📘 Commentaire biblique de l’abbé Léon Hamain
Première lecture : Exode 34, 29-35
DU LIVRE DE L’EXODE
Texte
29 Lorsque Moïse redescendit de la montagne du Sinaï, les deux tables du Témoignage étaient dans la main de Moïse quand il descendit de la montagne, et Moïse ne savait pas que la peau de son visage rayonnait parce qu’il avait parlé avec lui.
30 Aaron et tous les Israélites virent Moïse, et voici que la peau de son visage rayonnait, et ils avaient peur de l’approcher.
31 Moïse les appela ; Aaron et tous les chefs de la communauté revinrent alors vers lui, et Moïse leur parla.
32 Ensuite tous les Israélites s’approchèrent, et il leur ordonna tout ce dont Yahvé avait parlé sur le mont Sinaï.
33 Quand Moïse eut fini de leur parler, il mit un voile sur son visage.
34 Lorsque Moïse entrait devant Yahvé pour parler avec lui, il ôtait le voile jusqu’à sa sortie. En sortant, il disait aux Israélites ce qui lui avait été ordonné,
35 et les Israélites voyaient le visage de Moïse rayonner. Puis Moïse remettait le voile sur son visage, jusqu’à ce qu’il entrât pour parler avec lui.
Commentaire
1. Situation
Deuxième des 5 premiers livres de l’Ancien Testament rattachés à la tradition de Moïse, le Livre de l’Exode nous relate deux étapes de l’histoire d’Israël : - Les Hébreux esclaves se libèrent de la tutelle de Pharaon (1, 1 - 18, 27), - Le peuple d’Israël au Sinaï (19, 1 - 40, 38).
La 1ère partie nous montre d’abord les dangers que Pharaon fait courir au peuple d’Israël en Egypte (1, 1 - 2, 22), puis nous fait découvrir la nission que Dieu confie à Moise de faire sortir le peuple d’Egypte (2, 23 - 7, 7). Au nom du Seigneur, le Dieu d’Israël, Moïse va infliger les 10 plaies sur l’Egypte (7, 8 - 13, 16) puis conduire le peuple hors d’Egypte, en lui faisant traverser la mer des Roseaux dans laquelle sera détruite l’armée égyptienne (13, 17 - 15, 21).
Dans la 2nde partie, nous verrons comment, ayant ainsi vaincu ce Pharaon et libéré son peuple, Dieu va, au désert du Sinaï, confirmer Moïse comme le chef de son peuple, leur donner une Loi ou règle de vie, établir le signe et le lieu de sa présence au milieu d’eux, et les mettre en route, en dépit de leurs résistances et de leurs révoltes, vers la terre de Canaan (avec toute une série de séquences très détaillées : la conclusion de l’Alliance avec Dieu, qui donne les 10 commandements, les directives de Dieu concernant l’Arche, le culte et le sacerdoce, l’apostasie du peuple et le renouvellement de l’Alliance, la construction de la “Demeure”).
Mais, avant tous ces événements si importants, Moïse, serviteur de Dieu, aura anticipé dans sa propre histoire le déplacement du peuple, depuis l’Egypte jusqu’au Sinaï (chapitres 2 - 4). L’Exode (la sortie d’Egypte) va révéler Moïse grand serviteur de Dieu et le modèle à imiter pour les grandes figures bibliques qui le suivront : Josué, Jérémie, le 2nd Prophète Isaïe, et, pour nous, Jésus, qui nous sera présenté, entre autres figures, comme “le nouveau Moïse”. Partageant la souffrance du peuple, Moïse est en même temps proche de Dieu, et, par sa médiation, arrivera à maintenir le peuple en bons termes avec Yahvé son Dieu.
Nous continuons la lecture de la seconde grande partie du livre de l’Exode, toute entière centrée sur le Sinaï, et qui nous conduira jusqu’à la fin du Livre (19, 10 - 40, 36)
Le peuple d’Israël, libéré d’Egypte et conduit par la puissance de Dieu jusqu’au Sinaï (Exode, 1, 1 - 18, 27), se tient maintenant au pied de la “Montagne de Dieu”. Moïse est monté sur cette montagne et Dieu lui a remis les 10 commandements et le Code de l’Alliance, avec toutes les injonctions détaillées pour la bonne marche de la communauté d’Israël.
Cela fait, Moïse esr descendu de la Montagne pour rendre compte de tout cela au peuple, qui y a donné son accord et a conclu, par l’intermédaire de Moïse, une alliance avec Dieu, fondée sur la pratique de cette Loi que lui a proposée le Seigneur. Cette conclusion s’est faite au cours d’un sacrifice solennel, où le sang des victimes a été partagé.
Moïse, sur l’appel de Dieu, est ensuite remonté sur la Montagne, pour y passer 40 jours et 40 nuits, à recevoir d’autres consignes du Seigneur, qui lui a promis de lui remettre les 10 commandements gravés sur 2 Tables de pierre (Exode, 19, 1 - 24, 18).
Nos lectures liturgiques ont sauté les chapitres 25 à 30, où sont justement développées ces instructions données par Dieu à Moïse sur la Montagne, instructions concernant surtout la construction de la “Demeure” pour Dieu au milieu de son peuple, ainsi que quelques autres consignes supplémentaires. Moïse, à qui le Seigneur a remis les 2 Tables du “Témoignage” (le Décalogue), “tables de pierre écrites par le doigt de Dieu” (Exode, 31 , 18). peut alors descendre de la Montagne.
Mais, entre temps, le peuple, impatient, s’est fait construire par Aaron une image de Dieu sous la forme d’un veau d’or. Dieu en avertit immédiatement Moïse et lui fait part de sa colère, que Moïse, cependant, par son intercession, parvient, bien que difficilement, à apaiser (32, 1 - 14). Mais si Dieu reste déterminé à punir les fautifs d’Israël, il demeure proche de Moïse, son envoyé fidèle, qu’il rencontre régulièremnet et qu’il a reconvoqué en haut de la Montagne pour renouveler l’Alliance brisée par le péché du peuple
Nous retrouvons donc Moïse, en notre page, à sa descente de son deuxième séjour en montagne dans cette proximité de Dieu, que nous rapporte la lecture continue de l’Exode.
2. Message
De la montagne où il vient de passer 40 jours dans la proximité de Dieu, Moïse rapporte les Tables de la Loi, appelées à être un témoignage visible et permanent de l’alliance renouvelée au Sinaï entre Dieu et le peuple d’Israël.
Le visage de Moïse rayonne l’expérience intérieure qu’il a vécue de sa rencontre de Dieu dans la confiance et l’obéissance. Dieu est avec lui, et cela se manifeste et devient également un témoignage pour tout le peuple, témoignage qui nous est dit se renouveler chaque fois que Moïse va parler mystérieusement au Seigneur dans la Tente de la Rencontre, installée à quelque distance du camp des Israélites à chaque étape ou halte dans leur marche au désert.
3. Decouvertes
Ce rayonnement du visage de Moïse, comme signe d’une intense expérience spirituelle nous renvoie à d’autres manifestations du même genre, telles que celle, qui les surpasse toutes, de la Transfiguration de Jésus (lire Marc, 9, 2 - 8), ou encore l’expérience de certains croyants proches de notre époque, tel Saint Séraphin de Sarov, par exemple.
La raison pour laquelle Moïse se voile le visage, dès qu’il a terminé de rapporter au peuple les paroles du Seigneur, ne nous est pas donnée. C’est peut-être tout simplement que Moïse tient à retrouver la dimension personnelle et solitaire de sa relation à Dieu, hors des moments “officiels” de son engagement de chef et de prophète à la tête du peuple.
A la suite de certains Rabbins Juifs, Paul reprend une interprétation “autre” de ce revêtement d’un voile par Moïse (voir section suivante).
4. Prolongement
En effet, dans sa 2ème Lettre aux Corinthiens, Paul nous invite à découvrir quelle gloire nous est donnée dans notre relation au Christ Ressuscité, dans l’Esprit Saint, gloire face à laquelle il estime que le rayonnement de Moïse, dont parle ici le livre de l’Exode, et qui était lié à une dimension encore partielle (et donc ouverte à un autre accomplissement) de la révélation de Dieu, est bien inférieur :
6 (Dieu) nous a rendus capables d’être ministres d’une nouvelle alliance, non de la lettre, mais de l’Esprit ; car la lettre tue, l’Esprit vivifie.
7 Or, si le ministère de la mort, gravé en lettres sur des pierres, a été entouré d’une telle gloire que les fils d’Israël ne pouvaient fixer les yeux sur le visage de Moïse à cause de la gloire de son visage, pourtant passagère,
8 comment le ministère de l’Esprit n’en aurait-il pas davantage ?
9 Si en effet le ministère de la condamnation fut glorieux, combien plus le ministère de la justice l’emporte-t-il en gloire !
10 Non, si de ce point de vue, on la compare à cette gloire suréminente, la gloire de ce premier ministère n’en fut pas une.
11 Car, si ce qui était passager s’est manifesté dans la gloire, combien plus ce qui demeure sera-t-il glorieux !
12 En possession d’une telle espérance, nous nous comportons avec beaucoup d’assurance,
13 et non comme Moïse, qui mettait un voile sur son visage pour empêcher les fils d’Israël de voir la fin de ce qui est passager…
14 Mais leur entendement s’est obscurci. Jusqu’à ce jour en effet, lorsqu’on lit l’Ancien Testament, ce même voile demeure. Il n’est point retiré ; car c’est le Christ qui le fait disparaître.
15 Oui, jusqu’à ce jour, toutes les fois qu’on lit Moïse, un voile est posé sur leur cœur (des Israélites non devenus disciples de Jésus).
16 C’est quand on se convertit au Seigneur que le voile est enlevé.
17 Car le Seigneur, c’est l’Esprit, et où est l’Esprit du Seigneur, là est la liberté.
18 Et nous tous qui, le visage découvert, réfléchissons comme en un miroir la gloire du Seigneur, nous sommes transformés en cette même image, allant de gloire en gloire, comme de par le Seigneur, qui est l’Esprit.
Telle est l’extraordinaire dignité de “fils” et “d’enfants” de Dieu par le Christ , dans l’Esprit, qui nous est donnée totalement gratuitement.
A noter que l’esplication du verset 13, ci-dessus, du voile que se mettait Moïse est utilisée par Paul pour souligner le contraste entre l’Alliance de Dieu avec Moïse au Sinaï et la nouvelle Alliance définitivement scellée en la mort-résurrection du Seigneur Jésus Christ.
Prière
*Seigneur Jésus, par la parole de ton apôtre Paul, tu nous invites à découvrir quelle gloire, quelle transfiguration, nous communique notre entrée, par notre baptême reçu dans la foi, dans le mystère de ta mort-résurrection et du don de ton Esprit Saint : aide-moi à ne jamais oublier, ni minimiser, cette Lumière de ta présence vivante en mon existence, Lumière de gloire qui me configure à toi, et me fait rayonner ta Vérité et ta Charité divines. AMEN.
30.07.2003.*
Évangile : Matthieu 13, 44-46
DE L’EVANGILE DE MATTHIEU
Texte
44 ” Le Royaume des Cieux est semblable à un trésor qui était caché dans un champ et qu’un homme vient à trouver : il le recache, s’en va ravi de joie vendre tout ce qu’il possède, et achète ce champ.
45 ” Le Royaume des Cieux est encore semblable à un négociant en quête de perles fines :
46 en ayant trouvé une de grand prix, il s’en est allé vendre tout ce qu’il possédait et il l’a achetée.
Commentaire
1. Situation
Cet Evangile, qui reprend beaucoup de passages de l’Evangile de Marc (qui avait été écrit vers 65), mais en y ajoutant des éléments qu’il partage en grande partie avec Luc, a été très probablement rédigé entre les années 85 et 90.
A parcourir tout ce Livre, on peut se demander s’il a été composé pour des chrétiens d’origine Juive (Judéochrétiens), ou pour des chrétiens d’origine païenne, ou encore pour les deux. Néanmoins, même s’il a été d’abord écrit pour confirmer une communauté Judéochrétienne dans sa découverte de la Bonne Nouvelle de Jésus, cet Evangile est ouvert également à la mission universelle auprès des païens, et il se termine par un envoi en mission par le Christ ressuscité, avec ces paroles : “allez, de toutes les nations, faites des disciples” (28, 18).
On peut diviser cet Evangile en 11 parties, qui se répondent en sens inverse (la 1ère correspondant à la dernière, la 2ème, à l’avant-dernière, etc…), concentrées autour de la 6ème partie, le “Discours en paraboles”, qui sert en quelque sorte de “pivot”. Nous obtenons ainsi le découpage suivant :
- Naissance de Jésus et commencement de sa mission (1 - 4)
- Bénédictions et Discours sur la montagne (5 - 7)
- Manifestations de l’autorité de Jésus et de ses appels (8 - 9)
- Discours sur la mission (10)
- Jésus rejeté par “cette génération” (11 - 12 )
- Discours en paraboles (13)
- Jésus reconnu par ses disciples (14 - 17)
- Discours sur la manière de vivre en communauté de croyants (18)
- De nouveau, Jésus manifeste son autorité et ses appels (19 - 22)
- Proclamation de situations malheureuses et Discours sur la venue définitive du Royaume (23 - 24)
- Passion, mort et résurrection (26 - 28)
Cette présentation fait ressortir que cet Evangile est bien rythmé par 5 grands discours de Jésus, dans lesquels l’auteur a concentré la majeure partie de son enseignement. Les 5 discours ont souvent fait penser aux 5 livres de Moïse de l’Ancien Testament. On dit volontiers que, pour Matthieu, Jésus est le “Nouveau Moïse”.
Avec notre page, nous continuons la lecture du 3ème grand discours de Jésus, le discours parabolique, et nous en arrivons presque au terme.
Après la parabole du semeur et son explication, la parabole du bon grain et de l’ivraie et sa reprise, deux ensembles qui ont permis à .Jésus de parler de l’usage qu’il fait de ce langage et de ce qu’il cherche quand il l’emploie, nous rejoignons ici le groupe des paraboles plus courtes comme celles, lues récemment, de la graine de moutarde ou du levain dans la pâte.
2. Message
Ces deux petites paraboles sur le Royaume se ressemblent, en effet, très fort. et, à propos de chacune d’elles, on peut se demander si l’accent est d’abord à mettre sur la valeur inestimable du trésor ou de la perle trouvés, ou sur l’attitude de ceux qui vendent tous leurs biens pour se procurer ce trésor ou cette perle.
La réalité va plutôt dans la direction d’une réaction en chaîne : - le premier temps est celui de la découverte de la valeur inestimable de la perle ou du trésor trouvés, et l’éblouissement provoqué par cette prise de conscience. - Le deuxième temps est celui de la décision existentielle à prendre suite à une telle découverte.
La mention de la “joie” d’avoir trouvé le trésor est également importante: le Royaume des cieux est un trésor tellement hors de prix qu’un homme sage va joyeusment tout sacrifier pour lui. Car ce qui est sacrifié n’est pas du même niveau. Et c’est la chance d’une vie, c’est un tournant radical que de le saisir. Il n’y a pas de demi-mesure en ce domaine.
3. Decouvertes
Le “Royaume des cieux” est désormais mentionné au début de toutes les paraboles qui suivent la première d’entre elles, où il n’en était pas question au départ, Jésus ayant commencé tout de suite le récit de sa parabole du semeur sans aucun préambule (13, 3). Il est clair, toutefois, que le thème de la “semence” était porteur de sens dans l’Ancien Testament (Zacharie, 6, 12 - 13, entre autres).
L’expression “Le Royaume des cieux” vise à la fois une réalité objective (ce que Dieu nous propose comme un état de vie avec lui dans la communion à ce qu’il est), et une situation d’aujourd’hui (le Règne de Dieu dans notre vie, avec toutes les conclusions qui en découlent concrètement dans nos comportements, que nous devons accueillir dans une attitude de foi ouverte).
Ces deux aspects sont cependant inséparables. Quand Paul nous dit que l’achèvement définitif du ciel, c’est “Dieu tout en tous”, il se situe bien dans cette perspective (1 Corinthiens, 15, 28). C’est dire que le don qui nous est fait et notre attitude alors coïncident, dans le mystère de Dieu communiqué.
4. Prolongement
Paul nous donne son témoignage d’attachement à Jésus, qu’il a découvert d’une façon, nous dit-il, qui est la reprise de ce que Jésus nous propose dans ces deux petites paraboles de la perle et du trésor. Relisons ce texte magnifique, qu’il nous vaut la peine de faire nôtre pour situer au mieux, de façon positive, notre rencontre de Jésus le Christ :
7 Mais tous ces avantages dont j’étais pourvu, je les ai considérés comme un désavantage, à cause du Christ.
8 Bien plus, désormais je considère tout comme désavantageux à cause de la supériorité de la connaissance du Christ Jésus mon Seigneur. A cause de lui j’ai accepté de tout perdre, je considère tout comme déchets, afin de gagner le Christ,
9 et d’être trouvé en lui, n’ayant plus ma justice à moi, celle qui vient de la Loi, mais la justice par la foi au Christ, celle qui vient de Dieu et s’appuie sur la foi ;
10 le connaître, lui, avec la puissance de sa résurrection et la communion à ses souffrances, lui devenir conforme dans sa mort,
11 afin de parvenir si possible à ressusciter d’entre les morts.
12 Non que je sois déjà au but, ni déjà devenu parfait ; mais je poursuis ma course pour tâcher de saisir, ayant été saisi moi-même par le Christ Jésus.
13 Non, frères, je ne me flatte point d’avoir déjà saisi ; je dis seulement ceci : oubliant le chemin parcouru, je vais droit de l’avant, tendu de tout mon être,
14 et je cours vers le but, en vue du prix que Dieu nous appelle à recevoir là-haut, dans le Christ Jésus.
Prière
*Seigneur Jésus, apprends moi à vraiment reconnaître, comme Saint Paul, que je n’ai pas d’autre trésor que toi, et à vivre tous les instants de mon existence dans cette certitude, et la découverte sans cesse renouvelée de tout ce que tu es pour Dieu, comme de tout ce que tu es pour chacune et chacun d’entre nous. AMEN.
30.07.2003.*
Évangile : Matthieu 13, 44-52
DE L’EVANGILE DE MATTHIEU
Texte
44 ” Le Royaume des Cieux est semblable à un trésor qui était caché dans un champ et qu’un homme vient à trouver : il le recache, s’en va ravi de joie vendre tout ce qu’il possède, et achète ce champ.
45 ” Le Royaume des Cieux est encore semblable à un négociant en quête de perles fines :
46 en ayant trouvé une de grand prix, il s’en est allé vendre tout ce qu’il possédait et il l’a achetée.
47 ” Le Royaume des Cieux est encore semblable à un filet qu’on jette en mer et qui ramène toutes sortes de choses.
48 Quand il est plein, les pêcheurs le tirent sur le rivage, puis ils s’asseyent, recueillent dans des paniers ce qu’il y a de bon, et rejettent ce qui ne vaut rien.
49 Ainsi en sera-t-il à la fin du monde : les anges se présenteront et sépareront les méchants d’entre les justes
50 pour les jeter dans la fournaise ardente : là seront les pleurs et les grincements de dents.
51 ” Avez-vous compris tout cela ? ” - ” Oui ”, lui disent-ils.
52 Et il leur dit : ” Ainsi donc tout scribe devenu disciple du Royaume des Cieux est semblable à un propriétaire qui tire de son trésor du neuf et du vieux. “
Commentaire
1. Situation
Cet Evangile, qui reprend beaucoup de passages de l’Evangile de Marc (qui avait été écrit vers 65), mais en y ajoutant des éléments qu’il partage en grande partie avec Luc, a été très probablement rédigé entre les années 85 et 90.
A parcourir tout ce Livre, on peut se demander s’il a été composé pour des chrétiens d’origine Juive (Judéochrétiens), ou pour des chrétiens d’origine païenne, ou encore pour les deux. Néanmoins, même s’il a été d’abord écrit pour confirmer une communauté Judéochrétienne dans sa découverte de la Bonne Nouvelle de Jésus, cet Evangile est ouvert également à la mission universelle auprès des païens, et il se termine par un envoi en mission par le Christ ressuscité, avec ces paroles : “allez, de toutes les nations, faites des disciples” (28, 18).
On peut diviser cet Evangile en 11 parties, qui se répondent en sens inverse (la 1ère correspondant à la dernière, la 2ème, à l’avant-dernière, etc…), concentrées autour de la 6ème partie, le “Discours en paraboles”, qui sert en quelque sorte de “pivot”. Nous obtenons ainsi le découpage suivant :
- Naissance de Jésus et commencement de sa mission (1 - 4)
- Bénédictions et Discours sur la montagne (5 - 7)
- Manifestations de l’autorité de Jésus et de ses appels (8 - 9)
- Discours sur la mission (10)
- Jésus rejeté par “cette génération” (11 - 12 )
- Discours en paraboles (13)
- Jésus reconnu par ses disciples (14 - 17)
- Discours sur la manière de vivre en communauté de croyants (18)
- De nouveau, Jésus manifeste son autorité et ses appels (19 - 22)
- Proclamation de situations malheureuses et Discours sur la venue définitive du Royaume (23 - 24)
- Passion, mort et résurrection (26 - 28)
Cette présentation fait ressortir que cet Evangile est bien rythmé par 5 grands discours de Jésus, dans lesquels l’auteur a concentré la majeure partie de son enseignement. Les 5 discours ont souvent fait penser aux 5 livres de Moïse de l’Ancien Testament. On dit volontiers que, pour Matthieu, Jésus est le “Nouveau Moïse”.
Avec notre page, nous arrivons au terme du 3ème discours de Jésus, le discours en paraboles. Suite à sa 2ème mission en Galilée, au cours de laquelle Jésus a rencontré de plus en plus d’incompréhension et de difficultés de la part de ses contemporains, qu’il identifie sous le nom de “cette génération”, Jésus explique les raisons de cette contestation, et la situe dans la perspective de la réussite finale de sa mission et du plan de salut de Dieu. Et cela, en un discours, fait de 3 ensembles, ou séries, de textes (comprenant : une ou plusieurs paraboles, avec à deux reprises, dans le cas de la parabole du semeur et de celle du bon grain et de l’ivraie, une explication de ce langage des paraboles, et une réinterprétation “allégorique”, de ces paraboles). Nous lisons ici le 3ème, et dernier, de ces 3 ensembles.
2. Message
Les 2 paraboles du trésor et de la perle de grand prix concernent la recherche et la découverte du Royaume de Dieu, et la mise en oeuvre de tous les moyens dont on dispose pour l’acquérir. L’accent y est mis sur notre vie d’aujourd’hui. Bien que Jésus nous ait dit que le Royaume est “caché” (13, 31 - 33), on peut le trouver, et lorsque c’est le cas, il faut vraiment tout sacrifier pour l’obtenir. Pas question d’être disciple à moitié, où si l’on mesure et compte ses efforts pour suivre Jésus.
La dernière parabole, celle du filet que l’on ramène de la pêche et dont les poissons sont triés, montre bien l’enjeu définitif de la réponse des disciples : nous ne pouvons échapper au discernement en vérité qu’opère le Seigneur sur tous ceux qu’il appelle et dont il est le seul juge.
Jésus conclut son discours en nous assurant que, si nous avons compris ses paraboles, nous avons saisi l’essentiel de son enseignement, et sommes capables, de situer et, en même temps, de dépasser, ce dont nous avons l’expérience, pour y lire un langage sur le Royaume de Dieu.
3. Decouvertes
Sous le nom de “parabole”, l’on distingue 3 types de discours : d’abord, la parabole au sens brut, comme celle du semeur, où il n’y a aucun point de comparaison, ni aucune ” clé ” d’interprétation, dans une ” histoire ” qui pose une énigme.
Ensuite, la parabole comme récit global, assorti d’une clé telle que : ” le Royaume des cieux est semblable à… “.
Enfin, “l’allégorie”, qui est un récit où chaque élément est interprété comme signifiant une réalité bien spécifique.
Ainsi le jugement de Dieu, est-il, à la fin de notre 3ème parabole, ré interprété “allégoriquement” en langage “eschatologique” de la fin ultime des temps (avec mention des anges, des justes, des méchants, de la fournaise de feu).
Alors que les 2 premiers ensembles de paraboles de ce discours nous décrivaient, sous différents aspects, la réalité du Royaume de Dieu triomphant en dépit de tous les obstacles et de tous ses aspects de “petitesse” initiale (13, 1 - 43), nos paraboles de ce texte, nous parlent d’ acheter, de vendre, de chercher, d’acquérir, en prenant tous les moyens, et d’être ainsi discernés “valables” pour recevoir le Royaume. Cet ensemble final de paraboles est donc de style nettement “exhortatif”, nous invitant à une décision ferme.
Quand Jésus parle “d’ancien” et de “neuf”, il s’agit, semble-t-il, pour l’Evangéliste, d’une compréhension nouvelle, d’une “relecture”, que les disciples font, par la suite, de l’enseignement de Jésus, pour éclairer ainsi des situations toujours nouvelles.
4. Prolongement
La réaction de Paul, lorsqu’il a découvert la perle et le trésor :
8 Bien plus, désormais je considère tout comme désavantageux à cause de la supériorité de la connaissance du Christ Jésus mon Seigneur. A cause de lui j’ai accepté de tout perdre, je considère tout comme déchets, afin de gagner le Christ,
9 et d’être trouvé en lui, n’ayant plus ma justice à moi, celle qui vient de la Loi, mais la justice par la foi au Christ, celle qui vient de Dieu et s’appuie sur la foi ;
10 le connaître, lui, avec la puissance de sa résurrection et la communion à ses souffrances, lui devenir conforme dans sa mort,
11 afin de parvenir si possible à ressusciter d’entre les morts.
12 Non que je sois déjà au but, ni déjà devenu parfait ; mais je poursuis ma course pour tâcher de saisir, ayant été saisi moi-même par le Christ Jésus.
Prière
*Seigneur Jésus, le trésor caché et la perle de grand prix te désignent comme la valeur suprême du Royaume, car en toi le Père nous est donné, qui, par toi et dans l’Esprit Saint, nous recrée, nous transforme en Fils à ton image, et nous communique toutes les richesses de son salut et de sa présence, qui sont regroupées et unifiées en toi : donne-moi de vraiment te considérer comme l’unique trésor de mon existence, face auquel toutes mes autres valeurs deviennent quantité négligeable, sauf si je parviens à ne voir en elles que des “lieux” particuliers de ta Vérité, de ta Vie, de ta Lumière, de ta Miséricorde, et de ta Paix. AMEN.
31.07.2002.*