📘 Commentaire biblique de l’abbé Léon Hamain
Première lecture : Nombres 20, 1-13
DU LIVRE DES NOMBRES
Texte
1 Les Israélites, toute la communauté, arrivèrent le premier mois au désert de Çîn. Le peuple s’établit à Cadès. C’est là que Miryam mourut et qu’elle fut enterrée.
2 Il n’y avait pas d’eau pour la communauté ; alors ils s’ameutèrent contre Moïse et Aaron.
3 Le peuple s’en prit à Moïse : ” Que n’avons-nous péri, disaient-ils, comme nos frères ont péri devant Yahvé !
4 Pourquoi avez-vous conduit l’assemblée de Yahvé en ce désert, pour que nous y mourions, nous et nos bêtes ?
5 Pourquoi nous avoir fait monter d’Égypte pour nous conduire en ce sinistre lieu ? C’est un lieu impropre aux semailles, sans figuiers, ni vignes, ni grenadiers, sans même d’eau à boire ! “
6 Quittant l’assemblée, Moïse et Aaron vinrent à l’entrée de la Tente du Rendez-vous. Ils tombèrent face contre terre, et la gloire de Yahvé leur apparut.
7 Yahvé parla à Moïse et dit :
8 ” Prends le rameau et rassemble la communauté, toi et ton frère Aaron. Puis, sous leurs yeux, dites à ce rocher qu’il donne ses eaux. Tu feras jaillir pour eux de l’eau de ce rocher et tu feras boire la communauté et son bétail. “
9 Moïse prit le rameau de devant Yahvé, comme il le lui avait commandé.
10 Moïse et Aaron convoquèrent l’assemblée devant le rocher, puis il leur dit : ” Écoutez donc, rebelles. Ferons-nous jaillir pour vous de l’eau de ce rocher ? “
11 Moïse leva la main et, avec le rameau, frappa le rocher par deux fois : l’eau jaillit en abondance, la communauté et son bétail purent boire.
12 Yahvé dit alors à Moïse et à Aaron : ” Puisque vous ne m’avez pas cru capable de me sanctifier aux yeux des Israélites, vous ne ferez pas entrer cette assemblée dans le pays que je lui donne. “
13 Ce sont là les eaux de Meriba, où les Israélites s’en prirent à Yahvé, et où il manifesta par elles sa sainteté.
Commentaire
1. Situation
Le Livre des Nombres, est le 4ème des 5 Livres qui se rattachent à la tradition de Moïse. Comme les 4 autres, à partir de documents établis à différentes périodes de l’histoire d’Israël à partir de l’an 1000 environ, il a été mis en forme, en sa rédaction finale, après le retour de l’exil Babylonien. En plus de nous rapporter la tradition de Moïse, son but était d’aider la restauration du culte après l’exil, en reportant les ordonnances alors adoptées dans la tradition de Moïse.
Le message fondamental des Nombres est de nous montrer qu’il est possible de vivre en peuple de Dieu, même lorsqu’on pérégrine et marche dans un désert, loin de ses bases ou sans avoir encore de base, comme c’est le cas du peuple de l’Exode.
Ce livre traite successivement : - de l’organisation de la communauté au Sinaï, avant son départ (1, 1 - 10, 10), - de la marche dans le désert, depuis le Sinaï jusqu’aux plaines de Moab (10, 11 - 21, 35), - des préparatifs à l’entrée dans la terre promise, lorsque le peuple a atteint les plaines de Moab (22, 1 - 36, 13).
Notre page se situe au cours de la marche du peuple vers les plaines de Moab.
2. Message
Le peuple continue de cheminer dans le désert, s’arrêtant plus ou moins longtemps à certaines étapes.
Outre la mort de Myriam, soeur de Moïse et d’Aaron, c’est le manque d’eau qui est le fait important de cette page, source une fois de plus d’une rebellion du peuple contre Moïse et Aaron.
Les arguments des Israélites révoltés sont pratiquement toujours les mêmes : pourquoi nous avoir fait sortir d’Egypte pour une telle vie de misère ? Mieux vaudrait être morts que de subir pareille existence.
Un fois de plus également, Moïse et Aaron n’ont plus qu’à se tourner vers le Seigneur, qui, cette fois, ne se met pas en colère contre son peuple, et ordonne à Moïse de commander à un rocher de faire jaillir de l’eau devant tout le peuple. Ce que Moïse accomplit, bien que d’une façon différente de l’ordre reçu, semble-t-il, ce qui lui vaut reproche et sanction du Seigneur pour sa foi insuffisante.
La sainteté du Seigneur n’en a pas moins été manifestée face à cette querelle que lui cherchait son peuple.
3. Decouvertes
Après avoir sauté un certan nombre d’épisodes tels que la réglementation de la vie dans la terre promise ( 15, 1 - 41), la révolte de Koré et de ses partisans (16, 1 - 50), la description du bâton d’Aaron qui se met à fleurir (17, 1 - 13), une présentation des droits et devoirs des prêtres et des lévites (18, 1 - 34), et, finalement, le rite de la vache rousse et de l’eau purificatrice, juste avant notre page, le récit des pérégrinations d’Israël dans le désert reprend avec cet événement du manque d’eau et de la rébellion qui s’ensuit parmi le peuple.
Ce passage semble être une ré-édition du texte d’Exode, 17, 1 - 30.
De plus, il est difficile de dater cet événement dans le séjour du peuple dans la péninsule du Sinaï. Peut-être se situe-t-il près du terme des 40 années d’errance dans le désert, imposées par Yahvé-Dieu ?
Le peuple reprend lses mêmes arguments habituels pour justifier sa révolte, allant jusqu’à regretter de ne pas avoir péri sous la main du Seigneur, comme ce fut le cas pour Koré et ses partisans.
Dans le scénario habituel de Moïse et Aaron qui se prosternent devant le Seigneur, dont la gloire apparaît, le Seigneur ne se fâche pas, semblant reconnaître que le peuple souffre d’un réel besoin d’eau.
Il nous est dit que l’action de Moïse au rocher n’a pas été à la hauteur du commandement qu’il avait reçu du Seigneur, ce que beaucoup ont tenté d’expliquer de manières souvent différentes, y compris dans les rappels qu en sont faits dans la Bible elle-même. Notons cependant un certain nombre de différences entre l’ordre reçu de Yahvé-Dieu par Moïse, et son comportement devant le peuple au rocher : - le Seigneur n’avait pas ordonné à Moïse de questionner le peuple comme il l’a fait, ni de frapper le rocher avec le bâton d’Aaron, mais de commander au rocher de donner de l’eau, - dans sa question aux Israélites rassemblés, qu’il traite de “rebelles”, Moïse ne fait aucune mention du Seigneur, mais se contente de dire : “ferons-nous jaillir pour vous de l’eau de ce rocher ?”, sans faire la moindre allusion à la puissance de Dieu, sans reconnaître autant que Dieu le réel besoin d’eau ressenti par le peuple, et présentant, de ce fait, une image moins miséricordieuse du Seigneur.
Aux yeux de Dieu, le résultat acquis par Moïse sur son ordre (le jaillissement effectif de l’eau) ne suffit pas. La manière dont ce résultat est accompli, dont Dieu a l’initiative, et que seule sa puissance réalise en fait, doit également rendre témoignage au Seigneur. La fin ne justifie jamais les moyens. Nul ne peut laisser croire qu’il dispose d’une puissance ou d’un pouvoir personnel alors que c’est Dieu seul qui agit, même si c’est à travers nos gestes visibles.
A noter également que, comme dans le cas de la manne et des cailles, il n’est pas impossible que la découverte de l’eau sur l’ordre de Dieu ait une certaine explication naturelle, dans la mesure où nous ne sommes pas dans un désert de type “Sahara”, mais dans une steppe rocheuse et quasi désertique, mais où néanmoins des troupeazux peuvent paître, et où l’eau circule entre des formations rocheuses. Nous ne pouvons néanmoins rien affirmer de définitif sur ce point.
4. Prolongement
Pour la relecture, quelque peu contradictoire du comportement de Moïse devant le roche, voir :
24 ” Qu’Aaron soit réuni aux siens : car il ne doit pas entrer dans le pays que je donne aux Israélites, puisque vous avez été rebelles à ma voix, aux eaux de Meriba.
25 Prends Aaron et Éléazar, son fils, et fais-les monter sur la montagne de Hor.
26 Tu ôteras alors à Aaron ses vêtements, pour en revêtir Éléazar, son fils, et Aaron sera réuni aux siens : c’est là qu’il doit mourir. ”
12 Yahvé dit à Moïse : ” Monte sur cette montagne de la chaîne des Abarim, et regarde le pays que j’ai donné aux Israélites.
13 Lorsque tu l’auras regardé, tu seras réuni aux tiens, comme Aaron, ton frère.
14 Car vous avez été rebelles dans le désert de Çîn, lorsque la communauté me chercha querelle, quand je vous commandai de manifester devant elle ma sainteté, par l’eau. ” Ce sont les eaux de Meriba de Cadès, dans le désert de Çîn.
37 A cause de vous Yahvé s’irrita même contre moi et me dit : ” Toi non plus, tu n’y entreras pas.
23 Je demandai alors une grâce à Yahvé :
24 ” Mon Seigneur Yahvé, toi qui as commencé à faire voir à ton serviteur ta grandeur et ta puissante main, qui… Quel dieu dans les cieux et sur la terre agit comme tu agis et avec même puissance ?
25 Ne pourrais-je passer là-bas, et voir cet heureux pays au-delà du Jourdain, cette heureuse montagne, et le Liban ? ”
26 Mais, à cause de vous, Yahvé s’irrita contre moi et ne m’exauça point. Il me dit : ” Assez ! Ne continue plus à me parler de cette affaire !
27 Monte au sommet du Pisga, porte tes regards à l’occident, au nord, au midi et à l’orient ; regarde de tes yeux car tu ne passeras pas le Jourdain que voici.
21 A cause de vous, Yahvé s’est irrité contre moi ; il a juré que je ne passerais pas le Jourdain et que je n’entrerais pas dans l’heureux pays qu’il te donne en héritage.
22 Oui, je vais mourir en ce pays-ci et je ne passerai pas ce Jourdain. Mais vous, vous allez le passer et prendre possession de cet heureux pays.
32 Ils le fâchèrent aux eaux de Meriba; mal en prit à Moïse par leur faute,
33 car ils aigrirent son esprit et ses lèvres parlèrent trop vite.
Jésus s’est lui-même présenté comme celui qui donne l’eau vive :
10 Jésus lui répondit : ” Si tu savais le don de Dieu et qui est celui qui te dit : Donne-moi à boire, c’est toi qui l’aurais prié et il t’aurait donné de l’eau vive. ” …
14 … qui boira de l’eau que je lui donnerai n’aura plus jamais soif ; l’eau que je lui donnerai deviendra en lui source d’eau jaillissant en vie éternelle. ”
37 Le dernier jour de la fête, le grand jour, Jésus, debout, s’écria : ” Si quelqu’un a soif, qu’il vienne à moi, et qu’il boive,
38 celui qui croit en moi ! ” selon le mot de l’Écriture : De son sein couleront des fleuves d’eau vive.
39 Il parlait de l’Esprit que devaient recevoir ceux qui avaient cru en lui ; car il n’y avait pas encore d’Esprit, parce que Jésus n’avait pas encore été glorifié.
Paul a repris l’image du rocher qui donne l’eau, selon une tradition Juive qui faisait de ce rocher un rocher “ambulant” accompagnant ensuite le peuple, pour en faire la figure du Christ, auquel il l’identifie :
4 et tous ont bu le même breuvage spirituel - ils buvaient en effet à un rocher spirituel qui les accompagnait, et ce rocher c’était le Christ.
Prière
*Seigneur Jésus, toi qui nous donnes l’eau vive de ton Esprit-Saint, dans notre baptême en Eglise, lequel nous a plongés mystérieusement dans l’événement de ta mort-résurrection : donne-moi de ne créer, en moi ou en mes frères et soeurs, aucun obstacle au passage de cette eau vive qui doit m’animer en tous domaines et me configurer à toi, donne-moi également de ne jamais penser un instant que, chaque fois que j’ai, consciemment ou non, aidé quelqu’un à te rencontrer, j’ai pu agir de moi-même, oubliant que sans toi je ne puis rien faire d’efficace pour le Royaume de Dieu. AMEN.
07.08.2003.*
Évangile : Matthieu 16, 13-23
DE L’EVANGILE DE MATTHIEU
Texte
13 Arrivé dans la région de Césarée de Philippe, Jésus posa à ses disciples cette question : ” Au dire des gens, qu’est le Fils de l’homme ? “
14 Ils dirent : ” Pour les uns, Jean le Baptiste ; pour d’autres, Élie ; pour d’autres encore, Jérémie ou quelqu’un des prophètes. ” -
15 ” Mais pour vous, leur dit-il, qui suis-je ? “
16 Simon-Pierre répondit : ” Tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant. “
17 En réponse, Jésus lui dit : ” Tu es heureux, Simon fils de Jonas, car cette révélation t’est venue, non de la chair et du sang, mais de mon Père qui est dans les cieux.
18 Eh bien ! moi je te dis : Tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Église, et les Portes de l’Hadès ne tiendront pas contre elle.
19 Je te donnerai les clefs du Royaume des Cieux : quoi que tu lies sur la terre, ce sera tenu dans les cieux pour lié, et quoi que tu délies sur la terre, ce sera tenu dans les cieux pour délié. “
20 Alors il ordonna aux disciples de ne dire à personne qu’il était le Christ.
21 A dater de ce jour, Jésus commença de montrer à ses disciples qu’il lui fallait s’en aller à Jérusalem, y souffrir beaucoup de la part des anciens, des grands prêtres et des scribes, être tué et, le troisième jour, ressusciter.
22 Pierre, le tirant à lui, se mit à le morigéner en disant : ” Dieu t’en préserve, Seigneur ! Non, cela ne t’arrivera point ! “
23 Mais lui, se retournant, dit à Pierre : ” Passe derrière moi, Satan ! tu me fais obstacle, car tes pensées ne sont pas celles de Dieu, mais celles des hommes ! “
Commentaire
1. Situation
Cet Evangile, qui reprend beaucoup de passages de l’Evangile de Marc (qui avait été écrit vers 65), mais en y ajoutant des éléments qu’il partage en grande partie avec Luc, a été très probablement rédigé entre les années 85 et 90.
A parcourir tout ce Livre, on peut se demander s’il a été composé pour des chrétiens d’origine Juive (Judéochrétiens), ou pour des chrétiens d’origine païenne, ou encore pour les deux. Néanmoins, même s’il a été d’abord écrit pour confirmer une communauté Judéochrétienne dans sa découverte de la Bonne Nouvelle de Jésus, cet Evangile est ouvert également à la mission universelle auprès des païens, et il se termine par un envoi en mission par le Christ ressuscité, avec ces paroles : “allez, de toutes les nations, faites des disciples” (28, 18).
On peut diviser cet Evangile en 11 parties, qui se répondent en sens inverse (la 1ère correspondant à la dernière, la 2ème, à l’avant-dernière, etc…), concentrées autour de la 6ème partie, le “Discours en paraboles”, qui sert en quelque sorte de “pivot”. Nous obtenons ainsi le découpage suivant :
- Naissance de Jésus et commencement de sa mission (1 - 4)
- Bénédictions et Discours sur la montagne (5 - 7)
- Manifestations de l’autorité de Jésus et de ses appels (8 - 9)
- Discours sur la mission (10)
- Jésus rejeté par “cette génération” (11 - 12 )
- Discours en paraboles (13)
- Jésus reconnu par ses disciples (14 - 17)
- Discours sur la manière de vivre en communauté de croyants (18)
- De nouveau, Jésus manifeste son autorité et ses appels (19 - 22)
- Proclamation de situations malheureuses et Discours sur la venue définitive du Royaume (23 - 24)
- Passion, mort et résurrection (26 - 28)
Cette présentation fait ressortir que cet Evangile est bien rythmé par 5 grands discours de Jésus, dans lesquels l’auteur a concentré la majeure partie de son enseignement. Les 5 discours ont souvent fait penser aux 5 livres de Moïse de l’Ancien Testament. On dit volontiers que, pour Matthieu, Jésus est le “Nouveau Moïse”.
Avec notre page, nous continuons d’accompagner Jésus dans sa 3ème grande mission apostolique, située dans l’Evangile de Matthieu, entre ses 3ème et 4ème grands discours, et au cours de laquelle il commence de se rapprocher de Jérusalem, tout en faisant découvrir à ses disciples le sens authentique, et inattendu pour eux, de sa mission, et en les préparant progressivement à son “heure” de passage au Père en sa passion-mort-résurrection.
2. Message
Au cours de cette 3ème mission de Jésus, nous sommes arrivés pratiquement au centre, et au tournant, du parcours de Jésus, en ce sens qu’il commence de se tourner explicitement vers Jérusalem et son destin de Serviteur souffrant dans la Ville Sainte.
Notre page constitue un moment important, où Jésus vérifie la foi de ses disciples, qu’il leur demande d’abord de situer face à ce que les gens disent de lui, pour en arriver à la question fondamentale : “Pour vous, qui suis-je” ?
Si les réponses variées des gens du peuple indiquent une grande hésitation sur l’identité possible de Jésus, pour Pierre il n’en va pas de même : il reconnaît sur le champ que Jésus est le Messie, et, au moins en ce sens, le “Fils du Dieu Vivant”.
Jésus lui rétorque que cette affirmation de foi, qu’il profère, est un don du Père, et qu’accueillir ce don, c’est recevoir la solidité de Dieu lui-même, le “rocher qui nous sauve”, solidité plus forte que les puissances de la mort.
C’est sur la solidité de cette foi que Jésus bâtira son Eglise, c’est-à-dire le Nouvel Israël qu’il va fonder, signe et inauguration du Royaume des cieux.
Jésus seul est la clé, ou dispose des clés, de ce Royaume, clés qu’il transmet d’abord à ceux qu’il a lui-même appelés à le suivre, et à Simon-Pierre en premier lieu, pour qu’ils soient ceux qui continuent son oeuvre après lui, avec la même efficacité dans la révélation, et la réalisation, du salut de Dieu.
Cependant Pierre, qui, dans la grâce du Père, a découvert que Jésus est le Messie, a encore tout à apprendre sur la nouvelle définition de ce rôle de Messie, en tant que “Serviteur” et “Sauveur”, qui nous prend en charge, rôle que Jésus présente, et qu’il vit. Même si Jésus le traite alors de tentateur et de “Satan”, adversaire du plan de Dieu, dans la mesure où il refuse la perspective de la passion et ne comprend pas le sens de “résurrection” , il n’en reste pas moins que la parole de Pierre le reconnaisssant comme le “Messie” d’Israël, lui a permis d’aller plus loin dans la révélation de son identité et de sa mission. Ce qu’il va continuer de faire tout au long de sa montée vers Jérusalem.
3. Decouvertes
A noter, une fois de plus, que Jésus se définit comme le “Fils de l’homme” sur terre, selon l’image de l’homme de gloire de la vision de Daniel, 7, 13 - 14, qui reçoit de Dieu tout pouvoir et toute autorité.
A propos du “don” des clés à Pierre, et de la faculté de “lier-délier”, nos Eglises chrétiennes sont en désaccord sur l’interprétation de ces mots, qu’on ne trouve que dans cet Evangile de Matthieu.
Certains n’y voient Pierre que comme le porte-parole de tous les croyants. D’autres, se basant sur la répétition de cette formule, reprise en Matthieu, 18, 18, et adressée cette fois à tous les disciples, partagent ce pouvoir entre Pierre et tous ceux qui écoutent alors Jésus, les Douze en particulier.
D’autres encore y découvrent un pouvoir spécifique et particulier conféré à Pierre, mais non transmissible à d’autres après lui. L’Eglise Catholique Romaine y lit également un rôle unique et prépondérant de Pierre, mais que le Seigneur accorde également aux successeurs de Pierre comme évêques de Rome, Eglise où Pierre et Paul sont tous deux morts martyrs.
Jésus tient à ce que cette affirmation qu’il est le Messie demeure secrète, pour que sa mission ne soit pas comprise à contre sens, d’autant plus qu’il n’en a pas révélé le contenu “nouveau”.
Les 3 derniers versets de notre page nous révèlent le “secret” et la “nouveauté” du Messie qu’est Jésus : pour cela, il annonce pour la première fois sa passion, sa mort et sa résurrection, transformant ainsi radicalement l’image du Messie, que Pierre, et les autres disciples avec lui, avaient reconnu en lui. S’il est “Messie”, et “Fils de l’homme”, c’est en tant que “Serviteur” de Dieu, disant “OUI” au Père, jusqu’à devenir le “Serviteur souffrant” dans la mort de la croix (Matthieu, 16, 21).
Pierre se fait rabrouer par Jésus pour refuser nettement cette perspective (Matthieu, 16, 22 - 23).
Jésus lui répondra par sa vision en gloire sur la Montagne de la Transfiguration, où Pierre entendra des paroles qui viennent de Dieu : “Celui-ci est mon Fils bien-aimé, écoutez-le” (quel que choquant que puisse être pour vous son message) (Matthieu, 17, 1 - 9).
4. Prolongement
Paul a bien compris et redit ce message :
22 Alors que les Juifs demandent des signes et que les Grecs sont en quête de sagesse,
23 nous proclamons, nous, un Christ crucifié, scandale pour les Juifs et folie pour les païens,
24 mais pour ceux qui sont appelés, Juifs et Grecs, c’est le Christ, puissance de Dieu et sagesse de Dieu.
25 Car ce qui est folie de Dieu est plus sage que les hommes, et ce qui est faiblesse de Dieu est plus fort que les hommes.
Prière
*Seigneur Jésus, tu attends de nous que nous soyons toujours prêts à rendre compte de notre foi en ton identité et en ta mission de salut : donne-moi de le faire, d’abord, dans une totale fidélité à la tradition de ton Eglise, tradition qui nous vient d’abord de tes premiers témoins, dont le Nouveau Testament nous transmet le message et le témoignage, et, ensuite, également selon la grâce que tu me fais, d’être, dans ton Esprit-Saint, et en communion avec tous mes frères et soeurs, une image originale de toi-même au coeur de ce monde d’aujourd’hui. AMEN.
07.08.2003.*