📘 Commentaire biblique de l’abbé Léon Hamain
Première lecture : Isaïe 38, 1-22
DU LIVRE D’ISAÏE
Texte
1 En ce temps-là, Ézéchias fut malade à la mort. Le prophète Ésaïe, fils d’Amots, vint auprès de lui, et lui dit: Ainsi parle l’Éternel: Donne tes ordres à ta maison, car tu vas mourir, et tu ne vivras plus.
2 Ézéchias tourna son visage contre le mur, et fit cette prière à l’Éternel:
3 O Éternel! souviens-toi que j’ai marché devant ta face avec fidélité et intégrité de coeur, et que j’ai fait ce qui est bien à tes yeux! Et Ézéchias répandit d’abondantes larmes.
4 Puis la parole de l’Éternel fut adressée à Ésaïe, en ces mots:
5 Va, et dis à Ézéchias: Ainsi parle l’Éternel, le Dieu de David, ton père: J’ai entendu ta prière, j’ai vu tes larmes. Voici, j’ajouterai à tes jours quinze années.
6 Je te délivrerai, toi et cette ville, de la main du roi d’Assyrie; je protégerai cette ville.
(38.21
Ésaïe dit: Qu’on apporte une masse de figues, et qu’on les étende sur l’ulcère; et Ézéchias vivra.
22 Et Ézéchias dit: A quel signe connaîtrai-je que je monterai à la maison de l’Éternel? )
7 Et voici, de la part de l’Éternel, le signe auquel tu connaîtras que l’Éternel accomplira la parole qu’il a prononcée.
8 Je ferai reculer de dix degrés en arrière avec le soleil l’ombre des degrés qui est descendue sur les degrés d’Achaz. Et le soleil recula de dix degrés sur les degrés où il était descendu.
Commentaire
1. Situation
Le 1er Prophète Isaïe, grand prophète du 8ème siècle, a exercé son ministère autour de Jérusalem, à l’époque de la très grande expansion de l’empire Assyrien, qui a entraîné la chute du Royaume de Nord et imposé une situation de vassal du Roi d’Assyrie aux Rois de Juda.
Son Livre, qui, selon une hypothèse admise par tous depuis quelques décennies mais qui se trouve désormais assez fortement contestée, se limite aux 39 premiers chapitres du Livre d’Isaïe de nos Bibles, dans lequel lui sont joints des recueils dits d’un 2ème Prophète Isaïe, du 6ème siècle (Isaïe, 40 - 55), et d’un 3ème Prophète Isaïe, de la première moitié du 5ème siècle (Isaïe, 56 - 66), nous propose toute une suite d’oracles. Après une collection d’oracles divers qui servent d’introduction (1, 1 - 31), nous pouvons lire une première série d’oracles sur Juda et Israël (2, 1 - 5, 30), puis toute une section concacrée aux “mémoires ” du Prophète (6, 1 - 9, 6). Une deuxième série d’oracles sur Juda et Israël (9, 7 - 12, 6) précède ensuite un ensemble d’oracles contre les nations (13, 10 - 23, 18), suivis d’une Apocalypse (24, 1 - 27, 13), d’une réinterprétation d’oracles prononcés au temps du roi Ezéchias (28, 1 - 33, 24), avant que nous parvenions à la fin du recueil avec un Jugement sur Edom et quelques récits divers (34, 1 - 39, 8).
Cette répartition du Livre d’Isaïe, attribuant les 39 premiers chapitres au grand prophète du 8ème siècle, dont on estime que le génie et le rayonnement furent tels que des prophètes plus tardifs se soient inscrits dans sa succession et son école, n’empêche pas pour autant que des passages, plus ou moins importants, de ces 39 premiers chapitres soient eux-mêmes d’origine beaucoup plus tardive, et considérés ainsi par la plupart des commentateurs et exégètes.
2. Message
Affronté à une maladie grave, dont le caractère quasi extrême lui est confirmé par le prophète Isaïe, le roi Ezéchias se tourne avec confiance vers le Seigneur, qu’il prie avec force larmes.
Il fait valoir sa fidélité sans faille au Dieu d’Israël, lui demandant qu’il se souvienne de sa conduite irréprochable.
Isaïe vient alors annoncer au roi que Dieu va l’exaucer, le guérir, prolonger sa vie et continuer de protéger Jérusalem contre le roi d’Assyrie dont le passage précédent du livre d’Isaïe nous indique qu’il vient d’en lever le siège.
Tout en proposant donc un remède pour guérir l’ulcère du roi, Isaïe lui donne un signe de l’action miraculeuse de Dieu en sa faveur.
3. Decouvertes
Ezéchias est l’un des rares rois de Juda considéré comme totalement fidèle à Dieu par les auteurs du 2nd Livre des Rois (2 Rois, 18, 1 - 7).
Ce passage du Livre d’Isaïe se trouve également en 2 Rois, 20, 1 - 11, mais avec beaucoup de divergences de détail, la version de 2 Rois insistant plus que notre passage d’Isaïe sur le caractère miraculeux du signe demandé par Ezéchias à Isaïe et accordé par Dieu.
Pour faciliter la compréhension de ce texte, un certain nombre de bibles, comme notre texte liturgique de ce jour, ont déplacé, soit le seul verset 22 entre les versets 6 et 7 (avec le verset 21 mis après le verset 8), soit les deux versets 21 - 22 resitués ensemble entre ces mêmes versets 6 et 7.
Les versets 9 - 20 de ce chapitre (non repris dans ce passage) sont un poème exprimant la prière d’Ezéchias après le don de sa guérison. Ce poème nous donne d’avoir part à la crise intérieure d’un Israélite pieux et croyant en face de la rigueur d’un au-delà sans espoir, la perspective d’une immortalité ou d’une résurrection étant encore exclue à cette époque.
Ezéchias demande un signe, comme cela s’est souvent pratiqué à l’époque de l’Ancien Testament (voir Juges,6, 17; Genèse, 24, 12; 1 Samuel, 14, 10). Dans le Nouveau Testamant, si les récits des miracles de Jésus nous présentent des signes de guérison provrenant de lui, Jésus se montre toujours très réservé, sinon opposé, quand on lui demande formellement un signe (Jean, 4, 48; voir également 1 Corinthiens, 1, 22).
L’ombre de la tige du cadran solaire recule de 10 degrés sur les marches d’un escalier construit par le roi Acaz.
4. Prolongement
Avec notre affirmation de la résurrection de Jésus Christ (qui a pour conséquence notre propre résurrection : 1 Corinthiens, 15) comme fondement de notre foi (Romains, 10, 9), notre situation face à la mort n’est plus fermée mais ouverte.
Paul nous invite à vivre toute notre existence, sous tous ses aspects, dans cette perspective :
14.5 Tel fait une distinction entre les jours; tel autre les estime tous égaux. Que chacun ait en son esprit une pleine conviction.
14.6 Celui qui distingue entre les jours agit ainsi pour le Seigneur. Celui qui mange, c’est pour le Seigneur qu’il mange, car il rend grâces à Dieu; celui qui ne mange pas, c’est pour le Seigneur qu’il ne mange pas, et il rend grâces à Dieu.
14.7 En effet, nul de nous ne vit pour lui-même, et nul ne meurt pour lui-même.
14.8 Car si nous vivons, nous vivons pour le Seigneur; et si nous mourons, nous mourons pour le Seigneur. Soit donc que nous vivions, soit que nous mourions, nous sommes au Seigneur.
14.9 Car Christ est mort et il a vécu, afin de dominer sur les morts et sur les vivants.
Prière
*Seigneur Jésus, apprends-nous à nous tourner vers le Père en toutes circonstances de joie ou de malheur, dans la double conviction que tu es toujours avec nous et à nos côtés, et que le Père veut ce qu’il y a de meilleur pour nous selon son dessein de salut, même si cela ne correspond pas immédiatement ou exactement au contenu ou à l’objet de notre supplication. AMEN.
16.07.2004.*
Évangile : Matthieu 12, 1-8
DE L’EVANGILE DE MATTHIEU
Texte
1 En ce temps-là Jésus vint à passer, un jour de sabbat, à travers les moissons. Ses disciples eurent faim et se mirent à arracher des épis et à les manger.
2 Ce que voyant, les Pharisiens lui dirent : ” Voilà tes disciples qui font ce qu’il n’est pas permis de faire pendant le sabbat ! “
3 Mais il leur dit : ” N’avez-vous pas lu ce que fit David lorsqu’il eut faim, lui et ses compagnons ?
4 Comment il entra dans la demeure de Dieu et comment ils mangèrent les pains d’oblation, qu’il ne lui était pas permis de manger, ni à ses compagnons, mais aux prêtres seuls ?
5 Ou n’avez-vous pas lu dans la Loi que, le jour du sabbat, les prêtres dans le Temple violent le sabbat sans être en faute ?
6 Or, je vous le dis, il y a ici plus grand que le Temple.
7 Et si vous aviez compris ce que signifie : C’est la miséricorde que je veux, et non le sacrifice, vous n’auriez pas condamné des gens qui sont sans faute.
8 Car le Fils de l’homme est maître du sabbat. “
Commentaire
1. Situation
Cet Evangile, qui porte le nom de Matthieu, trouve peut-être sa première source dans une collection de paroles de Jésus, écrites en Araméen et attribuées à l’apôtre Matthieu, par un Père de l’Eglise, Papias d’Alexandrie, vers 125.
Cet Evangile, qui reprend beaucoup de passages de l’Evangile de Marc (qui avait été écrit vers 65), mais en y ajoutant des éléments qu’il partage en grande partie avec Luc, a été très probablement rédigé entre les années 85 et 90.
A parcourir tout ce Livre, on peut se demander s’il a été composé pour des chrétiens d’origine Juive (Judéochrétiens), ou pour des chrétiens d’origine païenne, ou encore pour les deux. La position communément admise de nos jours est qu’il a été écrit pour une communauté Judéochrétienne qui s’est trouvée exclue du Judaïsme, suite à une décision par des rabbins Juifs non chrétiens de ne plus tolérer la double appartenance, à la fois Juive et chrétienne, de ces Judéochrétiens, qui avait été possible jusqu’à cette date. Rupture qui explique la dureté des propos mis dans la bouche de Jésus contre les Scribes et Pharisiens de son temps (Matth. chapitre 23).
Néanmoins, même s’il a été d’abord écrit pour confirmer une communauté Judéochrétienne dans sa découverte de la Bonne Nouvelle de Jésus, cet Evangile est ouvert également à la mission universelle auprès des païens, et il se termine par un envoi en mission par le Christ ressuscité, avec ces paroles : “allez, de toutes les nations, faites des disciples” (28, 18).
On peut diviser cet Evangile en 11 parties, qui se répondent en sens inverse (la 1ère correspondant à la dernière, la 2ème, à l’avant-dernière, etc…), concentrées autour de la 6ème partie, le “Discours en paraboles”, qui sert en quelque sorte de “pivot”. Nous obtenons ainsi le découpage suivant :
- Naissance de Jésus et commencement de sa mission (1 - 4)
- Bénédictions et Discours sur la montagne (5 - 7)
- Manifestations de l’autorité de Jésus et de ses appels (8 - 9)
- Discours sur la mission (10)
- Jésus rejeté par “cette génération” (11 - 12 )
- Discours en paraboles (13)
- Jésus reconnu par ses disciples (14 - 17)
- Discours sur la manière de vivre en communauté de croyants (18)
- De nouveau, Jésus manifeste son autorité et ses appels (19 - 22)
- Proclamation de situations malheureuses et Discours sur la venue définitive du Royaume (23 - 24)
- Passion, mort et résurrection (26 - 28)
Cette présentation fait ressortir que cet Evangile est bien rythmé par 5 grands discours de Jésus, dans lesquels l’auteur a concentré la majeure partie de son enseignement. Les 5 discours ont souvent fait penser aux 5 livres de Moïse de l’Ancien Testament. On dit volontiers que, pour Matthieu, Jésus est le “Nouveau Moïse”.
Avec notre page, nous continuons d’accompagner Jésus dans la partie de l’Evangile de Matthieu, concernant sa 2ème mission en Galilée, où il rencontre de plus en plus de refus et d’hostilité de la part de “cette génération” de ses contemporains.
2. Message
Un de ces épisodes où Jésus est contesté pour son apparente non-soumission à la loi du repos sabbatique, et où il proclame que lui, le Fils de l’homme, est le maître du Sabbat.
Face au reproche d’avoir laissé ses disciples arracher qulques épis le jour du sabbat pour apaiser leur faim, il invoque l’exemple de David, en fuite devant Saül, et la possiblité accordée aux prêtres de fonctionner dans le Temple le jour du Sabbat, pour déclarer que la nécessité dépasse toute loi et que lui-même est plus important que le Temple.
Puis, citant le prophète Osée, il rappelle que la miséricorde est plus importante que le culte des sacrifices et donc que les conclusions tirées d’ une interprétation trop littérale, et non circonstanciée, de la Loi, dont le but n’est que d’aider l’homme à obéir à Dieu en vérité.
3. Decouvertes
En critiquant ainsi Jésus, les Pharisiens se montrent plus stricts que d’autres, qui , en des circonstances exceptionnelles, autorisaient la non-observance de la Loi (1 Maccabées, 2, 39 - 41).
Dans la mesure où l’Ecriture de l’Ancien Testament ne condamne pas l’attitude de David en 1 Samuel, 21, Jésus refuse l’interprétation rigide de la Loi soutenue par les Pharisiens.
D’autre part, quand il y a conflit entrre deux commandements de la Loi, il est normal que l’on choisisse celui que l’on considère comme le plus important. et pour Jésus, dans la ligne d’Osée, 6, 6 (que Jésus a déjà cité en 9, 23), la pratique de la miséricorde a priorité sur la Loi du repos du Sabbat.
Enfin, si David pouvait invoquer la nécessité plus forte que la Loi, et si les prêtres peuvent exercer leurs fonctions dans le Temple le jour du Sabbat, à plus forte raison le Messie et le Fils de l’homme, qu’il est, peut-il le faire au nom de sa mission même, qui le situe au-dessus de David et du Temple.
4. Prolongement
Une fois de plus, Jésus n’abolit pas la Loi, mais la dépasse. Son critère de dépassement, c’est la double exigence indissociable de l’obéissance à Dieu et de la miséricorde à l’égard des personnes, allant jusqu’à aimer ses ennemis (5,17 - 20 et 5, 43- 45) et jusqu’au pardon aux bourreaux, qu’il a lui-même accordé (Luc, 23, 34).
N’oublions pas que Jésus a défendu son message en prenant tous les risques jusqu’à être rejeté par son peuple et mourir sur une croix pour nous révéler, et nous communiquer, l’insondable mystère de Dieu Amour et Vérité, source pour nous d’une manière de vivre selon Dieu, selon une nouvelle naissance dans l’Esprit qu’il nous a donné après sa résurrection.
Prière
*Seigneur Jésus, te suivre dans la foi, comme tu nous demandes de le faire, nous invite à rechercher nos valeurs vécues dans la direction que jalonnent les balises de la Loi, valeurs de la recherche, toujours plus grande, de la volonté de Dieu notre Père, et d’une miséricorde roujours croissante à l’égard de tous nos frères et soeurs : que ton commandement unique de l’amour fraternel, dans la fidélité au Père, qui contient, dans son exigence sans limites, tout ce que tu attends de nous, ne devienne jamais pour moi un moyen de me protéger dans un système clos, qui me dispenserait de l’obligation de grandir dans ta qualité de vie, ni, à plus forte raison, un moyen de dominer ou de juger les hommes et les femmes que tu as placés sur ma route. AMEN.
19.07.2002.*