📘 Commentaire biblique de l’abbé Léon Hamain
Première lecture : Jérémie 7, 1-11
DU LIVRE DE JEREMIE
Texte
1 Parole qui fut adressée à Jérémie de la part de Yahvé en ces termes
2 Tiens-toi à la porte du Temple de Yahvé, proclames-y cette parole et dis : Ecoutez la parole de Yahvé, vous tous les Judéens qui entrez par ces portes pour vous prosterner devant Yahvé.
3 Ainsi parle Yahvé Sabaot, le Dieu d’Israël : Améliorez vos voies et vos œuvres et je vous ferai demeurer en ce lieu.
4 Ne vous fiez pas aux paroles mensongères : “C’est le sanctuaire de Yahvé, le sanctuaire de Yahvé, le sanctuaire de Yahvé!“
5 Mais si vous améliorez réellement vos voies et vos œuvres, si vous avez un vrai souci du droit, chacun avec son prochain,
6 si vous n’opprimez pas l’étranger, l’orphelin et la veuve, si vous ne répandez pas le sang innocent en ce lieu et si vous n’allez pas, pour votre malheur, à la suite d’autres dieux,
7 alors je vous ferai demeurer en ce lieu, dans le pays que j’ai donné à vos pères depuis toujours et pour toujours.
8 Mais voici que vous vous fiez à des paroles mensongères, à ce qui est vain.
9 Quoi! Voler, tuer, commettre l’adultère, se parjurer, encenser Baal, suivre des dieux étrangers que vous ne connaissez pas,
10 puis venir se présenter devant moi en ce Temple qui porte mon nom, et dire : “Nous voilà en sûreté!” pour continuer toutes ces abominations!
11 A vos yeux, est-ce un repaire de brigands, ce Temple qui porte mon nom? Moi, en tout cas, je vois clair, oracle de Yahvé!
Commentaire
1. Situation
Jérémie a vécu à l’une des périodes les plus troublées du Proche Orient. Il fut témoin de la chute d’un grand empire et de l’apparition d’un autre. Au milieu de cette tourmente, le royaume de Juda, aux mains de rois incapables, court à sa ruine pour n’avoir pas tenu compte de ces forces extérieures insurmontables de l’histoire, et y avoir résisté.
Le ministère de Jérémie a duré 40 ans environ, de 627 à 587, et s’adressait à Juda, ainsi qu’aux nations environnantes, pendant cette époque de convulsions politiques. Jérémie est intervenu très souvent. Il fallait, en effet, discerner la volonté de Dieu et chercher sa lumière dans des situations dramatiques.
Parmi tous les prophètes de son temps (Sophonie, Habakkuk, Nahum et Ezéchiel), il fut le seul à percevoir à quel point Dieu aimait son peuple, ainsi que les devoirs du peuple vis-à-vis de Dieu, dans le respect des termes de l’Alliance. Il eut un sens très aigu des différentes déviations qui existaient alors dans la manière du peuple de vivre sa foi en Yahvé.
Son message développait 2 aspects fondamentaux : quelle est la véritable manière de vivre selon Yahvé-Dieu ? Les aberrations des dirigeants de Juda ne pouvaient, selon lui, que le conduire à la catastrophe, pour n’avoir pas suivi le Seigneur dans un discernement des appels des signes des temps.
Son Livre commence par des oracles contre Juda et Jérusalem (1, 4 - 25, 13), et c’est dans cette première partie que nous trouvons le récit de la vocation du prophète, ainsi que ses doutes et états d’âme concernant sa mission, car ces oracles couvrent toute la période de l’histoire dont il fut le contemporain. Une 2ème partie de son Livre traite de la restauration d’Israêl (26,1 - 35, 19). Une 3ème partie nous raconte les persécutions prolongées qu’a subies le prophète vers la fin de sa mission et de sa vie, ainsi que son martyre (36, 1 - 45, 5). Son Livre se termine par une série d’oracles contre les nations (46,1 - 51, 64).
Notre page se situe donc dans la 1ère partie du Livre de Jérémie.
2. Message
Paroles terribles contre le Temple et son usage, que le Seigneur demande au prophète de proférer.
Le Temple, signe de la présence de Dieu au milieu de son peuple, n’a plus aucune utilité ni signification si le peuple ne suit plus le chemin de l’Alliance avec Dieu, et ne respecte plus ni l’action ni les paroles du Seigneur.
C’est une idée fausse de considérer le Temple comme une assurance perpétuelle de sécurité, qui protégerait du malheur en toutes circonstances, indépendamment des comportements de ceux qui le fréquentent.
Pour éviter la fin du Temple, il n’existe qu’un seul chemin, celui de la conversion, et l’obéissance au Seigneur, ce qui implique rejet de toute divinité étrangère et respect de tous les hommes, surtout des plus démunuis, dans la pratique d’une vraie justice, sinon, tout culte rendu à Dieu est vain.
3. Decouvertes
Depuis le temps de David, le Temple et la monarchie dynastique sont très fortement liés l’un à l’autrre (2 Samuel, 7, 1 - 3).
Et comme Dieu avait promis à David une descendance perpétuelle sur son trône, l’idée s’est répandue que le Temple, voulu par David, et construit par Salomon avec la bénédiction de Dieu, était associé à cette perennité, et donc considéré comme lieu indestructible de la présence de Dieu, et d’une sécurité totale, fondée sur la promesse de Dieu et indépendante de la conduite du peuple et de ses responsables.
Jérémie refuse d’enfermer le Seigneur dans une parole de sa part qui n’a plus de sens si le peuple ne lui obéit plus. Le Temple risque donc la destruction , et le peuple le jugement le plus sévère du Seigneur, si le peuple ne se repent pas.
Jérémie souligne le danger de passer de la confiance en Dieu à la confiance dans le lieu où il a dit habiter, confiance déplacée qu’exprime la phrase répétée 3 fois : “Le Temple du Seigneur…” Comment le Temple, devenu en réalité une “caverne de brigands”, où l’on se réfugie et l’on se cache, pour ne pas voir la vérité du mal que l’on commet, pourrait-il demeurer le lieu où Dieu habite ?
4. Prolongement
Au temps de Jésus, le Temple, reconstruit 2 fois après l’exil, demeurait une réalité considérée comme “intouchable”. Jésus, en purifiant le Temple à son entrée à Jérusalem (et en reprenant alors des propos de notre page de Jérémie) signe sa condamnation à mort (Matthieu, 21, 12 - 13). Lors de son procès, on lui reprochera ses propos sur la destruction du Temple (Matthieu, 26, 61 - 62), et l’on fera de même pour Etienne (Actes, 6, 13 - 14).
Jésus a prophétisé la ruine du Temple et de la ville sainte(Matthieu, 23, 37 - 24, 3), et lorsqu’il meurt, la fin du Temple est signifiée par le voile du Temple qui nous est dit se déchirer alors (Matthieu, 27, 51 et Hébreux, 6, 19 et 10, 20).
Jésus lui-même a pris la place du Temple (Matthieu, 12, 6 et Jean, 2, 19 - 22).
Avec lui, un nouveau culte nous est proposé, le culte de son “OUI” au Père, qui est la seule offrande valable faite désormais en notre nom (2 Corinthiens, 1, 19 - 22). Ce “OUI” nous est communiqué dans l’Esprit Saint, particulièrement lorsque nous refaisons, en mémorial de son “OUI” jusqu’à la mort en sa vie livrée, les gestes de son dernier repas avant son entrée dans sa passion (1 Corinthiens, 11, 23 - 26), devenus notre Eucharistie chrétienne.
Ce “OUI”, dans la mesure où il rayonne sur toute notre existence (Romains, 12, 1 - 3), devient notre “culte en esprit et vérité” (Jean, 4, 21 - 24). Et notre Temple, identifié au corps du Christ, ne désigne plus que la communauté des croyants unis à, et en, Jésus, et que nous construisons sur lui (Jean, 12, 32 - 33 et Ephésiens, 2, 18 - 22), et avec lui, dans la foi (Colossiens, 3, 10 - 15).
Prière
*Seigneur Jésus, tu nous as laissé la capacité de vivre la seule démarche qui plaise au Père, le “OUI” de ton obéissance, que tu renouvelles sans cesse en nous dans ton Esprit Saint, lorsque nous refaisons, rassemblés en communauté, les gestes de ton dernier repas, en mémorial de ta vie livree jusqu’au bout, pour rendre présente, dans l ‘aujourd’hui de notre histoire, “l’heure” unique de ton passage au Père, qui sauve à jamais tous les hommes : fais-moi comprendre que, si tu me plongés ainsi dans ton expérience suprême d’union à la volonté du Père, c’est pour que j’y fasse entrer toute mon existence, dans laquelle doit se manifester, en tous domaines, l’expression de ton “OUI”, selon le culte en Esprit et en vérité, de la foi qui agit par la charité. AMEN.
27.07.2002.*
Évangile : Matthieu 13, 24-30
DE L’EVANGILE DE MATTHIEU
Texte
24 Il leur proposa une autre parabole : ” Il en va du Royaume des Cieux comme d’un homme qui a semé du bon grain dans son champ.
25 Or, pendant que les gens dormaient, son ennemi est venu, il a semé à son tour de l’ivraie, au beau milieu du blé, et il s’en est allé.
26 Quand le blé est monté en herbe, puis en épis, alors l’ivraie est apparue aussi.
27 S’approchant, les serviteurs du propriétaire lui dirent : “Maître, n’est-ce pas du bon grain que tu as semé dans ton champ ? D’où vient donc qu’il s’y trouve de l’ivraie ?“
28 Il leur dit : “C’est quelque ennemi qui a fait cela. ” Les serviteurs lui disent : “Veux-tu donc que nous allions la ramasser ?“
29 “Non, dit-il, vous risqueriez, en ramassant l’ivraie, d’arracher en même temps le blé.
30 Laissez l’un et l’autre croître ensemble jusqu’à la moisson ; et au moment de la moisson je dirai aux moissonneurs : Ramassez d’abord l’ivraie et liez-la en bottes que l’on fera brûler ; quant au blé, recueillez-le dans mon grenier. ” “
Commentaire
1. Situation
Cet Evangile, qui reprend beaucoup de passages de l’Evangile de Marc (qui avait été écrit vers 65), mais en y ajoutant des éléments qu’il partage en grande partie avec Luc, a été très probablement rédigé entre les années 85 et 90.
A parcourir tout ce Livre, on peut se demander s’il a été composé pour des chrétiens d’origine Juive (Judéochrétiens), ou pour des chrétiens d’origine païenne, ou encore pour les deux. Néanmoins, même s’il a été d’abord écrit pour confirmer une communauté Judéochrétienne dans sa découverte de la Bonne Nouvelle de Jésus, cet Evangile est ouvert également à la mission universelle auprès des païens, et il se termine par un envoi en mission par le Christ ressuscité, avec ces paroles : “allez, de toutes les nations, faites des disciples” (28, 18).
On peut diviser cet Evangile en 11 parties, qui se répondent en sens inverse (la 1ère correspondant à la dernière, la 2ème, à l’avant-dernière, etc…), concentrées autour de la 6ème partie, le “Discours en paraboles”, qui sert en quelque sorte de “pivot”. Nous obtenons ainsi le découpage suivant :
- Naissance de Jésus et commencement de sa mission (1 - 4)
- Bénédictions et Discours sur la montagne (5 - 7)
- Manifestations de l’autorité de Jésus et de ses appels (8 - 9)
- Discours sur la mission (10)
- Jésus rejeté par “cette génération” (11 - 12 )
- Discours en paraboles (13)
- Jésus reconnu par ses disciples (14 - 17)
- Discours sur la manière de vivre en communauté de croyants (18)
- De nouveau, Jésus manifeste son autorité et ses appels (19 - 22)
- Proclamation de situations malheureuses et Discours sur la venue définitive du Royaume (23 - 24)
- Passion, mort et résurrection (26 - 28)
Cette présentation fait ressortir que cet Evangile est bien rythmé par 5 grands discours de Jésus, dans lesquels l’auteur a concentré la majeure partie de son enseignement. Les 5 discours ont souvent fait penser aux 5 livres de Moïse de l’Ancien Testament. On dit volontiers que, pour Matthieu, Jésus est le “Nouveau Moïse”.
Matthieu nous a maintenant fait entrer dans le 3ème grand discours qu’il fait prononcer à Jésus, et qui ne comporte qu’une suite structurée de paraboles (13, 1 - 52).
A regarder de près la construction symétrique de tout cet Evangile de Matthieu, l’on s’aperçoit que ce discours en constitue en quelque sorte le pivot central, autour duquel toutes les autres parties de l’Evangile se répondent en ordre inversé (c’est-à-dire : la première partie correspond à la dernière, la deuxième à l’avant-dernière, etc.).
Ce discours parabolique ne comprend donc que des paraboles, et qui nous sont présentées selon 2 types de déroulement :
- la parabole du semeur et celle de l’ivraie et du bon grain, d’abord racontées et ensuite réinterprétées de façon allégorique (attribuant une signification à chaque détail), mais après une réflexion de Jésus sur la raison pour laquelle il se sert de ce langage,
- des petites paraboles non suivies d’explication : celles du grain de sénevé, du levain dans la pâte, du trésor caché, de la perle précieuse et du filet.
Dans ce discours en paraboles de Jésus, nous abordons un nouveau cycle de 3 temps concernant la parabole de l’ivraie et du bon grain. La parabole du semeur avait été développée selon un schéma similaire (récit, demande d’explication et raison de ce langage utilisé par Jésus, explication allégorique : 13, 1 - 23).
La parabole de l’ivraie et du bon grain, qui suit la parabole du semeur, comprend, de la même façon: le récit ou l’histoire racontée par Jésus (13, 24 - 30 : notre page de ce jour), des remarques de Jésus sur l’usage qu’il fait de cette manière de s’exprimer en paraboles (13, 34 - 35), l’interprétation allégorique de la parabole de l’ivraie, à la demande des disciples (13, 36 - 42).
Entre le 1er et le 2ème temps de ce cycle ont été intercalés les deux petites paraboles du grain de sénevé et du levain dans la pâte (13, 31 - 33).
2. Message
Dans la plupart des paraboles au sens strict du terme (en ce sens, elles sont différentes de récits en forme de comparaison ou d’allégories imagées), c’est le récit, considéré globalement, qui en est la clé d’interprétation. Par exemple, la parabole du semeur indique bien que le semeur est sorti pour semer, et qu’il aura une récolte, bien qu’il soit conscient qu’il y a de la semence qui se perd dans certains espaces de terrain peu cultivables. Donc, s’il sort, c’est qu’il a la conviction que sa démarche vaut la peine et qu’il peut compter sur une récolte. Et tel est bien le ministère de Jésus, porteur d’espérance et de la victoire de Dieu au delà de toutes les difficultés.
Considérée ainsi dans la globalité de son récit, au niveau de l’histoire toute entière, la parabole de l’ivraie et du bon grain répond à la question précise suivante : “que faire des mauvaizes herbes que l’on découvre dans le champ au milieu du bon grain ?” La réponse est limpide : laissons le temps au temps. C’est seulement, en effet, au moment de la moisson que le tri sera possible sans risque de confondre le bon grain et l’ivraie. Donc, prenons patience : le discernement se fera le moment venu.
Puisque cette parabole concerne explicitement le Royaume des cieux, c’est seulement à la fin des temps, à l’heure de la moisson ou du jugement que le Maître de la moisson, de la Mission et du Royaume fera le tri entre les bons et les mauvais éléments. Ce discernement n’est pas réservé aux ouvriers de la maison, au gré de leur générosité ou de leur interprétation. Il leur faut attendre le moment favorable et avoir la patience du maître de maison, c’est-à-dire de Dieu.
3. Decouvertes
Comme l’écrit la TOB (Matthieu, 13, 21, note “f’), par cette parabole unique en son genre, Jésus répond à tous les impatients, y compris Jean Baptiste (comparer 13, 30 et 3, 12).
A première vue, cette parabole n’a pas de parallèles dans aucun autre Evangile. On pense, cependant, de plus en plus, qu’elle est une relecture développée et adaptée de la parabole de Marc, 4, 26 - 29 sur la semence qui pousse toute seule secrètement, sans qu’on puisse à aucun moment voir de l’extérieur comment cette croissance a lieu. Matthieu aurait, en fonction des questions de la communauté pour laquelle il écrit son Evangile, fait répondre, par cette parabole, à la question des bons et mauvais membres dans les communautés écclésiales, et il lui aurait ajouté une interprétation allégorique (13, 36 - 43).
A la différence de la parabole du semeur, cette parabole, comme toutes celles qui la suivent dans ce discours, est explicitement présentée et introduite comme une parabole du “Royaume des cieux”.
Cette parabole met en scène un maître de maison et ses ouvriers ou esclaves, qui sont les seuls à s’indigner de la présence de l’ivraie au milieu du bon grain.
Le verbe “rassembler” est utilisé 4 fois dans cette parabole, ce qui indique, semble-t-il, une relation aux problèmes de la communauté ou des communautés visées par cette parabole.
On n’y verra clair qu’à la fin des temps, qu’à l’heure du jugement. Jusque là demeure le mystère de la croissance et du bon grain et de l’ivraie.
La “moisson” est une image biblique souvent employée pour traduire le jugement de Dieu à la fin des temps.
4. Prolongement
Le jugement n’appartient qu’à Dieu et la consigne de Jésus est des plus nettes: “Ne jugez pas! ” (Matthieu, 7, 1 - 5).
Laissons, dans une démarche de patience, notre regard accepter qu’une bouteille “à moitié vide” (vue négative) soit en même temps perçue comme “une bouteille à moitié pleine” (vue positive), et espérons que les valeurs croîtront plus vite que les non-valeurs.
Paul déclare que sa conscience ne lui reproche rien, mais qu’il ne se juge pas pour autant, car son juge, c’est le Seigneur (1 Corinthiens, 4, 3 - 5), auquel seul il faut s’en remettre définitivement. Ce texte est à relire.
Quand Paul se fâche avec les Corinthiens parce qu’ils ne sont pas intervenus pour un cas d’inceste dans leur communauté, il déclare que si, dans un tel cas, une mesure disciplinaire extérieure est à prendre, cela doit toujours l’être en fonction du salut du pécheur, que Dieu seul jugera au Jour du Seigneur (1 Corinthiens, 5, 1 - 5).
Ainsi sommes-nous invités à vivre en vérité, en favorisant de notre mieux ce qui peut aller, même petitement, dans le sens du Royaume.
Prière
*Seigneur Jésus, en nous invitant à découvrir les enjeux du Règne de Dieu en nos vies, à partir de situations humaines concrètes sur lesquelles tu nous demandes de réfléchir en faisant appel à notre expérience, tu nous invites à une démarche de patience et d’humilité, ainsi qu’à approfondir notre conviction que notre existence n’est qu’un lieu où Dieu réalise la puissance de son salut en se servant tout au plus des expressions imparfaites de nos gestes et paroles de “serviteurs intiles”, et que lui seul est vraiment efficace, par sa grâce, offerte à tous les humains, par ta mission, ta mort-résurrection et le don de l’Esprit Saint : donne-moi de témoigner de l’espérance que l’oeuvre de Dieu grandit et croît dans la vie des mes frères et soeurs, bien au-delà des apparences de lenteurs et de stagnation, voire même d’obstacles qui me semblent l’en empêcher fortement. AMEN.
26.07.2003.*
Évangile : Matthieu 13, 24-43
DE L’EVANGILE DE MATTHIEU
Texte
24 Il leur proposa une autre parabole : ” Il en va du Royaume des Cieux comme d’un homme qui a semé du bon grain dans son champ.
25 Or, pendant que les gens dormaient, son ennemi est venu, il a semé à son tour de l’ivraie, au beau milieu du blé, et il s’en est allé.
26 Quand le blé est monté en herbe, puis en épis, alors l’ivraie est apparue aussi.
27 S’approchant, les serviteurs du propriétaire lui dirent : “Maître, n’est-ce pas du bon grain que tu as semé dans ton champ ? D’où vient donc qu’il s’y trouve de l’ivraie ?“
28 Il leur dit : “C’est quelque ennemi qui a fait cela. ” Les serviteurs lui disent : “Veux-tu donc que nous allions la ramasser ?“
29 “Non, dit-il, vous risqueriez, en ramassant l’ivraie, d’arracher en même temps le blé.
30 Laissez l’un et l’autre croître ensemble jusqu’à la moisson ; et au moment de la moisson je dirai aux moissonneurs : Ramassez d’abord l’ivraie et liez-la en bottes que l’on fera brûler ; quant au blé, recueillez-le dans mon grenier. ” “
31 Il leur proposa une autre parabole : ” Le Royaume des Cieux est semblable à un grain de sénevé qu’un homme a pris et semé dans son champ.
32 C’est bien la plus petite de toutes les graines, mais, quand il a poussé, c’est la plus grande des plantes potagères, qui devient même un arbre, au point que les oiseaux du ciel viennent s’abriter dans ses branches. “
33 Il leur dit une autre parabole : ” Le Royaume des Cieux est semblable à du levain qu’une femme a pris et enfoui dans trois mesures de farine, jusqu’à ce que le tout ait levé. “
34 Tout cela, Jésus le dit aux foules en paraboles, et il ne leur disait rien sans parabole ;
35 pour que s’accomplît l’oracle du prophète : J’ouvrirai la bouche pour dire des paraboles, je clamerai des choses cachées depuis la fondation du monde.
36 Alors, laissant les foules, il vint à la maison ; et ses disciples s’approchant lui dirent : ” Explique-nous la parabole de l’ivraie dans le champ. “
37 En réponse il leur dit : ” Celui qui sème le bon grain, c’est le Fils de l’homme ;
38 le champ, c’est le monde ; le bon grain, ce sont les sujets du Royaume ; l’ivraie, ce sont les sujets du Mauvais ;
39 l’ennemi qui la sème, c’est le Diable ; la moisson, c’est la fin du monde ; et les moissonneurs, ce sont les anges.
40 De même donc qu’on enlève l’ivraie et qu’on la consume au feu, de même en sera-t-il à la fin du monde :
41 le Fils de l’homme enverra ses anges, qui ramasseront de son Royaume tous les scandales et tous les fauteurs d’iniquité,
42 et les jetteront dans la fournaise ardente : là seront les pleurs et les grincements de dents.
43 Alors les justes resplendiront comme le soleil dans le Royaume de leur Père. Entende, qui a des oreilles !
Commentaire
1. Situation
Cet Evangile, qui reprend beaucoup de passages de l’Evangile de Marc (qui avait été écrit vers 65), mais en y ajoutant des éléments qu’il partage en grande partie avec Luc, a été très probablement rédigé entre les années 85 et 90.
A parcourir tout ce Livre, on peut se demander s’il a été composé pour des chrétiens d’origine Juive (Judéochrétiens), ou pour des chrétiens d’origine païenne, ou encore pour les deux. Néanmoins, même s’il a été d’abord écrit pour confirmer une communauté Judéochrétienne dans sa découverte de la Bonne Nouvelle de Jésus, cet Evangile est ouvert également à la mission universelle auprès des païens, et il se termine par un envoi en mission par le Christ ressuscité, avec ces paroles : “allez, de toutes les nations, faites des disciples” (28, 18).
On peut diviser cet Evangile en 11 parties, qui se répondent en sens inverse (la 1ère correspondant à la dernière, la 2ème, à l’avant-dernière, etc…), concentrées autour de la 6ème partie, le “Discours en paraboles”, qui sert en quelque sorte de “pivot”. Nous obtenons ainsi le découpage suivant :
- Naissance de Jésus et commencement de sa mission (1 - 4)
- Bénédictions et Discours sur la montagne (5 - 7)
- Manifestations de l’autorité de Jésus et de ses appels (8 - 9)
- Discours sur la mission (10)
- Jésus rejeté par “cette génération” (11 - 12 )
- Discours en paraboles (13)
- Jésus reconnu par ses disciples (14 - 17)
- Discours sur la manière de vivre en communauté de croyants (18)
- De nouveau, Jésus manifeste son autorité et ses appels (19 - 22)
- Proclamation de situations malheureuses et Discours sur la venue définitive du Royaume (23 - 24)
- Passion, mort et résurrection (26 - 28)
Cette présentation fait ressortir que cet Evangile est bien rythmé par 5 grands discours de Jésus, dans lesquels l’auteur a concentré la majeure partie de son enseignement. Les 5 discours ont souvent fait penser aux 5 livres de Moïse de l’Ancien Testament. On dit volontiers que, pour Matthieu, Jésus est le “Nouveau Moïse”.
Avec notre page, nous continuons l’écoute du 3ème discours de Jésus, le discours en paraboles. Suite à sa 2ème mission en Galilée, au cours de laquelle Jésus a rencontré de plus en plus d’incompréhension et de difficultés de la part de ses contemporains, qu’il identifie sous le nom de “cette génération”, Jésus explique les raisons de cette contestation, et la situe dans la perspective de la réussite finale de sa mission et du plan de salut de Dieu. Et cela, en un discours, fait de 3 ensembles, ou séries, de textes (comprenant : une ou plusieurs paraboles, une explication de ce langage des paraboles, et une réinterprétation “allégorique”, d’une de ces paraboles). Nous lisons ici le 2ème de ces 3 ensembles.
2. Message
Le sens premier des 3 paraboles, de l’ivraie et du bon grain , de la graine de sénevé, et du levain dans la pâte, demeure bien le même que celui de la parabole du semeur : en dépit des difficultés, et des apparences contraires, la mission de Jésus réussira, et le plan de Dieu s’accomplira en lui. Telle est la conviction de base, et inébranlable, que Jésus veut nous partager.
A y regarder de plus près, ces 3 paraboles nous précisent ce sens global :
-
dans le cas de la parabole de l’ivraie, les obstacles viennent des seules forces du mal, ou de l’Adversaire, à l’œuvre contre la mission de Jésus. Il faut cependant s’armer de patience et ne pas précipiter l’heure de la moisson avec un zèle intempestif et prématuré : la conviction de la réussite finale devient une confiance associée à la patience, et ce, d’autant plus, qu’il appartient seulement au Maître de la moisson de décider de cette moisson.
-
Dans le cas des paraboles similaires de la graine de moutarde et du levain dans la pâte, acceptons des débuts humbles et quasi invisibles, mais qui sont chargés de la promesse d’une vitalité très féconde : la toute petite semence deviendra un arbre et la pâte lèvera très fort, en multipliant beaucoup de fois son volume : ici encore, confiance et patience.
3. Decouvertes
Dans ce discours, Jésus utilise le genre des paraboles. Sous ce nom l’on distingue 3 types de discours : d’abord, la parabole au sens brut, comme celle du semeur, où il n’y a aucun point de comparaison, ni aucune ” clé ” d’interprétation, dans une ” histoire ” qui nous est racontée comme une énigme.
Ensuite, la parabole comme récit global, assorti d’une clé telle que : ” le royaume des cieux est semblable à… “.
Enfin, l’allégorie, qui est un récit où chaque élément est interprété comme signifiant une réalité bien spécifique. Ainsi en est-il dans l’explication que Jésus donne de la parabole du semeur, où il identifie la semence comme la Parole de Dieu, et les différents types de terrains comme autant d’attitudes de ceux qui reçoivent cette Parole.
Comme lors de la parabole du semeur, et des textes qui lui sont rattachés, nous nous trouvons devant un schéma dans lequel il nous prononce d’abord une ou plusieurs paraboles (3 dans ce passage), puis parle de ce choix du langage en paraboles, qui oblige à une réflexion sérieuse, et finalement, à la demande de ses disciples, explique la parabole initiale de la série, en donnant une signification précise à tous les éléments qui la composent (allégorie).
Dans sa réponse à la question de ses disciples, Jésus donne un sens précis de comparaison allégorique aux 7 éléments de la parabole de l’ivraie et du bon grain. Il apporte toutefois une donnée nouvelle, à savoir que la moisson finale n’aura lieu qu’à la fin ultime des temps. Il ajoute ainsi une interprétation eschatologique aux 3 paraboles du début de ce texte.
4. Prolongement
En conséquence de la parabole de l’ivraie, ne prenons pas la place du maître de la moisson, car nous n’en sommes que les ouvriers, ne jugeons pas, laissons aux petites pousses de bon grain le temps de croître, sans prendre le risque de les arracher avec l’ivraie, si nous sommes trop impatients.
Notre confiance et notre patience doivent donc demeurer constantes tout au long de notre histoire et de l’histoire de l’Eglise et du monde, et doivent animer tous nos regards sur notre vie personnelle (ne perdons pas courage, laissons-y croître les petites avancées animées par l’Esprit de Jésus), ainsi que sur la vie de nos communautés ecclésiales de tous niveaux.
Ne tirons pas de conclusion de ce qui nous paraît aller moins bien que dans le passé. Encourageons tous les signes qui vont dans le bon sens, et réorientons dans ce bon sens de la miséricorde, de l’espérance du salut, toutes les démarches quelque peu positives dans l’attitude constatée chez nos frères et sœurs (au delà de ce que nous les voyons vivre dans leur vie courante) :
6 Moi, j’ai planté, Apollos a arrosé ; mais c’est Dieu qui donnait la croissance.
7 Ainsi donc, ni celui qui plante n’est quelque chose, ni celui qui arrose, mais celui qui donne la croissance : Dieu.
8 Celui qui plante et celui qui arrose ne font qu’un, mais chacun recevra son propre salaire selon son propre labeur.
9 Car nous sommes les coopérateurs de Dieu ; vous êtes le champ de Dieu, l’édifice de Dieu.
Prière
*Seigneur Jésus, tu as montré une patience infinie dans l’initiation de tes disciples à cet accomplissement du salut de Dieu que tu venais réaliser, non seulement à travers tes paroles faisant autorité et tes signes de miséricorde, mais dans ta mort de “Serviteur livré”, ne reculant pas d’un pas dans ta mission de révélation de la Vérité et de l’Amour de Dieu, dépassant tous les conformismes de la Loi : donne-moi cette confiance dans ton action en ma vie, et la vie de tous mes frères et soeurs, donne-moi de ne jamais juger les autres, quels que soient leurs comportements, mais de toujours les encourager avec patience, en tout ce qu’ils manifestent de positif à ton Evangile, même si leurs attitudes parfois me déconcertent et me surprennent. AMEN.
29.07.2002.*