📘 Commentaire biblique de l’abbé Léon Hamain
Première lecture : Lévitique 23, 1-37
DU LIVRE DU LEVITIQUE
Texte
1 Yahvé parla à Moïse et dit :
…
4 Voici les solennités de Yahvé, les saintes assemblées où vous appellerez les Israélites à la date fixée :
5 Le premier mois, le quatorzième jour du mois, au crépuscule, c’est Pâque pour Yahvé,
6 et le quinzième jour de ce mois, c’est la fête des Azymes pour Yahvé. Pendant sept jours vous mangerez des pains sans levain.
7 Le premier jour il y aura pour vous une sainte assemblée ; vous ne ferez aucune œuvre servile.
8 Pendant sept jours vous offrirez un mets à Yahvé. Le septième jour, jour de sainte assemblée, vous ne ferez aucune œuvre servile.
9 Yahvé parla à Moïse et dit :
10 Parle aux Israélites ; tu leur diras : Quand vous serez entrés dans le pays que je vous donne et quand vous y ferez la moisson, vous apporterez au prêtre la première gerbe de votre moisson.
11 Il l’offrira devant Yahvé en geste de présentation pour que vous soyez agréés. C’est le lendemain du sabbat que le prêtre fera cette présentation
…
15 A partir du lendemain du sabbat, du jour où vous aurez apporté la gerbe de présentation, vous compterez sept semaines complètes
16 Vous compterez cinquante jours jusqu’au lendemain du septième sabbat et vous offrirez alors à Yahvé une nouvelle oblation.
…
27 D’autre part, le dixième jour de ce septième mois, c’est le jour des Expiations. Il y aura pour vous une sainte assemblée. Vous jeûnerez et vous offrirez un mets à Yahvé.
…
34 Parle aux Israélites, dis-leur : Le quinzième jour de ce septième mois il y aura pendant sept jours la fête des Tentes pour Yahvé.
35 Le premier jour, jour de sainte assemblée, vous ne ferez aucune œuvre servile.
36 Pendant sept jours vous offrirez un mets à Yahvé. Le huitième jour il y aura pour vous une sainte assemblée, vous offrirez un mets à Yahvé. C’est jour de réunion, vous ne ferez aucune œuvre servile.
37 Telles sont les solennités de Yahvé où vous convoquerez les Israélites, saintes assemblées destinées à offrir des mets à Yahvé, holocaustes, oblations, sacrifices, libations, selon le rituel propre à chaque jour,
Commentaire
1. Situation
Ce Livre du Lévitique, l’un des 5 du groupe des premiers Livres de toute la Bible, appelé le Pentateuque, et rattaché à la tradition de Moïse et de sa législation, a été dans sa forme actuelle mis au point après le retour de l’Exil babylonien, soit vers le début du 5ème siècle.
C’est à la fois un manuel liturgique pour les prêtres du Sacerdoce Lévitique, et un enseignement pour tous les Israélites sur la nécessité de tendre vers la sainteté dans tous les aspects de leur vie.
Le Lévitique traite d’abord de la législation concernant le sacrifice à offrir à Dieu ( 1, 1 - 7, 30), puis de la cérémonie d’ordination d’Aaron et de ses fils, ainsi que des sacrifices qui y sont joints (8, 1 - 10, 20), ensuite, de tout ce qui concerne la pureté légale (11, 1 - 15, 33). Une 4ème partie est consacrée à la célébration du Jour des Expiations (16, 1 - 34), une 5ème, au Code de Sainteté en IsraëL (17, 1 - 26, 46). La 6ème et dernière section s’occupe du rachat des offrandes votives (27, 1 - 34).
La page de ce jour appartient ainsi à la 5ème partie de ce Livre.
2. Message
Cette liste des fêtes liturgiques à célébrer en Israël nous indique plusieurs références qui ont présidé à leur institution :
- la mémoire du grand événement de la libération de la sortie d’Egypte et de l’alliance du Sinaï,
- la sanctification du rythme des saisons, donc de l’oeuvre de Dieu Créateur, et également du travail des hommes qui y est associé,
- la relation à Dieu devant la sainteté duquel il est nécessaire de se reconnaître pécheurs et de se purifier.
A chacune de ces fêtes une convocation du peuple est prévue, ainsi que certains rites et cérémonies spécifiques.
3. Decouvertes
Ce chapitre 23 du Lévitique n’est pas le seul à nous énumérer et définir les principales fêtes religieuses d’Israël (voir aussi Exode, 23, 14 - 17 et 34, 18 - 25; Nombres, 28 - 29; Deutéronome, 16, 1 - 17). Il nous fournit cependant le plus de détails à leur sujet, et est considéré comme le compte-rendu le plus récent qui en ait été composé, en adaptant, semble-t-il, le texte du Livre des Nombres mentionné ci-dessus.
La célébration du Sabbat, qui figure aussi dans cette liste (23, 3), ne semble pas s’y situer dans la logique de la présentation qui y est faite, ni dans le mouvement du texte. On la considère plutôt comme une addition postérieure, tout comme la deuxième description de la Fête des Tentes aux versets 39 - 43.
La Fête de la Pâque est ici intimement liée à la Fête, pourtant considérée comme distincte, des Pains sans levain (23, 6 - 8).
La Fête de la Présentation de la première gerbe se situe à l’intérieur de la célébration de la semaine de la Fête des Pains sans levain.
Sept semaines après cette Fête de la Présentation de la première gerbe, soit cinquante jours (d’où son nom grec de “Pentecôte”), se célèbre la Fête des Semaines (Exode, 34, 22; Nombres, 28, 36; Deutéronome, 16, 10. 16), appelée encore Fête de la Moisson (Exode, 23, 16).
La Fête du Premier jour du Septième mois (23, 23 - 25) est une solennisation particulière de la célébration mensuelle du début de chaque mois, coïncidant avec la Nouvelle Lune (néoménie). Elle est devenue le Jour de l’an du Judaïsme.
Deux autres Fêtes sont également prévues au cours de ce même Septième mois : le Jour des Expiations, avec le jeûne solennel qui y est associé (23, 26 - 32), ainsi que la Fête des Tentes, ou des Tabernacles, dernière Fête de l’année (23, 33 - 36 et 39 - 43), célébrée après la moisson d’automne, et rappelant la pratique qu’avaient les fermiers de passer la nuit dans des huttes érigées près de leurs champs, à la fois pour protéger leur récolte et utiliser au maximum la lumière du jour.
4. Prolongement
L’Evangile de Jean nous montre Jésus participant à quelques unes de ces différentes Fêtes Juives (et en en changeant la signification puisqu’il les interprète désormais en fonction de sa mission d’accomplissement de tout le dessein de Dieu), ainsi qu’à une autre Fête beaucoup plus récente, celle de la Dédicace du Temple de Jérusalem, reconstruit après l’exil babylonien, re-consacré après la purification y-effectuée lors de la révolte des frères Maccabées, et restauré par Hérode le Grand, une quarantaine d’années avant la mission de Jésus.
Les grandes Fêtes que nous célébrons en Eglise sont toutes liées à l’événement global de la manifestation défintive de Dieu en Jésus le Christ, événement qui demeure “unique” et unifié (incarnation-mission-passion-mort-résurrection-don de l’Esprit), même si, lors de ces différentes célébrations, l’accent est mis sur tel ou tel aspect particulier de cet unique envoi en notre monde du Verbe de Dieu venu nous sauver. Il est vrai que ce mystère est si grand qu’on ne peut guère en manifester toute la richesse en une seule fois.
A noter cependant les grands regroupements unifiés qu’en fait la liturgie : Avent-Noël-Epiphanie et Passion-mort-Résurrection-Ascension-Pentecôte, sans oublier le temps du Carême, évocation de toute l’oeuvre et de tout l’effort missionnaires et évangéliques de Jésus.
Prière
*Seigneur Jésus, par delà toutes nos Fêtes et célébrations, ce qui compte c’est qu’en toi tout ait été accompli définitivement, une fois pour toutes, et que nous vivions actuellement dans le mystère de ta présence permanente au milieu de nous, dans l’Esprit Saint que tu nous as donné, et qui nous permet de faire de toutes nos pensées, nos paroles et nos actions, le lieu du “culte en esprit et en vérité” que nous rendons à Dieu, ton Père et notre Père, par toi, dans ce même Esprit Saint : donne-moi de célébrer les temps forts de notre liturgie, qui nous offrent de revivre les différents aspects de ton mystère de salut et de révélation, en faisant mémoire de ton obéissance au Père jusqu’en ton “Heure” de mort-résurrection, et en écoutant ta Parole, comme autant d’occasions où, avec mes frères et soeurs, nous te rencontrons dans la communauté rassemblée en ton Nom, et ravivons, en chacune et chacun de nous, la capacité de toujours mieux recevoir et exprimer le don que tu nous fais de ta Vérité, de ton Amour, et de ton unité avec le Père dans l’Esprit Saint. AMEN.
01.08.2003.*
Évangile : Matthieu 13, 53-58
DE L’EVANGILE DE MATTHIEU
Texte
53 Et il advint, quand Jésus eut achevé ces paraboles, qu’il partit de là ;
54 et s’étant rendu dans sa patrie, il enseignait les gens dans leur synagogue, de telle façon qu’ils étaient frappés et disaient : ” D’où lui viennent cette sagesse et ces miracles ?
55 Celui-là n’est-il pas le fils du charpentier ? N’a-t-il pas pour mère la nommée Marie, et pour frères Jacques, Joseph, Simon et Jude ?
56 Et ses sœurs ne sont-elles pas toutes chez nous ? D’où lui vient donc tout cela ? “
57 Et ils étaient choqués à son sujet. Mais Jésus leur dit : ” Un prophète n’est méprisé que dans sa patrie et dans sa maison. “
58 Et il ne fit pas là beaucoup de miracles, à cause de leur manque de foi.
Commentaire
1. Situation
Cet Evangile, qui reprend beaucoup de passages de l’Evangile de Marc (qui avait été écrit vers 65), mais en y ajoutant des éléments qu’il partage en grande partie avec Luc, a été très probablement rédigé entre les années 85 et 90.
A parcourir tout ce Livre, on peut se demander s’il a été composé pour des chrétiens d’origine Juive (Judéochrétiens), ou pour des chrétiens d’origine païenne, ou encore pour les deux. Néanmoins, même s’il a été d’abord écrit pour confirmer une communauté Judéochrétienne dans sa découverte de la Bonne Nouvelle de Jésus, cet Evangile est ouvert également à la mission universelle auprès des païens, et il se termine par un envoi en mission par le Christ ressuscité, avec ces paroles : “allez, de toutes les nations, faites des disciples” (28, 18).
On peut diviser cet Evangile en 11 parties, qui se répondent en sens inverse (la 1ère correspondant à la dernière, la 2ème, à l’avant-dernière, etc…), concentrées autour de la 6ème partie, le “Discours en paraboles”, qui sert en quelque sorte de “pivot”. Nous obtenons ainsi le découpage suivant :
- Naissance de Jésus et commencement de sa mission (1 - 4)
- Bénédictions et Discours sur la montagne (5 - 7)
- Manifestations de l’autorité de Jésus et de ses appels (8 - 9)
- Discours sur la mission (10)
- Jésus rejeté par “cette génération” (11 - 12 )
- Discours en paraboles (13)
- Jésus reconnu par ses disciples (14 - 17)
- Discours sur la manière de vivre en communauté de croyants (18)
- De nouveau, Jésus manifeste son autorité et ses appels (19 - 22)
- Proclamation de situations malheureuses et Discours sur la venue définitive du Royaume (23 - 24)
- Passion, mort et résurrection (26 - 28)
Cette présentation fait ressortir que cet Evangile est bien rythmé par 5 grands discours de Jésus, dans lesquels l’auteur a concentré la majeure partie de son enseignement. Les 5 discours ont souvent fait penser aux 5 livres de Moïse de l’Ancien Testament. On dit volontiers que, pour Matthieu, Jésus est le “Nouveau Moïse”.
Avec notre page, nous entrons dans une nouvelle partie du ministère de Jésus, au cours de laquelle il va commencer de se rapprocher de Jérusalem, tout en faisant découvrir à ses disciples le sens authentique, et inattendu pour eux, de sa mission, et en les préparant progressivement à son “heure” de passage au Père en sa passion-mort-résurrection.
2. Message
Dès la fin de son discours en paraboles, nous retrouvons Jésus en mission. Le voici aujourd’hui à Nazareth, son village d’origine, où il annonce avec autorité, dans la synagogue, le Bonne Nouvelle du Royaume.
L’étonnement des gens de son village, qui l’ont vu grandir et connaissent bien sa famille, se transforme rapidment en rejet “scandalisé” de ce qu’ils découvrent, ou ont appris de lui, de sa sagesse et de ses miracles, dont l’origine réelle leur échappe.
La mission de Jésus est d’un autre ordre, et ne peut se comprendre de que par ceux qui ont un coeur de ‘“pauvres” pouvant s’ouvrir à une nouveauté , avec une attitude de confiance et de foi, ce qui semble plus difficile si l’on ne prend pas de la distance avec une approche spontanément trop humaine des événements et personnes rencontrés.
3. Decouvertes
Les gens de Nazareth sont un bel exemple de personnes qui entendent sans “entendre” et qui voient sans “voir”(13, 13). Ne pas comprendre conduit non à l’indifférence, mais à l’hostilité.
L’incroyance se rencontre partout, même dans les endroits et les contacts les plus humainement familiers. En effet, ce passage peut être lu en complément aux versets 12, 46 - 50 (où il est qsuestion de la mère et des “frères” de Jésus qui le cherchent), et qui, avec notre page, “encadrent” le discours en paraboles du chapitre 13, 1 - 52.
Si les liens géographiques ou sociaux n’aident pas à découvrir Jésus, lui-même élargit ses relations familiales à tous ceux qui l’écoutent et s’engagent pour et avec lui (12, 46 - 50).
En se proclamant implicitement prophète dans le dicton du verset 57, Jésus assume les risques d’une telle appellation, concrétisés dans la mort de Jean-Baptiste le prophète (14, 5), qui nous est relatée juste à la suite de notre page (14, 1 - 12).
Certains interprètent les “frères” et “soeurs” de Jésus comme étant ses cousins et cousines. D’autre part, les miracles, signes du Royaume et de la miséricorde de Dieu, n’ont de sens que demandés ou reçus dans la foi.
4. Prolongement
L’incarnation du Verbe de Dieu en Jésus de Nazareth suppose qu’il soit intégralement homme dans le partage réel de notre humanité commune. Mais si Dieu nous parle et agit par lui, en se mettant ainsi à notre niveau, c’est pour nous conduire à un dépassement, pour le rejoindre à son niveau, au-delà de ce que nous percevons immédiatement dans les paroles et les gestes de Jésus, qui nous disent la révélation de Dieu, dans le langage vrai et ouvert, mais toujours nécessairement limité, de notre humanité créée :
14 Car l’amour du Christ nous presse, à la pensée que, si un seul est mort pour tous, alors tous sont morts.
15 Et il est mort pour tous, afin que les vivants ne vivent plus pour eux-mêmes, mais pour celui qui est mort et ressuscité pour eux.
16 Ainsi donc, désormais nous ne connaissons personne selon la chair. Même si nous avons connu le Christ selon la chair, maintenant ce n’est plus ainsi que nous le connaissons.
17 Si donc quelqu’un est dans le Christ, c’est une création nouvelle : l’être ancien a disparu, un être nouveau est là.
3 Car sa divine puissance nous a donné tout ce qui concerne la vie et la piété : elle nous a fait connaître Celui qui nous a appelés par sa propre gloire et vertu.
4 Par elles, les précieuses, les plus grandes promesses nous ont été données, afin que vous deveniez ainsi participants de la divine nature, vous étant arrachés à la corruption qui est dans le monde, dans la convoitise.
Prière
*Seigneur Jésus, c’est en toi, notre frère en humanité, que Dieu s’est révélé le plus proche de chacune et chacun d’entre nous, devenu(e) ta soeur ou ton frère, dans la filiation du même Père, et c’est à travers tes gestes et tes paroles d’homme concret et unique, que Dieu agit pour nous et nous parle, en actes et paroles de vie éternelle : aide-moi, aide tous ceux et toutes celles qui te rencontrent souvent dans la prière ou la lecture de la Bible, à ne jamais te “banaliser”, en t’abordant seulement selon nos critères humains, toi que dans la foi, nous avons à accueillir, sans chercher à te contenir, ni à te retenir, et réapprends-moi sans cesse à me laisser conduire, par toi, au-delà de moi-même, à la rencontre de Dieu, et de son mystère transfigurant de Vérité et d’Amour. AMEN.
02.08.2002.*