📘 Commentaire biblique de l’abbé Léon Hamain
Première lecture : Jérémie 31, 31-34
DU LIVRE DE JEREMIE
Texte
31 Voici venir des jours oracle de Yahvé où je conclurai avec la maison d’Israël et la maison de Juda une alliance nouvelle.
32 Non pas comme l’alliance que j’ai conclue avec leurs pères, le jour où je les pris par la main pour les faire sortir du pays d’Egypte mon alliance qu’eux-mêmes ont rompue bien que je fusse leur Maître, oracle de Yahvé!
33 Mais voici l’alliance que je conclurai avec la maison d’Israël après ces jours-là, oracle de Yahvé. Je mettrai ma Loi au fond de leur être et je l’écrirai sur leur cœur. Alors je serai leur Dieu et eux seront mon peuple.
34 Ils n’auront plus à instruire chacun son prochain, chacun son frère, en disant : “Ayez la connaissance de Yahvé!” Car tous me connaîtront, des plus petits jusqu’aux plus grands oracle de Yahvé parce que je vais pardonner leur crime et ne plus me souvenir de leur péché.
Commentaire
1. Situation
Jérémie a vécu à l’une des périodes les plus troublées du Proche Orient. Il fut témoin de la chute d’un grand empire et de l’apparition d’un autre. Au milieu de cette tourmente, le royaume de Juda, aux mains de rois incapables, court à sa ruine pour n’avoir pas tenu compte de ces forces extérieures insurmontables de l’histoire, et y avoir résisté.
Le ministère de Jérémie a duré 40 ans environ, de 627 à 587, et s’adressait à Juda, ainsi qu’aux nations environnantes, pendant cette époque de convulsions politiques. Jérémie est intervenu très souvent. Il fallait, en effet, discerner la volonté de Dieu et chercher sa lumière dans des situations dramatiques.
Parmi tous les prophètes de son temps (Sophonie, Habakkuk, Nahum et Ezéchiel), il fut le seul à percevoir à quel point Dieu aimait son peuple, ainsi que les devoirs du peuple vis-à-vis de Dieu, dans le respect des termes de l’Alliance. Il eut un sens très aigu des différentes déviations qui existaient alors dans la manière du peuple de vivre sa foi en Yahvé.
Son message développait 2 aspects fondamentaux : quelle est la véritable manière de vivre selon Yahvé-Dieu ? Les aberrations des dirigeants de Juda ne pouvaient, selon lui, que le conduire à la catastrophe, pour n’avoir pas suivi le Seigneur dans un discernement des appels des signes des temps.
Son Livre commence par des oracles contre Juda et Jérusalem (1, 4 - 25, 13), et c’est dans cette première partie que nous trouvons le récit de la vocation du prophète, ainsi que ses doutes et états d’âme concernant sa mission, car ces oracles couvrent toute la période de l’histoire dont il fut le contemporain. Une 2ème partie de son Livre traite de la restauration d’Israêl (26,1 - 35, 19). Une 3ème partie nous raconte les persécutions prolongées qu’a subies le prophète vers la fin de sa mission et de sa vie, ainsi que son martyre (36, 1 - 45, 5). Son Livre se termine par une série d’oracles contre les nations (46,1 - 51, 64).
Notre page se situe donc dans la 2ème partie du Livre de Jérémie.
2. Message
Une grande page de Jérémie qui nous conduit, dans notre interprétation chrétienne, aux portes de la Bonne Nouvelle qu’annoncera Jésus, lui en qui se réalisera la promesse de cette Nouvelle Alliance dont il est ici question.
En ces jours-là, déclare le Seigneur, le peuple d’Israël sera capable de tenir ses engagements face à Dieu, car le Seigneur va lui-même insérer ses commandements en leurs coeurs, et se faire connaître de chacun d’eux, depuis l’intérieur de leur coeur.
Ainsi leur péché sera-t-il vraiment pardonné dans la transformation de leur être profond.
3. Decouvertes
Les chapitres 30 et 31 de Jérémie traitent de la restauration de son peuple par le Seigneur : le peuple va retrouver santé et joie, il va revenir, unifié, sur sa terre redevenue florissante, et sa relation “sponsale” avec Dieu sera rétablie dans toute son intensité.
Il s’agit, bien entendu, pour Jérémie, d’une relation renouvelée entre Israël et son Dieu, indépendamment de ce que nous, chrétiens, y lisons.
Cette Nouvelle Alliance sera le renouvellement du “mariage” entre Yahvé et son peuple, renouvellement fondé sur l’initiative permanente de Dieu qui crée en tous l’amour et la fidélité.
Tous, dans ce peuple, seront désormais à la même enseigne, sans situation priviliégiée pour qui que ce soit.
Dans cette nouvelle intimité avec Dieu, les membres du peuple comprendront tous de l’intérieur à quel point le Seigneur est “Père”, “époux”, et en quel sens les souffrances subies ont été une épreuve salutaire envoyée par celui qui va ainsi leur pardonner.
4. Prolongement
La Lettre aux Hébreux est le texte du Nouveau Testament qui réinterprète directement ce passage, en l’appliquant définitivement à Jésus, Grand Prêtre unique de cette Aliance Nouvelle : Hébreux, 8, 6 - 13.
Le point culminant de la conclusion de cette Alliance Nouvelle, que nous célébrons, et rendons présent, dans chacune de nos Eucharisties, par la bénédiction, dans l’Esprit Saint, et le partage, du pain, “corps livré”, et de la coupe “sang versé” de l’Alliance Nouvelle, est pour nous l’événement unique et suprême de l’histoire du salut, effectué une fois pour toutes, dans l’Heure du passage de Jésus à Dieu son Père, en sa mort et sa résurrection, ce dont les chapitres 8 à 10 de la Lettre aux Hébreux nous rendent compte en détail :
12 lui au contraire, ayant offert pour les péchés un unique sacrifice, il s’est assis pour toujours à la droite de Dieu,
13 attendant désormais que ses ennemis soient placés comme un escabeau sous ses pieds.
14 Car par une oblation unique il a rendu parfaits pour toujours ceux qu’il sanctifie.
15 Or l’Esprit Saint lui aussi nous l’atteste ; car après avoir déclaré :
16 Telle est l’alliance que je contracterai avec eux après ces jours-là, le Seigneur dit : Je mettrai mes lois dans leur cœur et je les graverai dans leur pensée.
17 Ni de leur péchés, ni de leurs offenses, je ne me souviendrai plus.
18 Or là où les péchés sont remis, il n’y a plus d’oblation pour le péché.
Prière
*Seigneur Jésus, tu habites en nos cœurs par la foi qui s’ouvre à la présence en nous de ton Esprit Saint, qui enracine en nous cet amour que le Père a pour toi, et que tu nous as transmis, afin que nous le manifestions et le révélions à travers nos comportements devenus semblables aux tiens : donne-moi d’approfondir la conscience que je dois avoir de cette dignité d’enfant de Dieu, participant à ta filiation, que tu nous as accordée en ta mort-résurrection, et fais en sorte que, vraiment, je te dise “OUI” en toutes circonstances et que je te laisse vivre totalement en moi, pour que mes gestes et mes paroles soient davantage le “lieu” où, par moi, comme par tous ceux qui croient en toi, tu annonces ta bonne nouvelle au monde de ce temps. AMEN.
08.08.2002.*
Évangile : Matthieu 16, 13-23
DE L’EVANGILE DE MATTHIEU
Texte
13 Arrivé dans la région de Césarée de Philippe, Jésus posa à ses disciples cette question : ” Au dire des gens, qu’est le Fils de l’homme ? “
14 Ils dirent : ” Pour les uns, Jean le Baptiste ; pour d’autres, Élie ; pour d’autres encore, Jérémie ou quelqu’un des prophètes. ” -
15 ” Mais pour vous, leur dit-il, qui suis-je ? “
16 Simon-Pierre répondit : ” Tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant. “
17 En réponse, Jésus lui dit : ” Tu es heureux, Simon fils de Jonas, car cette révélation t’est venue, non de la chair et du sang, mais de mon Père qui est dans les cieux.
18 Eh bien ! moi je te dis : Tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Église, et les Portes de l’Hadès ne tiendront pas contre elle.
19 Je te donnerai les clefs du Royaume des Cieux : quoi que tu lies sur la terre, ce sera tenu dans les cieux pour lié, et quoi que tu délies sur la terre, ce sera tenu dans les cieux pour délié. “
20 Alors il ordonna aux disciples de ne dire à personne qu’il était le Christ.
21 A dater de ce jour, Jésus commença de montrer à ses disciples qu’il lui fallait s’en aller à Jérusalem, y souffrir beaucoup de la part des anciens, des grands prêtres et des scribes, être tué et, le troisième jour, ressusciter.
22 Pierre, le tirant à lui, se mit à le morigéner en disant : ” Dieu t’en préserve, Seigneur ! Non, cela ne t’arrivera point ! “
23 Mais lui, se retournant, dit à Pierre : ” Passe derrière moi, Satan ! tu me fais obstacle, car tes pensées ne sont pas celles de Dieu, mais celles des hommes ! “
Commentaire
1. Situation
Cet Evangile, qui reprend beaucoup de passages de l’Evangile de Marc (qui avait été écrit vers 65), mais en y ajoutant des éléments qu’il partage en grande partie avec Luc, a été très probablement rédigé entre les années 85 et 90.
A parcourir tout ce Livre, on peut se demander s’il a été composé pour des chrétiens d’origine Juive (Judéochrétiens), ou pour des chrétiens d’origine païenne, ou encore pour les deux. Néanmoins, même s’il a été d’abord écrit pour confirmer une communauté Judéochrétienne dans sa découverte de la Bonne Nouvelle de Jésus, cet Evangile est ouvert également à la mission universelle auprès des païens, et il se termine par un envoi en mission par le Christ ressuscité, avec ces paroles : “allez, de toutes les nations, faites des disciples” (28, 18).
On peut diviser cet Evangile en 11 parties, qui se répondent en sens inverse (la 1ère correspondant à la dernière, la 2ème, à l’avant-dernière, etc…), concentrées autour de la 6ème partie, le “Discours en paraboles”, qui sert en quelque sorte de “pivot”. Nous obtenons ainsi le découpage suivant :
- Naissance de Jésus et commencement de sa mission (1 - 4)
- Bénédictions et Discours sur la montagne (5 - 7)
- Manifestations de l’autorité de Jésus et de ses appels (8 - 9)
- Discours sur la mission (10)
- Jésus rejeté par “cette génération” (11 - 12 )
- Discours en paraboles (13)
- Jésus reconnu par ses disciples (14 - 17)
- Discours sur la manière de vivre en communauté de croyants (18)
- De nouveau, Jésus manifeste son autorité et ses appels (19 - 22)
- Proclamation de situations malheureuses et Discours sur la venue définitive du Royaume (23 - 24)
- Passion, mort et résurrection (26 - 28)
Cette présentation fait ressortir que cet Evangile est bien rythmé par 5 grands discours de Jésus, dans lesquels l’auteur a concentré la majeure partie de son enseignement. Les 5 discours ont souvent fait penser aux 5 livres de Moïse de l’Ancien Testament. On dit volontiers que, pour Matthieu, Jésus est le “Nouveau Moïse”.
Avec notre page, nous continuons d’accompagner Jésus dans sa 3ème grande mission apostolique, située dans l’Evangile de Matthieu, entre ses 3ème et 4ème grands discours, et au cours de laquelle il commence de se rapprocher de Jérusalem, tout en faisant découvrir à ses disciples le sens authentique, et inattendu pour eux, de sa mission, et en les préparant progressivement à son “heure” de passage au Père en sa passion-mort-résurrection.
2. Message
Au cours de cette 3ème mission de Jésus, nous sommes arrivés pratiquement au centre, et au tournant, du parcours de Jésus, en ce sens qu’il commence de se tourner explicitement vers Jérusalem et son destin de Serviteur souffrant dans la Ville Sainte.
Notre page constitue un moment important, où Jésus vérifie la foi de ses disciples, qu’il leur demande d’abord de situer face à ce que les gens disent de lui, pour en arriver à la question fondamentale : “Pour vous, qui suis-je” ?
Si les réponses variées des gens du peuple indiquent une grande hésitation sur l’identité possible de Jésus, pour Pierre il n’en va pas de même : il reconnaît sur le champ que Jésus est le Messie, et, au moins en ce sens, le “Fils du Dieu Vivant”.
Jésus lui rétorque que cette affirmation de foi, qu’il profère, est un don du Père, et qu’accueillir ce don, c’est recevoir la solidité de Dieu lui-même, le “rocher qui nous sauve”, solidité plus forte que les puissances de la mort.
C’est sur la solidité de cette foi que Jésus bâtira son Eglise, c’est-à-dire le Nouvel Israël qu’il va fonder, signe et inauguration du Royaume des cieux.
Jésus seul est la clé, ou dispose des clés, de ce Royaume, clés qu’il transmet d’abord à ceux qu’il a lui-même appelés à le suivre, et à Simon-Pierre en premier lieu, pour qu’ils soient ceux qui continuent son oeuvre après lui, avec la même efficacité dans la révélation, et la réalisation, du salut de Dieu.
Cependant Pierre, qui, dans la grâce du Père, a découvert que Jésus est le Messie, a encore tout à apprendre sur la nouvelle définition de ce rôle de Messie, en tant que “Serviteur” et “Sauveur”, qui nous prend en charge, rôle que Jésus présente, et qu’il vit. Même si Jésus le traite alors de tentateur et de “Satan”, adversaire du plan de Dieu, dans la mesure où il refuse la perspective de la passion et ne comprend pas le sens de “résurrection” , il n’en reste pas moins que la parole de Pierre le reconnaisssant comme le “Messie” d’Israël, lui a permis d’aller plus loin dans la révélation de son identité et de sa mission. Ce qu’il va continuer de faire tout au long de sa montée vers Jérusalem.
3. Decouvertes
A noter, une fois de plus, que Jésus se définit comme le “Fils de l’homme” sur terre, selon l’image de l’homme de gloire de la vision de Daniel, 7, 13 - 14, qui reçoit de Dieu tout pouvoir et toute autorité.
A propos du “don” des clés à Pierre, et de la faculté de “lier-délier”, nos Eglises chrétiennes sont en désaccord sur l’interprétation de ces mots, qu’on ne trouve que dans cet Evangile de Matthieu.
Certains n’y voient Pierre que comme le porte-parole de tous les croyants. D’autres, se basant sur la répétition de cette formule, reprise en Matthieu, 18, 18, et adressée cette fois à tous les disciples, partagent ce pouvoir entre Pierre et tous ceux qui écoutent alors Jésus, les Douze en particulier.
D’autres encore y découvrent un pouvoir spécifique et particulier conféré à Pierre, mais non transmissible à d’autres après lui. L’Eglise Catholique Romaine y lit également un rôle unique et prépondérant de Pierre, mais que le Seigneur accorde également aux successeurs de Pierre comme évêques de Rome, Eglise où Pierre et Paul sont tous deux morts martyrs.
Jésus tient à ce que cette affirmation qu’il est le Messie demeure secrète, pour que sa mission ne soit pas comprise à contre sens, d’autant plus qu’il n’en a pas révélé le contenu “nouveau”.
Les 3 derniers versets de notre page nous révèlent le “secret” et la “nouveauté” du Messie qu’est Jésus : pour cela, il annonce pour la première fois sa passion, sa mort et sa résurrection, transformant ainsi radicalement l’image du Messie, que Pierre, et les autres disciples avec lui, avaient reconnu en lui. S’il est “Messie”, et “Fils de l’homme”, c’est en tant que “Serviteur” de Dieu, disant “OUI” au Père, jusqu’à devenir le “Serviteur souffrant” dans la mort de la croix (Matthieu, 16, 21).
Pierre se fait rabrouer par Jésus pour refuser nettement cette perspective (Matthieu, 16, 22 - 23).
Jésus lui répondra par sa vision en gloire sur la Montagne de la Transfiguration, où Pierre entendra des paroles qui viennent de Dieu : “Celui-ci est mon Fils bien-aimé, écoutez-le” (quel que choquant que puisse être pour vous son message) (Matthieu, 17, 1 - 9).
4. Prolongement
Paul a bien compris et redit ce message :
22 Alors que les Juifs demandent des signes et que les Grecs sont en quête de sagesse,
23 nous proclamons, nous, un Christ crucifié, scandale pour les Juifs et folie pour les païens,
24 mais pour ceux qui sont appelés, Juifs et Grecs, c’est le Christ, puissance de Dieu et sagesse de Dieu.
25 Car ce qui est folie de Dieu est plus sage que les hommes, et ce qui est faiblesse de Dieu est plus fort que les hommes.
Prière
*Seigneur Jésus, tu attends de nous que nous soyons toujours prêts à rendre compte de notre foi en ton identité et en ta mission de salut : donne-moi de le faire, d’abord, dans une totale fidélité à la tradition de ton Eglise, tradition qui nous vient d’abord de tes premiers témoins, dont le Nouveau Testament nous transmet le message et le témoignage, et, ensuite, également selon la grâce que tu me fais, d’être, dans ton Esprit-Saint, et en communion avec tous mes frères et soeurs, une image originale de toi-même au coeur de ce monde d’aujourd’hui. AMEN.
07.08.2003.*