📘 Commentaire biblique de l’abbé Léon Hamain
Première lecture : Isaïe 1, 11-17
DU LIVRE D’ISAÏE
Texte
11 Qu’ai-je affaire de la multitude de vos sacrifices? dit l’Éternel. Je suis rassasié des holocaustes de béliers et de la graisse des veaux; Je ne prends point plaisir au sang des taureaux, des brebis et des boucs.
12 Quand vous venez vous présenter devant moi, Qui vous demande de souiller mes parvis?
13 Cessez d’apporter de vaines offrandes: J’ai en horreur l’encens, Les nouvelles lunes, les sabbats et les assemblées; Je ne puis voir le crime s’associer aux solennités
14 Mon âme hait vos nouvelles lunes et vos fêtes; Elles me sont à charge; Je suis las de les supporter.
15 Quand vous étendez vos mains, je détourne de vous mes yeux; Quand vous multipliez les prières, je n’écoute pas: Vos mains sont pleines de sang.
16 Lavez-vous, purifiez-vous, Otez de devant mes yeux la méchanceté de vos actions; Cessez de faire le mal.
17 Apprenez à faire le bien, recherchez la justice, Protégez l’opprimé; Faites droit à l’orphelin, Défendez la veuve.
Commentaire
1. Situation
Le 1er Prophète Isaïe, grand prophète du 8ème siècle, a exercé son ministère autour de Jérusalem, à l’époque de la très grande expansion de l’empire Assyrien, qui a entraîné la chute du Royaume de Nord et imposé une situation de vassal du Roi d’Assyrie aux Rois de Juda.
Son Livre, qui, selon une hypothèse admise par tous depuis quelques décennies mais qui se trouve désormais assez fortement contestée, se limite aux 39 premiers chapitres du Livre d’Isaïe de nos Bibles, dans lequel lui sont joints des recueils du 2ème Prophète Isaïe, du 6ème siècle (Isaïe, 40 - 55), et du 3ème Prophète Isaïe, de la première moitié du 5ème siècle (Isaïe, 56 - 66), nous propose toute une suite d’oracles. Après une collection d’oracles divers qu servent d’introduction (1, 1 - 31), nous pouvons lire une première série d’oracles sur Juda et Israël (2, 1 - 5, 30), puis toute une section concacrée aux “mémoires ” du Prophète (6, 1 - 9, 6). Une deuxième série d’oracles sur Juda et Israël (9, 7 - 12, 6) précède ensuite un ensemble d’oracles contre les nations (13, 10 - 23, 18), suivis d’une Apocaypse (24, 1 - 27, 13), d’une réinterprétation d’oracles prononcés au temps du roi Ezéchias (28, 1 - 33, 24), avant que nous parvenions à la fin du recueil avec un Jugement sur Edom et quelques récits divers (34, 1 - 39, 8).
Cette répartition du Livre d’Isaïe, attribuant les 39 premiers chapitres au grand prophète du 8ème siècle, dont on estime que le génie et le rayonnement furent tels que des prophètes plus tardifs se soient inscrits dans sa succession et son école, n’empêche pas pour autant que des passages, plus ou moins importants, de ces 39 premiers chapitres soient eux-mêmes d’origine beaucoup plus tardive, et considérés ainsi par la plupart des commentateurs et exégètes.
2. Message
Réquisitoire implacable du Seigneur, par la bouche du prophète, contre le culte du Temple de Jérusalem et toute liturgie officielle en Juda : ce culte lui répugne, il est totalement inutile et Dieu l’ a en horreur.
Notons les autres expressions très fortes de ce rejet : Yahvé ne “supporte plus” cette liturgie, il la “hait”, se dit “las” de la supporter, en “détourne les yeux” et ne “l’écoute plus” !
La raison en est que ces offrandes ne correspondent en rien à l’attitude du coeur des gens de ce peuple, dans la mesure où ils ont les mains pleines de sang et commettent le mal.
En conséquence, le prophète invite le peuple à la conversion, la purification de son péché, un retour au bien, au droit et à la justice, à la prise en charge des faibles et des petits.
3. Decouvertes
Ce chapitre 1er du Livre d’Isaïe est quasi tout entier consacré à un tel réquisitoire (dont nous n’avons ici qu’un extrait) contre le royaume du Sud, le royaume de Juda (1, 2 - 31).
Cette proclamation de la réprobation par Dieu des sacrifices n’est pas spécifique à Isaïe (voir Amos, 4, 4 et 5, 21ss.; Osée, 6, 6; Michée, 6, 6ss.; Jérémie, 6, 20 et 7, 21; Psaume 50, 8 - 14).
Au verset 14, les solennités désignées sont la célébration des trois grandes Fêtes d’Israël, citées dans Exode, 23, 14 - 17; 34, 18. 22ss.; Lévitique 23 et Deutéronome 16.
Au verset 15, Isaïe fait allusion au fait que les gens étendent ou ouvrent leurs mains pour prier, attitude fréquente dans l’Antiquité (Exode, 9, 29 - 33; 1 Rois, 8, 54 et Psaume 44, 21).
Il semble qu’Isaïe poursuive un double but dans ce passage : d’une part, signaler à la communauté que la liturgie, si belle soit-elle, n’est pas une garantie de l’acceptation par Dieu du culte ainsi célébré, d’autre part, montrer qu’il est dangereux pour la communauté d’avoir une fausse idée de la valeur de la liturgie (en la célébrant indépendamment du comportement des croyants et de leur attitude intérieure).
Les premiers versets de notre page conduisent naturellement aux versets 15 - 17 qui la concluent : il ne peut y avoir de culte authentique rendu à Dieu tant que les attitudes requises par lui dans son Alliance avec le peuple ne sont pas honorées par une mise en pratique réelle. Ces attitudes sont brièvemnet rappelées dans ces veresets 15 - 17 comme une relecture en termes positifs des interdictions portées dans les 10 Commandements du Sinaï. Voir également Michée, 6, 8.
4. Prolongement
En parlant du culte en esprit et en vérité dans sa rencontre avec la femme de Samarie en Jean, 4, 21 - 24, Jésus identifie l’engagement du croyant dans l’obéissance constante à la volonté de Dieu au vrai culte que Dieu attend et qu’il apprécie.
De ce point de vue, on peut dire qu’il n’y a plus de culte dans nos assemblées chrétiennes tenues en Eglise : si les croyants s’y rassemblent, en la présenve invisible de Jésus ressuscité en leur milieu (Matthieu, 18, 20), c’est pour recevoir ensemble sa Parole et s’en nourrir dans la foi , ainsi que pour recevoir dans le partage Eucharistique le OUI du Christ au Père et aux hommes, vécu par Jésus en toute son histoire humaine jusqu’en son sommet de sa mort-résurrection, et dans lequel chacun de nous doit laisser saisir son propre OUI qui s’en trouve ainsi transformé (2 Corinthiens, 1, 19 - 20). C’est donc une attitude d’accueil, dans l’action de grâces, du don de Dieu, que nous vivons alors ensemble dans nos assemblées “liturgiques”.
Relire également Matthieu, 5, 23 - 24 :
.23 Si donc tu présentes ton offrande à l’autel, et que là tu te souviennes que ton frère a quelque chose contre toi,
5.24 laisse là ton offrande devant l’autel, et va d’abord te réconcilier avec ton frère; puis, viens présenter ton offrande.
Prière
*Seigneur Jésus, apprends-nous cette unité de la foi qui agit dans l’amour, de la prière qui coîncide avec notre engagement d’obéissance à Dieu en toutes circonstances : donne-moi ainsi de ne plus fairre qu’un avec toi, au moment où nous je me tourne vers mes frèrees et soeurs que tu mets ainsi sur ma route pour qu’à travers eux je te rencontre, et que je vive de ta vie dans l’Esprit Saint, en me tournant avec toi, et comme toi, vers Dieu qui est ton Père et notre Père. AMEN.
12.07.2004.*
Évangile : Matthieu 10, 1-42
DE L’EVANGILE DE MATTHIEU
Texte
34 ” N’allez pas croire que je sois venu apporter la paix sur la terre ; je ne suis pas venu apporter la paix, mais le glaive.
35 Car je suis venu opposer l’homme à son père, la fille à sa mère et la bru à sa belle-mère :
36 on aura pour ennemis les gens de sa famille.
37 ” Qui aime son père ou sa mère plus que moi n’est pas digne de moi. Qui aime son fils ou sa fille plus que moi n’est pas digne de moi.
38 Qui ne prend pas sa croix et ne suit pas derrière moi n’est pas digne de moi.
39 Qui aura trouvé sa vie la perdra et qui aura perdu sa vie à cause de moi la trouvera.
40 ” Qui vous accueille m’accueille, et qui m’accueille accueille Celui qui m’a envoyé.
41 ” Qui accueille un prophète en tant que prophète recevra une récompense de prophète, et qui accueille un juste en tant que juste recevra une récompense de juste.
42 ” Quiconque donnera à boire à l’un de ces petits rien qu’un verre d’eau fraîche, en tant qu’il est un disciple, en vérité je vous le dis, il ne perdra pas sa récompense. “
1 Et il advint, quand Jésus eut achevé de donner ces consignes à ses douze disciples, qu’il partit de là pour enseigner et prêcher dans leurs villes.
Commentaire
1. Situation
Cet Evangile, qui porte le nom de Matthieu, trouve peut-être sa première source dans une collection de paroles de Jésus, écrites en Araméen et attribuées à l’apôtre Matthieu, par un Père de l’Eglise, Papias d’Alexandrie, vers 125.
Cet Evangile, qui reprend beaucoup de passages de l’Evangile de Marc (qui avait été écrit vers 65), mais en y ajoutant des éléments qu’il partage en grande partie avec Luc, a été très probablement rédigé entre les années 85 et 90.
A parcourir tout ce Livre, on peut se demander s’il a été composé pour des chrétiens d’origine Juive (Judéochrétiens), ou pour des chrétiens d’origine païenne, ou encore pour les deux. La position communément admise de nos jours est qu’il a été écrit pour une communauté Judéochrétienne qui s’est trouvée exclue du Judaïsme, suite à une décision par des rabbins Juifs non chrétiens de ne plus tolérer la double appartenance, à la fois Juive et chrétienne, de ces Judéochrétiens, qui avait été possible jusqu’à cette date. Rupture qui explique la dureté des propos mis dans la bouche de Jésus contre les Scribes et Pharisiens de son temps (Matth. chapitre 23).
Néanmoins, même s’il a été d’abord écrit pour confirmer une communauté Judéochrétienne dans sa découverte de la Bonne Nouvelle de Jésus, cet Evangile est ouvert également à la mission universelle auprès des païens, et il se termine par un envoi en mission par le Christ ressuscité, avec ces paroles : “allez, de toutes les nations, faites des disciples” (28, 18).
On peut diviser cet Evangile en 11 parties, qui se répondent en sens inverse (la 1ère correspondant à la dernière, la 2ème, à l’avant-dernière, etc…), concentrées autour de la 6ème partie, le “Discours en paraboles”, qui sert en quelque sorte de “pivot”. Nous obtenons ainsi le découpage suivant :
- Naissance de Jésus et commencement de sa mission (1 - 4)
- Bénédictions et Discours sur la montagne (5 - 7)
- Manifestations de l’autorité de Jésus et de ses appels (8 - 9)
- Discours sur la mission (10)
- Jésus rejeté par “cette génération” (11 - 12 )
- Discours en paraboles (13)
- Jésus reconnu par ses disciples (14 - 17)
- Discours sur la manière de vivre en communauté de croyants (18)
- De nouveau, Jésus manifeste son autorité et ses appels (19 - 22)
- Proclamation de situations malheureuses et Discours sur la venue définitive du Royaume (23 - 24)
- Passion, mort et résurrection (26 - 28)
Cette présentation fait ressortir que cet Evangile est bien rythmé par 5 grands discours de Jésus, dans lesquels l’auteur a concentré la majeure partie de son enseignement. Les 5 discours ont souvent fait penser aux 5 livres de Moïse de l’Ancien Testament. On dit volontiers que, pour Matthieu, Jésus est le “Nouveau Moïse”.
Avec notre page, nous arrivons à la fin de la lecture de la 4ème partie de cet Evangile, le choix des Douze apôtres par Jésus, et leur envoi en mission, munis de toutes les directives que Jésus énonce dans le 2ème de ses 5 grands discours, appelé le discours apostolique ou encore le discours sur la mission.
2. Message
Fin de ce discours sur la mission : si la mission des Douze est la reproduction de la mission de Jésus (10, 1 - 7), si elle se vit, à la façon de Jésus, dans la simplicité de l’accueil et de la rencontre, sans bagages inutiles (10, 8 - 15), si elle est assortie de persécutions, à subir avec la force de d’Esprit de Dieu et dans une participation au sort de Jésus (10, 16 - 24), elle est à poursuivre avec résolution et audace (10, 25 - 34), pour proposer aux hommes et aux femmes que nous rencontrons le choix décisif de Jésus.
Ce choix nous entraîne à des divisions et à des séparations de nos parents et proches, dans la mesure où notre attachement à Jésus, en priorité absolue, change notre regard sur nous-mêmes, notre existence, qui devient marche avec Jésus sur tout son chemin, et toutes nos relations, même les plus chères.
Qui fait ce choix en accueillant, même de manière très simple, les disciples de Jésus, rencontre en profondeur Jésus lui-même, et, à travers lui, le Père qui l’envoie. Telle est la suprême récompense.
3. Decouvertes
Ce discours se termine ainsi par un appel à confesser Jésus, qui, en retour, nous introduit auprès du Père (10, 32 - 33), à accepter les divisions que crée notre marche derrière, et avec Jésus, en vivant l’épreuve eschatologique de la perte de soi-même (10, 34 - 39), ainsi qu’à recevoir la consolation communiquée par l’accueil simultané des disciples, de Jésus, et du Père (10, 40 - 42).
Les tout derniers versets (10, 40 - 42) invitent les disciples envoyés à découvrir l’enjeu de l’accueil qui leur est fait : Jésus lui-même est alors rencontré et la promesse des derniers temps est accomplie, puisqu’en lui la présence du Père est vraiment offerte.
Les “petits”, à qui l’on offre ne serait-ce qu’un verre d’eau fraîche en qualité de disciples de Jésus, représentent certainement pour Matthieu les missionnaires et témoins chrétiens de tous les temps.
A la fin de chacun des 5 discours de Jésus se trouve une conclusion comme celle du verset 11, 1, situant bien ainsi chaque discours dans la structure de l’Evangile.
4. Prolongement
Mystère de la communication de Dieu, dans l’imbrication des missions et attitudes, non seulement dans le sens de la remontée vers Dieu (accueillir un disciple, c’est accueillir Jésus, et accueillir Jésus, c’est accueillir le Père qui l’a envoyé), mais également dans la “descente” depuis Dieu jusqu’à nous, dans l’incarnation du Verbe de Dieu fait chair en Jésus le Fils :
9 Comme le Père m’a aimé, moi aussi je vous ai aimés. Demeurez en mon amour.
10 Si vous gardez mes commandements, vous demeurerez en mon amour, comme moi j’ai gardé les commandements de mon Père et je demeure en son amour.
18 Comme tu m’as envoyé dans le monde, moi aussi, je les ai envoyés dans le monde.
19 Pour eux je me sanctifie moi-même, afin qu’ils soient, eux aussi, sanctifiés dans la vérité.
20 Je ne prie pas pour eux seulement, mais aussi pour ceux qui, grâce à leur parole, croiront en moi,
21 afin que tous soient un. Comme toi, Père, tu es en moi et moi en toi, qu’eux aussi soient en nous, afin que le monde croie que tu m’as envoyé.
22 Je leur ai donné la gloire que tu m’as donnée, pour qu’ils soient un comme nous sommes un :
23 moi en eux et toi en moi, afin qu’ils soient parfaits dans l’unité, et que le monde reconnaisse que tu m’as envoyé et que tu les as aimés comme tu m’as aimé.
24 Père, ceux que tu m’as donnés, je veux que là où je suis, eux aussi soient avec moi, afin qu’ils contemplent ma gloire, que tu m’as donnée parce que tu m’as aimé avant la fondation du monde.
21 Il leur dit alors, de nouveau : ” Paix à vous ! Comme le Père m’a envoyé, moi aussi je vous envoie. ”
22 Ayant dit cela, il souffla sur eux et leur dit : ” Recevez l’Esprit Saint.
23 Ceux à qui vous remettrez les péchés, ils leur seront remis ; ceux à qui vous les retiendrez, ils leur seront retenus. “
Prière
*Seigneur Jésus, en nous envoyant, à notre tour, porter ta Bonne Nouvelle au monde, tu nous proposes ton propre envoi par le Père, tu nous partages ainsi ta propre mission de conduire au Père tous les hommes et toutes les femmes de tous les temps : fais-moi comprendre davantage à quel point je dois ne faire qu’un avec toi, vivre de toi, de ta Parole, de ton engagement suprême, pour reproduire ton image, et devenir, en toutes mes expressions humaines, un appel pour toutes et tous à te rencontrer, et à te suivre, sur le chemin du règne de Dieu. AMEN.
15.07.2002.*