📘 Commentaire biblique de l’abbé Léon Hamain


Première lecture : Isaïe 6, 1-8

DU LIVRE D’ISAÏE

Texte

1 L’année de la mort du roi Ozias, je vis le Seigneur assis sur un trône grandiose et surélevé. Sa traîne emplissait le sanctuaire.
2 Des séraphins se tenaient au-dessus de lui, ayant chacun six ailes, deux pour se couvrir la face, deux pour se couvrir les pieds, deux pour voler.
3 Ils se criaient l’un à l’autre ces paroles : ” Saint, saint, saint est Yahvé Sabaot, sa gloire emplit toute la terre. “
4 Les montants des portes vibrèrent au bruit de ces cris et le Temple était plein de fumée.
5 Alors je dis : ” Malheur à moi, je suis perdu! car je suis un homme aux lèvres impures, j’habite au sein d’un peuple aux lèvres impures, et mes yeux ont vu le Roi, Yahvé Sabaot. “
6 L’un des séraphins vola vers moi, tenant dans sa main une braise qu’il avait prise avec des pinces sur l’autel.
7 Il m’en toucha la bouche et dit : ” Voici, ceci a touché tes lèvres, ta faute est effacée, ton péché est pardonné. “
8 Alors j’entendis la voix du Seigneur qui disait : ” Qui enverrai-je ? Qui ira pour nous ? ” Et je dis : ” Me voici, envoie-moi. “

Commentaire

1. Situation

Le 1er Prophète Isaïe, grand prophète du 8ème siècle, a exercé son ministère autour de Jérusalem, à l’époque de la très grande expansion de l’empire Assyrien, qui a entraîné la chute du Royaume de Nord et imposé une situation de vassal du Roi d’Assyrie aux Rois de Juda.

Son Livre, qui, selon une hypothèse admise par tous depuis quelques décennies mais qui se trouve désormais assez fortement contestée, se limite aux 39 premiers chapitres du Livre d’Isaïe de nos Bibles, dans lequel lui sont joints des recueils du 2ème Prophète Isaïe, du 6ème siècle (Isaïe, 40 - 55), et du 3ème Prophète Isaïe, de la première moitié du 5ème siècle (Isaïe, 56 - 66), nous propose toute une suite d’oracles. Après une collection d’oracles divers qu servent d’introduction (1, 1 - 31), nous pouvons lire une première série d’oracles sur Juda et Israël (2, 1 - 5, 30), puis toute une section concacrée aux “mémoires ” du Prophète (6, 1 - 9, 6). Une deuxième série d’oracles sur Juda et Israël (9, 7 - 12, 6) précède ensuite un ensemble d’oracles contre les nations (13, 10 - 23, 18), suivis d’une Apocaypse (24, 1 - 27, 13), d’une réinterprétation d’oracles prononcés au temps du roi Ezéchias (28, 1 - 33, 24), avant que nous parvenions à la fin du recueil avec un Jugement sur Edom et quelques récits divers (34, 1 - 39, 8).

Cette répartition du Livre d’Isaïe, attribuant les 39 premiers chapitres au grand prophète du 8ème siècle, dont on estime que le génie et le rayonnement furent tels que des prophètes plus tardifs se soient inscrits dans sa succession et son école, n’empêche pas pour autant que des passages, plus ou moins importants, de ces 39 premiers chapitres soient eux-mêmes d’origine beaucoup plus tardive, et considérés ainsi par la plupart des commentateurs et exégètes.

2. Message

Extrait des “mémoires” du Prophète Isaîe, le récit de sa vocation nous est relaté sous la forme d’une grande vision qu’Isaïe a eue dans le Temple de Jérusalem, et qui paraît être la transposition de la grande liturgie du Temple (allusion aux Cherubim au dessus de l’Arche dans le Saint des Saints, l’encens de la célébration ?)

Terrifié par cette vision, qu’il interprète comme celle de Dieu sur son trône, entouré de la louange des Séraphins, le prophète se voit intégré dans ce qu’il voit, comme saisi dans cet événement en tant que partenaire : il y reconnaît alors son indignité, se trouve purifié par un Séraphin, et admis à entendre le Seigneur demander quel messager il va envoyer.

Se découvrant ainsi interpellé, Isaïe se propose pour la mission de prophète de Yahvé.

3. Decouvertes

Bien que nous ne connaissions pas la date de la mort du roi Osias, cette vocation d’Isaïe peut être située en 740.

Le langage visionnaire nous interdit toute réponse précise à la question concernant le genre “d’êtres” que représentent les Séraphins de cette vision, dont le nom signifie “brûlants”.

La proclamation de Dieu “trois fois Saint” (notre “Sanctus ” liturgique) ne se touve qu’à cet endroit dans la Bible de l’Ancien Testament. Dieu y est reconnu comme le “Dieu de l’univers”, et sa gloire, qui se manifeste dans le Temple, rayonne sur toute la terre.

Les “secousses” de la construction du Temple, la fumée, la réaction d’indignité et de “néant” du témoin en face du divin, sa peur, ce sont autant de signes d’une manifestation de Dieu dans une théophanie.

A noter que Dieu nous est présenté également comme “Roi” de l’univers, lui qui déjà règne sur Israël par la médiation des rois humains

.

4. Prolongement

Mises à part celles du Livre de l’Apocalypse, de genre apocalyptique, les quelques visions, mentionnées dans le Nouveau Testament (celle de Jésus lors de son baptême, celle de Jésus transfiguré à Pierre, Jacques et Jean sur la montagne, les apparitions du Christ ressuscité, l’appel de Saul-Paul terrassé sur la route de Damas, les visions accordées à Pierre et Paul dans les Actes des apôtres pour les encourager à des avancées apostoliques nouvelles), ne sont là que pour attester la dimension “d’au-delà” de Jésus en sa mission de “Fils”, et du Christ ressuscité qu’il est devenu le jour de Pâques, et qui continue d’agir parmi nous, les croyants par l’Esprit qu’il nous a donné.

Ces manifestations, d’un autre ordre que celui de notre réalité physico-chimico-biologique, constituent comme le “volet’” invisible et transcendant de l’incarnation du Verbe de Dieu en Jésus.

Dieu “appelle” à lui à travers les médiations humaines historiques, comme celle de Jésus, qui partage intégralement notre condition humaine, et qui appelle ses disciples par des démarches bien de notre monde, et comme celles de tous les témoins qui ont marqué notre vie, et par l’intermédiaire desquels nous avons nous-mêmes, été et demeurons, “appelés”. C’est ainsi que se traduit pour nous le fait que, dans le mystère de sa réalité divine, Dieu nous a mis à part pour lui :

15 Mais quand Celui qui dès le sein maternel m’a mis à part et appelé par sa grâce daigna

16 révéler en moi son Fils pour que je l’annonce parmi les païens, aussitôt, sans consulter la chair et le sang,

17 sans monter à Jérusalem trouver les apôtres mes prédécesseurs, je m’en allai en Arabie, puis je revins encore à Damas.

3 Béni soit le Dieu et Père de notre Seigneur Jésus Christ, qui nous a bénis par toutes sortes de bénédictions spirituelles, aux cieux, dans le Christ.

4 C’est ainsi qu’Il nous a élus en lui, dès avant la fondation du monde, pour être saints et immaculés en sa présence, dans l’amour,

5 déterminant d’avance que nous serions pour Lui des fils adoptifs par Jésus Christ. Tel fut le bon plaisir de sa volonté,

6 à la louange de gloire de sa grâce, dont Il nous a gratifiés dans le Bien-aimé.

Prière

*Seigneur Jésus, tu nous as tous appelés, et tu continues chaque jour, de nous appeler à te suivre comme tes disciples et tes envoyés, attendant de chacune et de chacun d’entre nous une réponse positive, c’est-à-dire un “OUI” engagé sans réservé : renforce en moi la disponibilité à marcher à ta suite, quelles que soient les circonstances, favorables ou non, que je rencontre, et fais en sorte que je ne cherche rien d’autre que d’accomplir, comme toi, la volonté du Père sur ma vie. AMEN.

13.07.2002.*

Évangile : Matthieu 10, 24-33

DE L’EVANGILE DE MATTHIEU

Texte

24 ” Le disciple n’est pas au-dessus du maître, ni le serviteur au-dessus de son patron.
25 Il suffit pour le disciple qu’il devienne comme son maître, et le serviteur comme son patron. Du moment qu’ils ont traité de Béelzéboul le maître de maison, que ne diront-ils pas de sa maisonnée !
26 ” N’allez donc pas les craindre ! Rien, en effet, n’est voilé qui ne sera révélé, rien de caché qui ne sera connu.
27 Ce que je vous dis dans les ténèbres, dites-le au grand jour ; et ce que vous entendez dans le creux de l’oreille, proclamez-le sur les toits.
28 ” Ne craignez rien de ceux qui tuent le corps, mais ne peuvent tuer l’âme ; craignez plutôt Celui qui peut perdre dans la géhenne à la fois l’âme et le corps
29 Ne vend-on pas deux passereaux pour un as ? Et pas un d’entre eux ne tombera au sol à l’insu de votre Père !
30 Et vous donc ! vos cheveux même sont tous comptés !
31 Soyez donc sans crainte ; vous valez mieux, vous, qu’une multitude de passereaux.
32 ” Quiconque se déclarera pour moi devant les hommes, moi aussi je me déclarerai pour lui devant mon Père qui est dans les cieux ;
33 mais celui qui m’aura renié devant les hommes, à mon tour je le renierai devant mon Père qui est dans les cieux.

Commentaire

1. Situation

Cet Evangile, qui porte le nom de Matthieu, trouve peut-être sa première source dans une collection de paroles de Jésus, écrites en Araméen et attribuées à l’apôtre Matthieu, par un Père de l’Eglise, Papias d’Alexandrie, vers 125.

Cet Evangile, qui reprend beaucoup de passages de l’Evangile de Marc (qui avait été écrit vers 65), mais en y ajoutant des éléments qu’il partage en grande partie avec Luc, a été très probablement rédigé entre les années 85 et 90.

A parcourir tout ce Livre, on peut se demander s’il a été composé pour des chrétiens d’origine Juive (Judéochrétiens), ou pour des chrétiens d’origine païenne, ou encore pour les deux. La position communément admise de nos jours est qu’il a été écrit pour une communauté Judéochrétienne qui s’est trouvée exclue du Judaïsme, suite à une décision par des rabbins Juifs non chrétiens de ne plus tolérer la double appartenance, à la fois Juive et chrétienne, de ces Judéochrétiens, qui avait été possible jusqu’à cette date. Rupture qui explique la dureté des propos mis dans la bouche de Jésus contre les Scribes et Pharisiens de son temps (Matth. chapitre 23).

Néanmoins, même s’il a été d’abord écrit pour confirmer une communauté Judéochrétienne dans sa découverte de la Bonne Nouvelle de Jésus, cet Evangile est ouvert également à la mission universelle auprès des païens, et il se termine par un envoi en mission par le Christ ressuscité, avec ces paroles : “allez, de toutes les nations, faites des disciples” (28, 18).

On peut diviser cet Evangile en 11 parties, qui se répondent en sens inverse (la 1ère correspondant à la dernière, la 2ème, à l’avant-dernière, etc…), concentrées autour de la 6ème partie, le “Discours en paraboles”, qui sert en quelque sorte de “pivot”. Nous obtenons ainsi le découpage suivant :

  • Naissance de Jésus et commencement de sa mission (1 - 4)
  • Bénédictions et Discours sur la montagne (5 - 7)
  • Manifestations de l’autorité de Jésus et de ses appels (8 - 9)
  • Discours sur la mission (10)
  • Jésus rejeté par “cette génération” (11 - 12 )
  • Discours en paraboles (13)
  • Jésus reconnu par ses disciples (14 - 17)
  • Discours sur la manière de vivre en communauté de croyants (18)
  • De nouveau, Jésus manifeste son autorité et ses appels (19 - 22)
  • Proclamation de situations malheureuses et Discours sur la venue définitive du Royaume (23 - 24)
  • Passion, mort et résurrection (26 - 28)

Cette présentation fait ressortir que cet Evangile est bien rythmé par 5 grands discours de Jésus, dans lesquels l’auteur a concentré la majeure partie de son enseignement. Les 5 discours ont souvent fait penser aux 5 livres de Moïse de l’Ancien Testament. On dit volontiers que, pour Matthieu, Jésus est le “Nouveau Moïse”.


Avec notre page, nous continuons la lecture de la 4ème partie de cet Evangile. Le grand discours missionnaire de Jésus (Matthieu,10, 1 - 42) nous a d’abord fait assister à la convocation, la présentation et l’envoi des 12 Apôtres de Jésus (10, 1 - 4), puis nous a détaillé le contenu de leur mission ( 10, 5 - 16), avant que Jésus évoque devant eux la perspective de persécutions à venir et leur indique quelle attitude adopter face à cette éventualité (10, 17 - 25).

Notre page correspond en grande partie au paragraphe suivant de ce discours et nous place devant les véritables réalités et les enjeux les plus importants à prendre en compte dans une attitude toute de confiance vis-à-vis du Seigneur.

2. Message

Notre texte de ce jour commence, en effet, par 2 versets que l’on peut considérer comme la conclusion des remarques précédentes de Jésus sur d’éventuelles perséscutions : les disciples doivent imiter leur maître et savoir qu’ils ont à partager son sort et son destin. Comme lui, ils seront persécutés et regardés comme des agents du Prince des démons. La mission des Apôtres se précise donc une fois de plus : c’est celle de Jésus, avec le même message à proclamer, les mêmes gestes et attitudes de miséricorde et de prise en charge à manifester, les mêmes risques à courir que Jésus.

Mais aussi avec la même assurance et la même force que Jésus. C’est bien ce qu’il atteste dans cette injonction qu’il leur répète à 3 reprises dans notre page : “soyez sans crainte…” D’abord, ne craignez pas les adversaires de l’Evangile, quelle que soit leur menace. En effet, la foi en Dieu, qui se révèle et qui va jusqu’au bout avec justice, est plus forte que toute crainte. De plus, tout sera dévoilé dans la clarté de ce document qui nous concerne et/ou concerne nos adversaires.

Ensuite, situez votre crainte au bon niveau, c’est-à-dire au niveau des valeurs suprêmes qui sont liées à la rencontre de Dieu, et qui surpassent notre vie biologique et notre passage par la mort. Nous sommes au niveau de ce q’il y a de plus profond en notre être, l’image de Dieu sur laquelle notre mort physique n’a pas de prise.

Enfin, faites confiance à Dieu, qui veille sur ce monde dont il est le sens et la référence dernière comme Créateur. Un simple regard sur l’ordre qui existe dans ce monde, ainsi que sur le comportement des oiseaux, par exemple, nous invite à faire confiance à Celui qui soutient l’univers qu’il a créé par sa Parole.

Toute crainte étant ainsi bannie, rien ne saurait nous empêcher de nous déclarer pour Jésus devant les hommes, de nous affirmer ses disciples, et Jésus, en retour, sera notre répondant auprès de Dieu dans le Royaume des cieux.

3. Decouvertes

Matthieu, au verset 28 de ce chapitre, nous parle de “l’âme”. S’inspire-t-il de la définition grecque et païenne de l’homme, présenté comme composé d’une “âme” immortelle et d’un corps “échangeable” ? Voir TOB, Matthieu, 10, 28, note “h”. Pensons plutôt que, sous le terme “âme”, Matthieu vise le principe le plus personnel de la vie qui nous vient de Dieu.

“2 moineaux”, car ce sont les êtres vivants qui coûtent le moins cher sur le marché.Cependant, en sa Providence, Dieu veille sur eux tous. Comme le dit la TOB, Matthieu, 10, 29, note “j”, Dieu n’est pas indiffférent à la mort des disciples de Jésus lors d’éventuelles persécutions. Bien au contraire, nous affirme Jésus, il est vraiment très concerné !

4. Prolongement

21 Comme le Père en effet ressuscite les morts et leur redonne vie, ainsi le Fils donne vie à qui il veut.

22 Car le Père ne juge personne; il a donné au Fils le jugement tout entier,

23 afin que tous honorent le Fils comme ils honorent le Père. Qui n’honore pas le Fils n’honore pas le Père qui l’a envoyé.

24 En vérité, en vérité, je vous le dis, celui qui écoute ma parole et croit à celui qui m’a envoyé a la vie éternelle et ne vient pas en jugement, mais il est passé de la mort à la vie.

25 En vérité, en vérité, je vous le dis, l’heure vient -et c’est maintenant -où les morts entendront la voix du Fils de Dieu, et ceux qui l’auront entendue vivront.

4 …Et telle est la victoire qui a triomphé du monde: notre foi.

5 Quel est le vainqueur du monde, sinon celui qui croit que Jésus est le Fils de Dieu ? …

9 Si nous recevons le témoignage des hommes, le témoignage de Dieu est plus grand. Car c’est le témoignage de Dieu, le témoignage que Dieu a rendu à son Fils.

10 Celui qui croit au Fils de Dieu a ce témoignage en lui. Celui qui ne croit pas en Dieu fait de lui un menteur, puisqu’il ne croit pas au témoignage que Dieu a rendu à son Fils.

11 Et voici ce témoignage: c’est que Dieu nous a donné la vie éternelle et que cette vie est dans son Fils.

12 Qui a le Fils a la vie; qui n’a pas le Fils n’a pas la vie.

Prière

*Seigneur Jésus, tu as toujours été le témoin fidèle de la Vérité de Dieu, que tu n’as jamais sacrifiée pour te défendre ou te protéger, car telle était ta mission, de la révéler et de la traduire en toutes tes actions, dans l’obéissance totale à la volonté et aux désirs de Dieu ton Père : donne-moi de ne jamais douter de la force de ton Esprit Saint, qui me permettra de t’annoncer par ma foi vécue, sans hésitation, en proclamant ta Parole, et en me mettant au service de mes frères et soeurs, que j’essaye d’aimer comme tu m’as aimé. AMEN.

12.07.2003.*


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