📘 Commentaire biblique de l’abbé Léon Hamain
Première lecture : Michée 6, 1-8
DU LIVRE DE MICHEE
Texte
1 Écoutez donc ce que dit l’Éternel: Lève-toi, plaide devant les montagnes, Et que les collines entendent ta voix!…
2 Écoutez, montagnes, le procès de l’Éternel, Et vous, solides fondements de la terre! Car l’Éternel a un procès avec son peuple, Il veut plaider avec Israël. -
3 Mon peuple, que t’ai-je fait? En quoi t’ai-je fatigué? Réponds-moi!
4 Car je t’ai fait monter du pays d’Égypte, Je t’ai délivré de la maison de servitude, Et j’ai envoyé devant toi Moïse, Aaron et Marie.
5 Mon peuple, rappelle-toi ce que projetait Balak, roi de Moab, Et ce que lui répondit Balaam, fils de Beor, De Sittim à Guilgal, Afin que tu reconnaisses les bienfaits de l’Éternel.
6 Avec quoi me présenterai-je devant l’Éternel, Pour m’humilier devant le Dieu Très Haut? Me présenterai-je avec des holocaustes, Avec des veaux d’un an?
7 L’Éternel agréera-t-il des milliers de béliers, Des myriades de torrents d’huile? Donnerai-je pour mes transgressions mon premier-né, Pour le péché de mon âme le fruit de mes entrailles? -
8 On t’a fait connaître, ô homme, ce qui est bien; Et ce que l’Éternel demande de toi, C’est que tu pratiques la justice, Que tu aimes la miséricorde, Et que tu marches humblement avec ton Dieu.
Commentaire
1. Situation
Michée est avec Isaîe, Amos et Osée, l’un des 4 grands prophètes du 8ème siècle. Il a prêché dans le royaume de Juda pendant la seconde moitié de ce siècle, à l’époque de la montée en puissance de la domination Assyrienne.
Michée se montre très sensible au fait que le peuple rejette son Dieu. Pour lui les péchés d’Israël sont la cause des châtiments à venir. Pour lui, le roi des Assyriens n’est que l’instrument de la colère de Dieu contre son peuple infidèle. Michée s’intéresse également beaucoup aux questions de justice sociale.
Ses oracles se déroulent de la façon suivante : - le jugement de Dieu contre son peuple (1, 1 - 2, 11), - l’annonce qu’un reste sera sauvé et reviendra (2, 12 - 13), - condamnation des responsables du peuple (3, 1 - 12), - une nouvelle place pour Dieu dans un Israêl renouvelé (4, 1 - 5, 12), - accusation et condamnation réitérées contre Israël (6, 1 - 7, 7), - une célébration liturgique de la foi (7, 8 - 20).
2. Message
Michée nous fait part ici d’un débat entre Yahvé-Dieu et son peuple, débat qui traduit une querelle et une profonde mésentente entre les deux partenaires de l’Alliance.
Face à l’auditoire convoqué des collines et montagnes environnantes, le Seigneur demande à son peuple en quoi il a pu le fatiguer en le délivrant de l’esclavage de la servitude égyptienne.
De son côté le peuple, ou celui qui s’exprime en son nom, semble ne pas se rendre compte de toutes les initiatives prises par Dieu en sa faveur, et ramener son Seigneur au rang d’une divinité quelconque qu’il chercherait à apaiser par toutes les sortes de sacrifices possibles, y compris les sacrifices humains de fils premiers-nés.
Qu’attend donc Yahvé-Dieu de son peuple ? Que son dessein de salut totalement gratuit soit vraiment accueilli comme tel, avec toutes ses capacités de transformation intérieure des croyants : que ces derniers se laissent saisir par la justice et la miséricorde de Dieu, qu’ils marchent humblement avec confiance auprès du Seigneur venu marcher avec eux. Tel est le vrai culte à rendre à Dieu.
3. Decouvertes
Les versets 1 - 5 de cette page, où Dieu se plaint à son peuple de son ingratitude et de son aveuglement, demeurent l’un des passages les plus émouvants de la Bible.
Dans ce procès imaginé entre Dieu et son peuple, les montagnes et collines sont appelées comme témoins et non comme accusés.
Si le peuple demande avec quoi se présenter au Seigneur, c’est qu’on ne se présente pas devant Dieu les mains vides. Voir Exode, 23, 15 et 34, 20; 1 Samuel, 10, 3; Jérémie, 41, 5.
A noter que bien que la Loi interdise solennellement les sacrifices humains, ces derniers n’avaient jamais disparu totalement d’Israël (Jérémie, 7, 31; 19, 5; 32, 35; Ezéchiel, 16, 20; Isaïe, 57, 5; 2 Rois, 17, 17 et 23, 10). Voir étgalement Ezéchiel 20, 26 sur les sacrifices de premiers-nés.
Dieu veut la fidélité et non les holocaustes (Osée, 6,6 et Isaïe, 1, 17 - 26).
L’expression “marcher avec ton Dieu” : voir à ce sujet Genèse, 5, 22 et 6, 9; Nombres, 12, 3 et Sophonie, 2, 3.
Est-il possible qu’un peuple sauvé puisse se montrer fatigué des actes libérateurs de son Dieu ? Cela suppose ne percevoir Dieu que comme un fabricant d’exigences, en oubliant totalement toutes les initiatives de salut qu’il a prises le premier.
Le véritable croyant est celui qu a compris qu’il ne faut pas demander à Dieu ce qu’il veut en matière de culte, mais qui il veut et cherche à appeler à recevoir son salut.
4. Prolongement
Le culte en esprit et en vérité que Jésus demande (Jean, 4, 24) est celui de notre OUI au OUI de Dieu qui nous précède et en Jésus fait de nous ses fils adoptifs (Romains, 8, 14 - 17).
Mais notre OUI n’est possible que par celui du Christ, reçu dans son Esprit Saint (2 Corinthiens, 1, 19 - 20). Ainsi sommes-nous configurés à l’existence et aux comportements mêmes de Jésus, et à l’image du Père qu’il révèle et reproduit :
Matthieu
5.3 Heureux les pauvres en esprit, car le royaume des cieux est à eux!
11.25 En ce temps-là, Jésus prit la parole, et dit: Je te loue, Père, Seigneur du ciel et de la terre, de ce que tu as caché ces choses aux sages et aux intelligents, et de ce que tu les as révélées aux enfants.
11.26 Oui, Père, je te loue de ce que tu l’as voulu ainsi.
11.27 Toutes choses m’ont été données par mon Père, et personne ne connaît le Fils, si ce n’est le Père; personne non plus ne connaît le Père, si ce n’est le Fils et celui à qui le Fils veut le révéler.
11.28 Venez à moi, vous tous qui êtes fatigués et chargés, et je vous donnerai du repos.
11.29 Prenez mon joug sur vous et recevez mes instructions, car je suis doux et humble de coeur; et vous trouverez du repos pour vos âmes.
11.30 Car mon joug est doux, et mon fardeau léger.
Prière
*Seigneur Jésus, toi seul es le Chemin , la Vérité et la Vie de notre existence : apprends-moi à toujours mieux marcher avec toi qui me saisis dans ton Esprit pour me conduire au Père. AMEN.
19.07.2004.*
Évangile : Matthieu 12, 38-42
DE L’EVANGILE DE MATTHIEU
Texte
38 Alors quelques-uns des scribes et des Pharisiens prirent la parole et lui dirent : ” Maître, nous désirons que tu nous fasses voir un signe. “
39 Il leur répondit : ” Génération mauvaise et adultère ! elle réclame un signe, et de signe, il ne lui sera donné que le signe du prophète Jonas.
40 De même, en effet, que Jonas fut dans le ventre du monstre marin durant trois jours et trois nuits, de même le Fils de l’homme sera dans le sein de la terre durant trois jours et trois nuits.
41 Les hommes de Ninive se dresseront lors du Jugement avec cette génération et ils la condamneront, car ils se repentirent à la proclamation de Jonas, et il y a ici plus que Jonas !
42 La reine du Midi se lèvera lors du Jugement avec cette génération et elle la condamnera, car elle vint des extrémités de la terre pour écouter la sagesse de Salomon, et il y a ici plus que Salomon !
Commentaire
1. Situation
Cet Evangile, qui porte le nom de Matthieu, trouve peut-être sa première source dans une collection de paroles de Jésus, écrites en Araméen et attribuées à l’apôtre Matthieu, par un Père de l’Eglise, Papias d’Alexandrie, vers 125.
Cet Evangile, qui reprend beaucoup de passages de l’Evangile de Marc (qui avait été écrit vers 65), mais en y ajoutant des éléments qu’il partage en grande partie avec Luc, a été très probablement rédigé entre les années 85 et 90.
A parcourir tout ce Livre, on peut se demander s’il a été composé pour des chrétiens d’origine Juive (Judéochrétiens), ou pour des chrétiens d’origine païenne, ou encore pour les deux. La position communément admise de nos jours est qu’il a été écrit pour une communauté Judéochrétienne qui s’est trouvée exclue du Judaïsme, suite à une décision par des rabbins Juifs non chrétiens de ne plus tolérer la double appartenance, à la fois Juive et chrétienne, de ces Judéochrétiens, qui avait été possible jusqu’à cette date. Rupture qui explique la dureté des propos mis dans la bouche de Jésus contre les Scribes et Pharisiens de son temps (Matth. chapitre 23).
Néanmoins, même s’il a été d’abord écrit pour confirmer une communauté Judéochrétienne dans sa découverte de la Bonne Nouvelle de Jésus, cet Evangile est ouvert également à la mission universelle auprès des païens, et il se termine par un envoi en mission par le Christ ressuscité, avec ces paroles : “allez, de toutes les nations, faites des disciples” (28, 18).
On peut diviser cet Evangile en 11 parties, qui se répondent en sens inverse (la 1ère correspondant à la dernière, la 2ème, à l’avant-dernière, etc…), concentrées autour de la 6ème partie, le “Discours en paraboles”, qui sert en quelque sorte de “pivot”. Nous obtenons ainsi le découpage suivant :
- Naissance de Jésus et commencement de sa mission (1 - 4)
- Bénédictions et Discours sur la montagne (5 - 7)
- Manifestations de l’autorité de Jésus et de ses appels (8 - 9)
- Discours sur la mission (10)
- Jésus rejeté par “cette génération” (11 - 12 )
- Discours en paraboles (13)
- Jésus reconnu par ses disciples (14 - 17)
- Discours sur la manière de vivre en communauté de croyants (18)
- De nouveau, Jésus manifeste son autorité et ses appels (19 - 22)
- Proclamation de situations malheureuses et Discours sur la venue définitive du Royaume (23 - 24)
- Passion, mort et résurrection (26 - 28)
Cette présentation fait ressortir que cet Evangile est bien rythmé par 5 grands discours de Jésus, dans lesquels l’auteur a concentré la majeure partie de son enseignement. Les 5 discours ont souvent fait penser aux 5 livres de Moïse de l’Ancien Testament. On dit volontiers que, pour Matthieu, Jésus est le “Nouveau Moïse”.
Avec notre page, nous continuons d’accompagner Jésus dans la partie de l’Evangile de Matthieu, concernant sa 2ème mission en Galilée, où il rencontre de plus en plus de refus et d’hostilité de la part de “cette génération” de ses contemporains.
2. Message
Jésus ne répond jamais directement aux demandes spécifiques de signes extraordinaires qui lui sont faites. En remettant debout malades et affligés, il propose, à sa façon, les signes du salut et de la miséricorde que Dieu nous offre.
Cependant, pour “signifier” le sens et le but final de sa mission, il cite l’Ecriture, et rappelle d’abord ce que le conte de Jonas nous dit du séjour de ce prophète dans le ventre du monstre marin. Il annonce ainsi le mystère de sa mort-résurrection, qui sera l’événement majeur de tout le plan de Dieu.
L’histoire de Jonas lui permet également de déclarer que si les gens de Ninive se sont convertis à la parole de Jonas, combien, à plus forte raison, tous devraient se mettre à l’écoute de sa parole à lui, Jésus.
De même, si, selon le Livre des Rois, la reine de Saba s’est déplacée pour aller rencontrer Salomon, combien, à plus forte raison, nous devrions nous précipiter vers lui, Jésus, qui est porteur de la Sagesse même de Dieu.
Jésus est bien Parole et Sagesse de Dieu lui-même.
3. Decouvertes
Jésus, tout en refusant le signe demandé, en offre un autre de la “fin des temps” à “cette génération mauvaise et infidéle”, qui se trouve ainsi mise en jugement par lui.
Ce “signe” extraordinaire et inattendu sera sa propre résurrection
Les contemporains de Jésus ressemblent bien aux membres du peuple de Dieu, qui, dans le désert de l’Exode de la sorte d’Egypte, grognaient sans cesse contre Dieu et Moïse (Deutéronome, 1, 35 et 32, 5).
Ces Ninivites, qui ont cru à la parole prophétique de Jonas, (Jonas, 3, 2), et la reine de Saba, qui s’est déplacée de si loin pour découvrir la sagesse de Salomon (1 Rois, 10, 1 - 10, récit repris en 2 Chroniques, 9, 1 - 9), serviront de référence, et de point fort de comparaison, lors du jugement final de la fin ultime des temps, pour manifester l’incroyance de “cette génération” des contemporains de Jésus.
4. Prolongement
Nous sommes appelés à une décision de foi en faveur de la mission, et de la personne, de Jésus, comme l’ont été ses premiers disciples après son discours sur le pain de vie dans l’ Evangile de Jean, et comme Paul le spécifie, de façon très nette, à tous les croyants que nous sommes, et devons toujours devenir davantage :
60 Après l’avoir entendu, beaucoup de ses disciples dirent : ” Elle est dure, cette parole ! Qui peut l’écouter ? ”
61 Mais, sachant en lui-même que ses disciples murmuraient à ce propos, Jésus leur dit : ” Cela vous scandalise ?
62 Et quand vous verrez le Fils de l’homme monter là où il était auparavant ?…
63 C’est l’esprit qui vivifie, la chair ne sert de rien. Les paroles que je vous ai dites sont esprit et elles sont vie.
64 Mais il en est parmi vous qui ne croient pas. ” Jésus savait en effet dès le commencement qui étaient ceux qui ne croyaient pas et qui était celui qui le livrerait.
65 Et il disait : ” Voilà pourquoi je vous ai dit que nul ne peut venir à moi, si cela ne lui est donné par le Père. ”
66 Dès lors, beaucoup de ses disciples se retirèrent, et ils n’allaient plus avec lui.
67 Jésus dit alors aux Douze : ” Voulez-vous partir, vous aussi ? ”
68 Simon-Pierre lui répondit : ” Seigneur, à qui irons-nous ? Tu as les paroles de la vie éternelle.
69 Nous, nous croyons, et nous avons reconnu que tu es le Saint de Dieu. ”
21 Mais maintenant, sans la Loi, la justice de Dieu s’est manifestée, attestée par la Loi et les Prophètes,
22 justice de Dieu par la foi en Jésus Christ, à l’adresse de tous ceux qui croient - car il n’y a pas de différence :
23 tous ont péché et sont privés de la gloire de Dieu -
24 et ils sont justifiés par la faveur de sa grâce en vertu de la rédemption accomplie dans le Christ Jésus :
25 Dieu l’a exposé, instrument de propitiation par son propre sang moyennant la foi ; il voulait montrer sa justice, du fait qu’il avait passé condamnation sur les péchés commis jadis
26 au temps de la patience de Dieu ; il voulait montrer sa justice au temps présent, afin d’être juste et de justifier celui qui se réclame de la foi en Jésus.
Prière
*Seigneur Jésus, à qui d’autre que toi pourrions-nous aller, puisque tu as les paroles de la vie éternelle, toi la Parole-Sagesse même de Dieu, faite chair en notre humanité, pour nous faire connaître les mystères de Dieu, ton Père et notre Père : donne-moi de croître dans la foi en ton Nom, manifesté à tous les croyants, qui est le seul par lequel nous puissions être sauvés, et de marcher ainsi résolument derrière toi, comme un vrai disciple, sur l’unique chemin de vie qui nous soit offert. AMEN.
22.07.2002.*