📘 Commentaire biblique de l’abbé Léon Hamain
Première lecture : Jérémie 15, 10-21
DU LIVRE DE JEREMIE
Texte
10 Malheur à moi, ma mère, de ce que tu m’as fait naître Homme de dispute et de querelle pour tout le pays! Je n’emprunte ni ne prête, Et cependant tous me maudissent.
…
16 J’ai recueilli tes paroles, et je les ai dévorées; Tes paroles ont fait la joie et l’allégresse de mon coeur; Car ton nom est invoqué sur moi, Éternel, Dieu des armées!.
17 Je ne me suis point assis dans l’assemblée des moqueurs, afin de m’y réjouir; Mais à cause de ta puissance, je me suis assis solitaire, Car tu me remplissais de fureur. .
18 Pourquoi ma souffrance est-elle continuelle? Pourquoi ma plaie est-elle douloureuse, et ne veut-elle pas se guérir? Serais-tu pour moi comme une source trompeuse, Comme une eau dont on n’est pas sûr? .
19 C’est pourquoi ainsi parle l’Éternel: Si tu te rattaches à moi, je te répondrai, et tu te tiendras devant moi; Si tu sépares ce qui est précieux de ce qui est vil, tu seras comme ma bouche. C’est à eux de revenir à toi, Mais ce n’est pas à toi de retourner vers eux. .
20 Je te rendrai pour ce peuple comme une forte muraille d’airain; Ils te feront la guerre, mais ils ne te vaincront pas; Car je serai avec toi pour te sauver et te délivrer, Dit l’Éternel..
21 Je te délivrerai de la main des méchants, Je te sauverai de la main des violents.
Texte Bible L.Segond
Commentaire
1. Situation
Jérémie a vécu à l’une des périodes les plus troublées du Proche Orient. Il fut témoin de la chute d’un grand empire et de l’apparition d’un autre. Au milieu de cette tourmente, le royaume de Juda, aux mains de rois incapables, court à sa ruine pour n’avoir pas tenu compte de ces forces extérieures insurmontables de l’histoire, et y avoir résisté.
Le ministère de Jérémie a duré 40 ans environ, de 627 à 587, et s’adressait à Juda, ainsi qu’aux nations environnantes, pendant cette époque de convulsions politiques. Jérémie est intervenu très souvent. Il fallait, en effet, discerner la volonté de Dieu et chercher sa lumière dans des situations dramatiques.
Parmi tous les prophètes de son temps (Sophonie, Habakkuk, Nahum et Ezéchiel), il fut le seul à percevoir à quel point Dieu aimait son peuple, ainsi que les devoirs du peuple vis-à-vis de Dieu, dans le respect des termes de l’Alliance. Il eut un sens très aigu des différentes déviations qui existaient alors dans la manière du peuple de vivre sa foi en Yahvé.
Son message développait 2 aspects fondamentaux : quelle est la véritable manière de vivre selon Yahvé-Dieu ? Les aberrations des dirigeants de Juda ne pouvaient, selon lui, que le conduire à la catastrophe, pour n’avoir pas suivi le Seigneur dans un discernement des appels des signes des temps.
Son Livre commence par des oracles contre Juda et Jérusalem (1, 4 - 25, 13), et c’est dans cette première partie que nous trouvons le récit de la vocation du prophète, ainsi que ses doutes et états d’âme concernant sa mission, car ces oracles couvrent toute la période de l’histoire dont il fut le contemporain. Une 2ème partie de son Livre traite de la restauration d’Israêl (26,1 - 35, 19). Une 3ème partie nous raconte les persécutions prolongées qu’a subies le prophète vers la fin de sa mission et de sa vie, ainsi que son martyre (36, 1 - 45, 5). Son Livre se termine par une série d’oracles contre les nations (46,1 - 51, 64).
Notre page se situe donc dans la 1ère partie du Livre de Jérémie.
2. Message
Jérémie fait part au Seigneur de son découragement devant les difficultés qu’il rencontre au cours de sa mssion. Bien qu’il passe sa vie à faire le bien, on le maudit de tous côtés.
Il demande au Seigneur de se souvenir de lui et de le venger de ses ennemis, et ce, d’autant plus qu’il a été fidèle à sa mission toute centrée sur la Parole de Dieu reçue et digérée par lui.
Sa douleur et sa solitude sont si grandes qu’il en vient à douter de son appel et de l’intimité que Dieu lui a proposée.
Dans sa réponse le Seigneur l’invite à revenir de son découragement, lui assure qu’il sera délivré de ses ennemis : en effet, ces derniers ne sauraient l’emporter sur lui, car Dieu le sauve, le protège, du fait qu’il est toujours avec lui.
3. Decouvertes
Quelques versets de ce passage n’ont pas été repris parce qu’il ne semble pas qu’ils se trouivent véritablement à leur place.
Cette lamentation de Jérémie sur son sort fait suite à celle de Dieu sur Jérusalem (15, 5 - 9), et l’on s’est demandé s’il n’existe pas un lien “subtil” entre ces eux passages qu’il nous est conseillé de relire à la suite l’un de l’autre.
Cette “confession” de Jérémie représente une sorte de protestation au Seigneur analogue à celle que profèrent ou profèreront les exilés dans leurs camps.
Malgré cette très forte impression d’être totalement abandonné par Yahvé son Dieu, Jérémie entend l’appel à revenir que lui adresse le Segneur en lui promettant de le délivrer de la main des méchants.
A noter que cette confession de Jérémie est la deuxième que nous propose son Livre après celle du chapitre 11, versets 18 et suivants. Jérémie se présente ainsi à plusieurs reprises comme un prophète souffrant, rejeté par son peuple, et qui a l’impression plus ou moins nette que Dieu l’abandonne et lui fait subir le sort de son peuple infidèle.
4. Prolongement
Jésus crucifié nous est présenté par Matthieu et Marc comme vivant une profonde déréliction intérieure qu’exprime le cri qu’il lance vers Dieu en récitant le 1er verset du psaume 22 :
Marc
15.34 Et à la neuvième heure, Jésus s’écria d’une voix forte: Éloï, Éloï, lama sabachthani? ce qui signifie: Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné?
15.35 Quelques-uns de ceux qui étaient là, l’ayant entendu, dirent: Voici, il appelle Élie.
15.36 Et l’un d’eux courut remplir une éponge de vinaigre, et, l’ayant fixée à un roseau, il lui donna à boire, en disant: Laissez, voyons si Élie viendra le descendre.
15.37 Mais Jésus, ayant poussé un grand cri, expira.
15.38 Le voile du temple se déchira en deux, depuis le haut jusqu’en bas.
15.39 Le centenier, qui était en face de Jésus, voyant qu’il avait expiré de la sorte, dit: Assurément, cet homme était Fils de Dieu.
Si, comme beaucou le pensent, Jésus a récité alors le psaume 22 tout entier, ce cri d’apparent désespoir se change ensuite en une parole de confiance lorsque le psalmiste priant ajoute plus loin “c’es toi mon Dieu”.
Paul, qui, comme Jérémie, est l’un des très rares auteurs bibliques à nous partager sa vie intérieure de croyant, nous fait part également de sa prière adressée au Christ en lui partageant sa souffrance :
2 Corinthiens
12.6 Si je voulais me glorifier, je ne serais pas un insensé, car je dirais la vérité; mais je m’en abstiens, afin que personne n’ait à mon sujet une opinion supérieure à ce qu’il voit en moi ou à ce qu’il entend de moi.
12.7 Et pour que je ne sois pas enflé d’orgueil, à cause de l’excellence de ces révélations, il m’a été mis une écharde dans la chair, un ange de Satan pour me souffleter et m’empêcher de m’enorgueillir.
12.8 Trois fois j’ai prié le Seigneur de l’éloigner de moi,
12.9 et il m’a dit: Ma grâce te suffit, car ma puissance s’accomplit dans la faiblesse. Je me glorifierai donc bien plus volontiers de mes faiblesses, afin que la puissance de Christ repose sur moi.
12.10 C’est pourquoi je me plais dans les faiblesses, dans les outrages, dans les calamités, dans les persécutions, dans les détresses, pour Christ; car, quand je suis faible, c’est alors que je suis fort.
Prière
*Seigneur Jésus, toi qui t’es tourné vers le Père dans une supplication très forte lors de ta prière d’agonie, en priant Dieu de te préserver si possible de la mort, et qui as eu ce sursaut de confiance au-delà de ta propre souffrance, tu t’es révélé comme le parfait “serviteur” de Dieu, souffrant pour ta mission et obéissant jusqu’au bout en prenant sur toi le poids de notre péché : apprends-moi à faire de tous mes moments difficiles le lieu où tu revis en moi ta passion, et me demandes de rendre présent ton OUI au Père dans l’actualité de l’histoire des hommes d’aujourd’hui, que je partage, mais sans jamais douter de ta présence victorieuse de ressuscité au coeur de ma vie dans ton Esprit Saint, qui seule me rend capable d’être fort avec toi et en toi. AMEN.
28.07.2004.*
Évangile : Matthieu 13, 44-46
DE L’EVANGILE DE MATTHIEU
Texte
44 ” Le Royaume des Cieux est semblable à un trésor qui était caché dans un champ et qu’un homme vient à trouver : il le recache, s’en va ravi de joie vendre tout ce qu’il possède, et achète ce champ.
45 ” Le Royaume des Cieux est encore semblable à un négociant en quête de perles fines :
46 en ayant trouvé une de grand prix, il s’en est allé vendre tout ce qu’il possédait et il l’a achetée.
Commentaire
1. Situation
Cet Evangile, qui reprend beaucoup de passages de l’Evangile de Marc (qui avait été écrit vers 65), mais en y ajoutant des éléments qu’il partage en grande partie avec Luc, a été très probablement rédigé entre les années 85 et 90.
A parcourir tout ce Livre, on peut se demander s’il a été composé pour des chrétiens d’origine Juive (Judéochrétiens), ou pour des chrétiens d’origine païenne, ou encore pour les deux. Néanmoins, même s’il a été d’abord écrit pour confirmer une communauté Judéochrétienne dans sa découverte de la Bonne Nouvelle de Jésus, cet Evangile est ouvert également à la mission universelle auprès des païens, et il se termine par un envoi en mission par le Christ ressuscité, avec ces paroles : “allez, de toutes les nations, faites des disciples” (28, 18).
On peut diviser cet Evangile en 11 parties, qui se répondent en sens inverse (la 1ère correspondant à la dernière, la 2ème, à l’avant-dernière, etc…), concentrées autour de la 6ème partie, le “Discours en paraboles”, qui sert en quelque sorte de “pivot”. Nous obtenons ainsi le découpage suivant :
- Naissance de Jésus et commencement de sa mission (1 - 4)
- Bénédictions et Discours sur la montagne (5 - 7)
- Manifestations de l’autorité de Jésus et de ses appels (8 - 9)
- Discours sur la mission (10)
- Jésus rejeté par “cette génération” (11 - 12 )
- Discours en paraboles (13)
- Jésus reconnu par ses disciples (14 - 17)
- Discours sur la manière de vivre en communauté de croyants (18)
- De nouveau, Jésus manifeste son autorité et ses appels (19 - 22)
- Proclamation de situations malheureuses et Discours sur la venue définitive du Royaume (23 - 24)
- Passion, mort et résurrection (26 - 28)
Cette présentation fait ressortir que cet Evangile est bien rythmé par 5 grands discours de Jésus, dans lesquels l’auteur a concentré la majeure partie de son enseignement. Les 5 discours ont souvent fait penser aux 5 livres de Moïse de l’Ancien Testament. On dit volontiers que, pour Matthieu, Jésus est le “Nouveau Moïse”.
Avec notre page, nous continuons la lecture du 3ème grand discours de Jésus, le discours parabolique, et nous en arrivons presque au terme.
Après la parabole du semeur et son explication, la parabole du bon grain et de l’ivraie et sa reprise, deux ensembles qui ont permis à .Jésus de parler de l’usage qu’il fait de ce langage et de ce qu’il cherche quand il l’emploie, nous rejoignons ici le groupe des paraboles plus courtes comme celles, lues récemment, de la graine de moutarde ou du levain dans la pâte.
2. Message
Ces deux petites paraboles sur le Royaume se ressemblent, en effet, très fort. et, à propos de chacune d’elles, on peut se demander si l’accent est d’abord à mettre sur la valeur inestimable du trésor ou de la perle trouvés, ou sur l’attitude de ceux qui vendent tous leurs biens pour se procurer ce trésor ou cette perle.
La réalité va plutôt dans la direction d’une réaction en chaîne : - le premier temps est celui de la découverte de la valeur inestimable de la perle ou du trésor trouvés, et l’éblouissement provoqué par cette prise de conscience. - Le deuxième temps est celui de la décision existentielle à prendre suite à une telle découverte.
La mention de la “joie” d’avoir trouvé le trésor est également importante: le Royaume des cieux est un trésor tellement hors de prix qu’un homme sage va joyeusment tout sacrifier pour lui. Car ce qui est sacrifié n’est pas du même niveau. Et c’est la chance d’une vie, c’est un tournant radical que de le saisir. Il n’y a pas de demi-mesure en ce domaine.
3. Decouvertes
Le “Royaume des cieux” est désormais mentionné au début de toutes les paraboles qui suivent la première d’entre elles, où il n’en était pas question au départ, Jésus ayant commencé tout de suite le récit de sa parabole du semeur sans aucun préambule (13, 3). Il est clair, toutefois, que le thème de la “semence” était porteur de sens dans l’Ancien Testament (Zacharie, 6, 12 - 13, entre autres).
L’expression “Le Royaume des cieux” vise à la fois une réalité objective (ce que Dieu nous propose comme un état de vie avec lui dans la communion à ce qu’il est), et une situation d’aujourd’hui (le Règne de Dieu dans notre vie, avec toutes les conclusions qui en découlent concrètement dans nos comportements, que nous devons accueillir dans une attitude de foi ouverte).
Ces deux aspects sont cependant inséparables. Quand Paul nous dit que l’achèvement définitif du ciel, c’est “Dieu tout en tous”, il se situe bien dans cette perspective (1 Corinthiens, 15, 28). C’est dire que le don qui nous est fait et notre attitude alors coïncident, dans le mystère de Dieu communiqué.
4. Prolongement
Paul nous donne son témoignage d’attachement à Jésus, qu’il a découvert d’une façon, nous dit-il, qui est la reprise de ce que Jésus nous propose dans ces deux petites paraboles de la perle et du trésor. Relisons ce texte magnifique, qu’il nous vaut la peine de faire nôtre pour situer au mieux, de façon positive, notre rencontre de Jésus le Christ :
7 Mais tous ces avantages dont j’étais pourvu, je les ai considérés comme un désavantage, à cause du Christ.
8 Bien plus, désormais je considère tout comme désavantageux à cause de la supériorité de la connaissance du Christ Jésus mon Seigneur. A cause de lui j’ai accepté de tout perdre, je considère tout comme déchets, afin de gagner le Christ,
9 et d’être trouvé en lui, n’ayant plus ma justice à moi, celle qui vient de la Loi, mais la justice par la foi au Christ, celle qui vient de Dieu et s’appuie sur la foi ;
10 le connaître, lui, avec la puissance de sa résurrection et la communion à ses souffrances, lui devenir conforme dans sa mort,
11 afin de parvenir si possible à ressusciter d’entre les morts.
12 Non que je sois déjà au but, ni déjà devenu parfait ; mais je poursuis ma course pour tâcher de saisir, ayant été saisi moi-même par le Christ Jésus.
13 Non, frères, je ne me flatte point d’avoir déjà saisi ; je dis seulement ceci : oubliant le chemin parcouru, je vais droit de l’avant, tendu de tout mon être,
14 et je cours vers le but, en vue du prix que Dieu nous appelle à recevoir là-haut, dans le Christ Jésus.
Prière
*Seigneur Jésus, apprends moi à vraiment reconnaître, comme Saint Paul, que je n’ai pas d’autre trésor que toi, et à vivre tous les instants de mon existence dans cette certitude, et la découverte sans cesse renouvelée de tout ce que tu es pour Dieu, comme de tout ce que tu es pour chacune et chacun d’entre nous. AMEN.
30.07.2003.*
Évangile : Matthieu 13, 44-52
DE L’EVANGILE DE MATTHIEU
Texte
44 ” Le Royaume des Cieux est semblable à un trésor qui était caché dans un champ et qu’un homme vient à trouver : il le recache, s’en va ravi de joie vendre tout ce qu’il possède, et achète ce champ.
45 ” Le Royaume des Cieux est encore semblable à un négociant en quête de perles fines :
46 en ayant trouvé une de grand prix, il s’en est allé vendre tout ce qu’il possédait et il l’a achetée.
47 ” Le Royaume des Cieux est encore semblable à un filet qu’on jette en mer et qui ramène toutes sortes de choses.
48 Quand il est plein, les pêcheurs le tirent sur le rivage, puis ils s’asseyent, recueillent dans des paniers ce qu’il y a de bon, et rejettent ce qui ne vaut rien.
49 Ainsi en sera-t-il à la fin du monde : les anges se présenteront et sépareront les méchants d’entre les justes
50 pour les jeter dans la fournaise ardente : là seront les pleurs et les grincements de dents.
51 ” Avez-vous compris tout cela ? ” - ” Oui ”, lui disent-ils.
52 Et il leur dit : ” Ainsi donc tout scribe devenu disciple du Royaume des Cieux est semblable à un propriétaire qui tire de son trésor du neuf et du vieux. “
Commentaire
1. Situation
Cet Evangile, qui reprend beaucoup de passages de l’Evangile de Marc (qui avait été écrit vers 65), mais en y ajoutant des éléments qu’il partage en grande partie avec Luc, a été très probablement rédigé entre les années 85 et 90.
A parcourir tout ce Livre, on peut se demander s’il a été composé pour des chrétiens d’origine Juive (Judéochrétiens), ou pour des chrétiens d’origine païenne, ou encore pour les deux. Néanmoins, même s’il a été d’abord écrit pour confirmer une communauté Judéochrétienne dans sa découverte de la Bonne Nouvelle de Jésus, cet Evangile est ouvert également à la mission universelle auprès des païens, et il se termine par un envoi en mission par le Christ ressuscité, avec ces paroles : “allez, de toutes les nations, faites des disciples” (28, 18).
On peut diviser cet Evangile en 11 parties, qui se répondent en sens inverse (la 1ère correspondant à la dernière, la 2ème, à l’avant-dernière, etc…), concentrées autour de la 6ème partie, le “Discours en paraboles”, qui sert en quelque sorte de “pivot”. Nous obtenons ainsi le découpage suivant :
- Naissance de Jésus et commencement de sa mission (1 - 4)
- Bénédictions et Discours sur la montagne (5 - 7)
- Manifestations de l’autorité de Jésus et de ses appels (8 - 9)
- Discours sur la mission (10)
- Jésus rejeté par “cette génération” (11 - 12 )
- Discours en paraboles (13)
- Jésus reconnu par ses disciples (14 - 17)
- Discours sur la manière de vivre en communauté de croyants (18)
- De nouveau, Jésus manifeste son autorité et ses appels (19 - 22)
- Proclamation de situations malheureuses et Discours sur la venue définitive du Royaume (23 - 24)
- Passion, mort et résurrection (26 - 28)
Cette présentation fait ressortir que cet Evangile est bien rythmé par 5 grands discours de Jésus, dans lesquels l’auteur a concentré la majeure partie de son enseignement. Les 5 discours ont souvent fait penser aux 5 livres de Moïse de l’Ancien Testament. On dit volontiers que, pour Matthieu, Jésus est le “Nouveau Moïse”.
Avec notre page, nous arrivons au terme du 3ème discours de Jésus, le discours en paraboles. Suite à sa 2ème mission en Galilée, au cours de laquelle Jésus a rencontré de plus en plus d’incompréhension et de difficultés de la part de ses contemporains, qu’il identifie sous le nom de “cette génération”, Jésus explique les raisons de cette contestation, et la situe dans la perspective de la réussite finale de sa mission et du plan de salut de Dieu. Et cela, en un discours, fait de 3 ensembles, ou séries, de textes (comprenant : une ou plusieurs paraboles, avec à deux reprises, dans le cas de la parabole du semeur et de celle du bon grain et de l’ivraie, une explication de ce langage des paraboles, et une réinterprétation “allégorique”, de ces paraboles). Nous lisons ici le 3ème, et dernier, de ces 3 ensembles.
2. Message
Les 2 paraboles du trésor et de la perle de grand prix concernent la recherche et la découverte du Royaume de Dieu, et la mise en oeuvre de tous les moyens dont on dispose pour l’acquérir. L’accent y est mis sur notre vie d’aujourd’hui. Bien que Jésus nous ait dit que le Royaume est “caché” (13, 31 - 33), on peut le trouver, et lorsque c’est le cas, il faut vraiment tout sacrifier pour l’obtenir. Pas question d’être disciple à moitié, où si l’on mesure et compte ses efforts pour suivre Jésus.
La dernière parabole, celle du filet que l’on ramène de la pêche et dont les poissons sont triés, montre bien l’enjeu définitif de la réponse des disciples : nous ne pouvons échapper au discernement en vérité qu’opère le Seigneur sur tous ceux qu’il appelle et dont il est le seul juge.
Jésus conclut son discours en nous assurant que, si nous avons compris ses paraboles, nous avons saisi l’essentiel de son enseignement, et sommes capables, de situer et, en même temps, de dépasser, ce dont nous avons l’expérience, pour y lire un langage sur le Royaume de Dieu.
3. Decouvertes
Sous le nom de “parabole”, l’on distingue 3 types de discours : d’abord, la parabole au sens brut, comme celle du semeur, où il n’y a aucun point de comparaison, ni aucune ” clé ” d’interprétation, dans une ” histoire ” qui pose une énigme.
Ensuite, la parabole comme récit global, assorti d’une clé telle que : ” le Royaume des cieux est semblable à… “.
Enfin, “l’allégorie”, qui est un récit où chaque élément est interprété comme signifiant une réalité bien spécifique.
Ainsi le jugement de Dieu, est-il, à la fin de notre 3ème parabole, ré interprété “allégoriquement” en langage “eschatologique” de la fin ultime des temps (avec mention des anges, des justes, des méchants, de la fournaise de feu).
Alors que les 2 premiers ensembles de paraboles de ce discours nous décrivaient, sous différents aspects, la réalité du Royaume de Dieu triomphant en dépit de tous les obstacles et de tous ses aspects de “petitesse” initiale (13, 1 - 43), nos paraboles de ce texte, nous parlent d’ acheter, de vendre, de chercher, d’acquérir, en prenant tous les moyens, et d’être ainsi discernés “valables” pour recevoir le Royaume. Cet ensemble final de paraboles est donc de style nettement “exhortatif”, nous invitant à une décision ferme.
Quand Jésus parle “d’ancien” et de “neuf”, il s’agit, semble-t-il, pour l’Evangéliste, d’une compréhension nouvelle, d’une “relecture”, que les disciples font, par la suite, de l’enseignement de Jésus, pour éclairer ainsi des situations toujours nouvelles.
4. Prolongement
La réaction de Paul, lorsqu’il a découvert la perle et le trésor :
8 Bien plus, désormais je considère tout comme désavantageux à cause de la supériorité de la connaissance du Christ Jésus mon Seigneur. A cause de lui j’ai accepté de tout perdre, je considère tout comme déchets, afin de gagner le Christ,
9 et d’être trouvé en lui, n’ayant plus ma justice à moi, celle qui vient de la Loi, mais la justice par la foi au Christ, celle qui vient de Dieu et s’appuie sur la foi ;
10 le connaître, lui, avec la puissance de sa résurrection et la communion à ses souffrances, lui devenir conforme dans sa mort,
11 afin de parvenir si possible à ressusciter d’entre les morts.
12 Non que je sois déjà au but, ni déjà devenu parfait ; mais je poursuis ma course pour tâcher de saisir, ayant été saisi moi-même par le Christ Jésus.
Prière
*Seigneur Jésus, le trésor caché et la perle de grand prix te désignent comme la valeur suprême du Royaume, car en toi le Père nous est donné, qui, par toi et dans l’Esprit Saint, nous recrée, nous transforme en Fils à ton image, et nous communique toutes les richesses de son salut et de sa présence, qui sont regroupées et unifiées en toi : donne-moi de vraiment te considérer comme l’unique trésor de mon existence, face auquel toutes mes autres valeurs deviennent quantité négligeable, sauf si je parviens à ne voir en elles que des “lieux” particuliers de ta Vérité, de ta Vie, de ta Lumière, de ta Miséricorde, et de ta Paix. AMEN.
31.07.2002.*