📘 Commentaire biblique de l’abbé Léon Hamain
Première lecture : Amos 9, 11-15
DU LIVRE D’AMOS
Texte
11 En ces jours-là, je relèverai la hutte branlante de David, je réparerai ses brèches, je relèverai ses ruines, je la rebâtirai comme aux jours d’autrefois,
12 afin qu’ils possèdent le reste d’Édom et toutes les nations qui furent appelées de mon nom, oracle de Yahvé qui a fait cela.
13 Voici venir des jours - oracle de Yahvé - où se suivront de près laboureur et moissonneur, celui qui foule les raisins et celui qui répand la semence. Les montagnes suinteront de jus de raisin, toutes les collines deviendront liquides.
14 Je rétablirai mon peuple Israël; ils rebâtiront les villes dévastées et les habiteront, ils planteront des vignes et en boiront le vin, ils cultiveront des jardins et en mangeront les fruits.
15 Je les planterai sur leur terre et ils ne seront plus arrachés de dessus la terre que je leur ai donnée, dit Yahvé ton Dieu.
Commentaire
1. Situation
Amos, prophète du 8ème siècle, juste avant la conquête et la déportation du royaume du Nord par l’Assyrie.
Il est probablement le plus ancien des prophèts écrivains. Cependant, dans les Bibles, son oeuvre se trouve toujours après celle d’Osée, et quelquefois de Joël, et précédant soit celle de Michée, soit celle d’Obadiah, tous prophètes qui furent ses contemporains.
D’autre part son livre révèle des liens et affinités de vocabulaire et de thèmes avec ceux de tous ces prophètes : voir Amos, 1, 2 et Joël, 4, 16; Amos, 9, 2 et Obadiah, 1 - 4; Amos, 9, 13 - 15 et Osée 14, 4 - 8, ainsi que Joël, 4, 18; Amos, 9, 2 - 3 et Jonas, 1, 3.
Selon Amos, depuis Jérusalem, Yahvé-Dieu juge les transgressions d’Israêl, de Juda et des nations voisines. Il reproche particulièrement à Israël : l’oppression des pauvres, la perversion de la justice, le rejet des prophètes, une fausse attitude religieuse, et une trompeuse confiance en soi. Le seul espoir d’Israël, c’est de choisir Yahvé, dans la justice et la compassion (5, 1 - 27).
Le livre d’Amos développe les points suivants : - jugement de Dieu à l’égard des nations, y compris Israël et Juda, (1, 1 - 2, 16), - accusations contre Israël et appel à ce peuple (3, 1 - 6, 14), - visions, interprétations, paroles de jugement et de salut (7, 1 - 9, 15).
Trois hypothèses sur le livre actuel d’Amos : il nous livre de près la prédication d’Amos, ou bien, une couche primitive a été remaniée au 7ème siècle et revue après l’exil, ou encore, une tradition primitive d’oracles et de poèmes a été mise en forme après l’exil ? La plupart hésitent entre la 2ème et la 3ème hypothèses.
2. Message
S’il envoie ruine et désolation, exil et déportation, à son peuple infidèle qui a trahi l’Alliance qu’il avait conclue avec lui, Dieu est toujours prêt à pardonner, relever, restaurer, dès qu’on se retourne vers lui.
Bien plus, même si l’on ne revient pas à lui, lui, il reste fidèle à son engagement, lié à la sainteté de son Nom, et poursuit son projet de salut er de prospérité pour le peuple de la descendance d’Abraham qu’il a appelé gratuitement, et auquel il confirme la promesse d’un avenir de bénédiction, que décrit notre page.
C’est ainsi qu’après tous ses oracles et visions de jugement et de condamnation, portés contre Israël, se conclut le message d’Amos.
3. Decouvertes
Ce texte se trouve tout à la fin du Livre d’Amos, et se divise en 2 parties : l’annonce d’une restauration nationale (9, 11 - 12), et d’un avenir paradisiaque (9, 13 - 15).
La salut de Dieu l’emporte toujours finalament sur le juigement : par delà la dévastation qu’il envoie à son peuple, Dieu renversera le châtiment, relèvera ceux qui sont tombés, annulera les malheurs qu’Amos avait annoncés, particulièrement en 5, 2 et 8, 14. Une véritable restauration est ici prophétisée.
La “hutte” de David relevée, c’est un Israël réjeuni et renaissant, peut-être même les deux royaumes du Nord et du Sud réunifiés, le tout présenté sous l’image de la “reconstruction” d’une cité, et lié à la re-possession de tous les territoires étrangers conquis dans le passé.
Ce nouveau paradis, c’est l’annonce d’une fertilité inépuisable, d’une prospérité sans fin pour ceux qui bâtissent et qui cultivent, d’une stabilité désormais inébranlable pour le peuple replanté sur sa terre, et qui ne sera plus déraciné.
4. Prolongement
Ce que Dieu nous promet, dans toute cette progression de son projet à travers l’Ancien Testament, et qu’il accomplit définitivement dans la mission, les gestes et les paroles, la mort et la résurrection de Jésus le Christ, l’envoi sur nous, et en nous, de l’Esprit Saint, c’est le don partagé de sa vie même, qui transfigure notre humanité en humanité nouvelle. Tel est son Royaume de grâce, de Vérité, de Lumière et d’Amour, que nous acceuillons dans la foi, et dont nous sommes porteurs de la Bonne Nouvelle pour tous les hommes et les femmes de notre temps :
17 Si donc quelqu’un est dans le Christ, c’est une création nouvelle : l’être ancien a disparu, un être nouveau est là.
18 Et le tout vient de Dieu, qui nous a réconciliés avec Lui par le Christ et nous a confié le ministère de la réconciliation.
27 Vous tous en effet, baptisés dans le Christ, vous avez revêtu le Christ :
28 il n’y a ni Juif ni Grec, il n’y a ni esclave ni homme libre, il n’y a ni homme ni femme ; car tous vous ne faites qu’un dans le Christ Jésus.
29 Mais si vous appartenez au Christ, vous êtes donc la descendance d’Abraham, héritiers selon la promesse.
4 Mais quand vint la plénitude du temps, Dieu envoya son Fils, né d’une femme, né sujet de la Loi,
5 afin de racheter les sujets de la Loi, afin de nous conférer l’adoption filiale.
6 Et la preuve que vous êtes des fils, c’est que Dieu a envoyé dans nos cœurs l’Esprit de son Fils qui crie : Abba, Père !
7 Aussi n’es-tu plus esclave mais fils ; fils, et donc héritier de par Dieu.
20 Pour nous, notre cité se trouve dans les cieux, d’où nous attendons ardemment, comme sauveur, le Seigneur Jésus Christ,
21 qui transfigurera notre corps de misère pour le conformer à son corps de gloire, avec cette force qu’il a de pouvoir même se soumettre toutes choses.
1 Du moment donc que vous êtes ressuscités avec le Christ, recherchez les choses d’en haut, là où se trouve le Christ, assis à la droite de Dieu.
2 Songez aux choses d’en haut, non à celles de la terre.
3 Car vous êtes morts, et votre vie est désormais cachée avec le Christ en Dieu :
4 quand le Christ sera manifesté, lui qui est votre vie, alors vous aussi vous serez manifestés avec lui pleins de gloire.
Prière
*Seigneur Jésus, en ta mort et ta résurrection, tu nous pardonnes tous nos péchés, tu nous associes à ta vie nouvelle de premier des ressuscités, et tu nous fais entrer, en tant que fils, frères et sœurs, avec toi, dans la famille de Dieu : donne-moi de mieux reconnaître à quel point tu m’as transforme par le don de ton Esprit Saint, pour que, l’ayant redecouvert, je traduise et rayonne, en toutes mes expressions humaines, cette dignité d’enfants de Dieu en ton Royaume, que tu nous as conferee. AMEN.
06.07.2002.*
Évangile : Matthieu 9, 14-17
DE L’EVANGILE DE MATTHIEU
Texte
14 Alors les disciples de Jean s’approchent de lui en disant : ” Pourquoi nous et les Pharisiens jeûnons-nous, et tes disciples ne jeûnent-ils pas ? “
15 Et Jésus leur dit : ” Les compagnons de l’époux peuvent-ils mener le deuil tant que l’époux est avec eux ? Mais viendront des jours où l’époux leur sera enlevé ; et alors ils jeûneront.
16 Personne ne rajoute une pièce de drap non foulé à un vieux vêtement ; car le morceau rapporté tire sur le vêtement et la déchirure s’aggrave.
17 On ne met pas non plus du vin nouveau dans des outres vieilles ; autrement, les outres éclatent, le vin se répand et les outres sont perdues. Mais on met du vin nouveau dans des outres neuves, et l’un et l’autre se conservent. “
Commentaire
1. Situation
Cet Evangile, qui porte le nom de Matthieu, trouve peut-être sa première source dans une collection de paroles de Jésus, écrites en Araméen et attribuées à l’apôtre Matthieu, par un Père de l’Eglise, Papias d’Alexandrie, vers 125.
Cet Evangile, qui reprend beaucoup de passages de l’Evangile de Marc (qui avait été écrit vers 65), mais en y ajoutant des éléments qu’il partage en grande partie avec Luc, a été très probablement rédigé entre les années 85 et 90.
A parcourir tout ce Livre, on peut se demander s’il a été composé pour des chrétiens d’origine Juive (Judéochrétiens), ou pour des chrétiens d’origine païenne, ou encore pour les deux. La position communément admise de nos jours est qu’il a été écrit pour une communauté Judéochrétienne qui s’est trouvée exclue du Judaïsme, suite à une décision par des rabbins Juifs non chrétiens de ne plus tolérer la double appartenance, à la fois Juive et chrétienne, de ces Judéochrétiens, qui avait été possible jusqu’à cette date. Rupture qui explique la dureté des propos mis dans la bouche de Jésus contre les Scribes et Pharisiens de son temps (Matth. chapitre 23).
Néanmoins, même s’il a été d’abord écrit pour confirmer une communauté Judéochrétienne dans sa découverte de la Bonne Nouvelle de Jésus, cet Evangile est ouvert également à la mission universelle auprès des païens, et il se termine par un envoi en mission par le Christ ressuscité, avec ces paroles : “allez, de toutes les nations, faites des disciples” (28, 18).
On peut diviser cet Evangile en 11 parties, qui se répondent en sens inverse (la 1ère correspondant à la dernière, la 2ème, à l’avant-dernière, etc…), concentrées autour de la 6ème partie, le “Discours en paraboles”, qui sert en quelque sorte de “pivot”. Nous obtenons ainsi le découpage suivant :
- Naissance de Jésus et commencement de sa mission (1 - 4)
- Bénédictions et Discours sur la montagne (5 - 7)
- Manifestations de l’autorité de Jésus et de ses appels (8 - 9)
- Discours sur la mission (10)
- Jésus rejeté par “cette génération” (11 - 12 )
- Discours en paraboles (13)
- Jésus reconnu par ses disciples (14 - 17)
- Discours sur la manière de vivre en communauté de croyants (18)
- De nouveau, Jésus manifeste son autorité et ses appels (19 - 22)
- Proclamation de situations malheureuses et Discours sur la venue définitive du Royaume (23 - 24)
- Passion, mort et résurrection (26 - 28)
Cette présentation fait ressortir que cet Evangile est bien rythmé par 5 grands discours de Jésus, dans lesquels l’auteur a concentré la majeure partie de son enseignement. Les 5 discours ont souvent fait penser aux 5 livres de Moïse de l’Ancien Testament. On dit volontiers que, pour Matthieu, Jésus est le “Nouveau Moïse”.
Avec notre page se poursuit une 3ème partie de cet Evangile. Après le défi qu’il a lancé en paroles tout au long de son premier discours, nous découvrons le défi semblable que Jésus lance maintenant par ses actions de miséricorde, accomplies surtout en faveur de personnes défavorisées, ou marginalisées par la société. Ces gestes, souvent spectaculaires, se trouvent regroupés en 3 triades de 3 miracles chacune, qui se déploient tout au long de cette partie de l’Evangile (en 8, 1 - 17; 8, 23 - 9, 8 et 9, 18 - 34), entourant quelques événements différents comme l’appel du disciple Matthieu (9, 4 -13) ou des prises de position de Jésus, comme celle sur les conditions nécessaires pour devenir ses disciples (8, 18 - 22) ou sur le jeûne (9, 14 - 17).
Dans notre page, ainsi située dans cet ensemble de situations vécues par Jésus, nous le trouvons affronté aux critiques des disciples de Jean Baptiste, qui lui reprochent (au moins indirectement, ou en utilisant un langage diplomatique ?) d’avoir déclaré, ou proposé, de faire pratiquer d’autres conceptions sur le jeûne que les leurs.
2. Message
Dans son Sermon sur la Montagne, Jésus avait déjà fait part à ses auditeurs de nouvelles approches concernant le jeûne, qu’il définissait comme une attitude “spirituelle” devant Dieu (6, 16 -18).
Jésus nous explique ici pourquoi il se situe différemment devant le jeûne pratiqué par les Pharisiens et les disciples de Jean Baptiste : c’est en fait tout simplement à cause de lui, Jésus. A cause de ce qu’il est, le Fils de l’homme, “l’époux”, dont la présence crée la fête et la joie. Face à cette proximité toute nouvelle de Dieu-avec-nous à travers Jésus, toute démarche de deuil ou de pénitence est exclue, comme ne voulant plus rien dire ou dire grand chose.
Cette “nouveauté” de Jésus est telle qu’il ne lui faut pas moins de 2 bien courtes paraboles pour la préciser. On ne peut accueillir ce qui est neuf qu’en étant neuf, ou en le devenant. Ainsi, une pièce d’étoffe neuve ne saurait être accueillie dans la force de sa nouveauté que sur un vêtement neuf. Il en va de même pour le vin nouveau qui ne peut être reçu que dans des outres neuves.
Jésus nous vient avec cette nouveauté. Il nous appartient de nous adapter à lui, c’est-à-dire de l’accueillir dans notre vie personnelle ou dans nos communautés d’Eglise, en nous laissant transformer.
La logique de la pensée de Jésus apparaît ici bien clairement: le neuf et le vieux sont incompatibles si aucun changement ne s’effectue chez l’un ou chez l’autre. Pour accueillir Jésus dans sa nouveauté, il faut nous laisser changer par, et en, cette nouveauté.
3. Decouvertes
Matthieu interprète le jeûne comme un signe de deuil. Jésus compare ses disciples à des invités aux noces, et qui, donc y participent comme à un événement de joie.
Dans les interprétations rabbiniques du Cantique des Cantiques, “l’époux” désigne souvent Dieu lui-même.
Matthieu, au niveau du vocabulaire grec qu’il emploie, insiste moins que Marc sur le thème de la “nouveauté”. En revanche, il emploie 2 mots à double sens : le terme “déchirer” ou “déchirure” qui signifie également “schisme ou séparation dans l’Eglise ou entre communautés”. De même, le terme “pièce (de tissu) signifie également “plérome” au pluriel. Matthieu interpréte ainsi la séparation entre, d’une part, le Christ, les chrétiens et, d’autre part, les disciples des Pharisiens, en particulier ceux qui ont choisi d’expulser les Judéo-chrétiens de la synagogue, comme la différence entre le “vieux”, (qui est bon) et la plénitude de ce qui est bon.
Au verset 17, Matthieu ajoute également la remarque que “l’un et l’autre se conservent”. Le vieux, qui garde sa bonté, ne peut se conserver qu’ailleurs, et donc dans la nouveauté de Jésus.
Il ne s’agit pas d’adapter l’Evangile au Judaïsme, mais de conserver les valeurs du Judaïsme dans la plénitude de l’Evangile, qui est la plénitude de Jésus, en laquelle habite toute la plénitude de Dieu.
4. Prolongement
16 Ainsi donc, désormais nous ne connaissons personne selon la chair. Même si nous avons connu le Christ selon la chair, maintenant ce n’est plus ainsi que nous le connaissons.
17 Si donc quelqu’un est dans le Christ, c’est une création nouvelle: l’être ancien a disparu, un être nouveau est là.
18 Et le tout vient de Dieu, qui nous a réconciliés avec Lui par le Christ et nous a confié le ministère de la réconciliation.
19 Car c’était Dieu qui dans le Christ se réconciliait le monde, ne tenant plus compte des fautes des hommes, et mettant en nous la parole de la réconciliation.
20 Nous sommes donc en ambassade pour le Christ; c’est comme si Dieu exhortait par nous.
16 Ainsi parle Yahvé, celui qui traça dans la mer un chemin, un sentier dans les eaux déchaînées,
17 qui fit sortir char et cheval, armée et troupe d’élite ensemble; ils se sont couchés pour ne plus se relever, ils se sont éteints, comme une mèche ils se sont consumés.
18 Ne vous souvenez plus des événements anciens, ne pensez plus aux choses passées,
19 voici que je vais faire une chose nouvelle, déjà elle pointe, ne la reconnaissez- vous pas ? Oui, je vais mettre dans le désert un chemin, et dans la steppe, des fleuves.
1 Rejetez donc toute malice et toute fourberie, hypocrisies, jalousies et toute sorte de médisances.
2 Comme des enfants nouveau-nés désirez le lait non frelaté de la parole, afin que, par lui, vous croissiez pour le salut,
3 si du moins vous avez goûté combien le Seigneur est excellent.
4 Approchez-vous de lui, la pierre vivante, rejetée par les hommes, mais choisie, précieuse aux yeux de Dieu.
5 Vous-mêmes, comme pierres vivantes, prêtez-vous à l’édification d’un édifice spirituel, pour un sacerdoce saint, en vue d’offrir des sacrifices spirituels, agréables à Dieu, par Jésus Christ.
Prière
*Seigneur Jésus, c’est selon cette création nouvelle que tu nous as donnée en ta mission, ta mort, et ta résurrection, que nous sommes appelés à reproduire, dans l’Esprit Saint, ta propre image, pour que tu sois l’aîné d’une multitude de frères et soeurs, fils et filles d’un même Père, Dieu, ton Père et notre Père : accorde-moi d’être plus pauvre de coeur et davantage détaché de moi-même, pour me laisser vraiment transformer en cette nouveauté que tu me proposes, nouveauté de ta Parole, dont je dois sans cesse me nourrir, nouveauté de ton action qu’il me faut laisser transparaître en tous mes comportements, dans la mesure où elle saisit et anime intérieurement la source de toutes mes attitudes. AMEN.
05.07.2003.*