📘 Commentaire biblique de l’abbé Léon Hamain
Première lecture : Michée 7, 14-20
DU LIVRE DE MICHEE
Texte
14 Fais paître ton peuple sous ta houlette, le troupeau de ton héritage, qui demeure isolé dans les broussailles, au milieu des vergers. Puisse-t-il paître en Bashân et en Galaad comme aux jours antiques!
15 Comme aux jours où tu sortis du pays d’Égypte, fais-nous voir des merveilles!
16 Les nations verront et seront confondues malgré toute leur puissance; elles se mettront la main sur la bouche, elles en auront les oreilles assourdies.
17 Elles lécheront la poussière comme le serpent, comme les bêtes qui rampent sur la terre. Elles sortiront tremblantes de leurs repaires, terrifiées et craintives devant toi.
18 Quel est le dieu comme toi, qui enlève la faute, qui pardonne le crime, qui n’exaspère pas pour toujours sa colère, mais qui prend plaisir à faire grâce ?
19 Une fois de plus, aie pitié de nous! foule aux pieds nos fautes, jette au fond de la mer tous nos péchés!
20 Accorde à Jacob ta fidélité, à Abraham ta grâce, que tu as jurées à nos pères dès les jours d’antan.
Commentaire
1. Situation
Michée est avec Isaîe, Amos et Osée, l’un des 4 grands prophètes du 8ème siècle. Il a prêché dans le royaume de Juda pendant la seconde moitié de ce siècle, à l’époque de la montée en puissance de la domination Assyrienne.
Michée se montre très sensible au fait que le peuple rejette son Dieu. Pour lui les péchés d’Israël sont la cause des châtiments à venir. Pour lui, le roi des Assyriens n’est que l’instrument de la colère de Dieu contre son peuple infidèle. Michée s’intéresse également beaucoup aux questions de justice sociale.
Ses oracles se déroulent de la façon suivante : - le jugement de Dieu contre son peuple (1, 1 - 2, 11), - l’annonce qu’un reste sera sauvé et reviendra (2, 12 - 13), - condamnation des responsables du peuple (3, 1 - 12), - une nouvelle place pour Dieu dans un Israêl renouvelé (4, 1 - 5, 12), - accusation et condamnation réitérées contre Israël (6, 1 - 7, 7), - une célébration liturgique de la foi (7, 8 - 20).
2. Message
Dans cette prière, le prophète redit toute sa confiance dans le pardon que Dieu va accorder, une fois de plus, à son peuple pécheur.
Dieu est reconnu ici comme le Dieu fidèle, toujours prêt à renouveler ce qu’il a réalisé avec Abraham, Jacob et Moïse, selon la gratuité de son don et de sa miséricorde, lui qui prend plaisir à faire grâce. Et quel témoignage ce sera pour les nations païennes que cette restauration de son peuple par le Dieu d’Israël !
3. Decouvertes
Cette page conclut le livre de Michée. Le prophète y confesse le péché du peuple et en appelle au pardon de Dieu en toute confiance (7, 8 - 20).
L’ensemble de cette conclusion, formé de 4 paragraphes, ressemble d’assez près à un psaume de lamentation, avec une tonalité de célébration liturgique.
L’appel est ici très fort à la tradition des merveilles accomplies par Dieu dans le passé. Michée situe bien ses contemporains comme descendants d’Abraham et de Jacob, comme ceux qui attendent une restauration comparable à la libération de l’Exode avec Moïse.
En effet, les images du pardon annoncé sont bien celles de l’Exode : ce sont les fautes d’Israël, et non pas ses ennemis, que le Seigneur va fouler au pied, ce sont les péchés du peuple, et non plus les Egyptiens, qui vont être précipités par Dieu au fond de la mer (7, 18 - 19).
4. Prolongement
Cette proclamation de la gratuité absolue de Dieu, qui finit toujours par pardonner à celui qui se retourne vers lui, trouve son accomplissement total et définitif dans la mission et l’engagement de Jésus dans son “Heure” d’obéissance et de passage au Père en sa mort-résurrection :
6 C’est en effet alors que nous étions sans force, c’est alors, au temps fixé, que le Christ est mort pour des impies -;
7 à peine en effet voudrait-on mourir pour un homme juste ; pour un homme de bien, oui, peut-être osera-t-on mourir -;
8 mais la preuve que Dieu nous aime, c’est que le Christ, alors que nous étions encore pécheurs, est mort pour nous.
9 Combien plus, maintenant justifiés dans son sang, serons-nous par lui sauvés de la colère.
10 Si, étant ennemis, nous fûmes réconciliés à Dieu par la mort de Son Fils, combien plus, une fois réconciliés, serons-nous sauvés par sa vie,
11 et pas seulement cela, mais nous nous glorifions en Dieu par notre Seigneur Jésus Christ par qui dès à présent nous avons obtenu la réconciliation.
4 Mais Dieu, qui est riche en miséricorde, à cause du grand amour dont Il nous a aimés,
5 alors que nous étions morts par suite de nos fautes, nous a fait revivre avec le Christ - c’est par grâce que vous êtes sauvés ! -
6 avec lui Il nous a ressuscités et fait asseoir aux cieux, dans le Christ Jésus.
7 Il a voulu par là démontrer dans les siècles à venir l’extraordinaire richesse de sa grâce, par sa bonté pour nous dans le Christ Jésus.
8 Car c’est bien par la grâce que vous êtes sauvés, moyennant la foi. Ce salut ne vient pas de vous, il est un don de Dieu ;
9 il ne vient pas des œuvres, car nul ne doit pouvoir se glorifier.
10 Nous sommes en effet son ouvrage, créés dans le Christ Jésus en vue des bonnes œuvres que Dieu a préparées d’avance pour que nous les pratiquions.
10 En ceci consiste l’amour : ce n’est pas nous qui avons aimé Dieu, mais c’est lui qui nous a aimés et qui a envoyé son Fils en victime de propitiation pour nos péchés.
11 Bien-aimés, si Dieu nous a ainsi aimés, nous devons, nous aussi, nous aimer les uns les autres.
Prière
*Seigneur Jésus, tu attends de nous que nous ayons une confiance en la miséricorde de Dieu, qui soit au moins égale à celle des prophètes de l’ancien testament, dans la conviction que tout est possible à celui qui croit en toi, puisque tu nous as fourni la preuve de la gratuité absolue de l’amour inouï de Dieu, manifeste en ta mort-résurrection : donne-moi de redécouvrir la réalité de cet amour du Père pour nous, qui dépasse tout ce que nous pouvons imaginer où concevoir, et de m’appuyer sur la force intérieure de ton Esprit Saint, pour rayonner cette miséricorde infinie à travers toutes mes paroles et mes actions. AMEN.
23.07.2002.*
Évangile : Matthieu 12, 46-50
DE L’EVANGILE DE MATTHIEU
Texte
46 Comme il parlait encore aux foules, voici que sa mère et ses frères se tenaient dehors, cherchant à lui parler.
[
47 ].
48 A celui qui l’en informait Jésus répondit : ” Qui est ma mère et qui sont mes frères ? “
49 Et tendant sa main vers ses disciples, il dit : ” Voici ma mère et mes frères.
50 Car quiconque fait la volonté de mon Père qui est aux cieux, celui-là m’est un frère et une sœur et une mère. “
Commentaire
1. Situation
Cet Evangile, qui porte le nom de Matthieu, trouve peut-être sa première source dans une collection de paroles de Jésus, écrites en Araméen et attribuées à l’apôtre Matthieu, par un Père de l’Eglise, Papias d’Alexandrie, vers 125.
Cet Evangile, qui reprend beaucoup de passages de l’Evangile de Marc (qui avait été écrit vers 65), mais en y ajoutant des éléments qu’il partage en grande partie avec Luc, a été très probablement rédigé entre les années 85 et 90.
A parcourir tout ce Livre, on peut se demander s’il a été composé pour des chrétiens d’origine Juive (Judéochrétiens), ou pour des chrétiens d’origine païenne, ou encore pour les deux. La position communément admise de nos jours est qu’il a été écrit pour une communauté Judéochrétienne qui s’est trouvée exclue du Judaïsme, suite à une décision par des rabbins Juifs non chrétiens de ne plus tolérer la double appartenance, à la fois Juive et chrétienne, de ces Judéochrétiens, qui avait été possible jusqu’à cette date. Rupture qui explique la dureté des propos mis dans la bouche de Jésus contre les Scribes et Pharisiens de son temps (Matth. chapitre 23).
Néanmoins, même s’il a été d’abord écrit pour confirmer une communauté Judéochrétienne dans sa découverte de la Bonne Nouvelle de Jésus, cet Evangile est ouvert également à la mission universelle auprès des païens, et il se termine par un envoi en mission par le Christ ressuscité, avec ces paroles : “allez, de toutes les nations, faites des disciples” (28, 18).
On peut diviser cet Evangile en 11 parties, qui se répondent en sens inverse (la 1ère correspondant à la dernière, la 2ème, à l’avant-dernière, etc…), concentrées autour de la 6ème partie, le “Discours en paraboles”, qui sert en quelque sorte de “pivot”. Nous obtenons ainsi le découpage suivant :
- Naissance de Jésus et commencement de sa mission (1 - 4)
- Bénédictions et Discours sur la montagne (5 - 7)
- Manifestations de l’autorité de Jésus et de ses appels (8 - 9)
- Discours sur la mission (10)
- Jésus rejeté par “cette génération” (11 - 12 )
- Discours en paraboles (13)
- Jésus reconnu par ses disciples (14 - 17)
- Discours sur la manière de vivre en communauté de croyants (18)
- De nouveau, Jésus manifeste son autorité et ses appels (19 - 22)
- Proclamation de situations malheureuses et Discours sur la venue définitive du Royaume (23 - 24)
- Passion, mort et résurrection (26 - 28)
Cette présentation fait ressortir que cet Evangile est bien rythmé par 5 grands discours de Jésus, dans lesquels l’auteur a concentré la majeure partie de son enseignement. Les 5 discours ont souvent fait penser aux 5 livres de Moïse de l’Ancien Testament. On dit volontiers que, pour Matthieu, Jésus est le “Nouveau Moïse”.
Dernier incident de cette série d’événements qui ont lieu pour Jésus entre ses 2ème et 3ème grands discours, compte tenu de la façon selon laquelle tout cela nous est rapporté dans l’Evangile de Matthieu (Matthieu, 11, 1 - 12, 50).
Comme nous avons pu le constater à mesure que se déroulent ces événements, Jésus se perçoit de plus en plus rejeté par ses contemporains, “ceux de cette génération” : il a pu regretter l’incroyance des bourgades du Lac de Galilée, il s’est, à diverses reprises, affronté à des Pharisiens à propos de l’observance du sabbat, on vient tout récemment de l’accuser d’être l’agent de Béelzéboul, le Prince des démons, au nom duquel il chasserait les démons, enfin, pressé de démontrer son caractère de Messie par un signe, il a évoqué, pour toute réponse, le signe de Jonas (Matthieu, 11, 1 - 12, 45).
Cela précisé, il n’en continue pas moins d’annoncer aux foules la Bonne Nouvelle du Royaume, et c’est dans l’un de ces moments que les membres de sa famille le rejoignent et cherchent à le rencontrer.
2. Message
A une remarque qu’on lui fait, concernant sa famille qui l’attend et voudrait le voir, Jésus répond que sa famille est constituée des disciples qui l’entourent.
Sans renier les liens naturels de la famille humaine, Jésus insiste sur la priorité d’une “autre” famille, dans laquelle les croyants entrent “volontairement”, et qui est faite de tous ceux qui, comme lui, Jésus, cherchent à accomplir la volonté du Père.
L’on peut donc conclure que c’est la communauté des croyants qui est la vraie famille de Jésus.
3. Decouvertes
Suite à la querelle avec les Pharisiens qui a précédé immédiatement notre page de ce jour (Matthieu, 12, 22 - 45), cet épisode souligne la nouveauté de l’Israël rénové que Jésus est en train de constituer avec ceux qui acceptent de le suivre comme des disciples : il s’agit bien là d’une authentique famille spirituelle dont l’origine est Dieu lui-même, découvert et présenté comme “Père”.
C’est dire que Dieu est la source d’un lien spécifique entre tous ceux qui se rattachent à lui en accomplissant sa volonté : on peut même dire qu’il est lui-même “ce” lien unissant tous ceux qui le reconnaissent comme Père.
Vers la fin de son 1er discours sur la charte du Royaume (7, 21), Jésus avait déjà défini le véritable disciple, non pas comme celui qui se contente de dire “Seigneur, *Seigneur”, mais comme celui qui fait la volonté du Père.
A noter que le verset 47 ne figure pas dans tous les manuscrits.
Dans la Bible, le mot “frère” peut désigner soit les fils de la même mère, soit les proches parents. La tradition catholique, qui tient que Marie n’a pas eu d’autre enfant que Jésus, selon sa virginité perpétuelle, interprète donc l’expression “les frères de Jésus”, dans le sens de “cousins” ou “proches” de Jésus. Les traditions protestantes, qui admettent que Marie aurait pu avoir plusieurs enfants, n’hésitent pas à donner à cette expression “les frères de Jésus” une explication plus littérale, et plus conforme au sens du mot grec employé.
On a remarqué la solennité du geste de Jésus sur ses disciples au verset 49 : certains prétendent qu’il ressemble à un geste “d’ordination”.
La réponse de Jésus dans notre texte implique une définition du vrai disciple : il est celui qui obéit à Dieu et agit selon la foi
4. Prolongement
Ce que Jésus déclare le concernant, à propos de sa mère et de ses frères, il le dit également de nous-mêmes : nous ne pouvons le suivre, en qualité de disciples, sans avoir avec lui un lien privilégié, d’un autre ordre, mais qui surpasse toutes nos relations humaines les plus chères et les plus intimes (Matthieu, 10, 37).
C’est en raison de notre relation à Dieu notre “Père” que l’on devient frères et proches de Jésus. Nous sommes d’après la résurrection : par l’Esprit Saint du Ressuscité, nous sommes devenus “fils” comme Jésus et “cohéritiers” avec lui. C’est donc, à partir du Père, par Jésus et dans l’Esprit, que nous sommes vraiment, dans la communauté des croyants, frères et soeurs les uns des autres (Galates, 4, 4 - 7).
D’où la grande souffrance de constater des communautés, des Eglises, de disciples de Jésus divisés : division qui doit nous atteindre au plus profond car Dieu est vraiment l’unité de ceux qui suivent Jésus (Jean, 17, 21 - 23).
Prière
*Seigneur Jésus, tu nous appelles toutes et tous à ne faire qu’un avec toi, et, par toi, à devenir “uns”avec le Père et tous nos frères et soeurs dans la foi et la charité qui sont autant d’aspects du don que Dieu nous fait, dans la présence agissante en nous de ton Esprit Saint, qui est l’Esprit du Père, et cette grâce doit transfigurer et donner un sens nouveau et plus profond à toutes nos relations humaines les plus proches et les plus chères, que nous devons désormais considérer comme “saisies” en toi, et comme une dimension particulière de notre attachement à toi, et de l’ouverture universelle que cela suppose, à tous ceux qui, comme nous, essayent de vivre selon la volonté du Père : apprends-moi à transformer la qualité de toutes mes relations humaines, en les regardant et en les vivant, non plus à partir de moi, mais à partir de toi et donc de Dieu, qui seul en est l’authentique source, en tant que créateur, donneur de vrai sens, et nous faisant entrer dans la création nouvelle où toutes et tous nous devenons vraiment, d’une façon nouvelle et au-delà de tout, ses enfants bien-aimés. AMEN.
22.07.2003.*