📘 Commentaire biblique de l’abbé Léon Hamain


Première lecture : Lévitique 25, 1-17

DU LIVRE DU LEVITIQUE

Texte

1 Yahvé parla à Moïse sur le mont Sinaï ; il dit :

8 Tu compteras sept semaines d’années, sept fois sept ans, c’est-à-dire le temps de sept semaines d’années, quarante-neuf ans.
9 Le septième mois, le dixième jour du mois tu feras retentir l’appel de la trompe ; le jour des Expiations vous sonnerez de la trompe dans tout le pays.
10 Vous déclarerez sainte cette cinquantième année et proclamerez l’affranchissement de tous les habitants du pays. Ce sera pour vous un jubilé : chacun de vous rentrera dans son patrimoine, chacun de vous retournera dans son clan.
11 Cette cinquantième année sera pour vous une année jubilaire : vous ne sèmerez pas, vous ne moissonnerez pas les épis qui n’auront pas été mis en gerbe, vous ne vendangerez pas les ceps qui auront poussé librement.
12 Le jubilé sera pour vous chose sainte, vous mangerez des produits des champs.
13 En cette année jubilaire vous rentrerez chacun dans votre patrimoine.
14 Si tu vends ou si tu achètes à ton compatriote, que nul ne lèse son frère !
15 C’est en fonction du nombre d’années écoulées depuis le jubilé que tu achèteras à ton compatriote ; c’est en fonction du nombre d’années productives qu’il te fixera le prix de vente.
16 Plus sera grand le nombre d’années, plus tu augmenteras le prix, moins il y aura d’années, plus tu le réduiras, car c’est un certain nombre de récoltes qu’il te vend.
17 Que nul d’entre vous ne lèse son compatriote, mais aie la crainte de ton Dieu, car c’est moi Yahvé votre Dieu.

Commentaire

1. Situation

Ce Livre du Lévitique, l’un des 5 du groupe des premiers Livres de toute la Bible, appelé le Pentateuque, et rattaché à la tradition de Moïse et de sa législation, a été dans sa forme actuelle mis au point après le retour de l’Exil babylonien, soit vers le début du 5ème siècle.

C’est à la fois un manuel liturgique pour les prêtres du Sacerdoce Lévitique, et un enseignement pour tous les Israélites sur la nécessité de tendre vers la sainteté dans tous les aspects de leur vie.

Le Lévitique traite d’abord de la législation concernant le sacrifice à offrir à Dieu ( 1, 1 - 7, 30), puis de la cérémonie d’ordination d’Aaron et de ses fils, ainsi que des sacrifices qui y sont joints (8, 1 - 10, 20), ensuite, de tout ce qui concerne la pureté légale (11, 1 - 15, 33). Une 4ème partie est consacrée à la célébration du Jour des Expiations (16, 1 - 34), une 5ème, au Code de Sainteté en IsraëL (17, 1 - 26, 46). La 6ème et dernière section s’occupe du rachat des offrandes votives (27, 1 - 34).


La page de ce jour appartient ainsi à la 5ème partie de ce Livre.

2. Message

Dieu invite ici son peuple à une démarche radicale de renouveau, tous les demi-siècles, renouveau qui doit se manifester en deux domaines : - d’une part, la libération de tous les esclaves, - d’autre part, la récupération, par leurs propriétaires d’origine de tous leurs biens patrimoniaux qui auraient pu être aliénés par des opérations d’achat ou de vente.

Cette année “jubilaire” , en plus de cette double démarche signalée, se définit également comme une “pause” pour la terre, qui ne doit être ni ensemencée, ni moissonnée, ni vendangée en cette année.

La propriété foncière de terres cutivables est pour chacun une valeur reçue de ses ancêtres, et dont on ne peut se déssaisir que temporairement, jamais définitivement, tout acte d’achat ou de vente à des tiers devant être calculé en fonction du nombre d’anées restant à couvrir jusqu’à la prochaine année.jubilaire.

3. Decouvertes

Ce texte du Lévitique ne précise pas clairement si l’année jubilaire commence avec la 7ème année du 7ème cycle de 7 années (25, 8 ), où lors de la 50ème année proprement dite (25, 10 - 11), auquel cas la terre connaîtrait deux années successives de mise en jachère.

A moins que la 50ème année ne désigne ainsi simultanément la dernière année d’un cyle de sept années et la première année du cycle suivant.

En plus d’une année de jachère pour la terre, cete année jubilaire doit être une année de récupération,de leur liberté pour tous les esclaves, ainsi que de leurs biens patrimoniaux, pour tous, toute terre cultivable étant considérée comme un bien reçu de Dieu, à perpétuité, par une famille déterminée.

Autres textes signalés comme proches du nôtre : Nombres, 36, 4 et Lévitique, 27, 16 - 24.

4. Prolongement

Jésus a présenté sa propre mission comme la présence permanente de cette année jubilaire.

Avec lui, tous obtiennent une authentique libération, parce que sauvés totalement par lui, d’une part, et traités sen frères et soeurs, d’autre part :

17 On lui remit le livre du prophète Isaïe et, déroulant le livre, il trouva le passage où il était écrit :

18 L’Esprit du Seigneur est sur moi, parce qu’il m’a consacré par l’onction, pour porter la bonne nouvelle aux pauvres. Il m’a envoyé annoncer aux captifs la délivrance et aux aveugles le retour à la vue, renvoyer en liberté les opprimés,

19 proclamer une année de grâce du Seigneur.

20 Il replia le livre, le rendit au servant et s’assit. Tous dans la synagogue tenaient les yeux fixés sur lui.

21 Alors il se mit à leur dire : ” Aujourd’hui s’accomplit à vos oreilles ce passage de l’Écriture. ”

17 Mais grâces soient rendues à Dieu ; jadis esclaves du péché, vous vous êtes soumis cordialement à la règle de doctrine à laquelle vous avez été confiés,

18 et, affranchis du péché, vous avez été asservis à la justice. - …

20 Quand vous étiez esclaves du péché, vous étiez libres à l’égard de la justice.

21 Quel fruit recueilliez-vous alors d’actions dont aujourd’hui vous rougissez ? Car leur aboutissement, c’est la mort.

22 Mais aujourd’hui, libérés du péché et asservis à Dieu, vous fructifiez pour la sainteté, et l’aboutissement, c’est la vie éternelle.

23 Car le salaire du péché, c’est la mort ; mais le don gratuit de Dieu, c’est la vie éternelle dans le Christ Jésus notre Seigneur.

9 …Vous vous êtes dépouillés du vieil homme avec ses agissements,

10 et vous avez revêtu le nouveau, celui qui s’achemine vers la vraie connaissance en se renouvelant à l’image de son Créateur.

11 Là, il n’est plus question de Grec ou de Juif, de circoncision ou d’incirconcision, de Barbare, de Scythe, d’esclave, homme libre ; il n’y a que le Christ, qui est tout et en tout.

12 Vous donc, les élus de Dieu, ses saints et ses bien-aimés, revêtez des sentiments de tendre compassion, de bienveillance, d’humilité, de douceur, de patience ;

13 supportez-vous les uns les autres et pardonnez-vous mutuellement, si l’un a contre l’autre quelque sujet de plainte ; le Seigneur vous a pardonné, faites de même à votre tour.

14 Et puis, par-dessus tout, la charité, en laquelle se noue la perfection.

Telle est bien notre situation de “jubilaires ” pour Dieu en Jésus le Christ…

Prière

*Seigneur Jésus, libérés par toi de tous nos esclavages, et désormais totalement attachés à toi dans en ton Esprit Saint, nous sommes appelés à rayonner de plus en plus cette authentique inauguration par toi du Règne de Dieu en notre existence de chaque jour : rends-moi conscient à la fois de cette grâce extraordinaire qui m’est donnée, ainsi que de l’appel qui m’est fait d’en témoigner sans cesse en “fils de lumière” qui reproduit ton image. AMEN.

02.08.2003.*

Évangile : Matthieu 14, 1-12

DE L’EVANGILE DE MATTHIEU

Texte

1 En ce temps-là, la renommée de Jésus parvint aux oreilles d’Hérode le tétrarque,
2 qui dit à ses serviteurs : ” Celui-là est Jean le Baptiste ! Le voilà ressuscité des morts : d’où les pouvoirs miraculeux qui se déploient en sa personne ! “
3 C’est qu’en effet Hérode avait fait arrêter, enchaîner et emprisonner Jean, à cause d’Hérodiade, la femme de Philippe son frère.
4 Car Jean lui disait : ” Il ne t’est pas permis de l’avoir. “
5 Il avait même voulu le tuer, mais avait craint la foule, parce qu’on le tenait pour un prophète.
6 Or, comme Hérode célébrait son anniversaire de naissance, la fille d’Hérodiade dansa en public et plut à Hérode
7 au point qu’il s’engagea par serment à lui donner ce qu’elle demanderait.
8 Endoctrinée par sa mère, elle lui dit : ” Donne-moi ici, sur un plat, la tête de Jean le Baptiste. “
9 Le roi fut contristé, mais, à cause de ses serments et des convives, il commanda de la lui donner
10 et envoya décapiter Jean dans la prison.
11 Sa tête fut apportée sur un plat et donnée à la jeune fille, qui la porta à sa mère.
12 Les disciples de Jean vinrent prendre le cadavre et l’enterrèrent ; puis ils allèrent informer Jésus.

Commentaire

1. Situation

Cet Evangile, qui reprend beaucoup de passages de l’Evangile de Marc (qui avait été écrit vers 65), mais en y ajoutant des éléments qu’il partage en grande partie avec Luc, a été très probablement rédigé entre les années 85 et 90.

A parcourir tout ce Livre, on peut se demander s’il a été composé pour des chrétiens d’origine Juive (Judéochrétiens), ou pour des chrétiens d’origine païenne, ou encore pour les deux. Néanmoins, même s’il a été d’abord écrit pour confirmer une communauté Judéochrétienne dans sa découverte de la Bonne Nouvelle de Jésus, cet Evangile est ouvert également à la mission universelle auprès des païens, et il se termine par un envoi en mission par le Christ ressuscité, avec ces paroles : “allez, de toutes les nations, faites des disciples” (28, 18).

On peut diviser cet Evangile en 11 parties, qui se répondent en sens inverse (la 1ère correspondant à la dernière, la 2ème, à l’avant-dernière, etc…), concentrées autour de la 6ème partie, le “Discours en paraboles”, qui sert en quelque sorte de “pivot”. Nous obtenons ainsi le découpage suivant :

  • Naissance de Jésus et commencement de sa mission (1 - 4)
  • Bénédictions et Discours sur la montagne (5 - 7)
  • Manifestations de l’autorité de Jésus et de ses appels (8 - 9)
  • Discours sur la mission (10)
  • Jésus rejeté par “cette génération” (11 - 12 )
  • Discours en paraboles (13)
  • Jésus reconnu par ses disciples (14 - 17)
  • Discours sur la manière de vivre en communauté de croyants (18)
  • De nouveau, Jésus manifeste son autorité et ses appels (19 - 22)
  • Proclamation de situations malheureuses et Discours sur la venue définitive du Royaume (23 - 24)
  • Passion, mort et résurrection (26 - 28)

Cette présentation fait ressortir que cet Evangile est bien rythmé par 5 grands discours de Jésus, dans lesquels l’auteur a concentré la majeure partie de son enseignement. Les 5 discours ont souvent fait penser aux 5 livres de Moïse de l’Ancien Testament. On dit volontiers que, pour Matthieu, Jésus est le “Nouveau Moïse”.


Avec notre page, qui se situe dans la 7ème division de l’Evangile de Matthieu (selon le schéma indiqué plus haut), nous avançons dans la partie du ministère de Jésus, au cours de laquelle il commence de se rapprocher de Jérusalem, tout en faisant découvrir à ses disciples le sens authentique, et inattendu pour eux, de sa mission, et en les préparant progressivement à son “heure” de passage au Père en sa passion-mort-résurrection.

2. Message

Après les gens de Nazareth, voici qu’Hérode, le Prince de Galilée, s’interroge à son tour, et sans plus de résultats, sur l’identité de Jésus, dont il entend parler des miracles qu’il effectue.

Comme ce roi meurtrier se met à identifier Jésus à Jean-Baptiste, qui serait ressuscité des morts, Matthieu nous raconte brièvement ce que fut le sort de Jean Baptiste, avec cependant beaucoup moins de détails que nous en fournit Marc dans son Evangile.

Cette page nous relate d’abord l’attitude courageuse de Jean, qui n’hésite pas à reprocher son adultère à ce roi, avant de nous montrer les conséquences de la légèreté d’Hérode, qui s’engage sous serment de façon inconditionnelle, et préfère ensuite ne pas perdre la face devant ses invités plutôt que de respecter la vie d’un Prophète qu’il savait pourtant être très populaire.

D’où cette exécution sommaire à la demande d’une femme vengeresse et sanguinaire.

Ce martyre de Jean Baptiste nous est raconté au moment où Jésus vient de se reconnaître publiquement prophète lors de son passage en son village de Nazareth, comme une sorte d’anticipation de ce que sera bientôt de destin terrestre de Jésus lui-même.

3. Decouvertes

Après nous avoir expliqué quelles étaient les racines de l’incroyance, à partir du discours en paraboles de Jésus, Matthieu nous montre, coup sur coup, dans le passage de Jésus à Nazareth, qui précède immédiatement notre page, comme dans cette page elle-même, jusqu’où le manque d’accueil et d’ouverture peut conduire, en matière d’aveuglement, de malentendu (prendre Jésus pour Jean Baptiste ressuscité), ou de meurtre.

Il existe beaucoup de parallélismes entre la mort de Jean Baptiste et celle de Jésus : - tous les deux sont saisis (14, 3 et 21, 46; 26, 50), - tous les deux sont liés (14, 3 et 27, 2), - tous les deux sont exécutés comme des criminels sur l’ordre d’un responsable officiel de gouvernement (Hérode et Pilate), qui se font forcer la main par d’autres et un peu malgré eux (14, 6 - 11 et 27, 11 - 26), - leur corps mort à l’un et à l’autre est ensuite récupéré par leurs disciples qui se chargent de leur inhumation, - tous les deux sont considérés comme prophètes par le peuple (14, 5 - 21, 46).

De plus, dans la mesure où, selon Matthieu (11, 14), Jean Baptiste est identifié à Elie qui serait de retour, selon la prophétie de Malachie en son chapitre 3 , nous rencontrons des situations semblables pour les deux prophètes Elie et Jean Baptiste : aux chapitres 17 - 19 du 1er Livre des Rois, Elie fait des reproches à Achab, tandis que la mauvaise et païenne reine Jézabel cherche à le faire périr, si bien que la comparaison va presque de soi entre Hérode et Achab, d’une part, ainsi qu’entre Hérodiade et Jézabel, d’autre part..

Et ce, d’autant plus que, dans le passage suivant de notre Evangile de Matthieu, Jésus va se comporter exactement comme le successeur d’Elie, le prophète Elisée, en multipliant les pains (14, 13 - 21 et 2 Rois, 4, 42 - 44).

4. Prolongement

De même que Jean Baptiste nous est présenté dans tous les Evangiles et les autres écrits du Nouveau Testament comme celui dont la mission prophétique était de préparer les chemins de Jésus le Messie, d’en anticiper le message par son invitation faite à tous de se convertir, comme d’en signifier la mort par sa propre mort de martyr, de même sommes-nous appelés, à notre tour, à reproduire en tous points l’image de Jésus, dans la force et la présence en nous de son Esprit Saint :

27 Jean répondit : ” Un homme ne peut rien recevoir, si cela ne lui a été donné du ciel.

28 Vous-mêmes, vous m’êtes témoins que j’ai dit : “Je ne suis pas le Christ, mais je suis envoyé devant lui. ”

29 Qui a l’épouse est l’époux ; mais l’ami de l’époux qui se tient là et qui l’entend, est ravi de joie à la voix de l’époux. Telle est ma joie, et elle est complète.

30 Il faut que lui grandisse et que moi je décroisse.

24 Jean, le précurseur, avait préparé son arrivée en proclamant à l’adresse de tout le peuple d’Israël un baptême de repentance.

25 Au moment de terminer sa course, Jean disait : “Celui que vous croyez que je suis, je ne le suis pas ; mais voici venir après moi celui dont je ne suis pas digne de délier la sandale. ”

28 Et nous savons qu’avec ceux qui l’aiment, Dieu collabore en tout pour leur bien, avec ceux qu’il a appelés selon son dessein.

29 Car ceux que d’avance il a discernés, il les a aussi prédestinés à reproduire l’image de son Fils, afin qu’il soit l’aîné d’une multitude de frères.

Prière

*Seigneur Jésus, tu nous as annoncé que là où tu serais, là aussi seraient tes serviteurs, et que la résistance et la persécution que tu avais rencontrées seraient également le lot de tous ceux qui te suivent, avec l’assurance toutefois que le Père et toi, dans l’Esprit, les accompagneraient et les rendraient forts en toutes circonstances : donne-moi de ne jamais reculer devant toutes les formes de témoignage que tu attends de moi, et de me laisser conduire, par toi, à proclamer la vérité toute entière de l’amour miséricordieux que tu es venu accomplir et révéler parmi nous, comme étant le secret le plus profond du Dieu vivant qui nous sauve. AMEN.

02.08.2003.*


La Bible commentée · Liturgie du jour