📘 Commentaire biblique de l’abbé Léon Hamain
Première lecture : Isaïe 7, 1-9
DU LIVRE D’ISAÏE
Texte
1 Au temps d’Achaz, fils de Yotam, fils d’Ozias, roi de Juda, Raçôn, roi d’Aram, monta avec Péqah, fils de Remalyahu, roi d’Israël, vers Jérusalem pour porter l’attaque contre elle, mais il ne put l’attaquer.
2 On annonça à la maison de David : ” Aram a fait halte sur le territoire d’Éphraïm. ” Alors son cœur et le cœur de son peuple se mirent à chanceler comme chancellent les arbres de la forêt sous le vent.
3 Et Yahvé dit à Isaïe : Sors au-devant d’Achaz, toi et Shéar-Yashub ton fils, vers l’extrémité du canal de la piscine supérieure, vers le chemin du champ du Foulon.
4 Tu lui diras : Prends garde et calme-toi. Ne crains pas et que ton cœur ne défaille pas devant ces deux bouts de tisons fumants à cause de l’ardente colère de Raçôn, d’Aram et du fils de Remalyahu,
5 parce qu’Aram, Éphraïm et le fils de Remalyahu ont tramé contre toi un mauvais coup en disant :
6 ” Montons contre Juda, détruisons-le, brisons-le pour le ramener vers nous, et nous y établirons comme roi le fils de Tabeel. “
7 Ainsi parle le Seigneur Yahvé : Cela ne tiendra pas, cela ne sera pas;
8 car la tête d’Aram c’est Damas, et la tête de Damas c’est Raçôn; encore soixante-cinq ans, et Éphraïm cessera d’être un peuple.
9 La tête d’Éphraïm c’est Samarie, et la tête de Samarie c’est le fils de Remalyahu. Si vous ne croyez pas, vous ne vous maintiendrez pas.
Commentaire
1. Situation
Le 1er Prophète Isaïe, grand prophète du 8ème siècle, a exercé son ministère autour de Jérusalem, à l’époque de la très grande expansion de l’empire Assyrien, qui a entraîné la chute du Royaume de Nord et imposé une situation de vassal du Roi d’Assyrie aux Rois de Juda.
Son Livre, qui, selon une hypothèse admise par tous depuis quelques décennies mais qui se trouve désormais assez fortement contestée, se limite aux 39 premiers chapitres du Livre d’Isaïe de nos Bibles, dans lequel lui sont joints des recueils dits d’un 2ème Prophète Isaïe, du 6ème siècle (Isaïe, 40 - 55), et d’un 3ème Prophète Isaïe, de la première moitié du 5ème siècle (Isaïe, 56 - 66), nous propose toute une suite d’oracles. Après une collection d’oracles divers qui servent d’introduction (1, 1 - 31), nous pouvons lire une première série d’oracles sur Juda et Israël (2, 1 - 5, 30), puis toute une section concacrée aux “mémoires ” du Prophète (6, 1 - 9, 6). Une deuxième série d’oracles sur Juda et Israël (9, 7 - 12, 6) précède ensuite un ensemble d’oracles contre les nations (13, 10 - 23, 18), suivis d’une Apocalypse (24, 1 - 27, 13), d’une réinterprétation d’oracles prononcés au temps du roi Ezéchias (28, 1 - 33, 24), avant que nous parvenions à la fin du recueil avec un Jugement sur Edom et quelques récits divers (34, 1 - 39, 8).
Cette répartition du Livre d’Isaïe, attribuant les 39 premiers chapitres au grand prophète du 8ème siècle, dont on estime que le génie et le rayonnement furent tels que des prophètes plus tardifs se soient inscrits dans sa succession et son école, n’empêche pas pour autant que des passages, plus ou moins importants, de ces 39 premiers chapitres soient eux-mêmes d’origine beaucoup plus tardive, et considérés ainsi par la plupart des commentateurs et exégètes.
2. Message
Extraite des “mémoires” du Prophète Isaîe, cette page nous montre le prophète, envoyé par le Seigneur trouver Acaz, roi de Juda et Jérusalem, pour lui annoncer que la coalition montée contre lui par les rois de Syrie et de l’Israël du Nord n’aboutira à rien.
Que donc Acaz n’aie pas peur, ce que manigancent ces deux rois pour le remplacer sur le trône d’Israël ne se fera pas. Il faut s’accrocher au Seigneur, qui va protéger son peuple du royaume de Juda, et le royaume d’Israël (désigné ici par le nom d’Ephraïm, la tribu la plus importante qui en fait partie) aura bientôt cessé d’exister.
3. Decouvertes
L’annonce de cette menace sur Jérusalem est relatée au 2ème Livre des Rois (2 Rois, 16, 5). Les deux rois de Syrie et d’Israël veulent probablement obliger Juda, le royaume du Sud, à former avec eux une coalition contre le roi d’Assyrie. Dans cette perspective, ils complotent de remplacer Acaz, qui ne marche pas dans leur sens, par un roi usurpateur.
Certains spécialistes estiment que ce passage a été rajouté tardivement au Livre d’Isaïe, auquel il n’appartenait pas primitivement. Selon eux, ce passage, venant du Livre des Rois, n’aurait d’autre but que de montrer qu’Acaz ne fut pas un bon roi.
On a remarqué également que l’oracle poétique prononcé par Isaïe demeure assez vague et aurait pu être utilisé dans d’autres situations.
A noter l’importance de la dernière phrase : “Si vouos ne tenez pas à moi, vous ne pouvez pas tenir”. Le mot “Amen” dérive du verbe hébreu traduit ici par “tenir” (tenir bon, confirmer).
Le Seigneur a demandé à Isaïe d’être accompagné de l’un de ses fils, dont le nom (“Un reste-reviendra”) avait été proposé par Dieu, comme porteur d’un message prophétique permanent.
Le message central de tout le Livre d’Isaïe peut se résumer dans cette phrase de notre texte : “garde ton calme, ne crains pas”.
4. Prolongement
A plusieurs reprises, Jésus demande à ses disciples de ne pas avoir peur, et de placer en Dieu, et en lui, une confiance totale (Matthieu, 10, 26 - 31). Par exemple, le récit de la tempête apaisée nous invite à ne jamais douter de Jésus, quand survient l’épreuve. (Matthieu, 8, 23 - 27).
De même, Jésus a promis aux siens la force de Dieu et de l’Esprit Saint pour les aider à témoigner comme il convient, au moment de la persécution (Matthieu, 10, 19 - 20).
Paul , qui a connu beaucoup d’épreuves tout au long de son ministère apostolique, en est venu à constater que sa faiblesse même est le lieu de la force du Christ :
8 A ce sujet, par trois fois, j’ai prié le Seigneur pour qu’il s’éloigne de moi.
9 Mais il m’a déclaré : ” Ma grâce te suffit : car la puissance se déploie dans la faiblesse. ” C’est donc de grand cœur que je me glorifierai surtout de mes faiblesses, afin que repose sur moi la puissance du Christ.
10 C’est pourquoi je me complais dans les faiblesses, dans les outrages, dans les détresses, dans les persécutions et les angoisses endurées pour le Christ ; car, lorsque je suis faible, c’est alors que je suis fort.
Prière
*Seigneur Jésus, tu nous as assuré que nous pouvions compter sur ta présence de ressuscité au cœur de nos vies, présence qui nous garantit la force invisible, mais combien réelle, de ton Esprit Saint, à la condition que nous t’accueillions, et te suivions, avec une confiance absolue : apprends-moi à toujours compter sur toi, dans la conviction, sans cesse renouvelée, que tu m’accompagnes dans toutes les situations que je traverse, et dont tu me demandes de faire le “lieu” où je reçois ton “OUI” au Père, que je dois redire, à mon tour, en vérité. AMEN.
16.07.2002.*
Évangile : Matthieu 11, 20-24
DE L’EVANGILE DE MATTHIEU
Texte
20 Alors il se mit à invectiver contre les villes qui avaient vu ses plus nombreux miracles mais n’avaient pas fait pénitence.
21 ” Malheur à toi, Chorazeïn ! Malheur à toi, Bethsaïde ! Car si les miracles qui ont lieu chez vous avaient eu lieu à Tyr et à Sidon, il y a longtemps que, sous le sac et dans la cendre, elles se seraient repenties.
22 Aussi bien, je vous le dis, pour Tyr et Sidon, au Jour du Jugement, il y aura moins de rigueur que pour vous.
23 Et toi, Capharnaüm, crois-tu que tu seras élevée jusqu’au ciel ? Jusqu’à l’Hadès tu descendras. Car si les miracles qui ont eu lieu chez toi avaient eu lieu à Sodome, elle subsisterait encore aujourd’hui.
24 Aussi bien, je vous le dis, pour le pays de Sodome il y aura moins de rigueur, au Jour du Jugement, que pour toi. “
Commentaire
1. Situation
Cet Evangile, qui porte le nom de Matthieu, trouve peut-être sa première source dans une collection de paroles de Jésus, écrites en Araméen et attribuées à l’apôtre Matthieu, par un Père de l’Eglise, Papias d’Alexandrie, vers 125.
Cet Evangile, qui reprend beaucoup de passages de l’Evangile de Marc (qui avait été écrit vers 65), mais en y ajoutant des éléments qu’il partage en grande partie avec Luc, a été très probablement rédigé entre les années 85 et 90.
A parcourir tout ce Livre, on peut se demander s’il a été composé pour des chrétiens d’origine Juive (Judéochrétiens), ou pour des chrétiens d’origine païenne, ou encore pour les deux. La position communément admise de nos jours est qu’il a été écrit pour une communauté Judéochrétienne qui s’est trouvée exclue du Judaïsme, suite à une décision par des rabbins Juifs non chrétiens de ne plus tolérer la double appartenance, à la fois Juive et chrétienne, de ces Judéochrétiens, qui avait été possible jusqu’à cette date. Rupture qui explique la dureté des propos mis dans la bouche de Jésus contre les Scribes et Pharisiens de son temps (Matth. chapitre 23).
Néanmoins, même s’il a été d’abord écrit pour confirmer une communauté Judéochrétienne dans sa découverte de la Bonne Nouvelle de Jésus, cet Evangile est ouvert également à la mission universelle auprès des païens, et il se termine par un envoi en mission par le Christ ressuscité, avec ces paroles : “allez, de toutes les nations, faites des disciples” (28, 18).
On peut diviser cet Evangile en 11 parties, qui se répondent en sens inverse (la 1ère correspondant à la dernière, la 2ème, à l’avant-dernière, etc…), concentrées autour de la 6ème partie, le “Discours en paraboles”, qui sert en quelque sorte de “pivot”. Nous obtenons ainsi le découpage suivant :
- Naissance de Jésus et commencement de sa mission (1 - 4)
- Bénédictions et Discours sur la montagne (5 - 7)
- Manifestations de l’autorité de Jésus et de ses appels (8 - 9)
- Discours sur la mission (10)
- Jésus rejeté par “cette génération” (11 - 12 )
- Discours en paraboles (13)
- Jésus reconnu par ses disciples (14 - 17)
- Discours sur la manière de vivre en communauté de croyants (18)
- De nouveau, Jésus manifeste son autorité et ses appels (19 - 22)
- Proclamation de situations malheureuses et Discours sur la venue définitive du Royaume (23 - 24)
- Passion, mort et résurrection (26 - 28)
Cette présentation fait ressortir que cet Evangile est bien rythmé par 5 grands discours de Jésus, dans lesquels l’auteur a concentré la majeure partie de son enseignement. Les 5 discours ont souvent fait penser aux 5 livres de Moïse de l’Ancien Testament. On dit volontiers que, pour Matthieu, Jésus est le “Nouveau Moïse”.
Le deuxième discours de Jésus, portant sur la mission apostolique, une fois terminé, Matthieu nous donne un nouveau compte-rendu d’activités et paroles de Jésus (11, 1 - 12, 50).
Le thème global de cette partie intermédiaire entre les 2ème et 3ème discours de Jésus est la découverte que fait Jésus qu’il est plus ou moins rejeté par ses contemporains, et sa réaction à cet état de fait. C’est dire qu’il se trouve affronté à des refus de croire et des contestations grandissantes.
Jésus vient tout juste de répondre à la question que Jean Baptiste lui pose depuis sa prison en lui envoyant quelques disciples l’interroger. Jésus a poursuivi en faisant l’éloge de Jean Baptiste, tout en concluant que le plus petit dans le Royaume des cieux est plus grand que lui, et en ajoutant, en présentant la parabole des gamins mauvais joueurs sur la place, que la “génération présente” n’ a su accueillir ni Jean Baptiste, ni lui-même, Jésus.
Bien que Jésus agisse autrement que l’avait, semble-t-il, prévu Jean Baptiste, en insistant davantage sur la miséricorde que sur le jugement de Dieu qui purifie son “aire”, et bien qu’il prenne ainsi ses distances par rapport à Jean en signalant que les prédictions des prophètes de l’Ancien Testament sont accomplies par lui, il ne s’en daclare pas moins tout-à-fait solidaire de Jean Baptiste et de sa mission.
2. Message
Jésus se lamente ici sur trois villes de Galilée qu’il interpelle selon un même schéma : - déclaration de malheur, - explication de cette déclaration,
- comparaison avec d’autres villes.
La raison de cette lamentation de Jésus, ce sont les puissantes actions de salut de ses miracles, qui auraient dû conduire ces villes à la repentance et à la conversion. Dans la même situation, déclare-t-il, les villes païennes mentionnées auraient réagi autrement, et de façon positive, y compris la ville maudite de Sodome.
En ce qui concerne Capharnaüm, ville où réside habituellement Jésus (Matthieu, 4, 13), on perçoit que le ton émotionnel de Jésus s’amplifie. Jésus s’adresse à cette ville, aussi directement, mais avec plus de force, rappelant Isaïe, 14, 13 - 15 et Ezéchiel, 26, 20.
Les miracles de Jésus auraient dû provoquer un sursaut national de conversion dans tout le pays de Palestine. Mais cela n’a pas eu lieu, et, en ce sens, le ministère de Jésus paraît être un échec. D’où la réaction de Jésus, de souffrance, de lamentation et d’invectives, ce qui prend d’autant plus de force dans ses propos qu’il interpelle toutes ces villes comme s’il s’adressait à des personnes.
3. Decouvertes
Chorazin et Bethsaïda sont deux villes toutes proches de la Mer de Galilée. Elles sont actuellement en ruines, bien qu’on puisse encore y voir la synagogue de Chorazin : lire TOB, Matthieu, 11, 21, note “b”.
Tyr et Sidon sont d’importantes cités païennes de Phénicie, déjà très explicitement condamnées par des prophètes tels que Isaïe, 23, 1 - 8, et Ezéchiel, 26 - 28.
Le sort de Sodome nous est relaté dans l’histoire des Ancêtres d’Israël, d’Abraham en l’occurrence, au Livre de la Genèse, 19, 24 - 28.
4. Prolongement
La comparaison établie par Jésus entre ces villes du bord de la Mer de Galilée, qui ont été des témoins privilégiés de tant de puissants signes de Jésus et ne se sont pas converties, et des villes maudites comme Sodome, ou fortement condamnées par les Prophètes, telles que Tyr et Sidon, nous donne à réfléchir.
Cela nous invite à relire le court petit livre de Jonas où la grande ville païenne de Ninive se convertit immédiatement dès l’audition du message de Jonas.
La fréquence du message entendu, une certaine accoutumance à Jésus, à ses actions, à sa Parole, sont autant de risques de nous faire banaliser l’événement unique de Jésus le Christ, qui doit toujours plus nous faire vivre, avec lui et pour lui, dans la mesure où nous en percevons la nouveauté radicale sans cesse renouvelée :“Le Royaume de Dieu s’est approché, convertissez-vous et croyez à la Bonne Nouvelle”.
La Lettre aux Hébreux et l’Apocalypse du Nouveau Testament nous fournissent des textes très durs contre les “tièdes” et les “endormis” de la foi. Il nous faut relire Hébreux, 5, 12 - 6, 12 et Apocalypse, 3, 14 - 21.
Où en sommes-nous de notre conversion à Jésus et à sa Parole, alors que tout nous a été donné, et que Dieu a fait l’au-delà du maximum pour nous Romains, 5, 6 - 11 et 8, 31 - 32) ? Où en sommes-nous de notre “OUI” dans l’Esprit ?
Prière
*Seigneur Jésus, il ne sous suffit pas de vivre dans la proximité de ton action de salut, dans la méditation quasi constante de ta Parole, ou de reconnaître de nos lèvres que tu es le “Seigneur”, pour te suivre en toute vérité, car tu attends de chacune et de chacun de nous que nous vivions en conformité avec ton enseignement, et que nous te suivions dans la fidélité et avec constance, dans des engagements concrets qui traduisent l’authenticité du “OUI” que nous devons dire au Père, par toi et dans l’Esprit : donne-moi ce dépouillement de moi-même et cette réelle pauvreté du coeur qui me permettent d’exprimer, en toutes circonstances, que c’est en étant attaché à toi que je marche vers le Père sur l’unique chemin que tu es en plénitude. AMEN.
15.07.2003.*