📘 Commentaire biblique de l’abbé Léon Hamain


Première lecture : Genèse 44, 1-34

DU LIVRE DE LA GENESE

Texte

18 Alors Juda s’approcha de lui et dit : S’il te plaît, Monseigneur, permets que ton serviteur fasse entendre un mot aux oreilles de Monseigneur, sans que ta colère s’enflamme contre ton serviteur, car tu es vraiment comme Pharaon !
19 Monseigneur avait posé cette question à ses serviteurs : Avez-vous encore un père ou un frère ?
20 Et nous avons répondu à Monseigneur : Nous avons un vieux père et un cadet, qui lui est né dans sa vieillesse; le frère de celui-ci est mort, il reste le seul enfant de sa mère et notre père l’aime !
21 Alors tu as dit à tes serviteurs : Amenez-le moi, que mon regard se pose sur lui.
22 Nous avons répondu à Monseigneur : L’enfant ne peut pas quitter son père; s’il quitte son père, celui-ci en mourra.
23 Mais tu as insisté auprès de tes serviteurs : Si votre plus jeune frère ne descend pas avec vous, vous ne serez plus admis en ma présence.
24 Donc, lorsque nous sommes remontés chez ton serviteur, mon père, nous lui avons rapporté les paroles de Monseigneur.
25 Et lorsque notre père a dit : Retournez pour nous acheter un peu de vivres,
26 nous avons répondu : Nous ne pouvons pas descendre. Nous ne descendrons que si notre plus jeune frère est avec nous, car il n’est pas possible que nous soyons admis en présence de cet homme sans que notre plus jeune frère soit avec nous.
27 Alors ton serviteur, mon père, nous a dit : Vous savez bien que ma femme ne m’a donné que deux enfants :
28 l’un m’a quitté et j’ai dit : il a été mis en pièces ! et je ne l’ai plus revu jusqu’à présent.
29 Que vous preniez encore celui-ci d’auprès de moi et qu’il lui arrive malheur et vous feriez descendre dans la peine mes cheveux blancs au shéol.
30 Maintenant, si j’arrive chez ton serviteur, mon père, sans que soit avec nous l’enfant à l’âme duquel son âme est liée,
31 dès qu’il verra que l’enfant n’est pas avec nous, il mourra, et tes serviteurs auront fait descendre dans l’affliction les cheveux blancs de ton serviteur, notre père, au shéol.
32 Et ton serviteur s’est porté garant de l’enfant auprès de mon père, en ces termes : Si je ne te le ramène pas, j’en serai coupable envers mon père toute ma vie.
33 Maintenant, que ton serviteur reste comme esclave de Monseigneur à la place de l’enfant et que celui-ci remonte avec ses frères.
34 Comment, en effet, pourrais-je remonter chez mon père sans que l’enfant soit avec moi ? Je ne veux pas voir le malheur qui frapperait mon père.
1 Alors Joseph ne put se contenir devant tous les gens de sa suite et il s’écria : Faites sortir tout le monde d’auprès de moi; et personne ne resta auprès de lui pendant que Joseph se faisait connaître à ses frères,
2 mais il pleura tout haut et tous les Égyptiens entendirent, et la nouvelle parvint au palais de Pharaon.
3 Joseph dit à ses frères : Je suis Joseph ! Mon père vit-il encore ? et ses frères ne purent lui répondre, car ils étaient bouleversés de le voir.
4 Alors Joseph dit à ses frères : Approchez-vous de moi ! et ils s’approchèrent. Il dit : Je suis Joseph, votre frère, que vous avez vendu en Égypte.
5 Mais maintenant ne soyez pas chagrins et ne vous fâchez pas de m’avoir vendu ici, car c’est pour préserver vos vies que Dieu m’a envoyé en avant de vous.

Commentaire

1. Situation

Le Livre de la Genèse est le premier livre de la Bible, et le premier des 5 livres attribués à la tradition de Moïse, et dont les différents éléments qui le composent se sont additionnés pendant plusieurs siècles jusqu’au temps de la rédaction finale, aux environs du 6ème siècle, et très probablement après le retour de l’exil Babylonien.

Ce livre nous présente d’abord une histoire des origines des nations, avec la création du monde (1, 1 - 2, 3), ainsi que de l’homme et de la femme, leur descendance et l’expansion de la civilisation (2,4 - 4, 24), la vie des générations d’avant le Déluge, le Déluge (4, 25 - 6, 8), et la repopulation jusqu’au moment de la dispersion (6, 9 - 9, 29), suite à l’orgueil manifesté par les hommes de la grande ville de Babel, avec sa tour (10, 1 - 11, 9).

Nous entrons ensuite - après un court interlude nous présentant la généalogie de Sem à Terah, le père d’Abraham (11, 10 -26) - dans une seconde grande partie, l’histoire des ancètres d’sraël (11, 27 - 50, 26), qui comprend le cycle d’Abraham et de Sarah (11, 27 - 25, 18), le cycle d’Isaac et Jacob (25, 19 - 36, 43), et, finalement, l’histoire de Joseph (37, 1 - 50, 26).


Continuant de parcourir à grands pas cette histoire des Ancêtres d’Israël, et en en sautant beaucoup de passages, nous nous retrouvons maintenant dans la 3ème partie de cette histoire. Bien qu’il y soit toujours question de Jacob et de ses fils, cette 3ème partie de l’histoire des Ancêtres d’Israël (37, 1 - 50, 26), dans le second grand volet du Livre de la Genèse, est considérée comme “l’Histoire de Joseph”, ce dernier en étant pour ainsi dire le pivot central qui en fait l’unité, même si les chapitres 37 et 39 - 45 sont les seuls qui le concernent entièrement et directement.

A la différence des récits concernant Abraham, Isaac et Jacob, qui constituent des cycles ou des chaînes d’événements, l’histoire de Joseph se déroule selon une intrigue bien menée qui l’anime de bout en bout, qui offre des analyses pénétrantes de la psychologie des différents personnages, et semble bien au fait, par ailleurs, des moeurs Egyptiennes.

Bien qu’on n’y rencontre pas de théophanies ou apparitions de Dieu, Dieu y est sans cesse à l’oeuvre à travers les actions, et même en dépit des péchés des hommes. Il y est présent avec sa capacité de bénédiction, tantôt d’une manière explicite dans l’interprétation des rêves et songes aux chapitres 40 et 41, mais, le plus souvent, de façon discrète et secrète qui ne sera révélée qu’au moment des interprétations qu’en fournira Joseph lui-même en 45, 5 - 8 et 50, 20 : Dieu a permis que tout concourt au bien présent et à venir de la descendance de Jacob à travers cette histoire de querelles et de jalousies entre frères. On peut donc dire que, de fait, Dieu a guidé toute cette aventure à sa façon.

On s’est demandé si, derrière cette histoire (qui ressemble quelque peu à un “roman” et a des ressemblances frappantes avec le genre des contes de sagesse), ne se posait pas la question de la monarchie en Israël à l’époque de sa mise en place au temps de Samuel. Une question est posée : un frère peut-il gouverner ses frères ? question que le 1er Livre de Samuel aborde avec ses deux approches contradictoires, l’une en faveur de la royauté, l’autre dans une attitude de refus face à la royauté.

Avec cette page, nous continuons de vivre la fin et le dénouement de cette histoire de Joseph : vendu en esclavage par ses frères jaloux de lui, Joseph, suite à de nombreuses aventures où il réussit toujours, même en prison, (car partout l’on discerne ses qualités exceptionnelles de gestionnaire et d’organisateur), et, après avoir interprété les songes de deux officiers royaux et celui de Pharaon, est devenu le gouverneur de toute l’Egypte pendant une longue période de grande famine.

Joseph au sommet de sa gloire terrestre, devenu Grand Vizir de Pharaon, a donc organisé le stockage de tout le grain d’Egypte, en prévision des 7 années de famine dont il avait découvert l’annonce en interprétant un songe de Pharaon.

La famine s’étant répandue dans toute la région environnant l’Egypte, les frères de Joseph sont obligés de se rendre, à plusieurs reprises, se ravitailler en Egypte et y acheter du grain, et donc de s’adresser à Joseph qui contrôle de près toute distribution ou vente de grain.

Joseph, qui a reconnu ses frères, mais sans se faire d’abord reconnaître par eux, a commencé par les mettre à l’épreuve de diverses manières.

2. Message

Ces chapitres 44 et 45 nous font assiter au 2ème acte des retrouvailles de Joseph et de sa famille, la famille de Jacob, le porteur actuel des promesses de Dieu à Abraham et à sa descendance.

Après avoir fait monter très haut la tension dans ses relations avec ses frères avec l’arrivée de son jeune frère Benjamin, puis la découverte de la propre coupe de Joseph dans les bagages de ce dernier, alors que tous les frères s’en retournaient en Canaan, l’accusation de vol qui s’ensuivit, et la sanction de conserver Benjamin en esclavage en Egypte qu’il vient de décider, Joseph se trouve acculé à dénouer la crise de ses relations avec ses frères.

En effet, le plaidoyer de Juda soulignant avec beaucoup d’insistance à quel point leur père Jacob va être fatalement meurtri par le non-retour de son dernier fils Benjamin, suite à la disparition antérieure du jeune Joseph lui-même, ce plaidoyer devient insupportable pour Joseph qui fait alors évacuer la salle et, avec une très vive émotion, découvre à ses frères sa véritable identité, en se faisant reconnaître d’eux.

En ce moment crucial, alors que ses frères peuvent craindre sa vengeance, Joseph tire les leçons de leurs conflits fraternels et frasques de jeunesse. Le fait d’avoir été vendu par ses frèrs comme esclave en Egypte lui a permis d’atteindre ce pouvoir et de sauver ainsi Jacob et les siens de la famine. Le temps du pardon et de la réconciliation est donc arrivé

A travers et au delà de ces querelles fratricides Joseph atteste, avec foi, que Dieu a agi et poursuivi son accompagnement de la descendance d’Abraham.

3. Decouvertes

Joseph, comme personnage, est bien différent d’Abraham, d’Isaac et de Jacob, en ce sens qu’il n’est pas porteur, comme eux, de la promesse reçue de Dieu. Lue dans le contexte du Livre de la Genèse tout entier, l’histoire de Joseph est celle du salut pour sa famille, qui est la descendance d’Abraham, famille qui est préservée de la faim.

De cette façon, Joseph contribue au maintien de la promesse faite à Abraham d’une descendance innombrable. Mais cela se fait au détriment de la terre, car Israël va devoir quitter Canaan pour l’Egypte, où l’attendra bientôt l’oppression d’un esclavage, dont Moïse devra ensuite, quelques siècles plus tard, le libérer.

L’histoire de Joseph, du point de vue du déroulement des événements du I.ivre de la Genèse, explique pourquoi et comment Jacob-Israêl est venu en Egypte et y a retrouvé son fils perdu. Du point de vue donc de la suite des événements, on aurait pu se contenter des chapitres 37 et 45 - 46, mis bout à bout, mais quelle richesse aurions-nous perdue en ne découvrant pas ce drame, ces jalousies, et l’action de Dieu qui demeure présent et agissant en dépit de tout cela !

D’où la grande importance de notre page, qui, dans l’achèvement des retrouvailles de Joseph et de ses frères, insère bien toute cette histoire de querelles familiales dans tout le contexte de l’histoire antérieure des Patriarches. Tous les moments de ces retrouvailles de Joseph avec ses frères, et bientôt avec son père Jacob, sont ainsi porteurs du même message, et n’appellent pas de nouveau commentaire, car c’est le récit même du temps fort de l’histoire qui continue, et dont il nous suffit de constater la grande intensité dramatique qui nous aide à nous situer dans ce déroulement narratif avec nos propres questions sur la façon selon laquelle Dieu nous accompagne aujord’hui.

4. Prolongement

C’est en fonction de la découverte de l’action de Dieu à travers tous ces événements heureux ou malheureux que cette histoire de Joseph est pour nous histoire sainte du salut de Dieu et donc “Ecriture”.

En 45, 5, au moment où il se fait reconnaître par ses frères, Joseph leur déclare : “c’est pour préserver vos vies que Dieu m’a envoyé en avant de vous”.

Cet argument sera repris par Pierre dans ses discours des Actes des apôtres, après la résurrection de Jésus, pour expliquer en quel sens ceux qui avaient fait condamner et mourir Jésus avaient accompli les Ecritures de l’Ancien Testament :

23 cet homme qui avait été livré selon le dessein bien arrêté et la prescience de Dieu, vous l’avez pris et fait mourir en le clouant à la croix par la main des impies,

24 mais Dieu l’a ressuscité, le délivrant des affres de l’Hadès. Aussi bien n’était-il pas possible qu’il fût retenu en son pouvoir… …

17 ” Cependant, frères, je sais que c’est par ignorance que vous avez agi, ainsi d’ailleurs que vos chefs.

18 Dieu, lui, a ainsi accompli ce qu’il avait annoncé d’avance par la bouche de tous les prophètes, que son Christ souffrirait.

19 Repentez-vous donc et convertissez-vous, afin que vos péchés soient effacés,

En faisant ce qui était mal, lorsqu’ils ont vendu Joseph en esclavage, ses frères ont, sans le savoir, permis au dessein de salut de Dieu de continuer de se réaliser, même si cette évolution des événements ne supprime en rien ni leur faute ni leur responsabilité.

Dieu nous accompagne en toutes circonstances, mais il demeure toujours au-delà de nos réussites et de nos échecs, réalisant son salut, et nous le révélant, quand il le veut, et de la façon qu’il le veut.

Prière

*Seigneur Jésus, quelle que soit la façon dont Dieu fait avancer son projet de salut pour tous les hommes, à travers, et par delà, nos réussites, nos échecs, nos attitudes de droiture ou notre péché, tu nous demandes de te suivre dans ta marche quotidienne dans l’obéissance à la volonté du Père, en essayant de toujours chercher en premier lieu les valeurs et la justice de ton Royaume ainsi que la gloire de Dieu : rends-moi plus docile à la force de ton Esprit, pour que je parvienne davantage à t’imiter en tous tes comportements de vérité et d’amour, de façon à rayonner davantage ta présence en ma vie et la fécondité de ton Evangile. AMEN.

09.07.2003.*

Évangile : Matthieu 10, 7-15

DE L’EVANGILE DE MATTHIEU

Texte

7 Chemin faisant, proclamez que le Royaume des Cieux est tout proche.
8 Guérissez les malades, ressuscitez les morts, purifiez les lépreux, expulsez les démons. Vous avez reçu gratuitement, donnez gratuitement.
9 Ne vous procurez ni or, ni argent, ni menue monnaie pour vos ceintures,
10 ni besace pour la route, ni deux tuniques, ni sandales, ni bâton : car l’ouvrier mérite sa nourriture.
11 ” En quelque ville ou village que vous entriez, faites-vous indiquer quelqu’un d’honorable et demeurez-y jusqu’à ce que vous partiez.
12 En entrant dans la maison, saluez-la :
13 si cette maison en est digne, que votre paix vienne sur elle ; si elle ne l’est pas, que votre paix vous soit retournée.
14 Et si quelqu’un ne vous accueille pas et n’écoute pas vos paroles, sortez de cette maison ou de cette ville et secouez la poussière de vos pieds.
15 En vérité je vous le dis : au Jour du Jugement, il y aura moins de rigueur pour le pays de Sodome et de Gomorrhe que pour cette ville-là.

Commentaire

1. Situation

Cet Evangile, qui porte le nom de Matthieu, trouve peut-être sa première source dans une collection de paroles de Jésus, écrites en Araméen et attribuées à l’apôtre Matthieu, par un Père de l’Eglise, Papias d’Alexandrie, vers 125.

Cet Evangile, qui reprend beaucoup de passages de l’Evangile de Marc (qui avait été écrit vers 65), mais en y ajoutant des éléments qu’il partage en grande partie avec Luc, a été très probablement rédigé entre les années 85 et 90.

A parcourir tout ce Livre, on peut se demander s’il a été composé pour des chrétiens d’origine Juive (Judéochrétiens), ou pour des chrétiens d’origine païenne, ou encore pour les deux. La position communément admise de nos jours est qu’il a été écrit pour une communauté Judéochrétienne qui s’est trouvée exclue du Judaïsme, suite à une décision par des rabbins Juifs non chrétiens de ne plus tolérer la double appartenance, à la fois Juive et chrétienne, de ces Judéochrétiens, qui avait été possible jusqu’à cette date. Rupture qui explique la dureté des propos mis dans la bouche de Jésus contre les Scribes et Pharisiens de son temps (Matth. chapitre 23).

Néanmoins, même s’il a été d’abord écrit pour confirmer une communauté Judéochrétienne dans sa découverte de la Bonne Nouvelle de Jésus, cet Evangile est ouvert également à la mission universelle auprès des païens, et il se termine par un envoi en mission par le Christ ressuscité, avec ces paroles : “allez, de toutes les nations, faites des disciples” (28, 18).

On peut diviser cet Evangile en 11 parties, qui se répondent en sens inverse (la 1ère correspondant à la dernière, la 2ème, à l’avant-dernière, etc…), concentrées autour de la 6ème partie, le “Discours en paraboles”, qui sert en quelque sorte de “pivot”. Nous obtenons ainsi le découpage suivant :

  • Naissance de Jésus et commencement de sa mission (1 - 4)
  • Bénédictions et Discours sur la montagne (5 - 7)
  • Manifestations de l’autorité de Jésus et de ses appels (8 - 9)
  • Discours sur la mission (10)
  • Jésus rejeté par “cette génération” (11 - 12 )
  • Discours en paraboles (13)
  • Jésus reconnu par ses disciples (14 - 17)
  • Discours sur la manière de vivre en communauté de croyants (18)
  • De nouveau, Jésus manifeste son autorité et ses appels (19 - 22)
  • Proclamation de situations malheureuses et Discours sur la venue définitive du Royaume (23 - 24)
  • Passion, mort et résurrection (26 - 28)

Cette présentation fait ressortir que cet Evangile est bien rythmé par 5 grands discours de Jésus, dans lesquels l’auteur a concentré la majeure partie de son enseignement. Les 5 discours ont souvent fait penser aux 5 livres de Moïse de l’Ancien Testament. On dit volontiers que, pour Matthieu, Jésus est le “Nouveau Moïse”.


Nous sommes entrés maintenant dans la 4ème partie de l’Evangile, le 2ème grand discours de Jésus, appelé Discours Apostolique ou Discours Missionnaire (10, 1 -42).

Jésus a commencé par faire venir près de lui les Douze pour leur donner pouvoir de chasser tous les esprits mauvais et de guérir toute maladie et toute infirmité. Apès avoir nommé, un par un, ces 12 Apôtres, Matthieu nous précise que Jésus les envoie en mission en terre d’Israël exclusivement, avant de nous faire découvrir les instructions que Jésus leur donne concernant justement cette mission.

2. Message

Jésus leur indique d’abord le contenu du message à proclamer : c’est celui qu’annonçait déjà Jean Baptiste (3, 2), et par lequel Jésus lui-même a commencé son ministère (4, 17). Il résume l’essentiel de la Bonne Nouvelle qui accompagne le passage de Jésus en notre monde : Le Règne de Dieu s’est approché de nous, il nous faut donc nous tourner résolument vers Dieu (conversion) pour accueillir son passage en et par Jésus.

Cependant ce message, comme c’est le cas pour Jésus, s’accompagne d’une attitude de miséricorde active qui révèle à quel point ce message est salut de Dieu offert à tout homme et à toute femme par des gestes de prise en charge miséricordieuse, gestes de guérison de maladies et de libération des esprits mauvais.

Cette annonce de l’Evangile, comme Bonne Nouvelle et don d’un salut agissant en nous par des actes de guérison-libération, est totalement gratuite, mais avec une dimension de partage : on rencontre les gens vers qui l’on va en acceptant d’être simplement accueilllis par eux, on “s’indigénise” auprès d’eux, à condition toutefois que, de leur côté, ils accueillent la paix qu’on leur apporte au nom de Jésus.

Telle est donc la mission par la parole et les actions de guérison-libération. Une mission qui n’a pas besoin de stratégie préétablie ni de moyens humains sophistiqués. La mission aux mains nues, sans argent, ni tunique de rechange, ni sac, ni provisions, ni sandales, ni bâton.

Du même coup, cette mission est transparente de vérité : on propose l’Evangile de la miséricorde de Jésus et de la vie qu’il faut changer pour aller vers Dieu qui nous offre son salut. Cela dit ou montré, on refuse toute compromission qui dénaturerait cette Bonne Nouvelle, et l’on s’en va le plus nettement possible, si l’on n’est pas normalement accueilli ou écouté.

3. Decouvertes

Pour le moment, Jésus demande à ses Apôtres de ne pas sortir des limites d’Israël. C’est d’ailleurs ce qu’il fait lui-même. A noter cependant qu’après sa résurrection, il les, et nous, enverra porter la Bonne Nouvelle au monde entier (28, 19), nous assurant de sa présence permanente à nos côtés (28, 20).

Paul dira à plusieurs reprises que le salut, ou la justice, de Dieu sont absolument gratuits (Romains, 3, 24), parce que proposition et communication de la mission de délivrance achevée par Jésus en son ministère, sa mort et sa résurrection.

Cette grâce du salut, reçue gratuitement par tous, implique que la mission est fondamentalement d’abord toute désintéressée (2 Corinthiens, 11, 7), car rien ne doit empêcher aucune personne de recevoir la Parole et l’appel au salut en et par Jésus. C’est seulement dans un second temps que l’Apôtre peut accepter d’être pris en charge par les destinataires et les auditeurs de sa Parole, prise en charge que Paul trouvait tout-à-fait normale, mais qu’il a, sauf cas exceptionnels, toujours refusée pour lui-même (1 Corinthiens, 9, 4 - 18).

4. Prolongement

Dès que nous devenons disciples, appelés à suivre Jésus, il devient la première valeur de toute notre existence : tout chrétien doit dès lor, à sa façon, tout quitter pour le suivre, exigence qui s’adresse à tous (Matthieu, 10, 37 - 39; 16, 24 - 26).

Quelle que soit notre vocation particulière : de prophète de l’absolu de la rencontre de Jésus (vie religieuse), ou présence, à la façon de Jésus au coeur des réalités humaines (vie de laïque engagée dans toutes les dimensions des réalités professionnelles, civiques, familiales), notre relation à Jésus, qui doit toujours avoir la première place, ne peut donc que rayonner, soit comme question posée par notre vie, soit par notre témoignage visible, selon notre choix d’existence avec et pour Jésus.

Prière

*Seigneur Jésus, toi qui nous as appelés à te suivre, à vivre de ton Evangile, et à recevoir le mystère de la présence de Dieu en notre vie par toi et en toi, tu nous envoies tous continuer ta mission dans le cadre de notre vocation particulière, et tu attends de nous que nous proclamions l’essentiel de ton message de conversion et d’accueil de la proximité du Royaume de Dieu, que nous rayonnions ta miséricorde envers toutes et tous, que nous sachions rencontrer vraiment ceux que nous trouvons sur nos chemins, en partageant leur existence concrète, que nous avons ainsi à découvrir de l’intérieur de leur expérience : renouvelle en mon coeur la capacité de vraiment me quitter, de me rendre disponible, de façon à ce que ta mission de salut passe au travers de toutes mes attitudes et engagements humains, comme une lumière qui rayonne sans cesse ton Evangile. AMEN.

10.07.2003.*


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