📘 Commentaire biblique de l’abbé Léon Hamain
Première lecture : Exode 19, 1-20
DU LIVRE DE L’EXODE
Texte
1 Le troisième mois après leur sortie du pays d’Égypte, ce jour-là, les Israélites atteignirent le désert du Sinaï.
2 Ils partirent de Rephidim et atteignirent le désert du Sinaï, et ils campèrent dans le désert ; Israël campa là, en face de la montagne.
(Ex 19:3- Moïse alors monta vers Dieu. Yahvé l’appela de la montagne et lui dit : ” Tu parleras ainsi à la maison de Jacob, tu déclareras aux Israélites :
4 “Vous avez vu vous-mêmes ce que j’ai fait aux Égyptiens, et comment je vous ai emportés sur des ailes d’aigles et amenés vers moi.
5 Maintenant, si vous écoutez ma voix et gardez mon alliance, je vous tiendrai pour mon bien propre parmi tous les peuples, car toute la terre est à moi.
6 Je vous tiendrai pour un royaume de prêtres, une nation sainte. ” Voilà les paroles que tu diras aux Israélites. “
7 Moïse alla et convoqua les anciens du peuple et leur exposa tout ce que Yahvé lui avait ordonné,
8 et le peuple entier, d’un commun accord, répondit : ” Tout ce que Yahvé a dit, nous le ferons. ” Moïse rapporta à Yahvé les paroles du peuple.)
9 Yahvé dit à Moïse : ” Je vais venir à toi dans l’épaisseur de la nuée, afin que le peuple entende quand je parlerai avec toi et croie en toi pour toujours. ” Et Moïse rapporta à Yahvé les paroles du peuple.
10 Yahvé dit à Moïse : ” Va trouver le peuple et fais-le se sanctifier aujourd’hui et demain ; qu’ils lavent leurs vêtements
11 et se tiennent prêts pour après-demain, car après-demain Yahvé descendra aux yeux de tout le peuple sur la montagne du Sinaï.
(Ex 19:12- Puis délimite le pourtour de la montagne et dis : “Gardez-vous de gravir la montagne et même d’en toucher le bord. Quiconque touchera la montagne sera mis à mort.
13 Personne ne portera la main sur lui ; il sera lapidé ou percé de flèches, homme ou bête, il ne vivra pas. ” Quand la corne de bélier mugira, eux graviront la montagne. “
14 Moïse descendit de la montagne et vint trouver le peuple qu’il fit se sanctifier, et ils lavèrent leurs vêtements.
15 Puis il dit au peuple : ” Tenez-vous prêts pour après-demain, ne vous approchez pas de la femme.)
16 Or le surlendemain, dès le matin, il y eut des coups de tonnerre, des éclairs et une épaisse nuée sur la montagne, ainsi qu’un très puissant son de trompe et, dans le camp, tout le peuple trembla.
17 Moïse fit sortir le peuple du camp, à la rencontre de Dieu, et ils se tinrent au bas de la montagne.
18 Or la montagne du Sinaï était toute fumante, parce que Yahvé y était descendu dans le feu ; la fumée s’en élevait comme d’une fournaise et toute la montagne tremblait violemment.
19 Le son de trompe allait en s’amplifiant ; Moïse parlait et Dieu lui répondait dans le tonnerre.
20 Yahvé descendit sur la montagne du Sinaï, au sommet de la montagne. Yahvé appela Moïse au sommet de la montagne et Moïse monta.
Commentaire
1. Situation
Deuxième des 5 premiers livres de l’Ancien Testament rattachés à la tradition de Moïse, le Livre de l’Exode nous relate deux étapes de l’histoire d’Israël : - Les Hébreux esclaves se libèrent de la tutelle de Pharaon (1, 1 - 18, 27), - Le peuple d’Israël au Sinaï (19, 1 - 40, 38).
La 1ère partie nous montre d’abord les dangers que Pharaon fait courir au peuple d’Israël en Egypte (1, 1 - 2, 22), puis nous fait découvrir la nission que Dieu confie à Moise de faire sortir le peuple d’Egypte (2, 23 - 7, 7). Au nom du Seigneur, le Dieu d’Israël, Moïse va infliger les 10 plaies sur l’Egypte (7, 8 - 13, 16) puis conduire le peuple hors d’Egypte, en lui faisant traverser la mer des Roseaux dans laquelle sera détruite l’armée égyptienne (13, 17 - 15, 21).
Dans la 2nde partie, nous verrons comment, ayant ainsi vaincu ce Pharaon et libéré son peuple, Dieu va, au désert du Sinaï, confirmer Moïse comme le chef de son peuple, leur donner une Loi ou règle de vie, établir le signe et le lieu de sa présence au milieu d’eux, et les mettre en route, en dépit de leurs résistances et de leurs révoltes, vers la terre de Canaan (avec toute une série de séquences très détaillées : la conclusion de l’Alliance avec Dieu, qui donne les 10 commandements, les directives de Dieu concernant l’Arche, le culte et le sacerdoce, l’apostasie du peuple et le renouvellement de l’Alliance, la construction de la “Demeure”).
Mais, avant tous ces événements si importants, Moïse, serviteur de Dieu, aura anticipé dans sa propre histoire le déplacement du peuple, depuis l’Egypte jusqu’au Sinaï (chapitres 2 - 4). L’Exode (la sortie d’Egypte) va révéler Moïse grand serviteur de Dieu et le modèle à imiter pour les grandes figures bibliques qui le suivront : Josué, Jérémie, le 2nd Prophète Isaïe, et, pour nous, Jésus, qui nous sera présenté, entre autres figures, comme “le nouveau Moïse”. Partageant la souffrance du peuple, Moïse est en même temps proche de Dieu, et, par sa médiation, arrivera à maintenir le peuple en bons termes avec Yahvé son Dieu.
Suite à la libération du Peuple d’Israël de l’esclavage Egyptien, libération dont le Seigneur a été l’acteur principal (Exode, 1, 1 - 15, 21), le peuple, après le passage de la Mer des Roseaux et la destruction de l’armée de Pharaon, a progressé en direction de la Montagne du Sinaï, pour rejoindre l’endroit d’où le Seigneur Dieu avait appelé et envoyé Moïse le chercher en Egypte (Exode, 15, 22 - 18, 27).
Et cette première marche dans le désert ne s’est pas déroulée sans incidents. A trois reprises, le peuple a été mis à l’épreuve et a murmuré contre Moïse : aux eaux amères de Mara que Moïse a purifiées (15, 22 - 27), puis lorsque la faim se fit sentir et que Dieu leur envoya une volée de cailles et leur fit découvrir la manne (16, 1 - 26), enfin, lorsque la soif à son tour se fit sentir et que Moïse dut faire jaillir de l’eau d’un rocher (17, 1 - 7).
Là- dessus, il leur a fallu combattre victorieusemenrt le peuple des Amalécites, grâce à l’intercession de Moïse qui tenait ses bras levés (17, 8 - 15), combat qui fut suivi de la réunion de Moïse avec les siens lors de la rencontre de son beau-père, Jethro, tout près de la montagne du Sinaï.
Ainsi se termine la première grande partie de ce Livre de l’Exode (1, 1 - 18, 27). La seconde grande partie, toute entière centrée sur le Sinaï, nous conduira jusqu’à la fin du Livre (19, 10 - 40, 36)
Immédiatement, Moïse est monté vers Dieu, qui va lui proposer de conclure une alliance avec le peuple. C’est alors que le Seigneur se manifeste dans une théophanie terrible et fulgurante, avant de réinviter Moïse à gravir de nouveau la montagne pour recevoir les commandements et sceller l’alliance avec Dieu (19, 1 - 25).
2. Message
A lire notre page telle qu’elle nous est présentée dans la liturgie catholique romaine de ce jour, nous y découvrons que Yahvé-Dieu commence par prévenir Moïse de ce qui va se passer, et lui demande de donner ordre au peuple de se purifier en vue de se préparer à l’événement important de sa rencontre et de sa manifestation.
Dieu se manifeste ensuite en une théophanie terrifiante et puissante qui donne frayeur à tout le peuple.
Les éléments descriptifs de cette théophanie - de soi non représentable, mais que l’on peut tout au plus suggérer par images et symboles - sont à la fois d’ordre visuel (épaisse nuée, éclairs et feu) et sonore (tonnerre, tremblement violent de la montagne, fort son de trompe).
A travers ce vacarme épouvantable, Dieu dialogue avec Moïse qui lui répond, avant de descendre sur la Montagne où Moïse va monter le rejoindre.
3. Decouvertes
Les chapitres 19 et 20 constituent un ensemble compliqué, amalgame de traditions anciennes retouchées, ce qui en rend la lecture difficile, que la traduction liturgique a tenté d’éviter en effectuant un certain nombre de coupures (mises entre parenthèses et en italiques dans notre texte, plus haut). En effet, à lire le texte dans son intégralité, on y voit Moïse à plusieurs reprises monter sur la montagne et en descendre, ainsi que déjà faire part aux Anciens du peuple du projet d’alliance que Dieu leur propose.
Le thème général qui se dégage est bien le suivant : avant que le peuple libéré de la servitude soit constitué en nation, avec la présence permanente de Yahvé-Dieu en son milieu, présence dont les conditions vont être fixées dans l’Alliance que Dieu va proposer à Moïse (obéissance du peuple aux commandements, présence de Dieu en sa sainteté, symbolisée par la Tente de la Rencontre que Moïse va devoir ériger de nouveau dans le camp, à chaque étape), le Livre de l’Exode commence par nous décrire la vision de la venue de Yahvé vers le peuple.
La montagne du Sinaï va ainsi devenir le symbole d’une rencontre de Dieu, qui s’y manifeste avec une puissance et une gloire qui dépasse tout ce que l’on peut imaginer.
Cette description d’une venue de Dieu sur cette montagne implique donc qu’il n’y réside pas, à la différence de ce que l’on affirmait couramment de certaines divinités païennes.
La théophanie est relatée en images fulgurantes et bruyantes d’orage, de tremblement de terre ou d’éruption volcanique. Ces images ne sont utilisées ici que pour suggérer l’indescriptible d’une vision de Dieu en gloire, puissance, et majesté, terrifiantes.
L’élément inhabituel de cette manifestation est le fort son de trompette, plus précisément de corne de bélier (19, 13. 16. 19) : la corne de bélier (utilisée par la suite lors des sacrifices du Temple) nous renvoie, avec d’autres détails (nécessité de se purifier avant la rencontre de Dieu, ici comme au Temple, délimitation de la montagne par une ligne ou clotûre à ne pas franchir, comme l’était le Saint des Saints dans le Temple, interdiction de toucher la montagne déclarée ainsi sainte et sacrée) à une interprétation “cultuelle” de cette rencontre solennelle de Dieu avec son peuple : Yahvé-Dieu vient vers son peuple pour que son peuple vienne à lui, en lui rendant un culte. Ce que le peuple fera encore, mais de façon blasphématoire et détournée, dans le culte du veau d’or.
A noter que cette théophanie va également renforcer la position unique de Moïse comme celui à qui Dieu parle personnellement.
4. Prolongement
Une belle relecture de cette page nous est proposée dans la Lettre aux Hébreux, à partir, d’une part, de la mort-résurrection de Jésus le Christ (en qui nous est donnée l’Alliance Nouvelle qui nous fait renaître en situation de création nouvelle), à partir également, d’autre part, de l’anticipation de la fin ultime des temps (réalisation totale et absolue du Roayume de Dieu, dans lequel le Seigneur se communique à nous en sa transcendance et sa proximité).
C’est en raison de cette manifestation de Dieu, qui fait irruption en notre existence, que nous sommes appelés à vivre dans la fidélité à Dieu qui nous sauve (Hébreux, 12, 14 - 17).
Relisons cette page signifiante de la Lettre aux Hébreux :
18 Vous ne vous êtes pas approchés d’une réalité palpable : feu ardent, obscurité, ténèbres, ouragan,
19 bruit de trompette, et clameur de paroles telle que ceux qui l’entendirent supplièrent qu’on ne leur parlât pas davantage.
20 Ils ne pouvaient en effet supporter cette prescription : Quiconque touchera la montagne, même si c’est un animal, sera lapidé.
21 Si terrible était le spectacle que Moïse dit : Je suis effrayé et tout tremblant.
22 Mais vous vous êtes approchés de la montagne de Sion et de la cité du Dieu vivant, de la Jérusalem céleste, et de myriades d’anges, réunion de fête,
23 et de l’assemblée des premiers-nés qui sont inscrits dans les cieux, d’un Dieu Juge universel, et des esprits des justes qui ont été rendus parfaits,
24 de Jésus médiateur d’une alliance nouvelle, et d’un sang purificateur plus éloquent que celui d’Abel.
25 Prenez garde de ne pas refuser d’écouter Celui qui parle. Si ceux, en effet, qui ont refusé d’écouter celui qui promulguait des oracles sur cette terre n’ont pas échappé au châtiment, à combien plus forte raison n’y échapperons-nous pas, si nous nous détournons de Celui qui parle des cieux.
26 Celui dont la voix jadis ébranla la terre nous a fait maintenant cette promesse : Encore une fois, moi j’ébranlerai non seulement la terre mais aussi le ciel.
27 Cet encore une fois indique que les choses ébranlées seront changées, puisque ce sont des réalités créées, pour que subsistent celles qui sont inébranlables.
28 Ainsi, puisque nous recevons la possession d’un royaume inébranlable, retenons fermement la grâce, et par elle rendons à Dieu un culte qui lui soit agréable avec religion et crainte.
29 En effet, notre Dieu est un feu consumant.
Prière
*Seigneur Jésus, en toi se révèle à nous l’extraordinaire proximité de Dieu, qui vient se faire l’un de nous pour nous sauver et faire de nous ses enfants, en même temps que l’ouverture à ce mystère insondable de Celui qui est au-delà de tout, dont tu nous dis qu’il est la Vie, la Lumière et la Vérité, qui se manifestent en toi, et dont tes comportements de gratuité et de miséricorde nous découvrent qu’il est Amour : aide-moi par ton Esprit Saint à entrer dans cette rencontre ineffable, et toujours plus vivifiante, de Celui dont je dois témoigner, en mes paroles et actions, qu’il est “Celui qui est, qui était, et qui vient. AMEN.
24.07.2003.*
Évangile : Matthieu 13, 10-17
DE L’EVANGILE DE MATTHIEU
Texte
10 Les disciples s’approchant lui dirent : ” Pourquoi leur parles-tu en paraboles ? ” -
11 ” C’est que, répondit-il, à vous il a été donné de connaître les mystères du Royaume des Cieux, tandis qu’à ces gens-là cela n’a pas été donné.
12 Car celui qui a, on lui donnera et il aura du surplus, mais celui qui n’a pas, même ce qu’il a lui sera enlevé.
13 C’est pour cela que je leur parle en paraboles : parce qu’ils voient sans voir et entendent sans entendre ni comprendre.
14 Ainsi s’accomplit pour eux la prophétie d’Isaïe qui disait : Vous aurez beau entendre, vous ne comprendrez pas ; vous aurez beau regarder, vous ne verrez pas.
15 C’est que l’esprit de ce peuple s’est épaissi : ils se sont bouché les oreilles, ils ont fermé les yeux, de peur que leurs yeux ne voient, que leurs oreilles n’entendent, que leur esprit ne comprenne, qu’ils ne se convertissent, et que je ne les guérisse.
16 ” Quant à vous, heureux vos yeux parce qu’ils voient ; heureuses vos oreilles parce qu’elles entendent.
17 En vérité je vous le dis, beaucoup de prophètes et de justes ont souhaité voir ce que vous voyez et ne l’ont pas vu, entendre ce que vous entendez et ne l’ont pas entendu !
Commentaire
1. Situation
Cet Evangile, qui reprend beaucoup de passages de l’Evangile de Marc (qui avait été écrit vers 65), mais en y ajoutant des éléments qu’il partage en grande partie avec Luc, a été très probablement rédigé entre les années 85 et 90.
A parcourir tout ce Livre, on peut se demander s’il a été composé pour des chrétiens d’origine Juive (Judéochrétiens), ou pour des chrétiens d’origine païenne, ou encore pour les deux. Néanmoins, même s’il a été d’abord écrit pour confirmer une communauté Judéochrétienne dans sa découverte de la Bonne Nouvelle de Jésus, cet Evangile est ouvert également à la mission universelle auprès des païens, et il se termine par un envoi en mission par le Christ ressuscité, avec ces paroles : “allez, de toutes les nations, faites des disciples” (28, 18).
On peut diviser cet Evangile en 11 parties, qui se répondent en sens inverse (la 1ère correspondant à la dernière, la 2ème, à l’avant-dernière, etc…), concentrées autour de la 6ème partie, le “Discours en paraboles”, qui sert en quelque sorte de “pivot”. Nous obtenons ainsi le découpage suivant :
- Naissance de Jésus et commencement de sa mission (1 - 4)
- Bénédictions et Discours sur la montagne (5 - 7)
- Manifestations de l’autorité de Jésus et de ses appels (8 - 9)
- Discours sur la mission (10)
- Jésus rejeté par “cette génération” (11 - 12 )
- Discours en paraboles (13)
- Jésus reconnu par ses disciples (14 - 17)
- Discours sur la manière de vivre en communauté de croyants (18)
- De nouveau, Jésus manifeste son autorité et ses appels (19 - 22)
- Proclamation de situations malheureuses et Discours sur la venue définitive du Royaume (23 - 24)
- Passion, mort et résurrection (26 - 28)
Cette présentation fait ressortir que cet Evangile est bien rythmé par 5 grands discours de Jésus, dans lesquels l’auteur a concentré la majeure partie de son enseignement. Les 5 discours ont souvent fait penser aux 5 livres de Moïse de l’Ancien Testament. On dit volontiers que, pour Matthieu, Jésus est le “Nouveau Moïse”.
Matthieu nous a maintenant fait entrer dans le 3ème grand discours qu’il fait prononcer à Jésus, et qui ne comporte qu’une suite structurée de paraboles (13, 1 - 52).
A regarder de près la construction symétrique de tout cet Evangile de Matthieu, l’on s’aperçoit que ce discours en constitue en quelque sorte le pivot central, autour duquel toutes les autres parties de l’Evangile se répondent en ordre inversé (c’est-à-dire : la première partie correspond à la dernière, la deuxième à l’avant-dernière, etc.).
Ce discours parabolique ne comprend donc que des paraboles, et qui nous sont présentées selon 2 types de déroulement :
- la parabole du semeur et celle de l’ivraie et du bon grain, d’abord racontées et ensuite réinterprétées de façon allégorique (attribuant une signification à chaque détail), mais après une réflexion de Jésus sur la raison pour laquelle il se sert de ce langage,
- des petites paraboles non suivies d’explication : celles du grain de sénevé, du levain dans la pâte, du trésor caché, de la perle précieuse et du filet.
De façon plus précise, à propos des 2 paraboles sur le semeur et l’ivraie et le bon grain, on a noté également qu’elles se déroulaient selon un schéma en 3 temps : - histoire - demande des disciples - explication.
Notre page de ce jour suit le récit proprement dit qu’a fait Jésus de l’activité du semeur. Il est à remarquer que cette première parabole est abordée par Jésus de façon “absolue”, sans qu’il ait précisé au départ que “le Royaume des cieux est semblable à…” N’oublions pas toutefois que l’image de la semence pour traiter de la Parole de Dieu remonte à l’ Ancien Testament (Zacharie, 6, 12 - 13). Paul l’utilise également pour rendre compte de son activité ministérielle et apostolique (1 Corinthiens, 3, 6 - 9).
2. Message
Notre page constitue ainsi le 2ème temps de l’ensemble de la parabole du semeur, et Jésus y répond à une question de ses disciples sur le “pourquoi” d’un tel langage.
Matthieu suit ici de très près le texte plus ancien de Marc, 4, 10 - 12, mais en adoucissant les angles, et sans préciser que Jésus est seul avec ses disciples quand ceux-ci l’interrogent. Ce qui laisse à entendre que les gens de la foule ont pu, eux aussi, écouter les remarques de Jésus.
La réponse de Jésus, à première vue dure et choquante, indique bien que ceux-là seuls qui suivent Jésus dans la foi pourront recevoir et comprendre le sens total des paraboles. En effet, l’ouverture du coeur, nécessaire pour être un disciple authentique, conduit à la réception du message de salut en sa plénitude, tandis que l’attitude inverse de fermeture, en repliant l’homme sur lui-même, va jusqu’à lui faire oublier les propositions qui lui ont été offertes. En d’autres termes, dès que l’on se met en route pour suivre Jésus sérieusement, on se risque derrière lui et l’on comprend son message, car on s’est rendu disponible pour l’entendre.
C’est donc une grâce reçue et accueillie, et une béatitude, que de s’ouvrir à Jésus, à sa Parole, à sa proclamation et à son inauguration du Règne de Dieu. Celui qui cherche la vérité du sens de sa vie et du monde, avec un coeur de pauvre, est en mesure de recevoir et de comprendre les mystères du Royaume.
3. Decouvertes
Là où Marc parlait du “mystère” du Royaume, au singulier, Matthieu parle des “mystères” au pluriel, en reprenant le sens biblique de ce mot, utilisé en particulier dans le Livre, de genre apoca:lyptique, de Daniel: il s’agit des plans secrets de Dieu dans l’histoire des hommes, et particulièrement pour la fin des temps, où est envisagé l’établissement du Règne de la justice de Dieu, accompagné de la destruction des forces du mal.
La TOB (Matthieu, 13, 11, note “v”) donne aux “mystères” ici évoqués un triple sens possible: soit le Royaume en lui-même, soit le secret de Jésus comme inaugurateur du Royaume, soit le caractère secret et caché du Royaume.
La citation d’Isaïe, 6, 9 - 10 indique bien que celui qui ne discerne pas le secret du Royaume devient de plus en plus aveugle face à ce Royaume de Dieu. Car l’accès, et l’exclusion, du Royaume dépendent d’abord de l’accueil ou du refus que chacune ou chacun lui accorde. Il faut donc s’engager en vérité face au Royaume, car nous ne pouvons rester neutres. Cependant, la dernière phrase de la citation d’Isaïe rappelle l’intention du Seigneur, qui, peut-être, risque de ne pas aboutir à cause de notre refus de croire en lui. Cette intention est bien toujours de “guérir”, c’est-à-dire de “sauver”.
La “béatitude” du verset 16 souligne bien le rôle unique et privilégié des premiers disciples de Jésus, qui est d’abord d’être des “témoins oculaires” de sa personne, de sa mission, de son engagement suprême d’obéissance dans l’événement de sa mort - résurrection (voir, par exemple, 1 Jean, 1, 1- 5).
4. Prolongement
Le Règne de Dieu est une réalité qui demeure toujours au-delà de toutes nos approches : on ne le possède pas, on ne le domine pas, on ne le conquiert pas, on le reçoit, tel que Jésus nous le présente, et avec une attitude de foi qui attend, de façon toujours renouvelée, la redécouverte de ce que Dieu nous offre.
D’où l’importance du langage des paraboles, qui nous accule à nous interroger en profondeur en nous “ouvrant”, et en nous “sortant de nous-mêmes” devant le message de Jésus, qui est d’une richesse qui nous dépasse, et qui suppose, pour que nous le comprenions davantage, que nous nous dépouillions davantage de nous-mêmes, en nous remettant entièrement à lui.
Prière
*Seigneur Jésus, en nous invitant à découvrir les enjeux du Règne de Dieu en nos vies, à partir de situations humaines concrètes sur lesquelles tu nous demandes de réfléchir en faisant appel à notre expérience, tu nous invites à une démarche de sérieux, de méditation, d’accueil , et d’ouverture, avec un coeur et un regard en attente, à une réalité qui nous dépasse, tout en étant inscrite au centre de notre existence : donne-moi, par ton Esprit Saint et ta présence qui demeure en moi, d’avoir part à ta Sagesse, qui est celle du Père et qui rayonne de ta Parole et de toutes tes attitudes de miséricorde et de prise en charge de ceux qui viennent à toi, et rends-moi ainsi capable de discerner les signes des valeurs et des exigences du Royaume de Dieu dans les circonstances concrètes de notre histoire d’aujourd’hui. AMEN.
24.07.2003.*