📘 Commentaire biblique de l’abbé Léon Hamain


Première lecture : Jérémie 28, 1-17

DU LIVRE DE JEREMIE

Texte

1 Dans la même année, au commencement du règne de Sédécias, roi de Juda, le cinquième mois de la quatrième année, Hanania, fils d’Azzur, prophète, de Gabaon, me dit dans la maison de l’Éternel, en présence des sacrificateurs et de tout le peuple:
2 Ainsi parle l’Éternel des armées, le Dieu d’Israël: Je brise le joug du roi de Babylone! :
3 Encore deux années, et je fais revenir dans ce lieu tous les ustensiles de la maison de l’Éternel, que Nebucadnetsar, roi de Babylone, a enlevés de ce lieu, et qu’il a emportés à Babylone. :
4 Et je ferai revenir dans ce lieu, dit l’Éternel, Jeconia, fils de Jojakim, roi de Juda, et tous les captifs de Juda, qui sont allés à Babylone; car je briserai le joug du roi de Babylone. :
5 Jérémie, le prophète, répondit à Hanania, le prophète, en présence des sacrificateurs et de tout le peuple qui se tenaient dans la maison de l’Éternel.:
6 Jérémie, le prophète, dit: Amen! que l’Éternel fasse ainsi! que l’Éternel accomplisse les paroles que tu as prophétisées, et qu’il fasse revenir de Babylone en ce lieu les ustensiles de la maison de l’Éternel et tous les captifs! :
7 Seulement écoute cette parole que je prononce à tes oreilles et aux oreilles de tout le peuple: :
8 Les prophètes qui ont paru avant moi et avant toi, dès les temps anciens, ont prophétisé contre des pays puissants et de grands royaumes la guerre, le malheur et la peste; :
9 mais si un prophète prophétise la paix, c’est par l’accomplissement de ce qu’il prophétise qu’il sera reconnu comme véritablement envoyé par l’Éternel. :
10 Alors Hanania, le prophète, enleva le joug de dessus le cou de Jérémie, le prophète, et il le brisa. :
11 Et Hanania dit en présence de tout le peuple: Ainsi parle l’Éternel: C’est ainsi que, dans deux années, je briserai de dessus le cou de toutes les nations le joug de Nebucadnetsar, roi de Babylone. Et Jérémie, le prophète, s’en alla. :
12 Après que Hanania, le prophète, eut brisé le joug de dessus le cou de Jérémie, le prophète, la parole de l’Éternel fut adressée à Jérémie, en ces mots: :
13 Va, et dis à Hanania: Ainsi parle l’Éternel: Tu as brisé un joug de bois, et tu auras à sa place un joug de fer. :
14 Car ainsi parle l’Éternel des armées, le Dieu d’Israël: Je mets un joug de fer sur le cou de toutes ces nations, pour qu’elles soient asservies à Nebucadnetsar, roi de Babylone, et elles lui seront asservies; je lui donne aussi les animaux des champs.
15 Et Jérémie, le prophète, dit à Hanania, le prophète: Écoute, Hanania! L’Éternel ne t’a point envoyé, et tu inspires à ce peuple une fausse confiance. :
16 C’est pourquoi ainsi parle l’Éternel: Voici, je te chasse de la terre; tu mourras cette année; car tes paroles sont une révolte contre l’Éternel.:
17 Et Hanania, le prophète, mourut cette année-là, dans le septième mois.
Jérémie
Texte Bible L Segond.

Commentaire

1. Situation

Jérémie a vécu à l’une des périodes les plus troublées du Proche Orient. Il fut témoin de la chute d’un grand empire et de l’apparition d’un autre. Au milieu de cette tourmente, le royaume de Juda, aux mains de rois incapables, court à sa ruine pour n’avoir pas tenu compte de ces forces extérieures insurmontables de l’histoire, et y avoir résisté.

Le ministère de Jérémie a duré 40 ans environ, de 627 à 587, et s’adressait à Juda, ainsi qu’aux nations environnantes, pendant cette époque de convulsions politiques. Jérémie est intervenu très souvent. Il fallait, en effet, discerner la volonté de Dieu et chercher sa lumière dans des situations dramatiques.

Parmi tous les prophètes de son temps (Sophonie, Habakkuk, Nahum et Ezéchiel), il fut le seul à percevoir à quel point Dieu aimait son peuple, ainsi que les devoirs du peuple vis-à-vis de Dieu, dans le respect des termes de l’Alliance. Il eut un sens très aigu des différentes déviations qui existaient alors dans la manière du peuple de vivre sa foi en Yahvé.

Son message développait 2 aspects fondamentaux : quelle est la véritable manière de vivre selon Yahvé-Dieu ? Les aberrations des dirigeants de Juda ne pouvaient, selon lui, que le conduire à la catastrophe, pour n’avoir pas suivi le Seigneur dans un discernement des appels des signes des temps.

Son Livre commence par des oracles contre Juda et Jérusalem (1, 4 - 25, 13), et c’est dans cette première partie que nous trouvons le récit de la vocation du prophète, ainsi que ses doutes et états d’âme concernant sa mission, car ces oracles couvrent toute la période de l’histoire dont il fut le contemporain. Une 2ème partie de son Livre traite de la restauration d’Israêl (26,1 - 35, 19). Une 3ème partie nous raconte les persécutions prolongées qu’a subies le prophète vers la fin de sa mission et de sa vie, ainsi que son martyre (36, 1 - 45, 5). Son Livre se termine par une série d’oracles contre les nations (46,1 - 51, 64).


Notre page se situe donc dans la 2ème partie du Livre de Jérémie.

2. Message

Qu’est-ce qu’un vrai prophète ? Telle est la question que pose ce passage du Livre de Jérémie. Au moment où il se trouve interpellé et contesté dans son message par le soi-disant prophète Ananie - dont la suite du texte nous montre qu’il n’est pas un véritable prophète, car il ne parle qu’en son nom propre -, nous le voyons réagir en vérité, lui qui parle sur l’ordre du Seigneur : il ne refuse donc pas a priori ce que lui déclare Ananie, tout en lui faisant remarquer que les prophéties de bon augure se vérifient toujours après coup dans la réalisation des événements heureux annoncés.

Ce n’est donc que dans un deuxième temps, après avoir reçu révélation du Seigneur, qu’il s’en vient proclamer à Ananie que son message est faux, que Dieu ne lui a pas parlé, qu’il trompe le peuple, et que, pour cette raison, le Seigneur le punira.

Quel est l’enjeu de ce débat ? Tout simplement la vocation du peuple d’Israël en tant que peuple de Dieu, appelé à témoigner à travers les âges que Yahvé son Dieu, qui l’a appelé, est le Dieu unique qui lui a fait la promesse d’être une bénédiction pour toutes les nations de la terre. Ce qui voulait dire que ce peuple ne pouvait être tout-à-fait un peuple ou une nation comme les autres, du fait que toutes ses situations devaient toujours être d’abord considérées en fonction de cette mission unique d’annonce et de témoignage du salut de Dieu

3. Decouvertes

Comme l’indique le récit lui-même, cette scène s’est passée entre les deux déportations à Babylone réalisées par le roi Chaldéen Nabuchodonosor, puisque Ananie annonce à tort que les déportés de la première vague vont revenir à Jérusalem libérés par la main puissante de Dieu.

Ananie prétend donc que le Seigneur va effectuer un prodige extraordinaire, quand l’on sait qu’après la première déportation Nabuchodonosor a placé un prince de Juda sur le trône de David, en attendant de lui des garanties d’obéissance stricte, et que l’empire Chaldéen est très loin à cette époque de connaître une décadence. Ce que proclame Ananie va donc à 100 pour cent à l’encontre du cours de l’histoire telle qu’elle se déroule depuis la montée en puissance de Nauchodonosor.

Il est certes plus facile à un prophète d’annoncer la colère de Dieu que vont manifester des catastrophes imminentes lorsqu’il se trouve face à un peuple qui ne respecte plus l’Alliance avec Dieu et se détourne quasi totalement de son Seigneur, dont il ne respecte plus les commandements. La libération qu’annonce Ananie dans de telles circonstances socio-politiques demande à être vue et vérifiée pour être crue. Et ce d’autant plus que cette annonce d’Ananie est faite en forme de simple prédiction d’événements, sans insistance sur le fait que le peuple doit se tourner vers son Dieu dans la confiance et dans l’espérance.

A noter que Jérémie, en portant un joug, signifiait, par une action symbolique efficace, que l’avenir du peuple dans sa mission unique passait par la soumission au joug de Babylone. Ce que refuse absolument Ananie en cassant le joug que portait Jérémie et en prétendant ainsi annuler le message de Jérémie et mettre en route un événement de libération du peuple.

De tels gestes symboliques ne sont porteurs d’un message et de la mise en route de sa réalisation que dans la vérité des relations entre Dieu et le prophète qu’il a appelé et à qui il parle : personne ne peut se proclamer prophète de lui-même, ni se permettre d’annoncer des oracles et de réaliser des gestes symboliques, qui, sans cet appel et cette initiative unique de et gratuite de Dieu, n’ont d’eux-mêmes aucune valeur.

Devant son joug de bois brisé, Jérémie annoncera un autre joug, incassable celui-là, qui traduira la pusissace du roi de Babylone asservissant toutes les nations. La logique du texte suppose que Jérémie est revenu parler à Ananie en portant un joug de fer. C’est seulement en se soumettant au joug de Nabuchodonosor que le peuple se préparera un avenir selon Dieu à travers l’épreuve de la captivité.

4. Prolongement

Cet épisode nous renvoie aux circonstances analogues rencontrées en notre vie de croyants au Christ Ressuscité, habités que nous sommes par l’Esprit Saint. Comme le peuple d’Israël, nous sommes de par notre foi convoqués pour être d’abord des témoins du salut en Jésus Christ à travers toutes les situations que nous abordons dans notre existence humaine dans laquelle nous sommes appelés par Dieu à reproduire l’image de son Fils.

Nous vivons donc dans ce monde comme n’en étant pas, notre vie est cachée avec le Christ en Dieu, nous devons faire toutes choses pour la gloire de Dieu, chercher d’abord le Royaume de Dieu et sa justice, suivre radicalement Jésus en le préférant à toutes nos relations humaines, fussent-elles les plus proches et de notre propre famille, tout cela parce que nous ne nous appartenons plus.

Et, saisis par le Christ, nous sommes ses prophètes aujourd’hui, invités, comme Jérémie à interpréter les événements de l’histoire des hommes pour nous situer face à eux selon l’Evanvile de Jésus : ce qui suppose que nous nous laissions interroger sérieusement par tous ces événements reçus dans leur vérité, pour les accueillir et les vivre à la façon de Jésus, sans prétendre, comme Ananie, traduire nos désirs et velléités dans un pseudo langage prophétique où nous ne dirions que nous-mêmes, sans nous laisser mettre en question par les appels des circonstances de notre vie et de son environnement proche ou lointain.

Prière

*Seigneur Jésus, apprends-moi à te suivre d’abord en toutes choses sans regarder en arrière, dans la certitude qu’avec toi et en toi, je suis plus que jamais, bien qu’autrement, présent à toutes et à tous, fort de ta force et pauvre de ta pauvreté qui révèle la puissance de Dieu. AMEN.

02.08.2004.*

Évangile : Matthieu 14, 13-21

DE L’EVANGILE DE MATTHIEU

Texte

13 L’ayant appris, Jésus se retira en barque dans un lieu désert, à l’écart ; ce qu’apprenant, les foules partirent à sa suite, venant à pied des villes.
14 En débarquant, il vit une foule nombreuse et il en eut pitié ; et il guérit leurs infirmes.
15 Le soir venu, les disciples s’approchèrent et lui dirent : ” L’endroit est désert et l’heure est déjà passée ; renvoie donc les foules afin qu’elles aillent dans les villages s’acheter de la nourriture. “
16 Mais Jésus leur dit : ” Il n’est pas besoin qu’elles y aillent ; donnez-leur vous-mêmes à manger. ” -
17 ” Mais, lui disent-ils, nous n’avons ici que cinq pains et deux poissons. ” Il dit :
18 ” Apportez-les-moi ici. “
19 Et, ayant donné l’ordre de faire étendre les foules sur l’herbe, il prit les cinq pains et les deux poissons, leva les yeux au ciel, bénit, puis, rompant les pains, il les donna aux disciples, qui les donnèrent aux foules.
20 Tous mangèrent et furent rassasiés, et l’on emporta le reste des morceaux : douze pleins couffins !
21 Or ceux qui mangèrent étaient environ cinq mille hommes, sans compter les femmes et les enfants.

Commentaire

1. Situation

Cet Evangile, qui reprend beaucoup de passages de l’Evangile de Marc (qui avait été écrit vers 65), mais en y ajoutant des éléments qu’il partage en grande partie avec Luc, a été très probablement rédigé entre les années 85 et 90.

A parcourir tout ce Livre, on peut se demander s’il a été composé pour des chrétiens d’origine Juive (Judéochrétiens), ou pour des chrétiens d’origine païenne, ou encore pour les deux. Néanmoins, même s’il a été d’abord écrit pour confirmer une communauté Judéochrétienne dans sa découverte de la Bonne Nouvelle de Jésus, cet Evangile est ouvert également à la mission universelle auprès des païens, et il se termine par un envoi en mission par le Christ ressuscité, avec ces paroles : “allez, de toutes les nations, faites des disciples” (28, 18).

On peut diviser cet Evangile en 11 parties, qui se répondent en sens inverse (la 1ère correspondant à la dernière, la 2ème, à l’avant-dernière, etc…), concentrées autour de la 6ème partie, le “Discours en paraboles”, qui sert en quelque sorte de “pivot”. Nous obtenons ainsi le découpage suivant :

  • Naissance de Jésus et commencement de sa mission (1 - 4)
  • Bénédictions et Discours sur la montagne (5 - 7)
  • Manifestations de l’autorité de Jésus et de ses appels (8 - 9)
  • Discours sur la mission (10)
  • Jésus rejeté par “cette génération” (11 - 12 )
  • Discours en paraboles (13)
  • Jésus reconnu par ses disciples (14 - 17)
  • Discours sur la manière de vivre en communauté de croyants (18)
  • De nouveau, Jésus manifeste son autorité et ses appels (19 - 22)
  • Proclamation de situations malheureuses et Discours sur la venue définitive du Royaume (23 - 24)
  • Passion, mort et résurrection (26 - 28)

Cette présentation fait ressortir que cet Evangile est bien rythmé par 5 grands discours de Jésus, dans lesquels l’auteur a concentré la majeure partie de son enseignement. Les 5 discours ont souvent fait penser aux 5 livres de Moïse de l’Ancien Testament. On dit volontiers que, pour Matthieu, Jésus est le “Nouveau Moïse”.


Avec notre page, qui se situe dans la 7ème division de l’Evangile de Matthieu (selon le schéma indiqué plus haut), nous avançons dans la partie du ministère de Jésus, au cours de laquelle il commence de se rapprocher de Jérusalem, tout en faisant découvrir à ses disciples le sens authentique, et inattendu pour eux, de sa mission, et en les préparant progressivement à son “heure” de passage au Père en sa passion-mort-résurrection. Et cela se situe dans un environnement où l’incroyance, voire les menaces directes de persécution, se manifestent ouvertement.

2. Message

Il existe 6 récits de la multiplication des pains par Jésus dans nos 4 Evangiles, dont 2 se trouvent dans cet Evangile de Matthieu.

Les circonstances précises de ce signe de Jésus varient cependant dans ces différents récits, et vont de la quasi nécessité absolue (en Matthieu, 15, 32 - 33, les gens sont avec Jésus depuis trois jours dans un endroit désert), à la gratuité la plus frappante (en Jean 6, 1 - 15, Jésus se préoccupe de donner à manger à la foule dès qu’il la voit le rejoindre). Dans le cas présent, Jésus pouvait encore se permettre de renvoyer la foule pour que ces gens aillent se procurer de la nourriture dans les villages voisins.

Jésus choisit cependant d’inviter 5000 hommes, auxquels il faut ajouter les femmes et les enfants, à un repas partagé entre tous, qu’il leur propose, à partir de la mutiplication de 5 pains et de 2 poissons.

Jésus se comporte ici en chef de communauté, selon les traditions des repas célébrés en Israël les jours de fêtes religieuses, repas où l’on pratiquait des gestes de bénédiction sur le pain et la coupe de vin, au début et à la fin du repas.

Ces gestes, que reprend ici Jésus (prendre, lever les yeux au ciel ou rendre grâces, bénir, rompre les pains et les distribuer - Matthieu ne parle que de bénédiction pour les poissons - ) concernent ici toute la substance du repas, dans lequel tous mangent à leur faim.

Jésus associe ses disciples à ses gestes : il leur revient ainsi d’organiser la foule en faisant asseoir les gens, et de distribuer le repas du miracle.

Rien ne doit se perdre de ce repas, qui est un don de Dieu, dont on ramasse les morceaux qui restent.

3. Decouvertes

Dans ce passage, ce miracle est situé dans le contexte d’une attitude d’immense compassion de Jésus, qui a pitié de cette foule, dont il guérit les malades (et à laquelle il ne prêche pas), attitude de réelle prise en charge que nous retrouvons tout au long des Evangiles.

Ici, comme dans les récits semblables de 1 Rois, 17, 8 - 16, de 2 Rois, 4, 42 - 44, et de Jean, 21, 4 - 8, le miracle n’est pas la conséquence d’une demande qui aurait été faite à Jésus : c’est la traduction, en une action précise, de la bonté suréminente et spontanée de Jésus.

En dépit de ce qu’affirment beaucoup d’opinions exprimées à ce sujet, il n’est pas certain que les chiffres mentionnés dans ce texte (5 pains, 2 poissons, 12 paniers, 5000 hommes) aient une signification symbolique.

A comparer ce passage avec celui de Matthieu, 26, 20 - 24, nous y lisons l’anticipation des gestes eucharistiques accomplis par Jésus lors de son dernier repas, et donc une anticipation du banquet messianique de la fin des temps, image du Royaume de Dieu achevé, après son inauguration en la mort-résurrection de Jésus et le don de l’Esprit Saint.

A le comparer avec le récit de ce qui s’est passé dans le miracle du prophète Elisée en 2 Rois, 4, 42 - 44, où beaucoup d’aspects ressemblent au déroulement de notre texte, il apparaît que Jésus achève l’image d’Elisée comme prophète de la fin des temps.

De plus, l’allusion à l’endroit désert où Jésus pensait se retirer en traversant la mer, après la mort de Jean Baptiste, nous rappelle le désert du Sinaï, où, après avoir traversé la Mer des Roseaux, le peuple d’Israël reçut le don de la manne (dont nous parle la première lecture de ce jour) au temps de Moïse.

Autant dire que ce signe de Jésus conduit à leur achèvement des gestes et situations semblables de l’Ancien Testament, tout en anticipant les gestes eucharistiques de son dernier repas, ainsi que le banquet messianique de la fin ultime des temps.

4. Prolongement

Notons que ce signe de Jésus est effectué à un moment critique, pour ne pas dire de crise. De même qu’il s’était “retiré” après l’annonce de l’arrestation de Jean Baptiste (4, 12), Jésus se “retire” cette fois, en apprenant la mort de ce prophète, qui annonce déjà la sienne à venir.

Mais “l’Heure” de Jésus n’est pas encore venue, et, en d’autres occasions, comme après des discussions houleuses avec ses adversaires, Jésus se “retirera” encore de l’avant-scène (voir Matthieu, 15, 1 - 21 et 16, 1 - 5). Lors de son séjour à Jérusalem, quelques jours avant son arrestation, il ira, selon tous les Evangiles, tous les soirs se “mettre à l’abri”, si bien que les autorités auront besoin d’un indicateur (Judas Iscariote) pour le trouver et s’emparer de lui.

C’est lorsque son “Heure” sera venue, que Jésus, la veille de sa mort, refera les mêmes gestes sur le pain, puis sur la coupe de vin, lors de son dernier repas. L’eucharistie que nous célébrons en Eglise, depuis la résurrection de Jésus et le don de l’Esprit Saint, nous renvoie toujours à l‘“Heure” la plus critique de la plus grande crise de l’histoire du salut du monde :

26 Chaque fois en effet que vous mangez ce pain et que vous buvez cette coupe, vous annoncez la mort du Seigneur, jusqu’à ce qu’il vienne.

Prière

*Seigneur Jésus, en nous disant : “venez à moi vous tous qui peinez, et je vous soulagerai”, tu as manifesté en paroles ce que tu accomplissais tous les jours tout au long de ton ministère au coeur de notre monde, et tu as ainsi révélé à quel point Dieu était riche en miséricorde, miséricorde et pardon dont tu as témoigné en notre faveur, en vivant jusqu’à l’extrême de ta mort sur la croix ton engagement prophétique pour la Vérité de ton message et l’authenticité de tes gestes de grâce et de gratuité : donne-moi, dans la lecture de ta Parole en Eglise, comme dans la célébration des gestes eucharistiques de ton dernier repas, gestes que tu nous as demandé de répéter “en mémoire de toi”, de vivre toute mon existence dans une unité profonde avec toi, et par toi, dans l’Esprit Saint, avec le Père qui fait de moi son fils, et me rend capable de reproduire chaque jour ton image. AMEN.

04.08.2003.*


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