📘 Commentaire biblique de l’abbé Léon Hamain


Première lecture : Isaïe 26, 7-19

DU LIVRE D’ISAÏE

Texte

7 Le sentier du juste, c’est la droiture, tu aplanis la droite trace du juste.
8 Oui, dans le sentier de tes jugements, nous t’attendions, Yahvé, à ton nom et à ta mémoire va le désir de l’âme.
9 Mon âme t’a désiré pendant la nuit, oui, au plus profond de moi, mon esprit te cherche, car lorsque tu rends tes jugements pour la terre, les habitants du monde apprennent la justice.
10 Si l’on fait grâce au méchant sans qu’il apprenne la justice, au pays de la droiture il fait le mal, sans voir la majesté de Yahvé.
11 Yahvé, ta main est levée et ils ne voient pas! Ils verront, pleins de confusion, ton amour jaloux pour ce peuple, oui, le feu préparé pour tes ennemis les dévorera.
12 Yahvé, tu nous assures la paix, et même toutes nos œuvres, tu les accomplis pour nous.
13 Yahvé notre Dieu, d’autres maîtres que toi ont dominé sur nous, mais, attachés à toi seul, nous invoquons ton nom.
14 Les morts ne revivront pas, les ombres ne se relèveront pas, car tu les as visités, exterminés, tu as détruit jusqu’à leur souvenir.
15 Tu as fait de nous une nation, Yahvé, tu as fait de nous une nation et tu as été glorifié. Tu as fait reculer les limites du pays.
16 Yahvé, dans la détresse ils t’ont cherché, ils se répandirent en prière car ton châtiment était sur eux.
17 Comme la femme enceinte à l’heure de l’enfantement souffre et crie dans ses douleurs, ainsi étions-nous devant ta face, Yahvé.
18 Nous avons conçu, nous avons souffert, mais c’était pour enfanter du vent : nous n’avons pas donné le salut à la terre, il ne naît pas d’habitants au monde.
19 Tes morts revivront, tes cadavres ressusciteront. Réveillez-vous et chantez, vous qui habitez la poussière, car ta rosée est une rosée lumineuse, et le pays va enfanter des ombres.

Commentaire

1. Situation

Le 1er Prophète Isaïe, grand prophète du 8ème siècle, a exercé son ministère autour de Jérusalem, à l’époque de la très grande expansion de l’empire Assyrien, qui a entraîné la chute du Royaume de Nord et imposé une situation de vassal du Roi d’Assyrie aux Rois de Juda.

Son Livre, qui, selon une hypothèse admise par tous depuis quelques décennies mais qui se trouve désormais assez fortement contestée, se limite aux 39 premiers chapitres du Livre d’Isaïe de nos Bibles, dans lequel lui sont joints des recueils dits d’un 2ème Prophète Isaïe, du 6ème siècle (Isaïe, 40 - 55), et d’un 3ème Prophète Isaïe, de la première moitié du 5ème siècle (Isaïe, 56 - 66), nous propose toute une suite d’oracles. Après une collection d’oracles divers qui servent d’introduction (1, 1 - 31), nous pouvons lire une première série d’oracles sur Juda et Israël (2, 1 - 5, 30), puis toute une section concacrée aux “mémoires ” du Prophète (6, 1 - 9, 6). Une deuxième série d’oracles sur Juda et Israël (9, 7 - 12, 6) précède ensuite un ensemble d’oracles contre les nations (13, 10 - 23, 18), suivis d’une Apocalypse (24, 1 - 27, 13), d’une réinterprétation d’oracles prononcés au temps du roi Ezéchias (28, 1 - 33, 24), avant que nous parvenions à la fin du recueil avec un Jugement sur Edom et quelques récits divers (34, 1 - 39, 8).

Cette répartition du Livre d’Isaïe, attribuant les 39 premiers chapitres au grand prophète du 8ème siècle, dont on estime que le génie et le rayonnement furent tels que des prophètes plus tardifs se soient inscrits dans sa succession et son école, n’empêche pas pour autant que des passages, plus ou moins importants, de ces 39 premiers chapitres soient eux-mêmes d’origine beaucoup plus tardive, et considérés ainsi par la plupart des commentateurs et exégètes.

2. Message

Cette prière, tirée de “l’Apocalypse d’Isaïe”, est pleine de lucidité et d’espérance devant le Seigneur : il aplanit le sentier des justes, il propose une vraie justice en ses jugements, il nous donne la paix, et va jusqu’à accomplir lui-même ce que nous faisons de bien.

Cette prière est notre réponse de croyants, qui nous tournons vers Dieu, le cherchons, le désirons, mesurons tout ce qu’il réalise pour nous, et qui faisons appel à lui dans la détresse de notre situation. En effet, laissés à nous mêmes et ne comptant que sur nous nous-mêmes, nous n’enfantons que du vent et de l’illusion.

Mais, dans cette angoisse, le Seigneur nous annonce le retour de la vie, qui l’emporte sur toutes les formes de mort.

3. Decouvertes

Les chapitres 24 - 27 de ce Livre d’Isaïe forment un bloc, à cause de leur approche particulière : ouverture à l’eschatologie de la fin des temps, à la perspective d’une vie après la mort et de la résurrection. Ce sont la des positions assez proches de celles du Livre de Daniel (environ 150 - 130 avant JC), mais que l’on date plutôt du 3ème siècle, et qu’on aurait alors insérées dans le Livre du 1er Isaïe.

Cette prière représente une sorte de lamentation communautaire, de cri de détresse, venant d’une communauté vivant sous domination étrangère, et proclamant son espérance de libération.

Même si cette interprétation n’est pas exclue et se trouve admise par beaucoup, on n’est pas sûr que le dernier verset de cette page traite de la résurrection des morts à proprment parler. On y voit l’expression d’une espérance en une restauration permanente du peuple. A noter que ce verset 19 n’est jamais cité dans le Nouveau Testament.

4. Prolongement

Le salut de Dieu, révélé et accompli en Jésus, est la résurrection d’entre les morts, déjà réalisée en lui, promise à tous, et inaugurée dans l’Esprit Saint pour nous, les croyants. C’est aussi, et en cela, le partage de la vie même de Dieu, quand il règne sur nous de plus en plus entièrement. Tout cela se fait en nous par Jésus ressuscité, dans l’Esprit Saint, et nous en témoignons, en essayant d’imiter au mieux les paroles et actes de Jésus, en vivant notre foi en lui, qui agit dans l’amour (Galates, 5, 6).

Quelques textes du Nouveau Testament, en ce sens :

28 Et lorsque toutes choses lui auront été soumises, alors le Fils lui-même se soumettra à Celui qui lui a tout soumis, afin que Dieu soit tout en tous.

4 Mais Dieu, qui est riche en miséricorde, à cause du grand amour dont Il nous a aimés,

5 alors que nous étions morts par suite de nos fautes, nous a fait revivre avec le Christ - c’est par grâce que vous êtes sauvés ! -

6 avec lui Il nous a ressuscités et fait asseoir aux cieux, dans le Christ Jésus.

7 Il a voulu par là démontrer dans les siècles à venir l’extraordinaire richesse de sa grâce, par sa bonté pour nous dans le Christ Jésus.

8 Car c’est bien par la grâce que vous êtes sauvés, moyennant la foi. Ce salut ne vient pas de vous, il est un don de Dieu ;

9 il ne vient pas des œuvres, car nul ne doit pouvoir se glorifier.

10 Nous sommes en effet son ouvrage, créés dans le Christ Jésus en vue des bonnes œuvres que Dieu a préparées d’avance pour que nous les pratiquions.

1 Du moment donc que vous êtes ressuscités avec le Christ, recherchez les choses d’en haut, là où se trouve le Christ, assis à la droite de Dieu.

2 Songez aux choses d’en haut, non à celles de la terre.

3 Car vous êtes morts, et votre vie est désormais cachée avec le Christ en Dieu :

4 quand le Christ sera manifesté, lui qui est votre vie, alors vous aussi vous serez manifestés avec lui pleins de gloire. …

9 … Vous vous êtes dépouillés du vieil homme avec ses agissements,

10 et vous avez revêtu le nouveau, celui qui s’achemine vers la vraie connaissance en se renouvelant à l’image de son Créateur.

11 Là, il n’est plus question de Grec ou de Juif, de circoncision ou d’incirconcision, de Barbare, de Scythe, d’esclave, homme libre ; il n’y a que le Christ, qui est tout et en tout.

Prière

*Seigneur Jésus, sans toi nous ne pouvons rien faire, mais avec toi nous sommes capables de tout, parce qu’en ta présence nous découvrons et rencontrons le Père, qui t’a envoyé, et vers lequel tu n’as d’autre but que de nous conduire : donne-moi d’entrer pleinement dans cette logique du salut, qui appelle, de ma part, humble accueil de ta grâce, et recherche constante de la volonté du Père, dans l’obéissance du cœur, et accorde-moi de mener en vérité cette vie nouvelle, que je reçois de toi, en ne cessant pas de tendre à reproduire ton image, en toutes mes paroles et tous mes comportements. AMEN.

18.07.2002.*

Évangile : Matthieu 11, 25-30

DE L’EVANGILE DE MATTHIEU

Texte

25 En ce temps-là Jésus prit la parole et dit : ” Je te bénis, Père, Seigneur du ciel et de la terre, d’avoir caché cela aux sages et aux intelligents et de l’avoir révélé aux tout-petits.
26 Oui, Père, car tel a été ton bon plaisir.
27 Tout m’a été remis par mon Père, et nul ne connaît le Fils si ce n’est le Père, et nul ne connaît le Père si ce n’est le Fils, et celui à qui le Fils veut bien le révéler.
28 ” Venez à moi, vous tous qui peinez et ployez sous le fardeau, et moi je vous soulagerai.
29 Chargez-vous de mon joug et mettez-vous à mon école, car je suis doux et humble de cœur, et vous trouverez soulagement pour vos âmes.
30 Oui, mon joug est aisé et mon fardeau léger. “

Commentaire

1. Situation

Cet Evangile, qui porte le nom de Matthieu, trouve peut-être sa première source dans une collection de paroles de Jésus, écrites en Araméen et attribuées à l’apôtre Matthieu, par un Père de l’Eglise, Papias d’Alexandrie, vers 125.

Cet Evangile, qui reprend beaucoup de passages de l’Evangile de Marc (qui avait été écrit vers 65), mais en y ajoutant des éléments qu’il partage en grande partie avec Luc, a été très probablement rédigé entre les années 85 et 90.

A parcourir tout ce Livre, on peut se demander s’il a été composé pour des chrétiens d’origine Juive (Judéochrétiens), ou pour des chrétiens d’origine païenne, ou encore pour les deux. La position communément admise de nos jours est qu’il a été écrit pour une communauté Judéochrétienne qui s’est trouvée exclue du Judaïsme, suite à une décision par des rabbins Juifs non chrétiens de ne plus tolérer la double appartenance, à la fois Juive et chrétienne, de ces Judéochrétiens, qui avait été possible jusqu’à cette date. Rupture qui explique la dureté des propos mis dans la bouche de Jésus contre les Scribes et Pharisiens de son temps (Matth. chapitre 23).

Néanmoins, même s’il a été d’abord écrit pour confirmer une communauté Judéochrétienne dans sa découverte de la Bonne Nouvelle de Jésus, cet Evangile est ouvert également à la mission universelle auprès des païens, et il se termine par un envoi en mission par le Christ ressuscité, avec ces paroles : “allez, de toutes les nations, faites des disciples” (28, 18).

On peut diviser cet Evangile en 11 parties, qui se répondent en sens inverse (la 1ère correspondant à la dernière, la 2ème, à l’avant-dernière, etc…), concentrées autour de la 6ème partie, le “Discours en paraboles”, qui sert en quelque sorte de “pivot”. Nous obtenons ainsi le découpage suivant :

  • Naissance de Jésus et commencement de sa mission (1 - 4)
  • Bénédictions et Discours sur la montagne (5 - 7)
  • Manifestations de l’autorité de Jésus et de ses appels (8 - 9)
  • Discours sur la mission (10)
  • Jésus rejeté par “cette génération” (11 - 12 )
  • Discours en paraboles (13)
  • Jésus reconnu par ses disciples (14 - 17)
  • Discours sur la manière de vivre en communauté de croyants (18)
  • De nouveau, Jésus manifeste son autorité et ses appels (19 - 22)
  • Proclamation de situations malheureuses et Discours sur la venue définitive du Royaume (23 - 24)
  • Passion, mort et résurrection (26 - 28)

Cette présentation fait ressortir que cet Evangile est bien rythmé par 5 grands discours de Jésus, dans lesquels l’auteur a concentré la majeure partie de son enseignement. Les 5 discours ont souvent fait penser aux 5 livres de Moïse de l’Ancien Testament. On dit volontiers que, pour Matthieu, Jésus est le “Nouveau Moïse”.


Le deuxième discours de Jésus, portant sur la mission apostolique, une fois terminé, Matthieu nous donne un nouveau compte-rendu d’activités et paroles de Jésus (11, 1 - 12, 50).

Le thème global de cette partie intermédiaire entre les 2ème et 3ème discours de Jésus est la découverte que fait Jésus qu’il est plus ou moins rejeté par ses contemporains, et sa réaction à cet état de fait. C’est dire qu’il se trouve affronté à des refus de croire et des contestations grandissantes.

Jésus vient tout juste de répondre à la question que Jean Baptiste lui pose depuis sa prison en lui envoyant quelques disciples l’interroger. Jésus a poursuivi en faisant l’éloge de Jean Baptiste, tout en concluant que le plus petit dans le Royaume des cieux est plus grand que lui, et en ajoutant, en présentant la parabole des gamins mauvais joueurs sur la place, que la “génération présente” n’ a su accueillir ni Jean Baptiste, ni lui-même, Jésus.

Bien que Jésus agisse autrement que l’avait, semble-t-il, prévu Jean Baptiste, en insistant davantage sur la miséricorde que sur le jugement de Dieu qui purifie son “aire”, et bien qu’il prenne ainsi ses distances par rapport à Jean en signalant que les prédictions des prophètes de l’Ancien Testament sont accomplies par lui, il ne s’en daclare pas moins tout-à-fait solidaire de Jean Baptiste et de sa mission.

2. Message

Cette page fait suite à une réponse que Jésus vient de donner aux envoyés de Jean Baptiste, qui s’interroge sur son comportement, déroutant de miséricorde, de dépassement de la Loi, et d’une idée traditionnelle de la justice de Dieu.

Jésus, en trois temps, nous situe face à la révélation extraordinaire qu’il nous apporte de Dieu :

  • Dans sa prière il loue le Père et lui rend grâces d’avoir caché son mystère aux puissants et de l’avoir révélé aux pauvres de cœur.
  • Ensuite, il nous résume le contenu de ce mystère qu’il révèle et qui est la relation du Père à Jésus, et réciproquement, ce qui fait que Jésus est le seul authentique révélateur du Père.
  • Enfin, il nous invite, en allant à lui, à entrer toujours plus dans cette révélation, qui est toute de douceur, de paix, de repos (Hébreux, 4, 1 - 13) et proposition d’une exigence très réduite en quantité, mais de dimension infinie en qualité, dans la mesure où nous laissons la grâce de l’Esprit Saint l’assumer en nous.

3. Decouvertes

Dans ce message, Jésus continue d’accomplir tout le message qui s’est développé tout au long de l’Ancien Testament : Nouveau Moïse, il va beaucoup plus loin dans la connaissance et l’intimité de Dieu, qui était déjà remarquable (voir Exode 33, 12 - 14).

En effet, lui seul a vu Dieu et nous le fait connaître (Jean, 1, 1 - 18).

De plus il accomplit les prophètes, par exemple, Zacharie, 9, 9 - 10.

Egalement, il est en plénitude la Sagesse de Dieu, qui, dans le livre des Proverbes (8, 32 - 9, 6 : à relire), et, surtout, en Siracide 51, 1 - 30 (à relire également avec notre page), nous offrait cette richesse d’une manière de vivre selon Dieu.

4. Prolongement

Pour nous, 2 séries de questions :

A. Venant de chaque partie de cette page : sommes-nous assez ” pauvres ” pour accueillir cette révélation de Dieu en Jésus ? Jésus est-il vraiment pour nous ” LA REVELATION ” totale de Dieu, qui contient tout, ? Est-ce que nous retournons sans cesse, au delà de toutes nos méditations, à la contemplation de son mystère qui se déploie dans les évangiles, et que les autres textes du NT nous approfondissent ? Serions saturés de lui, alors que sans cesse il nous invite à jeter de nouveau notre existence en lui pour avoir la plénitude de vie ?

B. Venant de l’accomplissement : rencontrer ainsi Jésus, est-ce que cela unifie totalement notre existence et notre histoire en toutes ses expressions de paroles, de gestes, et d’engagements ? Notre dialogue contemplatif avec Jésus, en sa présence permanente, et en nos moments de silence face à lui, est-il le ” sommet ” de toute notre activité de chaque jour ? Cette démarche nous ” accomplit ” - elle réellement ? Notre vie serait-elle encore ” compartimentée ”, et donc divisée ?

Prière

*Seigneur Jésus, toi seul nous as révélé le secret de Dieu, ton Père, que nul, sinon toi, n’a jamais vu, et tu nous invites à nous rapprocher encore davantage de toi, pour découvrir l’accueil plein de douceur, d’humilité et de miséricorde, que le Père nous offre à travers toi, dans l’accomplissement de son projet de salut : aide-moi à ne plus compter sur moi, à devenir pauvre et petit, pour mieux recevoir le mystère de la révélation plénière de Dieu que tu nous apportes, et pour le connaître davantage, en me laissant prendre en charge totalement par toi, dans le don de ton Esprit Saint. AMEN.

  1. 07.2002.*

Évangile : Matthieu 11, 25-30

DE L’EVANGILE DE MATTHIEU

Texte

25 En ce temps-là Jésus prit la parole et dit : ” Je te bénis, Père, Seigneur du ciel et de la terre, d’avoir caché cela aux sages et aux intelligents et de l’avoir révélé aux tout-petits.
26 Oui, Père, car tel a été ton bon plaisir.
27 Tout m’a été remis par mon Père, et nul ne connaît le Fils si ce n’est le Père, et nul ne connaît le Père si ce n’est le Fils, et celui à qui le Fils veut bien le révéler.
28 ” Venez à moi, vous tous qui peinez et ployez sous le fardeau, et moi je vous soulagerai.
29 Chargez-vous de mon joug et mettez-vous à mon école, car je suis doux et humble de cœur, et vous trouverez soulagement pour vos âmes.
30 Oui, mon joug est aisé et mon fardeau léger. “

Commentaire

1. Situation

Cet Evangile, qui porte le nom de Matthieu, trouve peut-être sa première source dans une collection de paroles de Jésus, écrites en Araméen et attribuées à l’apôtre Matthieu, par un Père de l’Eglise, Papias d’Alexandrie, vers 125.

Cet Evangile, qui reprend beaucoup de passages de l’Evangile de Marc (qui avait été écrit vers 65), mais en y ajoutant des éléments qu’il partage en grande partie avec Luc, a été très probablement rédigé entre les années 85 et 90.

A parcourir tout ce Livre, on peut se demander s’il a été composé pour des chrétiens d’origine Juive (Judéochrétiens), ou pour des chrétiens d’origine païenne, ou encore pour les deux. La position communément admise de nos jours est qu’il a été écrit pour une communauté Judéochrétienne qui s’est trouvée exclue du Judaïsme, suite à une décision par des rabbins Juifs non chrétiens de ne plus tolérer la double appartenance, à la fois Juive et chrétienne, de ces Judéochrétiens, qui avait été possible jusqu’à cette date. Rupture qui explique la dureté des propos mis dans la bouche de Jésus contre les Scribes et Pharisiens de son temps (Matth. chapitre 23).

Néanmoins, même s’il a été d’abord écrit pour confirmer une communauté Judéochrétienne dans sa découverte de la Bonne Nouvelle de Jésus, cet Evangile est ouvert également à la mission universelle auprès des païens, et il se termine par un envoi en mission par le Christ ressuscité, avec ces paroles : “allez, de toutes les nations, faites des disciples” (28, 18).

On peut diviser cet Evangile en 11 parties, qui se répondent en sens inverse (la 1ère correspondant à la dernière, la 2ème, à l’avant-dernière, etc…), concentrées autour de la 6ème partie, le “Discours en paraboles”, qui sert en quelque sorte de “pivot”. Nous obtenons ainsi le découpage suivant :

  • Naissance de Jésus et commencement de sa mission (1 - 4)
  • Bénédictions et Discours sur la montagne (5 - 7)
  • Manifestations de l’autorité de Jésus et de ses appels (8 - 9)
  • Discours sur la mission (10)
  • Jésus rejeté par “cette génération” (11 - 12 )
  • Discours en paraboles (13)
  • Jésus reconnu par ses disciples (14 - 17)
  • Discours sur la manière de vivre en communauté de croyants (18)
  • De nouveau, Jésus manifeste son autorité et ses appels (19 - 22)
  • Proclamation de situations malheureuses et Discours sur la venue définitive du Royaume (23 - 24)
  • Passion, mort et résurrection (26 - 28)

Cette présentation fait ressortir que cet Evangile est bien rythmé par 5 grands discours de Jésus, dans lesquels l’auteur a concentré la majeure partie de son enseignement. Les 5 discours ont souvent fait penser aux 5 livres de Moïse de l’Ancien Testament. On dit volontiers que, pour Matthieu, Jésus est le “Nouveau Moïse”.


Le deuxième discours de Jésus, portant sur la mission apostolique, une fois terminé, Matthieu nous donne un nouveau compte-rendu d’activités et paroles de Jésus (11, 1 - 12, 50).

Dans le récit des paroles et des activités de Jésus qui séparent ses 2ème et 3ème grands discours dans l’Evangile de Matthieu, récit où il apparaît de plus en plus que Jésus est rejeté par les gens de sa génération, nous rencontrons ces paroles sublimes des versets 25 - 30 de ce chapitre 11. Jésus s’y exprime publiquement sur sa relation au Père et s’y présente comme le “Sauveur” accueillant tous ceux qui ont, d’une façon ou d’une autre, besoin de sa tendresse et de sa miséricorde.

2. Message

Ces paroles de Jésus sont porteuses d’une importante révélation. Jésus nous y partage les secrets de Dieu. D’abord, du point de vue du mystère de la communication de Dieu, il se situe comme celui qui connaît intimement le Père, qui est tout autant connu de lui, et qui, de ce fait, est le seul qui peut nous faire découvrir le Père et le connaître.

Ensuite, du point de vue du salut de Dieu, Jésus se présente comme celui qui accueille toutes nos attentes, toutes nos fatigues, toutes nos limites et lassitudes.

Trois parties se développent dans cet ensemble de 6 versets répartis sur les lectures d’Evangile de deux jours consécutifs: - d’abord, action de grâces de Jésus, adressée au Père, pour cette révélation que Dieu réalise à travers sa mission (versets 25 - 26)., - ensuite, présentation du contenu de cette révélation, à savoir le mystère de la relation du Fils au Père et du Père au Fils (verset 27), - enfin, l’invitation à découvrir le secret de Dieu, de ce qu’il est, et de ce qu’il nous propose comme salut, soulagement, douceur, tendresse (versets 28 - 30).

Ceux qui ont eu cette révélation et ceux qui sont invités à en bénéficier davantage en s’approchant de Jésus, ce sont les “tout-petits”, c’est-à-dire les disciples qui acceptent de tout découvrir, de tout apprendre, de tout recevoir de Jésus, et auxquels lui-même s’identifie (Matthieu, 10, 42 et 25, 35 - 40). Ce sont les “pauvres de coeur”, en “manque” de Dieu, de la première béatitude (Matthieu, 5, 3; voir aussi Psaume 34, 19 et Psaume 40, 18).

3. Decouvertes

Le verset 27 représente pour nous une très claire indication de la façon dont Jésus se percevait comme l’unique Fils absolu de l’unique Père absolu.

A noter que le nom de “Père” donné à Dieu (Abba = papa) est répété 5 fois dans les 3 versets 25 - 27.

Jésus, en sa personne, représente la “tradition” de Dieu, et donc tout ce que Dieu nous propose. La connaissance et l’amour réciproques du Père et du Fils permet à Jésus de nous faire découvrir le mystère de Dieu, qu’il nous transmet à travers son langage et ses comportements d’homme.

Au verset 28, .Jésus nous offre repos et réconfort. Sommes-nous ici devant un langage de sagesse où Jésus s’exprimerait comme la “Sagesse personnifiée” à la façon de Prov. 8, de Siracide 24, de Sagesse, 6 - 8, ou bien devant un langage de style “apocalyptique”, reprenant le livre de Daniel (Dan., 2, 2 - 13; 2, 18 - 19. 23. 28), où Daniel, qui loue et prie Dieu est opposé avec succès aux sages de Babylone (voir TOB, Matthieu, 11, 25, note “d”) ? Au-delà de ces relations avec des textes différents de l’Ancien Testament, l’essentiel demeure le fait que Jésus nous adresse cette invitation, et les paroles qu’il emploie pour cela.

De quel joug s’agit-il ici ? Le joug de la Loi ? Le joug du Royaume ? Ici, Jésus présente son interprétation du plan de Dieu à ceux qui sont toujours disposés à tout apprendre et recevoir de lui. Le joug de son enseignement est quantitativement plus léger que celui des Pharisiens, car il est centré sur l’essentiel du message de salut, mais, de ce fait même, ce qu’il nous propose est d’une exigence qualitative toujours plus forte, et à toujours redécouvrir, car on peut toujours aller plus loin dans l’amour de Dieu et l’amour du prochain (TOB, Matthieu., 11, 30, note “f”).

4. Prolongement

Cette intimité de Jésus avec le Père nous a été transmise par l’Esprit Saint, qui fait de nous des fils adoptifs capables de nous adresser, à notre tour, à Dieu comme ” Abba”, Père (Romains, 8, 14 - 17).

Nous pouvons relire à ce propos 1 Corinthiens, 1, 18 - 2, 16, dont voici quelques extraits :

6 Pourtant, c’est bien de sagesse que nous parlons parmi les parfaits, mais non d’une sagesse de ce monde ni des princes de ce monde, voués à la destruction.

7 Ce dont nous parlons, au contraire, c’est d’une sagesse de Dieu, mystérieuse, demeurée cachée, celle que, dès avant les siècles, Dieu a par avance destinée pour notre gloire,

8 celle qu’aucun des princes de ce monde n’a connue - s’ils l’avaient connue, en effet, ils n’auraient pas crucifié le Seigneur de la Gloire -

9 mais, selon qu’il est écrit, nous annonçons ce que l’œil n’a pas vu, ce que l’oreille n’a pas entendu, ce qui n’est pas monté au cœur de l’homme, tout ce que Dieu a préparé pour ceux qui l’aiment.

10 Car c’est à nous que Dieu l’a révélé par l’Esprit ; l’Esprit en effet sonde tout, jusqu’aux profondeurs de Dieu.

Prière

*Seigneur Jésus, tu es le Fils unique de Dieu fait homme, tu es l’unique Parole du Père, créatrice de l’univers et réalisatrice du salut de Dieu, tu es “Dieu-avec-nous” au coeur de notre humanité, pour nous donner de connaître et d’avoir part à la plus grande proximité possible avec Dieu qui nous aime de toute éternité et veut nous partager sa propre qualité de vie éternelle : donne-moi de me laisser davantage conduire à toi par ton Esprit Saint, attirer auprès de toi , avoir faim et soif de ta présence, de ta Parole, et de la prise en charge, que tu m’offres, de toute mon existence dans la douceur et l’accueil infinis de la miséricorde de Dieu. AMEN.

17 .07.2003.*


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