📘 Commentaire biblique de l’abbé Léon Hamain


Première lecture : Nombres 12, 1-13

DU LIVRE DES NOMBRES

Texte

1 Miryam, ainsi qu’Aaron, parla contre Moïse à cause de la femme kushite qu’il avait prise. Car il avait épousé une femme kushite.
2 Et ils dirent : ” Yahvé ne parlerait-il donc qu’à Moïse ? N’a-t-il pas parlé à nous aussi ? ” Yahvé entendit.
3 Or Moïse était un homme très humble, l’homme le plus humble que la terre ait porté.
4 Soudain, Yahvé dit à Moïse, à Aaron et à Miryam : ” Venez-vous-en tous les trois à la Tente du Rendez-vous. ” Ils allèrent tous trois,
5 et Yahvé descendit dans une colonne de nuée et se tint à l’entrée de la Tente. Il appela Aaron et Miryam ; tous deux s’avancèrent.
6 Yahvé dit : ” Écoutez donc mes paroles :S’il y a parmi vous un prophète, c’est en vision que je me révèle à lui, c’est dans un songe que je lui parle.
7 Il n’en est pas ainsi de mon serviteur Moïse, toute ma maison lui est confiée.
8 Je lui parle face à face dans l’évidence, non en énigmes, et il voit la forme de Yahvé. Pourquoi avez-vous osé parler contre mon serviteur Moïse ? “
9 La colère de Yahvé s’enflamma contre eux. Il partit
10 et la nuée quitta la tente. Voilà que Miryam était devenue lépreuse, blanche comme neige. Aaron se tourna vers elle : elle était devenue lépreuse.
11 Aaron dit à Moïse :” A moi, Monseigneur ! Veuille ne pas nous infliger la peine du péché que nous avons eu la folie de commettre et dont nous sommes coupables.
12 Je t’en prie, qu’elle ne soit pas comme l’avorton dont la chair est à demi rongée lorsqu’il sort du sein de sa mère ! “
13 Moïse implora Yahvé : ” O Dieu, dit-il, daigne la guérir, je t’en prie ! “.

Commentaire

1. Situation

Le Livre des Nombres, est le 4ème des 5 Livres qui se rattachent à la tradition de Moïse. Comme les 4 autres, à partir de documents établis à différentes périodes de l’histoire d’Israël à partir de l’an 1000 environ, il a été mis en forme, en sa rédaction finale, après le retour de l’exil Babylonien. En plus de nous rapporter la tradition de Moïse, son but était d’aider la restauration du culte après l’exil, en reportant les ordonnances alors adoptées dans la tradition de Moïse.

Le message fondamental des Nombres est de nous montrer qu’il est possible de vivre en peuple de Dieu, même lorsqu’on pérégrine et marche dans un désert, loin de ses bases ou sans avoir encore de base, comme c’est le cas du peuple de l’Exode.

Ce livre traite successivement : - de l’organisation de la communauté au Sinaï, avant son départ (1, 1 - 10, 10), - de la marche dans le désert, depuis le Sinaï jusqu’aux plaines de Moab (10, 11 - 21, 35), - des préparatifs à l’entrée dans la terre promise, lorsque le peuple a atteint les plaines de Moab (22, 1 - 36, 13).

Notre page se situe peu de temps après le début de cette marche vers les plaines de Moab.

2. Message

Le frère et la soeur de Moïse se montrent jaloux de lui, et semblent ne pas accepter qu’il ait été mis par Dieu à cette place unique pour guider le peuple avec une grande autorité.

Dieu intervient pour défendre son serviteur, et rappeler le choix unique qu’il a fait de constituer Moïse comme son partenaire et son interlocuteur privilégiés.

Dieu punit alors Myriam, pour laquelle Moïse vient l’implorer, à la demande d’Aaron.

3. Decouvertes

A travers cet épisode, c’est l’autorité de la tradition de Moïse en Israël qui semble mise en question.

Moïse se trouve ainsi contesté par ses frère et soeur pour avoir épousé une femme Cushite (qui, semble-t-il, était Zipporah, la Midianite).

Myriam et Aaron estiment que Dieu leur parle également (Michée, 6, 4), et le Livre de l’Exode nous présente Myriam comme prophète (Exode, 15, 20).

La Bible nous montre également Dieu parlant via Aaron (Exode, 4, 15), puis par Josué (Nombres, 27, 18), ainsi que par le voyant païen Balaam (Nombres, 24, 2 - 4 et 15 - 16)

Ce passage n’en souligne pas moins l’aspect spécifique et unique de la relation qui existait entre Dieu et Moïse. A la différence des autres interlocuteurs de Dieu, Moïse est chargé d’Israël (Exode, 40, 38), Dieu lui parle directement, à la façon d’un interlocuteur humain (Nombres, 14, 14 et Exode 24, 9 - 11). Moïse est engagé dans tout son être et dans toute son expérience d’homme dans cette rencontre quasi-directe que lui accorde le Seigneur, “d’homme à homme”, en quelque sorte.

Au verset 8, Dieu réagit en estimant que Aaron et Myriam connaissaient très bien le caractère unique de sa relation avec Moïse, ce qui explique sa réaction de colère.

Myriam est donc mise hors du camp pour 7 jours, alors qu’il est prévu, dans le Lévitique (13, 14 et 14, 8) que cette absence de la communauté, en cas de lèpre constatée, devait durer deux semaines.

On appelait “lèpre” dans l’Ancien Testament ce qui n’était en fait qu’une maladie de peau non identifiée.

4. Prolongement

Dieu appelle et envoie qui il veut, et comme il veut : toute la Bible est témoin de cette initiative toute particulière qui lui est propre et constante : c’est le cas d’Abraham, de Moïse, de David, de tous les prophètes, de Jésus lui-même, en qui le “Verbe” , ou “Parole” spécifique de Dieu, s’est fait chair, et cela a continué, avec et après Jésus, dans le choix et l’envoi de ses disciples et apôtres, aussi bien que dans l’appel tout-à-fait particulier de Paul.

Mais à chacun il appartient de se conformer à la mission reçue et d’agir “au Nom” de celui qui l’envoie :

1 Après avoir, à maintes reprises et sous maintes formes, parlé jadis aux Pères par les prophètes, Dieu,

2 en ces jours qui sont les derniers, nous a parlé par le Fils, qu’il a établi héritier de toutes choses, par qui aussi il a fait les siècles.

3 Resplendissement de sa gloire, effigie de sa substance, ce Fils qui soutient l’univers par sa parole puissante, ayant accompli la purification des péchés, s’est assis à la droite de la Majesté dans les hauteurs,

4 devenu d’autant supérieur aux anges que le nom qu’il a reçu en héritage est incomparable au leur.

6 Mais Pierre dit : ” De l’argent et de l’or, je n’en ai pas, mais ce que j’ai, je te le donne : au nom de Jésus Christ le Nazôréen, marche ! ” …

12 A cette vue, Pierre s’adressa au peuple : ” Hommes d’Israël, pourquoi vous étonner de cela ? Qu’avez-vous à nous regarder, comme si c’était par notre propre puissance ou grâce à notre piété que nous avons fait marcher cet homme ?

8 Et, en tout dernier lieu, il m’est apparu à moi aussi, comme à l’avorton.

9 Car je suis le moindre des apôtres ; je ne mérite pas d’être appelé apôtre, parce que j’ai persécuté l’Église de Dieu.

10 C’est par la grâce de Dieu que je suis ce que je suis, et sa grâce à mon égard n’a pas été stérile. Loin de là, j’ai travaillé plus qu’eux tous : oh ! non pas moi, mais la grâce de Dieu qui est avec moi.

15 Mais quand Celui qui dès le sein maternel m’a mis à part et appelé par sa grâce daigna

16 révéler en moi son Fils pour que je l’annonce parmi les païens,…

Il en va de même pour nous : identifiés au Christ ressuscité par notre baptême en sa mort-résurrection selon le don de l’Esprit Saint, nous avons à en reproduire l’image, tout en nous sachant envoyés par Dieu, chacun selon son appel particulier reçu, à rendre visible l’action du Seigneur par le Christ Ressuscité, dans l’Esprit Saint à l’oeuvre, en chacune et chacun d’entre nous, dans la communion de toute l’Eglise :

27 Or vous êtes, vous, le corps du Christ, et membres chacun pour sa part.

28 Et ceux que Dieu a établis dans l’Église sont premièrement les apôtres, deuxièmement les prophètes, troisièmement les docteurs… Puis il y a les miracles, puis les dons de guérisons, d’assistance, de gouvernement, les diversités de langues.

29 Tous sont-ils apôtres ? Tous prophètes ? Tous docteurs ? Tous font-ils des miracles ?

30 Tous ont-ils des dons de guérisons ? Tous parlent-ils en langues ? Tous interprètent-ils ?

Sans oublier que le don suprême que Dieu fait à tous, dans l’Esprit Saint, c’est celui d’aimer à sa façon, la charité déposée au fond de nos coeurs (voir 1 Corinthiens, 13 et Romains, 5, 1 - 5).

Prière

*Seigneur Jésus, à travers ta mission, ta mort et ta résurrection, non seulement Dieu nous as libérés de la mort et du péché, mais il nous a choisis, dans le don de l’Esprit Saint, pour qu’à notre tour, nous soyons témoins, à notre époque, de ce que tu as achevé, une fois pour toutes, pour tous les hommes de tous les temps : rends-moi docile à la mission que tu m’as ainsi confiée, et donne-moi de l’accomplir de mon mieux, à ton service, mais sans jamais oublier que cette mission, quelles qu’en soient les formes concrètes à notre époque, demeure “ta” mission propre, et non la mienne, ta mission au service de laquelle tu m’envoies, pour la rendre visible à mes frères et soeurs en humanité, en me demandant de rester toujours un”serviteur” qui se sait inutile, tout en étant conscient d’avoir été “mis à part”, pour être, à ma place, le “lieu” de ta grâce. AMEN.

05.08.2003.*

Évangile : Matthieu 14, 22-34

DE L’EVANGILE DE MATTHIEU

Texte

22 Et aussitôt il obligea les disciples à monter dans la barque et à le devancer sur l’autre rive, pendant qu’il renverrait les foules.
23 Et quand il eut renvoyé les foules, il gravit la montagne, à l’écart, pour prier. Le soir venu, il était là, seul.
24 La barque, elle, se trouvait déjà éloignée de la terre de plusieurs stades, harcelée par les vagues, car le vent était contraire.
25 A la quatrième veille de la nuit, il vint vers eux en marchant sur la mer.
26 Les disciples, le voyant marcher sur la mer, furent troublés : ” C’est un fantôme ”, disaient-ils, et pris de peur ils se mirent à crier.
27 Mais aussitôt Jésus leur parla en disant : ” Ayez confiance, c’est moi, soyez sans crainte. “
28 Sur quoi, Pierre lui répondit : ” Seigneur, si c’est bien toi, donne-moi l’ordre de venir à toi sur les eaux. ” -
29 ” Viens ”, dit Jésus. Et Pierre, descendant de la barque, se mit à marcher sur les eaux et vint vers Jésus.
30 Mais, voyant le vent, il prit peur et, commençant à couler, il s’écria : ” Seigneur, sauve-moi ! “
31 Aussitôt Jésus tendit la main et le saisit, en lui disant : ” Homme de peu de foi, pourquoi as-tu douté ? “
32 Et quand ils furent montés dans la barque, le vent tomba.
33 Ceux qui étaient dans la barque se prosternèrent devant lui, en disant : ” Vraiment, tu es Fils de Dieu ! “
34 Ayant achevé la traversée, ils touchèrent terre à Gennésaret.

Commentaire

1. Situation

Cet Evangile, qui reprend beaucoup de passages de l’Evangile de Marc (qui avait été écrit vers 65), mais en y ajoutant des éléments qu’il partage en grande partie avec Luc, a été très probablement rédigé entre les années 85 et 90.

A parcourir tout ce Livre, on peut se demander s’il a été composé pour des chrétiens d’origine Juive (Judéochrétiens), ou pour des chrétiens d’origine païenne, ou encore pour les deux. Néanmoins, même s’il a été d’abord écrit pour confirmer une communauté Judéochrétienne dans sa découverte de la Bonne Nouvelle de Jésus, cet Evangile est ouvert également à la mission universelle auprès des païens, et il se termine par un envoi en mission par le Christ ressuscité, avec ces paroles : “allez, de toutes les nations, faites des disciples” (28, 18).

On peut diviser cet Evangile en 11 parties, qui se répondent en sens inverse (la 1ère correspondant à la dernière, la 2ème, à l’avant-dernière, etc…), concentrées autour de la 6ème partie, le “Discours en paraboles”, qui sert en quelque sorte de “pivot”. Nous obtenons ainsi le découpage suivant :

  • Naissance de Jésus et commencement de sa mission (1 - 4)
  • Bénédictions et Discours sur la montagne (5 - 7)
  • Manifestations de l’autorité de Jésus et de ses appels (8 - 9)
  • Discours sur la mission (10)
  • Jésus rejeté par “cette génération” (11 - 12 )
  • Discours en paraboles (13)
  • Jésus reconnu par ses disciples (14 - 17)
  • Discours sur la manière de vivre en communauté de croyants (18)
  • De nouveau, Jésus manifeste son autorité et ses appels (19 - 22)
  • Proclamation de situations malheureuses et Discours sur la venue définitive du Royaume (23 - 24)
  • Passion, mort et résurrection (26 - 28)

Cette présentation fait ressortir que cet Evangile est bien rythmé par 5 grands discours de Jésus, dans lesquels l’auteur a concentré la majeure partie de son enseignement. Les 5 discours ont souvent fait penser aux 5 livres de Moïse de l’Ancien Testament. On dit volontiers que, pour Matthieu, Jésus est le “Nouveau Moïse”.


Avec notre page, nous continuons d’accompagner Jésus dans sa 3ème grande mission apostolique, située dans l’Evangile de Matthieu, entre ses 3ème et 4ème grands discours, et au cours de laquelle il commence de se rapprocher de Jérusalem, tout en faisant découvrir à ses disciples le sens authentique, et inattendu pour eux, de sa mission, et en les préparant progressivement à son “heure” de passage au Père en sa passion-mort-résurrection.

2. Message

Les 4 Evangiles nous rapportent qu’après la multiplication des pains Jésus a traversé ainsi la mer. Comme la multiplication des pains, écho de la manne offerte par Dieu aux Israélites dans le désert, cette marche de Jésus sur les eaux nous rappelle et accomplit les événements du temps de Moïse, c’est-à-dire la traversée de la Mer des Roseaux par le peuple.

Jésus renvoie la foule, prie seul sur la montagne, pendant que ses disciples connaissent un passage difficile sur une mer battue par de fortes vagues.

Quand Jésus les rejoint en marchant sur les eaux, et apaise leur frayeur initiale de le rencontrer ainsi, les disciples le reconnaissent comme Fils de Dieu, révélateur de Dieu lui-même.

Cet Evangile nous ajoute la réaction de Pierre, qui demande un signe, l’obtient, manque de foi pour l’accomplir, et doit avoir recours au salut que Jésus seul peut lui donner.

3. Decouvertes

Cette marche de Jésus sur les eaux est pour les disciples une “épiphanie” de quelqu’un qui les sauve, et en qui Dieu lui-même se révèle.

Jésus, qui a donné l’ordre à ses disciples de traverser la mer, vient lui-même les rejoindre dans le danger.

En marchant sur les eaux, Jésus, tel le Créateur, surmonte les forces du chaos, et, en permettant à ses disciples uns fin de traversée calme, il agit à la façon de Dieu, qui avait ouvert pour son peuple un chemin au travers des eaux (Psaume 77, 19).

Ainsi Jésus se révèle-t-il comme le “Fils” qui peut, avec puissance, dire “c’est moi”, au sens fort de “Je Suis”, qui est le nom même de Dieu (Exode 3, 14).

Récit dans le récit que cette demande de Pierre d’imiter son Seigneur. Jésus lui partage sa force, qui ne peut toutefois que s’exercer dans la foi, à laquelle Jésus supplée par sa présence si elle vient à manquer.

Trace ici de l’apparition de Jésus ressuscité à Pierre ? Relire dans le même sens : Luc, 24, 34 et 5, 8, ainsi que Jean, 21, 15 - 19.

4. Prolongement

Les signes de l’Ancien Testament, comme ceux de Jésus, nous révèlent la façon dont Dieu nous sauve, nous recrée, nous appelle. La réponse qu’il attend de nous, c’est notre remise de nous-mêmes avec la confiance de celui ou de celle qui s’abandonne, et ne vit plus pour lui-même, ou pour elle-même, mais pour Dieu, par le Christ, dans l’Esprit Saint reçu.

1 Car je ne veux pas que vous l’ignoriez, frères : nos pères ont tous été sous la nuée, tous ont passé à travers la mer,

2 tous ont été baptisés en Moïse dans la nuée et dans la mer,

3 tous ont mangé le même aliment spirituel

4 et tous ont bu le même breuvage spirituel - ils buvaient en effet à un rocher spirituel qui les accompagnait, et ce rocher c’était le Christ.

5 Cependant, ce n’est pas le plus grand nombre d’entre eux qui plut à Dieu, puisque leurs corps jonchèrent le désert.

6 Ces faits se sont produits pour nous servir d’exemples, pour que nous n’ayons pas de convoitises mauvaises, comme ils en eurent eux-mêmes.

14 Car l’amour du Christ nous presse, à la pensée que, si un seul est mort pour tous, alors tous sont morts.

15 Et il est mort pour tous, afin que les vivants ne vivent plus pour eux-mêmes, mais pour celui qui est mort et ressuscité pour eux.

3 Nous vivons dans la chair, évidemment, mais nous ne combattons pas selon la chair.

4 Non, les armes de notre combat ne sont point charnelles, mais elles ont, au service de Dieu, la puissance de renverser les forteresses. Nous renversons les sophismes.

Prière

*Seigneur Jésus, sans ta main secourable qui nous relève, nous risquons de sombrer dans nos prétentions, notre recherche de nous-mêmes, alors que, vraiment, sans toi, nous ne pouvons rien faire : apprends-moi à t’imiter en vérité, dans tes gestes et paroles, en sachant te suivre dans ta propre attitude intérieure de pauvreté intégrale, d’obéissance au Père, de service rendu à toutes et à tous, dans l’accueil, la gratuité, la compassion, le pardon et le partage. AMEN.

05.08.2002.*


La Bible commentée · Liturgie du jour