📘 Commentaire biblique de l’abbé Léon Hamain


Première lecture : Exode 3, 13-20

DU LIVRE DE L’EXODE

Texte

13 Moïse dit à Dieu : ” Voici, je vais trouver les Israélites et je leur dis : “Le Dieu de vos pères m’a envoyé vers vous. ” Mais s’ils me disent : “Quel est son nom ?”, que leur dirai-je ? “
14 Dieu dit à Moïse : ” Je suis celui qui est. ” Et il dit : ” Voici ce que tu diras aux Israélites : “Je suis” m’a envoyé vers vous. “
15 Dieu dit encore à Moïse : ” Tu parleras ainsi aux Israélites : “Yahvé, le Dieu de vos pères, le Dieu d’Abraham, le Dieu d’Isaac et le Dieu de Jacob m’a envoyé vers vous. C’est mon nom pour toujours, c’est ainsi que l’on m’invoquera de génération en génération.
16 ” Va, réunis les anciens d’Israël et dis-leur : “Yahvé, le Dieu de vos pères, m’est apparu - le Dieu d’Abraham, d’Isaac et de Jacob - et il m’a dit : Je vous ai visités et j’ai vu ce qu’on vous fait en Égypte,
17 alors j’ai dit : Je vous ferai monter de l’affliction d’Égypte vers la terre des Cananéens, des Hittites, des Amorites, des Perizzites, des Hivvites et des Jébuséens, vers une terre qui ruisselle de lait et de miel. “
18 Ils écouteront ta voix et vous irez, toi et les anciens d’Israël, trouver le roi d’Égypte et vous lui direz : “Yahvé, le Dieu des Hébreux, est venu à notre rencontre. Toi, permets-nous d’aller à trois jours de marche dans le désert pour sacrifier à Yahvé notre Dieu. “
19 Je sais bien que le roi d’Égypte ne vous laissera aller que s’il y est contraint par une main forte.
20 Aussi j’étendrai la main et je frapperai l’Égypte par les merveilles de toute sorte que j’accomplirai au milieu d’elle ; après quoi, il vous laissera partir.

Commentaire

1. Situation

Deuxième des 5 premiers livres de l’Ancien Testament rattachés à la tradition de Moïse, le Livre de l’Exode nous relate deux étapes de l’histoire d’Israël : - Les Hébreux esclaves se libèrent de la tutelle de Pharaon (1, 1 - 18, 27), - Le peuple d’Israël au Sinaï (19, 1 - 40, 38).

La 1ère partie nous montre d’abord les dangers que Pharaon fait courir au peuple d’Israël en Egypte (1, 1 - 2, 22), puis nous fait découvrir la nission que Dieu confie à Moise de faire sortir le peuple d’Egypte (2, 23 - 7, 7). Au nom du Seigneur, le Dieu d’Israël, Moïse va infliger les 10 plaies sur l’Egypte (7, 8 - 13, 16) puis conduire le peuple hors d’Egypte, en lui faisant traverser la mer des Roseaux dans laquelle sera détruite l’armée égyptienne (13, 17 - 15, 21).

Dans la 2nde partie, nous verrons comment, ayant ainsi vaincu ce Pharaon et libéré son peuple, Dieu va, au désert du Sinaï, confirmer Moïse comme le chef de son peuple, leur donner une Loi ou règle de vie, établir le signe et le lieu de sa présence au milieu d’eux, et les mettre en route, en dépit de leurs résistances et de leurs révoltes, vers la terre de Canaan (avec toute une série de séquences très détaillées : la conclusion de l’Alliance avec Dieu, qui donne les 10 commandements, les directives de Dieu concernant l’Arche, le culte et le sacerdoce, l’apostasie du peuple et le renouvellement de l’Alliance, la construction de la “Demeure”).

Mais, avant tous ces événements si importants, Moïse, serviteur de Dieu, aura anticipé dans sa propre histoire le déplacement du peuple, depuis l’Egypte jusqu’au Sinaï (chapitres 2 - 4). L’Exode (la sortie d’Egypte) va révéler Moïse grand serviteur de Dieu et le modèle à imiter pour les grandes figures bibliques qui le suivront : Josué, Jérémie, le 2nd Prophète Isaïe, et, pour nous, Jésus, qui nous sera présenté, entre autres figures, comme “le nouveau Moïse”. Partageant la souffrance du peuple, Moïse est en même temps proche de Dieu, et, par sa médiation, arrivera à maintenir le peuple en bons termes avec Yahvé son Dieu.


Moïse, né d’une famille de la tribu de Lévi, a été préservé de la mort par l’astuce de sa mère et la compassion de la fille de Pharaon, qui l’a adopté. Devenu adulte, il a pris conscience du dur esclavage de son peuple, et est allé jusqu’à tuer un Egyptien qui maltraitait un esclave Hébreu. En essayant d’intervenir en arbitre auprès des siens, il découvre que son meurtre de l’Egyptien a été découvert et doit donc s’enfuir hors d’Egypte, au pays de Madian, près du Sinaï, pour éviter les poursuites. (2, 1 - 21).

C’est là que nous le retouvons, au moment où Dieu vient l’appeler pour l’envoyer en Egypte faire sortir son peuple réduit en esclavage par Pharaon. Rencontre décisive de Moïse avec Dieu qui se manifeste à lui à partir d’un buisson qui brûle sans se consumer.

2. Message

Suite du dialogue de Moïse avec Dieu au buisson ardent. Moïse a du mal à envisager la possibilité qu’il aille trouver Pharaon pour lui demander de laisser les Hébreux quitter l’Egypte. Il discute donc avec le Seigneur et lui demande sous quel Nom il devra présenter celui qui l’envoie avec une telle mission.

Le nom de “YHWH” (“JE SUIS” ou “IL EST”) que le Seigneur se donne devant Moïse semble pouvoir se traduire aussi valablement par “Je suis celui qui suis” (je suis là et vous devez m’accepter comme tel), ou par “Je suis celui qui est” (j’existe en parfaite plénitude ), ou encore par “Je suis qui je serai” (vous me découvrirez à l’expérience). Mais, en même temps, Dieu rappelle qu’il est bien le Dieu des Ancêtres d’Israël.

Le Seigneur indique ensuite avec précision à Moïse comment il devra se comporter, en allant d’abord transmetre un message précis du Seigneur aux anciens d’Israël, les chargeant d’aller avec Moïse trouver Pharaon, porteurs de la demande très précise de leur Dieu de lui offrir un sacrifice à trois jours de marche dans le désert.

Enfin, Moïse est clairement prévenu que Pharaon résistera fermenent à toutes leurs démarches, mais qu’il finira par céder devant les épreuves qu’il aura à subir de la part de la Puissance de Dieu.

3. Decouvertes

Le Dieu qui se manifeste à partir du Buisson en flammes révèle son Nom. En effet, un messager doit toujours être en mesure de dire qui l’envoie en mission, et Moïse ne semble pas connaître le Nom du Dieu de ses pères.

Les événements rapportés au Livre de l’Exode ont toujours été considérés comme le grand moment fort des relations de Dieu avec son peuple Israël (voir Osée, 2, 15; 11, 1; 13, 4 et Jérémie, 2, 2 - 7), et il paraît normal que la révélation du Nom de Dieu y soit associée, avec le rappel toutefois nécessaire que c’est bien le Dieu qu’avaient rencontré les Ancêtres d’Israël (Abraham, Isaac et Jacob) qui intervient encore à ce moment précis et fait connaître ainsi son Nom.

Ce Nom que Dieu se donne est d’abord présenté sous la forme d’un jeu de mots sur le présent du verbe “être” à la première et troisième personnes du singulier. Toutes les interprétations de ce Nom de Dieu qui sont proposées se résument facilement en celle-ci :“Je serai qui je serai, mais pas plus que ce Nom ne saurait enfermer ma réalité, vous ne pourrez me définir à partir de lui.”

Les chercheurs nous disent que la véritable origine du nom de “YHWH” demeure incertaine.

4. Prolongement

D’après l’Evangile de Jean, Jésus s’est attribué à plusieurs reprises ce Nom de Dieu “JE SUIS” pour souligner la profondeur de son unité avec Dieu son Père :

28 Jésus leur dit donc : ” Quand vous aurez élevé le Fils de l’homme, alors vous saurez que Je Suis et que je ne fais rien de moi-même, mais je dis ce que le Père m’a enseigné,

29 et celui qui m’a envoyé est avec moi ; il ne m’a pas laissé seul, parce que je fais toujours ce qui lui plaît. ”

56 Abraham, votre père, exulta à la pensée qu’il verrait mon Jour. Il l’a vu et fut dans la joie. ”

57 Les Juifs lui dirent alors : ” Tu n’as pas cinquante ans et tu as vu Abraham ! ”

58 Jésus leur dit : ” En vérité, en vérité, je vous le dis, avant qu’Abraham existât, Je Suis. ”

Paul, de son côté, nous déclare que ce mystère du Nom de Dieu a été transmis à Jésus au terme de son pacours d’abaissement, d’obéissance jusqu’à la mort et sa résurrection :

8 il s’humilia plus encore, obéissant jusqu’à la mort, et à la mort sur une croix !

9 Aussi Dieu l’a-t-il exalté et lui a-t-il donné le Nom qui est au-dessus de tout nom,

10 pour que tout, au nom de Jésus, s’agenouille, au plus haut des cieux, sur la terre et dans les enfers,

11 et que toute langue proclame, de Jésus Christ, qu’il est SEIGNEUR, à la gloire de Dieu le Père.

L’auteur de l’Apocalypse fait dire à Jésus le Ressuscité de la fin des temps, qui se manifeste à lui dans sa vision initiale, que ce mystère du Nom de Dieu nous également transmis comme réalité de la fin des temps inaugurée dans l’Esprit Saint :

17 Celui qui a des oreilles, qu’il entende ce que l’Esprit dit aux Églises : au vainqueur, je donnerai de la manne cachée et je lui donnerai aussi un caillou blanc, un caillou portant gravé un nom nouveau que nul ne connaît, hormis celui qui le reçoit.

Prière

*Seigneur Jésus, c’est en ton Nom que nous avons été baptisés et que nous avons reçu le don de ton Esprit Saint, qui nous donne d’avoir part à ton image et à ta dignité de “Fils” qu’il nous fait reproduire : comme cela a été le cas de tes premiers disciples après ta résurrection, donne-moi de réaliser toutes choses en ton Nom, ou en relation avec ton Nom, que je dois sans cesse manifester comme la seule source de l’espérance de ton Royaume qui m’habite, dans la conviction que sans toi je ne puis rien faire, mais qu’avec toi qui me rends fort je suis, d’une certaine manière, rendu capable de tout. AMEN.

17.07.2003.*

Évangile : Matthieu 11, 25-30

DE L’EVANGILE DE MATTHIEU

Texte

25 En ce temps-là Jésus prit la parole et dit : ” Je te bénis, Père, Seigneur du ciel et de la terre, d’avoir caché cela aux sages et aux intelligents et de l’avoir révélé aux tout-petits.
26 Oui, Père, car tel a été ton bon plaisir.
27 Tout m’a été remis par mon Père, et nul ne connaît le Fils si ce n’est le Père, et nul ne connaît le Père si ce n’est le Fils, et celui à qui le Fils veut bien le révéler.
28 ” Venez à moi, vous tous qui peinez et ployez sous le fardeau, et moi je vous soulagerai.
29 Chargez-vous de mon joug et mettez-vous à mon école, car je suis doux et humble de cœur, et vous trouverez soulagement pour vos âmes.
30 Oui, mon joug est aisé et mon fardeau léger. “

Commentaire

1. Situation

Cet Evangile, qui porte le nom de Matthieu, trouve peut-être sa première source dans une collection de paroles de Jésus, écrites en Araméen et attribuées à l’apôtre Matthieu, par un Père de l’Eglise, Papias d’Alexandrie, vers 125.

Cet Evangile, qui reprend beaucoup de passages de l’Evangile de Marc (qui avait été écrit vers 65), mais en y ajoutant des éléments qu’il partage en grande partie avec Luc, a été très probablement rédigé entre les années 85 et 90.

A parcourir tout ce Livre, on peut se demander s’il a été composé pour des chrétiens d’origine Juive (Judéochrétiens), ou pour des chrétiens d’origine païenne, ou encore pour les deux. La position communément admise de nos jours est qu’il a été écrit pour une communauté Judéochrétienne qui s’est trouvée exclue du Judaïsme, suite à une décision par des rabbins Juifs non chrétiens de ne plus tolérer la double appartenance, à la fois Juive et chrétienne, de ces Judéochrétiens, qui avait été possible jusqu’à cette date. Rupture qui explique la dureté des propos mis dans la bouche de Jésus contre les Scribes et Pharisiens de son temps (Matth. chapitre 23).

Néanmoins, même s’il a été d’abord écrit pour confirmer une communauté Judéochrétienne dans sa découverte de la Bonne Nouvelle de Jésus, cet Evangile est ouvert également à la mission universelle auprès des païens, et il se termine par un envoi en mission par le Christ ressuscité, avec ces paroles : “allez, de toutes les nations, faites des disciples” (28, 18).

On peut diviser cet Evangile en 11 parties, qui se répondent en sens inverse (la 1ère correspondant à la dernière, la 2ème, à l’avant-dernière, etc…), concentrées autour de la 6ème partie, le “Discours en paraboles”, qui sert en quelque sorte de “pivot”. Nous obtenons ainsi le découpage suivant :

  • Naissance de Jésus et commencement de sa mission (1 - 4)
  • Bénédictions et Discours sur la montagne (5 - 7)
  • Manifestations de l’autorité de Jésus et de ses appels (8 - 9)
  • Discours sur la mission (10)
  • Jésus rejeté par “cette génération” (11 - 12 )
  • Discours en paraboles (13)
  • Jésus reconnu par ses disciples (14 - 17)
  • Discours sur la manière de vivre en communauté de croyants (18)
  • De nouveau, Jésus manifeste son autorité et ses appels (19 - 22)
  • Proclamation de situations malheureuses et Discours sur la venue définitive du Royaume (23 - 24)
  • Passion, mort et résurrection (26 - 28)

Cette présentation fait ressortir que cet Evangile est bien rythmé par 5 grands discours de Jésus, dans lesquels l’auteur a concentré la majeure partie de son enseignement. Les 5 discours ont souvent fait penser aux 5 livres de Moïse de l’Ancien Testament. On dit volontiers que, pour Matthieu, Jésus est le “Nouveau Moïse”.


Le deuxième discours de Jésus, portant sur la mission apostolique, une fois terminé, Matthieu nous donne un nouveau compte-rendu d’activités et paroles de Jésus (11, 1 - 12, 50).

Le thème global de cette partie intermédiaire entre les 2ème et 3ème discours de Jésus est la découverte que fait Jésus qu’il est plus ou moins rejeté par ses contemporains, et sa réaction à cet état de fait. C’est dire qu’il se trouve affronté à des refus de croire et des contestations grandissantes.

Jésus vient tout juste de répondre à la question que Jean Baptiste lui pose depuis sa prison en lui envoyant quelques disciples l’interroger. Jésus a poursuivi en faisant l’éloge de Jean Baptiste, tout en concluant que le plus petit dans le Royaume des cieux est plus grand que lui, et en ajoutant, en présentant la parabole des gamins mauvais joueurs sur la place, que la “génération présente” n’ a su accueillir ni Jean Baptiste, ni lui-même, Jésus.

Bien que Jésus agisse autrement que l’avait, semble-t-il, prévu Jean Baptiste, en insistant davantage sur la miséricorde que sur le jugement de Dieu qui purifie son “aire”, et bien qu’il prenne ainsi ses distances par rapport à Jean en signalant que les prédictions des prophètes de l’Ancien Testament sont accomplies par lui, il ne s’en daclare pas moins tout-à-fait solidaire de Jean Baptiste et de sa mission.

2. Message

Cette page fait suite à une réponse que Jésus vient de donner aux envoyés de Jean Baptiste, qui s’interroge sur son comportement, déroutant de miséricorde, de dépassement de la Loi, et d’une idée traditionnelle de la justice de Dieu.

Jésus, en trois temps, nous situe face à la révélation extraordinaire qu’il nous apporte de Dieu :

  • Dans sa prière il loue le Père et lui rend grâces d’avoir caché son mystère aux puissants et de l’avoir révélé aux pauvres de cœur.
  • Ensuite, il nous résume le contenu de ce mystère qu’il révèle et qui est la relation du Père à Jésus, et réciproquement, ce qui fait que Jésus est le seul authentique révélateur du Père.
  • Enfin, il nous invite, en allant à lui, à entrer toujours plus dans cette révélation, qui est toute de douceur, de paix, de repos (Hébreux, 4, 1 - 13) et proposition d’une exigence très réduite en quantité, mais de dimension infinie en qualité, dans la mesure où nous laissons la grâce de l’Esprit Saint l’assumer en nous.

3. Decouvertes

Dans ce message, Jésus continue d’accomplir tout le message qui s’est développé tout au long de l’Ancien Testament : Nouveau Moïse, il va beaucoup plus loin dans la connaissance et l’intimité de Dieu, qui était déjà remarquable (voir Exode 33, 12 - 14).

En effet, lui seul a vu Dieu et nous le fait connaître (Jean, 1, 1 - 18).

De plus il accomplit les prophètes, par exemple, Zacharie, 9, 9 - 10.

Egalement, il est en plénitude la Sagesse de Dieu, qui, dans le livre des Proverbes (8, 32 - 9, 6 : à relire), et, surtout, en Siracide 51, 1 - 30 (à relire également avec notre page), nous offrait cette richesse d’une manière de vivre selon Dieu.

4. Prolongement

Pour nous, 2 séries de questions :

A. Venant de chaque partie de cette page : sommes-nous assez ” pauvres ” pour accueillir cette révélation de Dieu en Jésus ? Jésus est-il vraiment pour nous ” LA REVELATION ” totale de Dieu, qui contient tout, ? Est-ce que nous retournons sans cesse, au delà de toutes nos méditations, à la contemplation de son mystère qui se déploie dans les évangiles, et que les autres textes du NT nous approfondissent ? Serions saturés de lui, alors que sans cesse il nous invite à jeter de nouveau notre existence en lui pour avoir la plénitude de vie ?

B. Venant de l’accomplissement : rencontrer ainsi Jésus, est-ce que cela unifie totalement notre existence et notre histoire en toutes ses expressions de paroles, de gestes, et d’engagements ? Notre dialogue contemplatif avec Jésus, en sa présence permanente, et en nos moments de silence face à lui, est-il le ” sommet ” de toute notre activité de chaque jour ? Cette démarche nous ” accomplit ” - elle réellement ? Notre vie serait-elle encore ” compartimentée ”, et donc divisée ?

Prière

*Seigneur Jésus, toi seul nous as révélé le secret de Dieu, ton Père, que nul, sinon toi, n’a jamais vu, et tu nous invites à nous rapprocher encore davantage de toi, pour découvrir l’accueil plein de douceur, d’humilité et de miséricorde, que le Père nous offre à travers toi, dans l’accomplissement de son projet de salut : aide-moi à ne plus compter sur moi, à devenir pauvre et petit, pour mieux recevoir le mystère de la révélation plénière de Dieu que tu nous apportes, et pour le connaître davantage, en me laissant prendre en charge totalement par toi, dans le don de ton Esprit Saint. AMEN.

  1. 07.2002.*

Évangile : Matthieu 11, 25-30

DE L’EVANGILE DE MATTHIEU

Texte

25 En ce temps-là Jésus prit la parole et dit : ” Je te bénis, Père, Seigneur du ciel et de la terre, d’avoir caché cela aux sages et aux intelligents et de l’avoir révélé aux tout-petits.
26 Oui, Père, car tel a été ton bon plaisir.
27 Tout m’a été remis par mon Père, et nul ne connaît le Fils si ce n’est le Père, et nul ne connaît le Père si ce n’est le Fils, et celui à qui le Fils veut bien le révéler.
28 ” Venez à moi, vous tous qui peinez et ployez sous le fardeau, et moi je vous soulagerai.
29 Chargez-vous de mon joug et mettez-vous à mon école, car je suis doux et humble de cœur, et vous trouverez soulagement pour vos âmes.
30 Oui, mon joug est aisé et mon fardeau léger. “

Commentaire

1. Situation

Cet Evangile, qui porte le nom de Matthieu, trouve peut-être sa première source dans une collection de paroles de Jésus, écrites en Araméen et attribuées à l’apôtre Matthieu, par un Père de l’Eglise, Papias d’Alexandrie, vers 125.

Cet Evangile, qui reprend beaucoup de passages de l’Evangile de Marc (qui avait été écrit vers 65), mais en y ajoutant des éléments qu’il partage en grande partie avec Luc, a été très probablement rédigé entre les années 85 et 90.

A parcourir tout ce Livre, on peut se demander s’il a été composé pour des chrétiens d’origine Juive (Judéochrétiens), ou pour des chrétiens d’origine païenne, ou encore pour les deux. La position communément admise de nos jours est qu’il a été écrit pour une communauté Judéochrétienne qui s’est trouvée exclue du Judaïsme, suite à une décision par des rabbins Juifs non chrétiens de ne plus tolérer la double appartenance, à la fois Juive et chrétienne, de ces Judéochrétiens, qui avait été possible jusqu’à cette date. Rupture qui explique la dureté des propos mis dans la bouche de Jésus contre les Scribes et Pharisiens de son temps (Matth. chapitre 23).

Néanmoins, même s’il a été d’abord écrit pour confirmer une communauté Judéochrétienne dans sa découverte de la Bonne Nouvelle de Jésus, cet Evangile est ouvert également à la mission universelle auprès des païens, et il se termine par un envoi en mission par le Christ ressuscité, avec ces paroles : “allez, de toutes les nations, faites des disciples” (28, 18).

On peut diviser cet Evangile en 11 parties, qui se répondent en sens inverse (la 1ère correspondant à la dernière, la 2ème, à l’avant-dernière, etc…), concentrées autour de la 6ème partie, le “Discours en paraboles”, qui sert en quelque sorte de “pivot”. Nous obtenons ainsi le découpage suivant :

  • Naissance de Jésus et commencement de sa mission (1 - 4)
  • Bénédictions et Discours sur la montagne (5 - 7)
  • Manifestations de l’autorité de Jésus et de ses appels (8 - 9)
  • Discours sur la mission (10)
  • Jésus rejeté par “cette génération” (11 - 12 )
  • Discours en paraboles (13)
  • Jésus reconnu par ses disciples (14 - 17)
  • Discours sur la manière de vivre en communauté de croyants (18)
  • De nouveau, Jésus manifeste son autorité et ses appels (19 - 22)
  • Proclamation de situations malheureuses et Discours sur la venue définitive du Royaume (23 - 24)
  • Passion, mort et résurrection (26 - 28)

Cette présentation fait ressortir que cet Evangile est bien rythmé par 5 grands discours de Jésus, dans lesquels l’auteur a concentré la majeure partie de son enseignement. Les 5 discours ont souvent fait penser aux 5 livres de Moïse de l’Ancien Testament. On dit volontiers que, pour Matthieu, Jésus est le “Nouveau Moïse”.


Le deuxième discours de Jésus, portant sur la mission apostolique, une fois terminé, Matthieu nous donne un nouveau compte-rendu d’activités et paroles de Jésus (11, 1 - 12, 50).

Dans le récit des paroles et des activités de Jésus qui séparent ses 2ème et 3ème grands discours dans l’Evangile de Matthieu, récit où il apparaît de plus en plus que Jésus est rejeté par les gens de sa génération, nous rencontrons ces paroles sublimes des versets 25 - 30 de ce chapitre 11. Jésus s’y exprime publiquement sur sa relation au Père et s’y présente comme le “Sauveur” accueillant tous ceux qui ont, d’une façon ou d’une autre, besoin de sa tendresse et de sa miséricorde.

2. Message

Ces paroles de Jésus sont porteuses d’une importante révélation. Jésus nous y partage les secrets de Dieu. D’abord, du point de vue du mystère de la communication de Dieu, il se situe comme celui qui connaît intimement le Père, qui est tout autant connu de lui, et qui, de ce fait, est le seul qui peut nous faire découvrir le Père et le connaître.

Ensuite, du point de vue du salut de Dieu, Jésus se présente comme celui qui accueille toutes nos attentes, toutes nos fatigues, toutes nos limites et lassitudes.

Trois parties se développent dans cet ensemble de 6 versets répartis sur les lectures d’Evangile de deux jours consécutifs: - d’abord, action de grâces de Jésus, adressée au Père, pour cette révélation que Dieu réalise à travers sa mission (versets 25 - 26)., - ensuite, présentation du contenu de cette révélation, à savoir le mystère de la relation du Fils au Père et du Père au Fils (verset 27), - enfin, l’invitation à découvrir le secret de Dieu, de ce qu’il est, et de ce qu’il nous propose comme salut, soulagement, douceur, tendresse (versets 28 - 30).

Ceux qui ont eu cette révélation et ceux qui sont invités à en bénéficier davantage en s’approchant de Jésus, ce sont les “tout-petits”, c’est-à-dire les disciples qui acceptent de tout découvrir, de tout apprendre, de tout recevoir de Jésus, et auxquels lui-même s’identifie (Matthieu, 10, 42 et 25, 35 - 40). Ce sont les “pauvres de coeur”, en “manque” de Dieu, de la première béatitude (Matthieu, 5, 3; voir aussi Psaume 34, 19 et Psaume 40, 18).

3. Decouvertes

Le verset 27 représente pour nous une très claire indication de la façon dont Jésus se percevait comme l’unique Fils absolu de l’unique Père absolu.

A noter que le nom de “Père” donné à Dieu (Abba = papa) est répété 5 fois dans les 3 versets 25 - 27.

Jésus, en sa personne, représente la “tradition” de Dieu, et donc tout ce que Dieu nous propose. La connaissance et l’amour réciproques du Père et du Fils permet à Jésus de nous faire découvrir le mystère de Dieu, qu’il nous transmet à travers son langage et ses comportements d’homme.

Au verset 28, .Jésus nous offre repos et réconfort. Sommes-nous ici devant un langage de sagesse où Jésus s’exprimerait comme la “Sagesse personnifiée” à la façon de Prov. 8, de Siracide 24, de Sagesse, 6 - 8, ou bien devant un langage de style “apocalyptique”, reprenant le livre de Daniel (Dan., 2, 2 - 13; 2, 18 - 19. 23. 28), où Daniel, qui loue et prie Dieu est opposé avec succès aux sages de Babylone (voir TOB, Matthieu, 11, 25, note “d”) ? Au-delà de ces relations avec des textes différents de l’Ancien Testament, l’essentiel demeure le fait que Jésus nous adresse cette invitation, et les paroles qu’il emploie pour cela.

De quel joug s’agit-il ici ? Le joug de la Loi ? Le joug du Royaume ? Ici, Jésus présente son interprétation du plan de Dieu à ceux qui sont toujours disposés à tout apprendre et recevoir de lui. Le joug de son enseignement est quantitativement plus léger que celui des Pharisiens, car il est centré sur l’essentiel du message de salut, mais, de ce fait même, ce qu’il nous propose est d’une exigence qualitative toujours plus forte, et à toujours redécouvrir, car on peut toujours aller plus loin dans l’amour de Dieu et l’amour du prochain (TOB, Matthieu., 11, 30, note “f”).

4. Prolongement

Cette intimité de Jésus avec le Père nous a été transmise par l’Esprit Saint, qui fait de nous des fils adoptifs capables de nous adresser, à notre tour, à Dieu comme ” Abba”, Père (Romains, 8, 14 - 17).

Nous pouvons relire à ce propos 1 Corinthiens, 1, 18 - 2, 16, dont voici quelques extraits :

6 Pourtant, c’est bien de sagesse que nous parlons parmi les parfaits, mais non d’une sagesse de ce monde ni des princes de ce monde, voués à la destruction.

7 Ce dont nous parlons, au contraire, c’est d’une sagesse de Dieu, mystérieuse, demeurée cachée, celle que, dès avant les siècles, Dieu a par avance destinée pour notre gloire,

8 celle qu’aucun des princes de ce monde n’a connue - s’ils l’avaient connue, en effet, ils n’auraient pas crucifié le Seigneur de la Gloire -

9 mais, selon qu’il est écrit, nous annonçons ce que l’œil n’a pas vu, ce que l’oreille n’a pas entendu, ce qui n’est pas monté au cœur de l’homme, tout ce que Dieu a préparé pour ceux qui l’aiment.

10 Car c’est à nous que Dieu l’a révélé par l’Esprit ; l’Esprit en effet sonde tout, jusqu’aux profondeurs de Dieu.

Prière

*Seigneur Jésus, tu es le Fils unique de Dieu fait homme, tu es l’unique Parole du Père, créatrice de l’univers et réalisatrice du salut de Dieu, tu es “Dieu-avec-nous” au coeur de notre humanité, pour nous donner de connaître et d’avoir part à la plus grande proximité possible avec Dieu qui nous aime de toute éternité et veut nous partager sa propre qualité de vie éternelle : donne-moi de me laisser davantage conduire à toi par ton Esprit Saint, attirer auprès de toi , avoir faim et soif de ta présence, de ta Parole, et de la prise en charge, que tu m’offres, de toute mon existence dans la douceur et l’accueil infinis de la miséricorde de Dieu. AMEN.

17 .07.2003.*


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