite à une décision par des rabbins Juifs non chrétiens de ne plus tolérer la double appartenance, à la fois Juive et chrétienne, de ces Judéochrétiens, qui avait été possible jusqu’à cette date. Rupture qui explique la dureté des propos mis dans la bouche de Jésus contre les Scribes et Pharisiens de son temps (Matth. chapitre 23).
Néanmoins, même s’il a été d’abord écrit pour confirmer une communauté Judéochrétienne dans sa découverte de la Bonne Nouvelle de Jésus, cet Evangile est ouvert également à la mission universelle auprès des païens, et il se termine par un envoi en mission par le Christ ressuscité, avec ces paroles : “allez, de toutes les nations, faites des disciples” (28, 18).
On peut diviser cet Evangile en 11 parties, qui se répondent en sens inverse (la 1ère correspondant à la dernière, la 2ème, à l’avant-dernière, etc…), concentrées autour de la 6ème partie, le “Discours en paraboles”, qui sert en quelque sorte de “pivot”. Nous obtenons ainsi le découpage suivant :
- Naissance de Jésus et commencement de sa mission (1 - 4)
- Bénédictions et Discours sur la montagne (5 - 7)
- Manifestations de l’autorité de Jésus et de ses appels (8 - 9)
- Discours sur la mission (10)
- Jésus rejeté par “cette génération” (11 - 12 )
- Discours en paraboles (13)
- Jésus reconnu par ses disciples (14 - 17)
- Discours sur la manière de vivre en communauté de croyants (18)
- De nouveau, Jésus manifeste son autorité et ses appels (19 - 22)
- Proclamation de situations malheureuses et Discours sur la venue définitive du Royaume (23 - 24)
- Passion, mort et résurrection (26 - 28)
Cette présentation fait ressortir que cet Evangile est bien rythmé par 5 grands discours de Jésus, dans lesquels l’auteur a concentré la majeure partie de son enseignement. Les 5 discours ont souvent fait penser aux 5 livres de Moïse de l’Ancien Testament. On dit volontiers que, pour Matthieu, Jésus est le “Nouveau Moïse”.
Avec notre page se poursuit une 3ème partie de cet Evangile. Après le défi qu’il a lancé en paroles tout au long de son premier discours, nous découvrons le défi semblable que Jésus lance maintenant par ses actions de miséricorde, accomplies surtout en faveur de personnes défavorisées, ou marginalisées par la société. Ces gestes, souvent spectaculaires, se trouvent regroupés en 3 triades de 3 miracles chacune, qui se déploient tout au long de cette partie de l’Evangile : en 8, 1 - 17; 8, 23 - 9, 8 et 9, 18 - 34. Mais Jèsus, pour autant, ne cesse pas de répondre, en paroles et en actes appropriés, aux événements qu’il rencontre.
2. Message
Se proposer, de soi-même, pour suivre Jésus, c’est d’abord mesurer les enjeux d’une telle démarche.
Avoir foi en Jésus reconnu comme “Seigneur” demande qu’on le suive sans condition, sans que rien, même de très important, ne vienne empêcher notre marche derrière lui.
3. Decouvertes
Avant de lire le récit de la 2ème série de 3 miracles, nous assistons à 2 rencontres qui soulignent la difficulté d’être disciples.
Ces paroles de Jésus seront illustrées par le miracle de la tempête appaisée, rapporté dans le passage suivant de l’Evangile, miracle par lequel Jésus nous fait comprendre qu’être disciple suppose que nous ayons foi en lui avec une confiance totale, même au milieu des pires épreuves et difficultés de ce monde.
Dans la 1ère de ces 2 rencontres, un scribe, qui n’a pas été appelé, et qui s’adresse à Jésus en le nommant “Maître”, s’entend déclarer que pour suivre Jésus il lui faudra tout abandonner.
Dans la 2ème de ces 2 rencontres, il s’agit d’un disciple qui reconnaît Jésus comme “Seigneur”, et auquel Jésus renouvelle son appel à le suivre totalement, et sans le moindre délai.
Le Fils de l’homme, qui n’a pas une pierre où reposer la tête, est l’homme par excellence pour lequel s’applique le Psaume 8 : Dieu a tout mis sous ses pieds.
Enterrer les morts a toujours été, et demeure, considéré comme un geste de piété respectueuse, dont bénéficiera le corps mort de Jésus lui-même (27, 57 - 61). La parole de Jésus à son disciple montre que celui qui l’a reconnu comme “Seigneur” de sa vie acquiert une conscience prophétique nouvelle. Toutes les autres valeurs doivent donc être reléguées à un autre plan, et resituées à la lumière de l’accomplissement de toutes choses en Jésus.
4. Prolongement
5 qu’est donc le mortel, que tu t’en souviennes, le fils d’Adam, que tu le veuilles visiter?
6 A peine le fis-tu moindre qu’un dieu; tu le couronnes de gloire et de beauté,
7 pour qu’il domine sur l’œuvre de tes mains; tout fut mis par toi sous ses pieds,
28 ” Qui de vous en effet, s’il veut bâtir une tour, ne commence par s’asseoir pour calculer la dépense et voir s’il a de quoi aller jusqu’au bout ?
29 De peur que, s’il pose les fondations et ne peut achever, tous ceux qui le verront ne se mettent à se moquer de lui, en disant :
30 “Voilà un homme qui a commencé de bâtir et il n’a pu achever ! ”
31 Ou encore quel est le roi qui, partant faire la guerre à un autre roi, ne commencera par s’asseoir pour examiner s’il est capable, avec dix mille hommes, de se porter à la rencontre de celui qui marche contre lui avec vingt mille ?
32 Sinon, alors que l’autre est encore loin, il lui envoie une ambassade pour demander la paix.
33 Ainsi donc, quiconque parmi vous ne renonce pas à tous ses biens ne peut être mon disciple.
18 Comme il cheminait sur le bord de la mer de Galilée, il vit deux frères, Simon, appelé Pierre, et André son frère, qui jetaient l’épervier dans la mer ; car c’étaient des pêcheurs.
19 Et il leur dit : ” Venez à ma suite, et je vous ferai pêcheurs d’hommes. ”
20 Eux, aussitôt, laissant les filets, le suivirent.
21 Et avançant plus loin, il vit deux autres frères, Jacques, fils de Zébédée, et Jean son frère, dans leur barque, avec Zébédée leur père, en train d’arranger leurs filets ; et il les appela.
22 Eux, aussitôt, laissant la barque et leur père, le suivirent.
15 Mais quand Celui qui dès le sein maternel m’a mis à part et appelé par sa grâce daigna
16 révéler en moi son Fils pour que je l’annonce parmi les païens, aussitôt, sans consulter la chair et le sang,
17 sans monter à Jérusalem trouver les apôtres mes prédécesseurs, je m’en allai en Arabie, puis je revins encore à Damas.
Prière
*Seigneur Jésus, si nous croyons en toi, si nous te reconnaissons comme “Seigneur”, nous avons accepté, pour te suivre, de quitter tout attachement et toute situation, en refusant désormais qu’aucune relation puisse être recherchée comme plus importante que de vivre d’abord, avec toi et pour toi, dans ma recherche de Dieu : fais-moi la grâce de ne jamais remettre en question ce “OUI” que tu attends de moi suite à ton appel, ce “OUI” qui est le tien face à l’envoi du Père, que tu me communiques dans ton Esprit Saint, et aide-moi à ne jamais considérer ma réponse comme un quelconque marchandage, qui prouverait que je ne t’ai pas vraiment découvert. AMEN.
01.07.2002.*