📘 Commentaire biblique de l’abbé Léon Hamain
Première lecture : Exode 33, 5-28
DU LIVRE DE L’EXODE
Texte
7 Moïse prenait la Tente et la plantait pour lui hors du camp, loin du camp. Il la nomma Tente du Rendez-vous, et quiconque avait à consulter Yahvé sortait vers la Tente du Rendez-vous qui se trouvait hors du camp.
8 Chaque fois que Moïse sortait vers la Tente, tout le peuple se levait, chacun se postait à l’entrée de sa tente, et suivait Moïse du regard jusqu’à ce qu’il entrât dans la Tente.
9 Chaque fois que Moïse entrait dans la Tente, la colonne de nuée descendait, se tenait à l’entrée de la Tente et Il parlait avec Moïse.
10 Tout le peuple voyait la colonne de nuée qui se tenait à l’entrée de la Tente, et tout le peuple se levait et se prosternait, chacun à l’entrée de sa tente.
11 Yahvé parlait à Moïse face à face, comme un homme parle à son ami, puis il rentrait au camp, mais son serviteur Josué, fils de Nûn, un jeune homme, ne quittait pas l’intérieur de la Tente.
…
5 Yahvé descendit dans une nuée et il se tint là avec lui. Il invoqua le nom de Yahvé.
6 Yahvé passa devant lui et il cria : ” Yahvé, Yahvé, Dieu de tendresse et de pitié, lent à la colère, riche en grâce et en fidélité ;
7 qui garde sa grâce à des milliers, tolère faute, transgression et péché mais ne laisse rien impuni et châtie les fautes des pères sur les enfants et les petits-enfants, jusqu’à la troisième et la quatrième génération. “
8 Aussitôt Moïse tomba à genoux sur le sol et se prosterna,
9 puis il dit : ” Si vraiment, Seigneur, j’ai trouvé grâce à tes yeux, que mon Seigneur veuille bien aller au milieu de nous, bien que ce soit un peuple à la nuque raide, pardonne nos fautes et nos péchés et fais de nous ton héritage.
…
28 Moïse demeura là, avec Yahvé, quarante jours et quarante nuits. Il ne mangea ni ne but, et il écrivit sur les tables les paroles de l’alliance, les dix paroles.
Commentaire
1. Situation
Deuxième des 5 premiers livres de l’Ancien Testament rattachés à la tradition de Moïse, le Livre de l’Exode nous relate deux étapes de l’histoire d’Israël : - Les Hébreux esclaves se libèrent de la tutelle de Pharaon (1, 1 - 18, 27), - Le peuple d’Israël au Sinaï (19, 1 - 40, 38).
La 1ère partie nous montre d’abord les dangers que Pharaon fait courir au peuple d’Israël en Egypte (1, 1 - 2, 22), puis nous fait découvrir la nission que Dieu confie à Moise de faire sortir le peuple d’Egypte (2, 23 - 7, 7). Au nom du Seigneur, le Dieu d’Israël, Moïse va infliger les 10 plaies sur l’Egypte (7, 8 - 13, 16) puis conduire le peuple hors d’Egypte, en lui faisant traverser la mer des Roseaux dans laquelle sera détruite l’armée égyptienne (13, 17 - 15, 21).
Dans la 2nde partie, nous verrons comment, ayant ainsi vaincu ce Pharaon et libéré son peuple, Dieu va, au désert du Sinaï, confirmer Moïse comme le chef de son peuple, leur donner une Loi ou règle de vie, établir le signe et le lieu de sa présence au milieu d’eux, et les mettre en route, en dépit de leurs résistances et de leurs révoltes, vers la terre de Canaan (avec toute une série de séquences très détaillées : la conclusion de l’Alliance avec Dieu, qui donne les 10 commandements, les directives de Dieu concernant l’Arche, le culte et le sacerdoce, l’apostasie du peuple et le renouvellement de l’Alliance, la construction de la “Demeure”).
Mais, avant tous ces événements si importants, Moïse, serviteur de Dieu, aura anticipé dans sa propre histoire le déplacement du peuple, depuis l’Egypte jusqu’au Sinaï (chapitres 2 - 4). L’Exode (la sortie d’Egypte) va révéler Moïse grand serviteur de Dieu et le modèle à imiter pour les grandes figures bibliques qui le suivront : Josué, Jérémie, le 2nd Prophète Isaïe, et, pour nous, Jésus, qui nous sera présenté, entre autres figures, comme “le nouveau Moïse”. Partageant la souffrance du peuple, Moïse est en même temps proche de Dieu, et, par sa médiation, arrivera à maintenir le peuple en bons termes avec Yahvé son Dieu.
Nous continuons la lecture de la seconde grande partie du livre de l’Exode, toute entière centrée sur le Sinaï, et qui nous conduira jusqu’à la fin du Livre (19, 10 - 40, 36)
Le peuple d’Israël, libéré d’Egypte et conduit par la puissance de Dieu jusqu’au Sinaï (Exode, 1, 1 - 18, 27), se tient maintenant au pied de la “Montagne de Dieu”. Moïse est monté sur cette montagne et Dieu lui a remis les 10 commandements et le Code de l’Alliance, avec toutes les injonctions détaillées pour la bonne marche de la communauté d’Israël.
Cela fait, Moïse esr descendu de la Montagne pour rendre compte de tout cela au peuple, qui y a donné son accord et a conclu, par l’intermédaire de Moïse, une alliance avec Dieu, fondée sur la pratique de cette Loi que lui a proposée le Seigneur. Cette conclusion s’est faite au cours d’un sacrifice solennel, où le sang des victimes a été partagé.
Moïse, sur l’appel de Dieu, est ensuite remonté sur la Montagne, pour y passer 40 jours et 40 nuits, à recevoir d’autres consignes du Seigneur, qui lui a promis de lui remettre les 10 commandements gravés sur 2 Tables de pierre (Exode, 19, 1 - 24, 18).
Nos lectures liturgiques ont sauté les chapitres 25 à 30, où sont justement développées ces instructions données par Dieu à Moïse sur la Montagne, instructions concernant surtout la construction de la “Demeure” pour Dieu au milieu de son peuple, ainsi que quelques autres consignes supplémentaires. Moïse, à qui le Seigneur a rermis les 2 Tables du “Témoignage” (le Décalogue), “tables de pierre écrites par le doigt de Dieu” (Exode, 31 , 18). peut alors descendre de la Montagne.
Mais, entre temps, le peuple, impatient, s’est fait construire par Aaron une image de Dieu sous la forme d’un veau d’or. Dieu en avertit immédiatement Moïse et lui fait part de sa colère, que Moïse, cependant, par son intercession, parvient, bien que difficilement, à apaiser (32, 1 - 14). Mais si Dieu reste déterminé à punir les fautifs d’Israël, il demeure proche de Moïse, son envoyé fidèle, qu’il rencontre régulièremnet et qu’il reconvoque en haut de la Montagne pour renouveler l’Alliance brisée par le péché du peuple.
2. Message
La continuité du texte, dont de nombreux passages ont été coupés, nous apprend que, suite à l’épisode fâcheux du veau d’or, Dieu a donné l’ordre à Moïse de se remettre en route avec Israël vers la Terre Promise (33, 1 - 6).
Si le Seigneur continue ,d’une certaine façon, d’accompagner son peuple, c’est seulement en rencontrant régulièrement Moïse dans la Tente de la Rencontre que ce dernier installe à chaque étape, mais bien en dehors du camp. Ces rencontres régulières entre Dieu et Moïse, nous sont ici présentées comme très proches, voire très intimes.
Cela n’empêche pas pour autant Moïse de renouveler sa prière au Seigneur pour qu’il continue d’être avec lui, pour qu’il accompagne toujours son peuple, et lui donne le privilège de lui faire voir sa gloire (33, 12 - 22).
Bien que Moïse ne soit pas admis à voir la Face de Dieu sans mourir en haut de la Montange où il vient de remonter sur l’ordre du Seigneur, avec deux nouvelles tables de pierre, le Seigneur ne s’en manifeste pas moins à lui, en passant devant lui, clamant son Nom de miséricorde et de fidélité.
Au cours de ce nouveau séjour de 40 jours sur la Montagne, Moïse va réécrire les 10 “Paroles” ou “commandements” sur les nouvelles tables de pierre qu’il a prises avec lui.
3. Decouvertes
Cet ensemble de chapitres 32 - 34 est de la plus haute importance pour comprendre le Livre de l’Exode, de par la question fondamentale qu’il nous pose : pourquoi Dieu, dont le peuple venait de renier l’Alliance conclue et ratifiée si solennellement avec lui, n’a-t-il pas exterminé, sinon abandonné ce peuple de rebelles ? Moïse seul réalise cette réconcilation avec Dieu , au nom d’un peuple, qui, de son côté, n’a, semble-t-il, exprimé aucun repentir. Cela n’est possible que parce que Dieu lui-même se révèle comme celui qui est d’abord Seigneur en tant que Miséricordieux, capable de supporter un peuple qui, non seulement a péché gravement une fois, mais va continuer de le faire, comme le déclare Moïse qui en est bien conscient.
Les versets 7 - 11 du chapître 33 constituent ici une digression, dans la mesure où ils nous indiquent, non pas une nouvelle action ou initiative de Moïse, mais sa situation régulière d’interlocuteur de Dieu dans la Tente de la Rencontre (voir Nombres, 11 et Deutéronome, 31, 4 - 11). Bien que Dieu ait refusé de rester au milieu de son peuple pécheur, Moïse demeure très proche de lui, le Seigneur, qui se manifeste à l’entrée de la Tente, laquelle a été érigée suffisamment loin du peuple de façon à ce que la proximté du Seigneur ne lui soit pas dangereuse.
Les versets 1 - 9 du chapitre 34 indiquent clairement que Dieu veut restaurer son Alliance rompue avec ce peuple rebelle, qui n’a plus désormais qu’à accepter la grâce qui lui est ainsi faite selon le bon plaisir de Dieu, car Dieu n’a plus affaire qu’au seul Moïse, son unique interlocuteur.
Dieu proclame son Nom en passant devant Moïse, qui ne peut le voir que “de dos”. Dieu se révèle à la fois “miséricordieux” et juste, car s’il pardonne, il n’en punira pas moins les coupables. Mais l’essentiel est bien que la relation entre le Seigneur et son peuple ait été restaurée ainsi avec le concours très positif de Moïse.
4. Prolongement
Le comble de cet amour infiniment miséricordieux de Dieu, au-delà de tout ce que nous pouvons imaginer ou concevoir, va se manifester dans l’envoi du Fils, qui est le maximum de ce que le Seigneur peut nous accorder comme grâce gratuite infinie et insurpassable, ce dont nous avons à devenir chaque jour davantage les témoins conscients et toujours plus émerveillés :
31 Que dire après cela ? Si Dieu est pour nous, qui sera contre nous ?
32 Lui qui n’a pas épargné son propre Fils mais l’a livré pour nous tous, comment avec lui ne nous accordera-t-il pas toute faveur ?
33 Qui se fera l’accusateur de ceux que Dieu a élus ? C’est Dieu qui justifie.
34 Qui donc condamnera ? Le Christ Jésus, celui qui est mort, que dis-je ? ressuscité, qui est à la droite de Dieu, qui intercède pour nous ?
35 Qui nous séparera de l’amour du Christ ? la tribulation, l’angoisse, la persécution, la faim, la nudité, les périls, le glaive ?
36 selon le mot de l’Écriture : A cause de toi, l’on nous met à mort tout le long du jour ; nous avons passé pour des brebis d’abattoir.
37 Mais en tout cela nous sommes les grands vainqueurs par celui qui nous a aimés.
38 Oui, j’en ai l’assurance, ni mort ni vie, ni anges ni principautés, ni présent ni avenir, ni puissances,
39 ni hauteur ni profondeur, ni aucune autre créature ne pourra nous séparer de l’amour de Dieu manifesté dans le Christ Jésus notre Seigneur.
10 En ceci consiste l’amour : ce n’est pas nous qui avons aimé Dieu, mais c’est lui qui nous a aimés et qui a envoyé son Fils en victime de propitiation pour nos péchés.
11 Bien-aimés, si Dieu nous a ainsi aimés, nous devons, nous aussi, nous aimer les uns les autres.
12 Dieu, personne ne l’a jamais contemplé. Si nous nous aimons les uns les autres, Dieu demeure en nous, en nous son amour est accompli.
13 A ceci nous connaissons que nous demeurons en lui et lui en nous : il nous a donné de son Esprit.
De quoi alimenter de façon toujours renouvelée notre rencontre de Dieu, par son Fils, dans l’Esprit Saint…
Prière
*Seigneur Jésus, nous ne pouvons pas prétendre être tes disciples ni les témoins du salut gratuit de Dieu, que tu nous révèles en le réalisant, si nous ne proclamons pas, à temps et à contretemps, que nous avons connu et découvert l’amour dans ce signe que tu as donné gratuitement ta vie pour nous, envoyé par le Père montrer ainsi à quel point Dieu est riche en miséricorde et d’une grâce infinie à l’égard de tous les hommes qu’il veut appeler ainsi à partager sa gloire : rends-moi sans cesse plus conscient et plus reconnaissant de ce don extraordinaire qu m’est proposé, et que je dois, à mon tour, faire connaître à tous mes frères et soeurs vers lesquels tu m’envoies chaque jour. AMEN.
29.07.2003.*
Évangile : Matthieu 13, 36-43
DE L’EVANGILE DE MATTHIEU
Texte
36 Alors, laissant les foules, il vint à la maison ; et ses disciples s’approchant lui dirent : ” Explique-nous la parabole de l’ivraie dans le champ. “
37 En réponse il leur dit : ” Celui qui sème le bon grain, c’est le Fils de l’homme ;
38 le champ, c’est le monde ; le bon grain, ce sont les sujets du Royaume ; l’ivraie, ce sont les sujets du Mauvais ;
39 l’ennemi qui la sème, c’est le Diable ; la moisson, c’est la fin du monde ; et les moissonneurs, ce sont les anges.
40 De même donc qu’on enlève l’ivraie et qu’on la consume au feu, de même en sera-t-il à la fin du monde :
41 le Fils de l’homme enverra ses anges, qui ramasseront de son Royaume tous les scandales et tous les fauteurs d’iniquité,
42 et les jetteront dans la fournaise ardente : là seront les pleurs et les grincements de dents.
43 Alors les justes resplendiront comme le soleil dans le Royaume de leur Père. Entende, qui a des oreilles !
Commentaire
1. Situation
Cet Evangile, qui reprend beaucoup de passages de l’Evangile de Marc (qui avait été écrit vers 65), mais en y ajoutant des éléments qu’il partage en grande partie avec Luc, a été très probablement rédigé entre les années 85 et 90.
A parcourir tout ce Livre, on peut se demander s’il a été composé pour des chrétiens d’origine Juive (Judéochrétiens), ou pour des chrétiens d’origine païenne, ou encore pour les deux. Néanmoins, même s’il a été d’abord écrit pour confirmer une communauté Judéochrétienne dans sa découverte de la Bonne Nouvelle de Jésus, cet Evangile est ouvert également à la mission universelle auprès des païens, et il se termine par un envoi en mission par le Christ ressuscité, avec ces paroles : “allez, de toutes les nations, faites des disciples” (28, 18).
On peut diviser cet Evangile en 11 parties, qui se répondent en sens inverse (la 1ère correspondant à la dernière, la 2ème, à l’avant-dernière, etc…), concentrées autour de la 6ème partie, le “Discours en paraboles”, qui sert en quelque sorte de “pivot”. Nous obtenons ainsi le découpage suivant :
- Naissance de Jésus et commencement de sa mission (1 - 4)
- Bénédictions et Discours sur la montagne (5 - 7)
- Manifestations de l’autorité de Jésus et de ses appels (8 - 9)
- Discours sur la mission (10)
- Jésus rejeté par “cette génération” (11 - 12 )
- Discours en paraboles (13)
- Jésus reconnu par ses disciples (14 - 17)
- Discours sur la manière de vivre en communauté de croyants (18)
- De nouveau, Jésus manifeste son autorité et ses appels (19 - 22)
- Proclamation de situations malheureuses et Discours sur la venue définitive du Royaume (23 - 24)
- Passion, mort et résurrection (26 - 28)
Cette présentation fait ressortir que cet Evangile est bien rythmé par 5 grands discours de Jésus, dans lesquels l’auteur a concentré la majeure partie de son enseignement. Les 5 discours ont souvent fait penser aux 5 livres de Moïse de l’Ancien Testament. On dit volontiers que, pour Matthieu, Jésus est le “Nouveau Moïse”.
Avec notre page, nous continuons l’écoute du 3ème discours de Jésus, le discours en paraboles. Suite à sa 2ème mission en Galilée, au cours de laquelle Jésus a rencontré de plus en plus d’incompréhension et de difficultés de la part de ses contemporains, qu’il identifie sous le nom de “cette génération”, Jésus explique les raisons de cette contestation, et la situe dans la perspective de la réussite finale de sa mission et du plan de salut de Dieu. Et cela, en un discours, fait de 3 ensembles, ou séries, de textes (comprenant : une ou plusieurs paraboles, avec à deux reprises, dans le cas de la parabole du semeur et de celle du bon grain et de l’ivraie, une explication de ce langage des paraboles, et une réinterprétation “allégorique”, de ces paraboles).
Nous lisons ici le terme du cycle de la 2ème grande parabole qui y est ainsi développée en 3 temps: celle du bon grain et de l’ivraie (13, 24 - 30; 13, 34 - 35; 13, 36 - 43). Comme dans le cas de la Parabole du semeur, ce cycle se termine par une interprétation “allégorique” , où chacun des acteurs ou des éléments de l’histoire d’abord racontée, reçoit une identification et donc un sens particulier .
2. Message
Alors que le récit s’interprétait globalement comme une invitation à la patience face à une situation mélangée de bons et de mauvais dans le Royaume de Dieu, ou la communauté des croyants dans laquelle ce règne s’inaugure (patience qui laisse le Seigneur, maître du champ, présider, au moment de la moisson de la fin des temps, au discernement et au tri définitifs), nous entrons maintenant dans l’explication d’une série de détails qui sont affectés d’un sens très précis dans cette parabole.
Aux versets 37 à 39, nous sont proposés les équivalents eschatologiques, c’est-à-dire en vocabulaire de fin ultime des temps, de 7 éléments de la parabole.
Ensuite, dans une seconde partie de cette explication, aux versets 40 - 43, nous assistons à une présentation dynamique du jugement dernier, nous montrant la séparation de ceux qui ont fait le mal, d’avec ceux qui sont justes.
3. Decouvertes
Notons que l’indentification du Maître de la moisson, qui sème le bon grain, comme étant le “Fils de l’homme”, donne une tonalité eschatologique à tout ce qui suit. Ce titre de “Fils de l’homme”, appellation que se donne souvent Jésus à la 3ème personne, est un accomplissement de Daniel 7, 13 - 14 (la vision de quelqu’un “comme un fils d’homme” venant sur les nuées et à qui toute puissance est remise).
D’autre part, une fois l’identification eschatologique effectuée de tous les acteurs et éléments de la parabole, il n’est plus question que de la fin du monde, considérée comme atteinte, donc de l’heure ou de l’instant du jugement définitif accompli par le Fils de l’homme.
Le Royaume est ici celui du Fils de l’homme, mais, contrairement à ce qui a été souvent écrit, il n’est pas différent du Royaume de Dieu, car ce dernier est donné et remis au Fils de l’homme, qui en est devenu ainsi le Maître, aussi bien au cours de l’histoire et au temps du cheminement des croyants qu’au moment de l’accomplissement final.
La splendeur des justes dans le Royaume, évoquée au dernier verset de notre page, semble bien être une reprise de Daniel, 12, 3, avec cependant quelques grandes différences. En effet, là où Daniel parlait des “sages et des intelligents”, Jésus, selon Matthieu, parle des “justes”, et c’est dans le Royaume des cieux ou de Dieu qu’ils brillent, alors que Daniel ne précisait pas cet endroit.
4. Prolongement
Cette seconde interprétation, eschatologique et allégorique, des détails de cette parabole ne doit pas obscurcir pour autant l’interprétation globale qui en a d’abord été donnée : le Royaume est, sur terre, un mélange de saints et de pécheurs, jusqu’au discernement final qui sera présidé par le Fils de l’homme.
D’ici là, la patience, la tolérance demeurent nécessaires et personne n’a le droit d’anticiper, et, encore moins, d’usurper le jugement de Dieu.
D’autre part, Matthieu ne nous dit pas qu’il ne faut rien faire quand nous voyons le mal ou des éléments mauvais au milieu de nos communautés. Il ne prône pas l’indifférence passive pour autant : au verset 7 de ce même chapitre 13, dans la parabole du semeur, il était question d’épines ou de mauvaises herbes étouffant la bonne graine. Ce qui veut dire, dans ce contexte, que, sans aller jusqu’à l’élimination définitive, réservée à Dieu seul, ou à son Fils Jésus le Christ, la communauté terrestre des croyants devra allier la vigilance à la patience, vivre la charité et le pardon, mais toujours dans la vérité. Toutes les communautés d’Eglise ont sans cesse, en ce monde, à se remettre en cause face à l’Evangile.
C’est dire qu’en ayant ainsi regroupé toutes ces paraboles en un seul discours de Jésus, Matthieu nous invite à lire chaque parabole, non seulement pour elle-même, mais dans le contexte de l’ensemble du discours en paraboles. Ainsi, il sera encore question de tri et de discernement, plus loin dans ce chapitre, dans la parabole du filet qui va suivre.
Prière
*Seigneur Jésus, tu as montré une patience infinie dans l’initiation de tes disciples à cet accomplissement du salut de Dieu que tu venais réaliser, non seulement à travers tes paroles faisant autorité et tes signes de miséricorde, mais dans ta mort de “Serviteur livré”, ne reculant pas d’un pas dans ta mission de révélation de la Vérité et de l’Amour de Dieu, dépassant tous les conformismes de la Loi : renouvelle en moi à la fois cette patience que tu attends de moi, ainsi qu’une grande confiance dans ton action en ma vie, et la vie de tous mes frères et soeurs, donne-moi de ne jamais juger les autres, quels que soient leurs comportements, mais de toujours les encourager, sans pour autant sacrifier ce qui me paraît, en conscience, être la vérité de ce que je perçois ou discerne dans toutes les situations que tu me donnes de rencontrer en ce monde. AMEN.
29.07.2003*